lundi 25 janvier 2010

Dieu menace...

... Pour ne pas punir!

1. Dieu, Bonté infinie, ne veut que notre bien; il veut même nous communiquer son propre bonheur. Nous punit-il? C'est qu'il y est contraint par nos péchés. « Il fait alors, déclare le prophète Isaïe, une oeuvre qui lui est contraire, une oeuvre étrangère » (Es 28, 21) (TOB, note i. En effet le Seigneur va combattre son peuple en utilisant les Assyriens). Nous pardonner, nous combler de bienfaits, nous rendre tous contents et heureux, voilà l'oeuvre propre de Dieu.

Quoi! Seigneur! C'est cette Bonté infinie que les pécheurs offensent et méprisent; c'est de cette bonté infinie qu'ils provoquent les châtiments! Malheureux que je suis, je l'ai moi-même outragée!


2. Comprenons donc bien pourquoi Dieu nous menace de ses châtiments: ce n'est pas pour le plaisir qu'il éprouverait à nous frapper; loin de là; il nous menace précisément pour n'avoir pas à nous punir; il menace parce qu'il veut exercer sa miséricorde. « Seigneur, s'écrie le Psalmiste, vous vous êtes irrité, et vous avez eu pitié de nous » (Ps 60/59, 3). Quoi donc? Dieu s'irrite-t-il pour faire éclater sa miséricorde? Assurément; il nous montre un visage irrité, pour que nous nous corrigions et qu'il puisse ainsi nous pardonner et nous sauver. Donc, s'il nous châtie en cette vie pour les péchés commis, ce châtiment même est un effet de sa miséricorde: il ne nous l'inflige que pour nous préserver de l'enfer éternel. Malheur au pécheur qui n'est pas puni maintenant!

Puisqu'il en est ainsi et que je vous ai tant offensé, ô mon Dieu, punissez-moi sans retard, afin que vous puissiez me pardonner dans l'éternité. J'ai mérité l'enfer, j'en suis certain, je le reconnais; j'accepte donc tous les maux, pourvu que vous me rendiez votre grâce et que vous me préserviez de l'enfer, de cet intolérable enfer qui me séparerait de vous à jamais. Seigneur, donnez-moi lumière et force, pour surmonter toutes les difficultés et vous faire plaisir toujours.


3. « L'homme digne de reproche, qui, le cou raidi, méprise celui qui le reprend, sera frappé d'une mort soudaine et sans remède » (Pr 29, 1).

Tel est le châtiment suspendu sur la tête de l'homme assez insensé pour faire peu de cas des menaces divines, après avoir dédaigné les avertissements de Dieu, il sera surpris par la mort subite; il n'aura pas le temps de se prémunir contre la ruine éternelle.

Ainsi finirent tant de malheureux, ô mon Jésus; moi-même, combien de fois n'ai-je pas mérité pareil sort? Mais, ô mon bien-aimé Rédempteur, vous m'avez traité plus miséricordieusement que beaucoup de pécheurs, dont les fautes furent moins graves et qui gémissent maintenant en enfer, sans espoir de recouvrer jamais votre grâce. Je le vois, Seigneur, vous voulez me sauver; à mon tour, je veux me sauver. Pour vous faire plaisir, je quitte tout et je me tourne vers vous, qui êtes mon Dieu, mon unique Bien. Je crois en vous, j'espère en vous, je n'aime que vous, Bonté infinie; je regrette souverainement de vous avoir, par le passé, tant outragé; je préférerais avoir enduré tous les maux, plutôt que de vous avoir offensé. Ne permettez pas que je me sépare encore de vous. Faites-moi mourir plutôt que de me laisser retomber dans le péché. Mon Jésus crucifié, je me confie en vous.

O Marie, Mère de Jésus, recommandez-moi à votre Fils.

Christ-Roi.

Consécration au Christ Roi de France.

"Très Saint Seigneur Jésus-Christ et Très Sainte Vierge Marie, humblement prosternés à Vos pieds, nous Vous reconnaissons et Vous proclamons Roi et Reine de notre France bien-aimée.

Unis à saint Rémy, sainte Clotilde, saint Charlemagne, saint Louis, sainte Jeanne d’Arc et à toutes ces saintes âmes qui Vous ont fait régner sur la France ou l’ont protégée par leurs prières et leur vie immolée, nous voici animés du désir de réparer par un hommage spécial les infidélités de la famille à qui Vous aviez confié notre patrie. Autant qu’il est en notre pouvoir et sans nous attribuer une autorité qui ne nous appartient pas, nous Vous demandons humblement pardon pour l’énorme crime de lèse-majesté que sont tous les péchés, manquements et prévarications de nos rois, de nos évêques et de la noblesse :
– de la rébellion de Philippe le Bel contre Boniface VIII ;
– de la rébellion de Charles VI contre la cérémonie du sacre déclarée inutile pour faire le roi ;
– de la rébellion de Charles VII contre Rome par la signature de la Pragmatique Sanction, hérétique et schismatique ;
– de l’infidélité de François Ier s’alliant avec l’Islam contre la chrétienté ;
– du refus de Louis XIV de se consacrer à Votre Sacré-Cœur et d’arborer Votre emblème sur ses étendards ;
– de sa lutte contre Votre Vicaire suite à la rébellion gallicane du clergé et de la noblesse ;
– de la trahison des engagements de son sacre par Louis XV, refusant de lutter contre la Franc- Maçonnerie, secte impie qui finit par détruire la monarchie française et proclamer Jésus-Christ hors-la-loi ;
– du libéralisme de Louis XVI livrant Votre Royaume aux Juifs et aux Francs-Maçons en signant, dans un moment de faiblesse, la Constitution Civile du Clergé, constitution hérétique et schismatique ;
– de l’apostasie des évêques votant la Déclaration des Droits de l’homme ;
– des mauvais exemples de trop de nobles préférant se servir que servir, tout occupés de jouis-sances et oubliant l’esprit de sacrifice ;
– du doute et du mépris de beaucoup envers les traditions les plus sûres et les plus sacrées.

Pour tous ces graves péchés, nous Vous demandons humblement pardon, Seigneur Jésus, notre Dieu et notre Roi.
Nous reconnaissons aujourd’hui devant Vous que la Franc-Maçonnerie et la Révolution française ne sont pas les causes de nos malheurs, mais la juste conséquence de ces péchés ! Nous reconnaissons aujourd’hui devant Vous que les guerres de 1870, 1914-1918, 1939-1945, la révolution de mai 1968, furent les justes châtiments de nos fautes, celles de nos pères et les nôtres :
– pour avoir diffusé dans le monde entier les idées révolutionnaires ;
– pour avoir commis le péché de libéralisme en concédant toujours plus aux anticléricaux du XIXe siècle ;
– pour n’avoir jamais renié, même lors de la Restauration, les principes révolutionnaires et gallicans ;
– pour nous être ralliés au système politique révolutionnaire et maçonnique et avoir accepté le suffrage universel, expression de la blasphématoire souveraineté du peuple si contraire à Votre Royauté ;
– pour avoir laissé pervertir les intelligences par le modernisme ;
– pour ne pas avoir assez combattu les ennemis de la chrétienté et pour les avoir souvent servis ;
– pour avoir favorisé n’importe quelle solution sauf... la solution voulue par Vous ;
– pour avoir refusé de combattre pour Vous rétablir dans Vos droits de vrai Roi de France ; conservant toujours la déclaration des Droits de l’Homme contre les Vôtres ;
– pour avoir accepté la loi sur le divorce et la séparation de l’Eglise et de l’Etat ;
– pour avoir accepté le meurtre légal des enfants innocents dans le sein de leurs mères et la contraception corruptrice et destructrice de la famille;
– enfin, pour avoir livré la France au pillage des socialo-communistes et des mondialistes capitalistes.

De même, nous reconnaissons aujourd’hui devant Vous que le Concile Vatican II fut un juste châtiment :
– pour les péchés graves des prêtres et des évêques modernistes, enivrés de nouveautés ;
– pour leur irrévérence et leur impiété à célébrer les saints mystères ;
– pour leur haine des saintes Traditions de l’Église ;
– pour leur refus pratique de la conversion demandée à La Salette et des demandes réitérées par la Très Sainte Vierge Marie à Fatima ;
– pour leur collaboration avec le communisme athée ;
– pour leur apostasie lors du vote de la Constitution blasphématoire de 1958 ;
– pour la tiédeur de tous, évêques, prêtres, fidèles.
Que Vos jugements sont justes, ô notre Dieu et notre Roi !

À l’heure où, ayant détruit tous les trônes, ayant investi tous les États chrétiens pour imposer son gouvernement occulte et surtout, ayant substitué à Votre sainte Église une secte gnostique, Votre adversaire croit qu’ayant tout gagné, il peut régner, imposant toutes sortes de péchés, blasphèmes, haines, tyrannies, guerres, montrez Votre Toute-Puissance, en ouvrant cette ère de miséricorde et de paix et en répandant ce déluge de grâces que Vous avez promis. Que Votre sainte Mère écrase la tête de Votre adversaire : Son Cœur Immaculé ne doit-il pas enfin triompher ?

Nous savons que Votre Justice exige une réparation, nous la demandons, nous nous y soumettons, mais pardonnez encore, Seigneur, à notre nation, pardonnez enfin, Seigneur, à tous Vos ennemis ! Seul un Dieu Tout-Puissant peut nous pardonner ! Exaucez la prière que Vous nous avez enseignée, prière que tous les chrétiens, depuis deux mille ans, ont clamée au ciel : « Que Votre règne arrive ! », car nous voulons que Votre Nom soit sanctifié, que Votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ! N’avez-Vous pas affirmé : « Je régnerai malgré Mes ennemis. » ?

À l’incessante prière de sainte Jeanne d’Arc, qui, selon le mot de saint Pie X, « vit dans le cœur des Français », nous joignons la nôtre avec instance, répétant avec elle : « Grand Dieu, sauvez la France ! » Ô Jésus-Christ, vrai Roi de France, en ce mois qui est consacré à Votre Sacré-Cœur, en ce jour et en ce lieu où nous commémorons la donation par Charles VII du Royaume de France à Jeanne, qui l’a remis immédiatement entre Vos mains, nous voudrions bien humblement, autant qu’il dépend de nous, mais avec toute l’ardeur de notre cœur français, Vous renouveler ce don de notre patrie, afin que Vous la confiiez à celui que Vous choisirez pour être Votre Lieutenant, chef du Royaume bien-aimé de Votre Sacré-Cœur, digne « fils aîné » de l’Église. Dès maintenant, nous Vous consacrons solennellement nos personnes, nos familles, nos biens, Vous promettant de tout notre cœur, avec le secours de Votre sainte grâce, de Vous servir fidèlement, avec amour, humilité et ferveur. Souvenez-Vous, Seigneur Jésus, de la Foi de Saint Pie X en la mission de la France : « Je n’ai pas seulement l’espérance, disait-il, j’ai la certitude du plein triomphe ». Ce triomphe sera Votre Règne sur la France et par la France sur le monde. Nous croyons que Vous ressusciterez notre patrie et l’Église, car l’une ne va pas sans l’autre. Seigneur Dieu, donnez-nous un saint Roi, Lieutenant du Christ, et un saint pape, Vicaire du Christ, qui gouverneront Votre peuple dans l’union des cœurs et des intelligences pour Votre plus grande Gloire !

Sainte Vierge Marie, notre Mère, notre Médiatrice et notre Reine, laissez-Vous toucher par la prière de vos enfants orphelins. Intercédez auprès du Père afin qu’Il glorifie Son Fils et le Vôtre en Le faisant régner malgré Satan et malgré tous Ses ennemis.
Ô Notre-Dame, hâtez ce jour tant désiré où la France entière à genoux, reprenant la bannière de sainte Jeanne d’Arc, s’écriera :
Vive Jésus-Christ, Roi de France !
Vive Marie, Reine de France !
Vive le Christ qui aime les Francs !"

Fait en l’abbatiale de Saint-Benoît-sur-Loire, le 21 juin 2003, à 16 h 00, pour le 574e anniversaire de la donation de la France à Jésus-Christ par Charles VII en ce même lieu.

La Bataille de Lépante.

La fête du rosaire dont la date est fixée le 7 octobre remonte à l’action de grâce reçue par le peuple chrétien à la suite de leur victoire à la bataille de Lépante sur les turcs mahométans. Pour mémoire, nous rappelons cette époque où les européens étaient unis.

La méditerranée est devenue le domaine des forces de Soliman et des pirates barbaresques dont le trafic d’esclaves est l’une des activités dominantes. Le sultan turc enlève la ville de Rhodes aux chevaliers de Saint Jean de Jérusalem et tente vainement d’enlever Malte. C’est dans ces conditions que les turcs concentrent toutes leurs forces vers l’Ile de Crète et vers Chypre, qui sont à l’époque des colonies vénitiennes.

Conscient du danger que constitue cette gigantesque armada, tant pour l’Europe que pour la chrétienté, un pape, Pie V, va se dresser pour tenter d’unir les princes européens jusque là divisés par des rivalités et des guerres intestines. Charles IX, roi de France, entretient des relations ambiguës avec les turcs en vertu d’accords conclus du temps de François Ier. Cette vision étriquée du roi de France de l’époque montre les limites d’une vision stato-nationale qui ne perçoit pas les enjeux civilisationnels et géopolitiques. Venise convoitée par Soliman, est traversée par une période de famine à la suite d’un gigantesque incendie. Face à l’étroitesse de vue des intérêts nationaux, le pape va faire preuve d’un sens du bien commun européen et percevoir la nécessité une unité européenne. Il convoque le sacré collège afin de déterminer la stratégie la plus efficace.

Philippe II d’Espagne dépêche rapidement des troupes de Sicile pendant que diverses flottes se constituent à Messine.
Le pape poursuit sa quête afin d’unifier les chefs européens et rencontrent de nombreuses réticences sous des prétextes futiles. Cependant, sa persévérance aura raison de la division des princes d’Europe et il désigne un chef militaire unique pour la conduite des opérations : Don Juan d’Autriche, fils de Charles Quint. Le 11 juillet 1571, le pavillon pontifical est hissé à Saint Pierre et Pie V bénit les combattants : « Allez au nom du Christ combattre son ennemi et vous vaincrez ! ».

Le nonce du Vatican auprès des armées européennes et de la flotte demande que soit respecté un jeûne de trois jours avant l’appareillage. Les galériens sont détachés de leurs bancs pour se confesser et communier. On comptera pas moins de 80.000 confessions et communions. 200 galères européennes font face aux 300 galères turques.

La bataille a lieu le 7 octobre, dans le golfe de Lépante. Don Juan hisse le drapeau du Saint Père. Contre toute attente, les Turcs désemparés par le courage des européens sont défaits. 30.000 d’entre eux succomberont contre 8.000 chez les chrétiens.

Le pape Pie V immortalise cette victoire inespérée par la commémoration annuelle qui portera plus tard le nom de Notre Dame du Rosaire.

La bataille de Lépante va modifier le cours de l’histoire de l’Islam…

Les Croisades.

La libération de la Terre-Sainte.
(…)

Le 27 novembre 1095, à Clermont, le pape Urbain II lançait un appel à la chrétienté. En Terre sainte, expliquait-il, beaucoup de chrétiens avaient été « réduits en esclavage » , les Turcs détruisant leurs églises. Et le souverain pontife avait exhorté les chrétiens à « repousser ce peuple néfaste » . A Limoges, Angers, Tours, Poitiers, Saintes, Bordeaux, Toulouse et Carcassonne, Urbain II avait renouvelé son appel. Voilà le point de départ d'une entreprise que l'historien Emmanuel Le Roy Ladurie n'hésite pas à qualifier de « magnifique aventure » .

Naguère, même dans les manuels de l'école républicaine, les croisades étaient regardées d'un oeil favorable : les laïcs y voyaient une expédition qui avait fait rayonner la culture française. De nos jours, le discours est facilement contraire : certains tendent à considérer les croisades comme une agression perpétrée par des Occidentaux violents et cupides à l'encontre d'un islam tolérant et raffiné. Et chez les chrétiens, le sujet frôle la repentance...

La question doit pourtant être abordée au-delà de l'air du temps, en refusant la légende noire comme la légende dorée, et en considérant les seuls faits. Les faits, du point de vue de la longue durée, c'est que la croisade n'a pas constitué une attaque gratuite contre le monde musulman mais, au contraire, a formé une réplique à l'expansion de l'islam.

Partis répandre la foi de Mahomet, les Arabes s'emparent de Jérusalem en 638. Réduits à la condition de dhimmi, les chrétiens du Moyen-Orient sont autorisés à pratiquer leur religion, mais astreints au port de signes distinctifs et au paiement d'un impôt spécial. Construire de nouvelles églises leur est interdit, ce qui, à terme, les condamne. Les pèlerinages européens peuvent continuer (pour les chrétiens du Moyen Age, le pèlerinage est une dévotion essentielle), mais à condition de payer un tribut.

En 800, les califes abbassides, qui ont Bagdad pour capitale, reconnaissent à Charlemagne la tutelle morale sur les Lieux saints. Toutefois, au début du XIe siècle, la situation s'aggrave. Pour conserver leur poste, les chrétiens employés par le califat doivent se convertir à l'islam. En 1009, le calife El-Hakim persécute les non-musulmans. En 1078, les Turcs seldjoukides prennent Jérusalem. Dès lors, les pèlerinages deviennent si dangereux qu'ils finissent par s'interrompre.
Au VIIe siècle, les musulmans ont conquis la Palestine et la Syrie ; au VIIIe siècle, ils ont envahi l'Afrique du Nord en y détruisant une chrétienté dont saint Augustin avait jadis été la gloire, puis ils ont occupé l'Espagne et le Portugal ; au IXe siècle, ils ont conquis la Sicile. En ce XIe siècle, Constantinople fait face au péril turc. En 1054, un schisme a séparé l'Eglise d'Orient de l'Eglise de Rome, mais les différends théologiques n'empêchent pas les deux pôles du monde chrétien de se parler. Contre la pression turque, en 1073, l'empereur byzantin Michel VII appelle au secours le pape Grégoire VII, demande renouvelée par Alexis Ier Comnène à l'adresse d'Urbain II en 1095.

En Espagne, la Reconquête chrétienne a commencé dès 1030. Tolède a été repris aux Maures en 1085 mais, l'année suivante, les Almoravides, venus du Maroc, ont lancé une nouvelle offensive. A l'incitation du pape, des chevaliers français se sont engagés dans les armées d'Aragon, de Castille et du Portugal. En Sicile, les Normands ont débarqué en 1040, ont chassé les Arabes au terme d'une guerre de trente ans.

C'est dans cette perspective à la fois géopolitique et culturelle qu'il faut replacer l'appel lancé par le pape, à Clermont, en 1095. La croisade, répétons-le, forme une réplique à l'expansion de l'islam, une riposte à l'implantation des Arabes et des Turcs en des régions qui ont été le berceau du christianisme au temps de saint Paul, implantation musulmane qui ne n'est d'ailleurs pas opérée par la douceur mais par de très classiques moyens militaires, c'est-à-dire par la force. Délivrer les Lieux saints, permettre aux chrétiens de se rendre sur les lieux où le Christ a vécu et où ses fidèles sont désormais persécutés, c'est le but de la croisade.
Croisade, disons-nous ? Oui, mais c'est encore un anachronisme. Car le mot croisade, apparu au tout début du XIIIe siècle, est postérieur aux premières croisades. Les croisés initiaux, eux, parlaient de pèlerinage, de passage, de voyage outre-mer. C'est que le but premier de la croisade était spirituel : il fallait mettre ses pas dans les pas du Christ. L'homme de l’an 2000 est contraint de faire un effort intellectuel pour comprendre l'enjeu dont il est ici question. C'est que nous vivons tous, croyants ou incroyants, dans une société où la liberté de conscience et la laïcité sont érigées au rang de principes.

Au Moyen Age, non seulement ce n'est pas le cas, mais ces concepts ne sont pas même intelligibles : ils sont, au sens propre, inconcevables. L'Europe est chrétienne, et cette foi lui confère une communauté de civilisation, dans un temps où les nations ne sont pas constituées. Cette foi médiévale rend ténue, même si la tradition chrétienne distingue le domaine de Dieu et le domaine de César, la frontière entre le temporel et le spirituel. L'homme de l’an 1000, lui, adore Dieu et craint le diable. Il y a pour lui beaucoup plus important que la vie terrestre : la vie au Ciel, qui n'est pas gagnée d'avance puisqu'il faut, pour la mériter, faire son salut afin d'échapper à l'enfer. L'Eglise, qui enseigne la parole divine, est gardienne du dogme : le Moyen Age, sans complexe, est dogmatique. Et puisque la vérité ne se divise pas, la liberté religieuse, à l'époque, est au même degré inenvisageable. Si l'on oublie ces données, on ne peut pas comprendre les motivations des croisés.
Imaginons un voyage à pied ou à cheval, au XIe siècle, depuis la Touraine jusqu'à la Palestine ! Des milliers de kilomètres sur un itinéraire incertain (ni panneaux ni cartes), en traversant des contrées hostiles (pas de téléphone en cas de problème), en affrontant la faim et la soif (l'intendance n'était pas prévue), et tout cela pour se diriger vers un pays dont les pèlerins ne savaient rien. Pour les gens du peuple, c'était la folie absolue. Pour les seigneurs aussi, avec en prime, pour eux, un risque financier, car ils devaient entretenir sur leur cassette propre leurs soldats et les pauvres qui les accompagnaient : la croisade a ruiné de nombreux seigneurs qui ont dû emprunter ou vendre des biens fonciers afin d'équiper leurs compagnies.

Est-ce l'appât des terres qui les a attirés ? Même pas : l'historien Jacques Heers montre que de larges étendues étaient encore en friche en Occident, bien plus accessibles. Il n'y a pas de doute : ce qui a poussé les premiers croisés à partir, c'est la foi. « Dieu le veut », s'exclamaient-ils.
Dans son appel de Clermont, le pape s'est adressé en priorité aux chevaliers. Mais il est d'abord entendu par le peuple de Normandie, de Picardie, de Lorraine, d'Auvergne, du Languedoc ou de Provence. On cite le cas de villages entiers marchant vers l'Orient. Guidée par des chefs improvisés - Pierre l'Ermite et Gautier Sans Avoir -, la croisade populaire suit le Danube ou la plaine du Pô et traverse les Balkans. Le 1er août 1096, cette foule est à Constantinople. Mais le Bosphore à peine franchi, elle se fait massacrer par les Turcs.

L'autre croisade, celle des barons, suit derrière. Flamands, Lorrains et Allemands, le 15 août 1096, ont emboîté le pas à Godefroi de Bouillon ; les seigneurs du Languedoc et de Provence à Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse ; Normands et Français à Robert Courteheuse, duc de Normandie, et à son beau-frère, Etienne de Blois ; les Normands de Sicile sont conduits par Bohémond de Tarente et son neveu Tancrède. Les uns ont passé par la Hongrie, d'autres par l'Italie, le reste par la mer. On les appelle tous les Francs car ceux qui sont issus des provinces qui formeront un jour la France sont les plus nombreux.

30 000 hommes en tout, qui se retrouvent à Constantinople en mai 1097. Passant en Asie, ils prennent Nicée puis Antioche. Ils progressent lentement car leurs adversaires sont de redoutables soldats, et parce que les chefs des croisés, rivaux, ne s'entendent guère entre eux. Cependant, le 15 juillet 1099, Jérusalem tombe entre leurs mains.

En entrant dans la ville, les barons chrétiens ont tué et pillé, c'est certain. La légende noire y voit la preuve de leur injustifiable violence. C'est oublier que les croisés se sont conduits comme tous les guerriers de l'époque. Le 10 août 1096, 12 000 « pauvres gens » de la croisade populaire ont été massacrés par les Turcs. Le 4 juin 1098, devant Antioche, les Turcs et les Arabes ont passé au fil de l'épée la garnison chrétienne de la forteresse du Pont de Fer. Le 26 août 1098, les Egyptiens ont arraché Jérusalem aux Turcs et anéanti les défenseurs de la ville, des musulmans liquidant d'autres musulmans...

Les premiers croisés, on l'a dit, étaient des pénitents motivés par un but spirituel. Après la prise de Jérusalem, un royaume latin est institué. Avec le titre d'« avoué du Saint-Sépulcre », Godefroi de Bouillon en prend la tête ; quand il meurt, quelques mois plus tard, son frère Baudouin le remplace. D'autres Etats chrétiens sont créés : la principauté d'Antioche, le comté d'Edesse, le comté de Tripoli. Or leur fondation ne figurait pas dans les plans primitifs du pape. Dès la prise de Jérusalem, chevaliers ou pauvres, les croisés sont retournés massivement en Europe. Ceux qui sont restés sur place sont isolés, car jamais les établissements francs ne seront des colonies de peuplement.

Afin de protéger les principautés chrétiennes et les pèlerinages venus d'Occident, des ordres de moines-soldats - les Hospitaliers ou les Templiers - sont fondés. Mais le but de toutes les croisades postérieures à celle de 1096 ne sera jamais que de secourir les Etats latins implantés en Orient. Dorénavant, des enjeux temporels sont en cause. Après l'élan mystique, une autre logique s'en-clenche : elle est politique, elle est militaire, avec tout ce que cela peut entraîner d'humain, trop humain.

Dès 1144, les musulmans de Syrie reprennent Edesse. La deuxième croisade, prêchée par saint Bernard de Clairvaux, est conduite, en 1147, par l'empereur Conrad III et le roi Louis VII, mais l'opération échoue. En 1187, le sultan Saladin - maître de la Syrie, de l'Egypte, de l'Irak et de l'Asie Mineure - reprend Jérusalem et une grande partie des territoires francs. D'où une troisième croisade (1189-1192), emmenée par l'empereur Frédéric Barberousse, le roi de France Philippe Auguste et le roi d'Angleterre Richard Coeur de Lion. L'expédition ne parvient pas à reconquérir Jérusalem, mais obtient la reprise des pèlerinages.

En 1202, le pape Innocent III lance une quatrième croisade. Devenue le centre de la puissance musulmane, l'Egypte est cette fois visée. Les Vénitiens doivent transporter les troupes chrétiennes mais, les croisés n'étant pas assez nombreux pour réunir la somme exigée, les hommes de la Sérénissime se paient sur la bête en pillant une ville chrétienne de Dalmatie. Même scénario à Constantinople, facilité par les rivalités internes au sein de la dynastie byzantine. Assiégée par les Vénitiens en avril 1204, la capitale de l'empire d'Orient est pillée trois jours durant. Innocent III se trouve contraint de dénoncer ses propres soldats : « Vous avez dévié et fait dévier l'armée chrétienne de la bonne route dans la mauvaise. » Resté comme une déchirure dans la mémoire orthodoxe, le sac de Constantinople rendra irrémédiable le schisme de 1054 entre la chrétienté latine et la chrétienté d'Orient.

Il y aura encore quatre croisades. La cinquième (1217-1221), prêchée de nouveau par Innocent III et continuée par son successeur, Honorius III, aboutira à la conquête de Damiette. La sixième (1228-1129), conduite par l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen, placera à nouveau Bethléem, Nazareth et Jérusalem aux mains des chrétiens, mais en 1244, la Ville sainte sera reconquise par les musulmans. Lors de la septième croisade (1248-1254), dirigée contre l'Egypte, l'armée de Saint Louis sera ravagée par la peste, le roi étant fait prisonnier et n'obtenant sa liberté qu'au prix d'une rançon et de la restitution de Damiette. La huitième croisade, menée en Tunisie en 1270, sera un désastre, Saint Louis y trouvant la mort. En 1291, la chute de Saint-Jean-d'Acre signifiera la fin des établissements chrétiens du Levant.

Le terme de croisade est trompeur. Il recouvre des événements étalés sur près de deux siècles, de 1095 à 1270, où les intérêts temporels pèsent de tout leur poids. Si la légende noire des croisades, pratiquant des indignations sélectives, est mensongère, la légende dorée de la chrétienté en marche, telle qu'on la trouvait naguère dans des livres bien intentionnés mais eux aussi mensongers, n'a pas de validité historique. En réalité, les croisades constituent un phénomène extrêmement complexe.

Ces expéditions multiples n'ont pas constitué un affrontement de bloc à bloc. Les chrétiens comme les musulmans ont été divisés : des combats ont opposé des chrétiens à d'autres chrétiens, des musulmans à d'autres musulmans. On a même vu des tribus musulmanes s'allier aux croisés et certains chrétiens orientaux préférer le service de princes musulmans. Les deux siècles de présence franque ont aussi compris des périodes de paix, au cours desquelles on a vu chrétiens et musulmans coexister.
Toutefois, aujourd'hui, cette rencontre fait l'objet d'un mythe, car on ne veut pas attiser la notion de choc des civilisations. Mais l'histoire reste l'histoire. S'il est exact que des influences mutuelles se sont produites entre chrétiens et musulmans à l'époque des croisades, les chercheurs s'accordent à en souligner le caractère limité et fragile. Car jamais les trêves n'ont été durables. Sauf pour la principauté d'Antioche, les royaumes francs, réduits à une mince bande côtière, ont eu moins d'un siècle d'existence.

En s'en tenant aux grandes lignes de leur histoire, force est de constater que ces Etats, le dos à la mer, ont été constamment sur la défensive. Dès qu'un territoire était reconquis par les musulmans, les chrétiens endossaient à nouveau leur statut de dhimmi. Et dans les principautés chrétiennes, même si les musulmans pouvaient construire des mosquées (ce qui n'était pas le cas des chrétiens en pays musulman), ils étaient soumis à un statut social inférieur. En d'autres termes, à l'époque des croisades, on n'a vu nulle part de "tolérance" au sens où notre culture contemporaine comprend ce concept.

Saladin, de nos jours, est présenté comme un souverain libéral. Mais lors la prise de Jérusalem, en 1187, s'il traite avec égard Guy de Lusignan, le roi de Jérusalem, il laisse massacrer Renaud de Châtillon, les Hospitaliers et les Templiers, de même que les troupes turques alliées aux Francs. Les plus chanceux des prisonniers chrétiens qui ne peuvent payer une rançon sont réduits en esclavage. Les autres sont placés devant cette alternative : la conversion à l'islam ou la mort. Saladin, un modèle de tolérance ?

L'histoire, c'est l'histoire. Celle-ci nous dit que, depuis la prise de la Syrie par les Arabes, en 636, Byzance n'avait fait que résister aux musulmans. En 1453, Constantinople tombera aux mains des Turcs. En 1526, Soliman le Magnifique fera la conquête de la Hongrie. En 1529, les Ottomans assiégeront Vienne. En 1571, la bataille navale de Lépante donnera un coup d'arrêt à leur offensive, barrée à nouveau, en 1683, lors du second siège de Vienne. Pendant quatre siècles, l'Europe centrale et balkanique aura vécu sous la menace turque. René Grousset, le grand historien des croisades, soulignait cependant que les croisades avaient donné à Constantinople un répit de trois siècles et demi. Le rappeler, ce n'est pas exprimer un fantasme de croisé mais énoncer un fait.

En 1983, dans un livre célèbre, les Croisades vues par les Arabes, le romancier Amin Maalouf accusait les croisés d'avoir provoqué une irrémédiable fracture : « Il est clair que l'Orient arabe voit toujours dans l'Occident un ennemi naturel. Et l'on ne peut douter que la cassure entre ces deux mondes date des croisades, ressenties par les Arabes, aujourd'hui encore, comme un viol. » Un viol, les croisades ? Sur le plan factuel, il sera toujours possible de répliquer que ce sont les musulmans qui, en envahissant des terres chrétiennes, ont violé les premiers. Mais l'expression est dangereuse, car elle semble ouvrir un crédit éternel de victimes aux pays musulmans. Et l'historien sait que les raisonnements par analogie doivent être maniés avec prudence : répétons-le, on ne peut comparer l'univers politique, social et mental de la chrétienté médiévale avec le nôtre. Mais cette autonomie de l'histoire vaut dans tous les sens. Ce n'est pas parce que nous sommes aujourd'hui confrontés à la présence de l'islam dans la société française qu'il faut récrire le passé. Les croisades, avec leurs ombres et leurs lumières, ont été une formidable épopée. On a bien le droit d'y rêver.

J. Sévillia.

La Bataille Préliminaire.

INTRODUCTION

Il devient de plus en plus évident que la lutte contre-révolutionnaire se déroule sur deux niveaux.

1 - Nous devons d'abord nous battre pour conserver les ultimes positions qui nous restent. Il faut de toute évidence et de toute nécessité, conserver nos chapelles, nos quelques monastères, nos écoles, nos publications, nos associations, et plus généralement nos espérances de salut et l'orthodoxie de nos doctrines. Nous sommes ainsi impliqués dans une série de combats conservatoires de petite amplitude auxquels nous ne saurions nous soustraire.
En effet, nous trouvons la mention de ces combats dans l'Ecriture elle-même. Saint Jean l'Évangéliste, sous la dictée de "Celui qui a les sept esprits de Dieu et les sept étoiles, c'est-à-dire sous la dictée de Notre-Seigneur, s'adresse à l'ange de l'église de Sardes en disant :
"Esto vigilens et confirma cetera quæ moritura erant", ce qui signifie : "Sois vigilant et maintiens les restes qui allaient périr". (Apoc. III, 2).
L'Eglise de Sardes, nous le savons, correspond à notre temps. C'est donc à nous que s'adresse cette admonestation "maintiens les restes". Le ciel attend de nous cette sauvegarde des restes. Elle formule notre mission. Elle constitue notre combat contre-révolutionnaire quotidien. Telle est la bataille inférieure. C'est une bataille défensive, une bataille de maintenance.

2 - Mais au-dessus de ces innombrables engagements conservatoires, une bataille, plus importante encore, a commencé dont l'objectif est la mutation du pouvoir.
"Je régnerai malgré mes ennemis".
Qui d'entre nous aurait oublié cette promesse laconique mais formelle, que Notre-Seigneur a faite à sainte Marguerite-Marie en 1689 ? A elle seule, elle pourrait nous suffire. Mais elle a été renouvelée, au cours des XIXe et XXe siècles, à un grand nombre de mystiques, en particulier à madame Royer. Et quand on songe que le serment résulte de la répétition de la promesse, on peut affirmer que le règne du Sacré-Cœur nous a été promis avec serment. Nous pouvons donc être assurés qu'aujourd'hui Notre-Seigneur opère mystérieusement selon Sa manière habituelle, en vue d'extirper le pouvoir de la Bête et d'instaurer Son règne propre. Ce mystérieux combat, dont Il est l'agent essentiel, constitue la bataille supérieure, celle de l'objectif principal.
Ces deux batailles répondent l'une et l'autre à la volonté divine. 0n comprend que nous ne puissions les éluder ni l'une ni l'autre.
Elles sont entremêlées parce qu'elles sont soutenues l'une et l'autre par les mêmes combattants lesquels ont ainsi deux luttes différentes à mener. Il est de la première importance de distinguer ces deux luttes puisqu'elles n'ont pas le même objectif et que par conséquent elles ne sont pas susceptibles de la même stratégie. En particulier la part qui revient à Dieu et celle qui revient aux hommes diffèrent grandement entre l'une et l'autre bataille.
Les incompréhensions que l'on constate entre les chefs de groupes proviennent de ce que la plupart ne voient qu'un seul et même combat et confondent les objectifs secondaires, qui sont ceux de la bataille inférieure, avec l'objectif principal qui est celui de la bataille supérieure.
Ce sont précisément les stratégies respectives de ces deux affrontements superposés que nous voudrions examiner d'un peu plus près.


I. LA BATAILLE INFÉRIEURE

Comment conduire la "bataille de la maintenance" ? Elle présente, du fait de ses racines historiques, un certain nombre de particularités d'où découlent, pour les chefs de groupes, des servitudes tactiques. Ils ne peuvent pas se livrer à n'importe quelles actions. Leurs initiatives sont circonscrites dans certaines limites. Servitudes et limites que nous évoquerons en quatre paragraphes :

LE DYNAMISME REACTIONNAIRE FONDAMENTAL

Les véritables forces vives de la France ont toujours été anti-révolutionnaires. Le don initial qui a été fait à notre pays c'est la monarchie chrétienne. La république laïque est un châtiment entraîné par les péchés du peuple "propter peccata populi". La tendance spontanée de la France ne va pas à la république mais à la restauration. Notre Nation désire notamment revenir au don initial. Tel est son dynamisme fondamental.
Ce rejet instinctif de la révolution est particulièrement sensible aujourd'hui. Nous assistons incontestablement à une renaissance des forces vives. De sorte que des traditionalistes, constatant la remontée du potentiel réactionnaire se croient suffisamment puissants pour affronter, avec de sérieuses chances de succès, des épreuves de forces qui les opposeraient au pouvoir révolutionnaire. Et il faut reconnaître que, dans l'absolu, ils ont raison car la réaction élémentaire de la nation, quand on la considère isolément, est un phénomène puissant et particulièrement actuel.
Cependant aux antipodes de ce courant fondamental, "l'Adversaire" a tissé un réseau serré de contraintes révolutionnaires qui est totalement artificiel, mais qui s'impose d'une manière absolue. Le pouvoir légal appartient à ce réseau, et a fortiori le "pouvoir occulte" qui en est l'inspirateur bien connu.
L'habileté de nos politiciens, qui est considérable, consiste essentiellement à faire voter la France à l'opposé de son dynamisme fondamental. C'est là le plus clair de leur travail et on le déclare admirable.
La France est comme une monture dominée par un cavalier qui ne travaille qu'à l'exténuer. Elle n'a plus la force de le désarçonner. Bref l'énergie réactionnaire toujours renaissante de notre pays est sans cesse neutralisée, muti-lée et inversée. Les nouvelles générations anti-révolutionnaires sont fauchées à mesure qu'elles sortent de terre. Et la France chemine d'épurations en épurations.
Le "pouvoir de la Bête" bien qu'essentiellement utopique de par sa nature, est devenu, en fait, irréversible.
L'actuelle poussée du dynamisme réactionnaire ne doit pas nous faire illusion. Elle subira le même sort que les précédents. On lui prépare une nouvelle épuration.
Telle est la première particularité de la bataille inférieure : à savoir qu'elle est livrée par une minorité, vigoureuse bien sûr, mais humainement impuissante. Il est bon que les chefs de groupes prennent conscience de cette première difficulté. Le dynamisme réactionnaire fondamental est réel, mais il est neutralisé par un dispositif révolutionnaire pratiquement insurmontable.

LA MAUVAISE POSITION JURIDIQUE

Les traditionalistes ont conscience de défendre les droits de Dieu en face du pouvoir de la Bête. Ils puisent là leur ardeur et leur confiance. Mais ils s'imaginent trop facilement que cette position de principe leur donne, sur l'Etat laïque, une prééminence juridique. Ils descendent dans la rue en brandissant le Décalogue et l’Évangile et en accusant l'Etat de les avoir violés. Ils les opposent aux maires, aux préfets et aux ministres en leur disant :
"C'est votre devoir, de par le droit divin, qui est au-dessus de toutes les lois humaines, d'interdire l'avortement, l'euthanasie, les blasphèmes publics des spectacles, la construction des mosquées, la naturalisation massive des musulmans... et toutes ces choses exécrables".
Mais comment ne pas voir qu'il est maintenant trop tard pour tenir un tel discours ? Il fallait commencer par s'opposer à la laïcisation constitutionnelle de l'Etat. Or précisément, cette laïcisation a été obtenue, en 1958, grâce aux suffrages des catholiques.
Ce sont les catholiques qui ont fait pencher la balance du côté de l'apostasie définitive de l'Etat. Poussés par leurs évêques, eux-mêmes manipulés par le futur cardinal Villot, alors directeur du secrétariat de l'épiscopat français, ils ont voté en masse pour la constitution laïque que le général De Gaulle leur proposait. Il n'est plus l'heure aujourd'hui d'exiger de l'Etat sans Dieu, la reconnaissance des droits de Dieu.
Dans le combat "au jour le jour" que nous devons mener, nous sommes réduits aux moyens de la légalité laï-que qui de surcroît, deviendra de plus en plus rigoureuse, réduisant toujours plus nos moyens de défense.
Une légalité socialiste se met en place dans laquelle les chrétiens et leur Dieu seront tenus pour ennemis publics. On comprend qu'une telle situation soit exaspérante pour les traditionalistes et leurs chefs de groupes.
Si cependant, sous prétexte de faire valoir un droit divin nous entreprenions, contre l'Etat laïque une guerre de principe, nous transgresserions les limites de la bataille inférieure pour entrer dans la zone d'action de la bataille supérieure, laquelle relève d'une stratégie différente comme nous allons le voir.

LA VEILLEUSE A ENTRETENIR

La bataille au jour le jour n'est pas une bataille de rupture. Les forces qui y sont engagées n'ont pas les moyens d'une rupture. Leur ministère propre est celui de sauvegarder "les restes qui allaient périr".
Il faut que le Maître, quand Il viendra, nous trouve "veillant". Il nous demande précisément de ne pas disparaître, de ne pas gaspiller des forces et des vies qui sont les Siennes et dont Il aura besoin.
Car les combattants de la bataille inférieure, nous l'avons déjà fait remarquer, sont les mêmes que ceux de la bataille supérieure, laquelle vise à la mutation du pouvoir. Placés, par la Providence, à la charnière des deux phases, ils doivent mener deux guerres qui sont simultanées dans le temps et différentes quand à leurs objectifs et à leurs stratégies.
Nous allons voir que, dans la bataille supérieure, la part de Dieu domine tout et oblitère totalement celle de l'homme. Mais allons-nous conclure de là que cette "part divine" est négligeable dans les combats conservatoires ? Assurément non. Comment pourrait-on, sans l'aide du Ciel, sans l'aide des anges et des saints patrons, franchir les étapes obligées d'une guerre civile et étrangère que l'on peut résumer en quelques mots : provocations, déstabilisation, otages, représailles, délation, tribunaux populaires, tribunaux clandestins, terreur politique, vengeances personnelles, inflation, banqueroute, anarchie ?
L'une des conditions essentielles pour maintenir ne serait-ce qu'une humble veilleuse, au cours de cette période complexe et sévère, c'est la constante élévation de l'esprit vers le Ciel, pour en obtenir à chaque instant les protections indispensables. La part de Dieu n'est donc pas négligeable dans les luttes de la maintenance.

UNE STRATEGIE DE PRUDENCE

Concernant la conduite de la bataille conservatoire, deux remarques préliminaires s'imposent :
- cette bataille ne vise que des objectifs secondaires ;
- aucune assistance divine exceptionnelle ne lui est promise.
Par conséquent, la bataille inférieure doit être conduite selon les procédés habituels du gouvernement humain. C'est saint Thomas (si notre souvenir ne nous trompe pas) qui va nous indiquer l'essentiel de cette conduite.
On raconte qu'un soir il arriva pour passer la nuit dans un monastère où l'on procédait à l'élection de l'Abbé.
"Nous avons élu le plus savant" lui dit-on.
Saint Thomas objecta :
"Si c'est le plus savant, qu'il enseigne".
Les moines recommencèrent l'élection.
"Nous avons, cette fois, élu le plus pieux".
"Si c'est le plus pieux, dit-il, qu'il prie".
On recommence une troisième fois.
"Nous avons élu le plus prudent".
"Si c'est le plus prudent, qu'il gouverne".
La bataille conservatoire doit être menée avec prudence. Or, le même saint Thomas, en un autre passage, accepte, dans le cas où le peuple est gravement tyrannisé, l'éventualité d'une révolte à un certain nombre de conditions qui se résument en ceci : il faut que le remède, c'est à dire la révolte, ne soit pas pire que le mal, c'est-à-dire la tyrannie. Si la révolte entraîne plus d'inconvénients que d'avantages, elle dépasse les limites de la prudence et on doit éviter d'y recourir pour ne pas aggraver la situation.
L'activité conservatoire peut, à certains moments, exiger des coups d'audace. Le combat des traditionalistes en fournit déjà quelques mémorables exemples et il est vraisemblable qu'il en fournira d'autres. Nous disons seulement que ces coups d'audace ne doivent pas être des "coups de tête" et des "coups de dés" que l'on tente à la légère. Ils doivent comporter un fond de réflexion et de prudence. C'est absolument incontestable.
C'est une chose que la vertu de force qui siège dans l'âme, et c'en est une autre bien différente que la force physique. A quoi nous sert d'avoir l'âme pleine de force morale, si nous n'avons, au bout des bras, aucune force matérielle à mettre en œuvre.
La vertu de force ne nous donne pas à elle seule le pouvoir d'intervenir.
Quand l'adversaire est au maximum de sa puissance et qu'il prépare une nouvelle épuration, le simple bon sens exige que l'on recommande, non pas l'inaction certes, mais tout de même la prudence.

CONCLUSION

Nous venons de marquer la différence entre d'une part les objectifs secondaires, à savoir la maintenance des ultimes positions traditionnelles qui constituent l'enjeu de la bataille inférieure, et d'autre part l'objectif principal à savoir l'extirpation du pouvoir de la Bête qui est l'enjeu de la bataille supérieure.
Beaucoup ne voudront pas admettre cette distinction. Ils diront et ils disent déjà :
«Il n'y a pas deux batailles, il n'y en a qu'une. La mutation du pouvoir ne peut résulter que de la succession des petites victoires élémentaires du combat au jour le jour. Cette mutation est une affaire de longue haleine, notre remontée ne peut être que très lente. Il est utopique d'escompter un dénouement brusqué».
Les chefs de groupes qui raisonnent ainsi vont faire porter leur effort principal sur les objectifs secondaires, ceux précisément devant lesquels nos adversaires les attendent, forts de leur légalité socialiste.
Nos adversaires, en effet, chercheront, comme ils le font d'ordinaire, à nous faire perdre notre sang froid et à nous entraîner dans la violence. Et il est vraisemblable qu'ils y réussiront, en partie tout au moins, faisant tomber ainsi de grands pans de la défense traditionnelle.
Madame Royer, apôtre de la dévotion au Sacré-Cœur et âme privilégiée, écrit prophétiquement :
"Les Français en arriveront aux confins du désespoir".
Cette expression montre bien qu'elle n'envisage pas une "lente remontée", mais une succession d'échecs.
Tel est le pronostic, fort pessimiste, il est vrai, que l'on peut faire quant à la bataille inférieure. Nous allons voir qu'il n'en est pas de même en ce qui concerne la bataille supérieure à laquelle nous arrivons maintenant.


II. LA BATAILLE SUPÉRIEURE


UN DOUBLE OBJECTIF

La bataille supérieure se propose un double objectif :
- l'extirpation du pouvoir de la Bête
- la restauration du pouvoir de droit divin.
Or, ce double objectif est radicalement impossible à atteindre pour la minorité réactionnaire actuellement subsistante, neutralisée qu'elle est par l'appareil maçonnique.
Et cependant nous savons, grâce aux promesses qui ont été faites par le Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie et à tant d'autres âmes privilégiées, que cette bataille se déroule déjà invisiblement et qu'elle progresse inexorablement vers la finalité victorieuse qui lui est réservée.
Que savons-nous sur le déroulement probable de cette bataille ?
Nous savons à coup sûr deux choses :
- elle est menée par la même minorité sur laquelle pèse déjà la bataille inférieure ;
- elle se terminera par un miracle de résurrection.
Nous allons examiner, en deux paragraphes, la place et le rôle respectifs de cette minorité et de ce miracle.

A - LE PETIT NOMBRE

Ceux qui comprennent le plan de Dieu et qui s'appliquent à y correspondre forment, on en conviendra, ce "petit nombre" auquel Notre-Dame de La Salette fait appel quand elle dit "combattez, enfants de lumière, vous, petit nombre qui y voyez".
Quel est, dans l'ordre surnaturel, la signification de cette minorité, et que peut-on en attendre dans notre combat terrestre ?
Dieu se réserve toujours un "petit nombre" chez qui Il met la Foi comme en réserve. Souvent même c'est à un seul homme qu'Il la confie. Par exemple Moïse n'avait que son bâton, et sa foi, pour faire sortir les Hébreux d'Égypte. De même, David n'avait que sa fronde et sa foi, pour vaincre Goliath. De même encore, au temps de l'Incarnation, une seule famille était parfaite, la Sainte Famille, dont le chef était saint Joseph.
Cette "réserve de foi" étant constituée, Dieu n'intervient en personne qu'à la dernière minute, quand tout espoir humain est perdu. Il est bien évident qu'un "Sauveur" ne sauve que quand tout est perdu.
Pour que le déploiement de la puissance divine soit manifeste, il faut que la "réserve de foi" ne soit plus qu'un rien, c'est-à-dire très peu de chose. Mais il ne faut pas que la réserve de foi ait complètement disparu.
Il y a là une disposition providentielle qui demande à être bien comprise.
Il semblerait pourtant que, s'il ne restait absolument rien, absolument plus aucune foi, si Dieu n'avait plus aucun "témoin" sur la terre, Sa puissance et Son triomphe seraient plus manifeste chaque fois qu'Il est amené à restaurer Ses œuvres ruinées par la négligence humaine.
Mais il faut bien comprendre que si Dieu Se conserve une base infime, un seul homme, une famille unique, un "petit nombre", c'est parce qu'Il ne fait pas aujourd'hui une création nouvelle. Il fait Ses œuvres terrestres avec "des riens", mais non pas avec rien. Il opère avec des petits restes, c'est-à-dire avec des choses négligeables, avec des riens qui rappellent le néant dont Il a tiré la création, mais des riens qui ne sont cependant pas le néant.
Tel est le rôle surnaturel du "petit nombre" évoqué par Notre-Dame de La Salette : un reste infime dont Dieu entend Se servir pour restaurer ce qui a été aboli.
Quelle est maintenant sa valeur dans le combat terrestre ? Et tout d'abord peut-on lui assigner un niveau quantitatif ?
Le "petit nombre" dont nous parlons, c'est tout simplement une minorité que Dieu constitue Lui-même et dont Il augmente ou restreint le nombre comme il Lui convient. Il recrute cette minorité où Il veut et pas seulement chez ceux qui se croient, à tort ou à raison, l'élite désignée.
Cette minorité doit-elle s'interdire tout prosélytisme afin de rester minorité close ? Une telle restriction serait impossible à réaliser et elle ne serait d'ailleurs pas souhaitable. Un prosélytisme modéré est nécessaire. Il est révélateur d'une saine vitalité. Il faut seulement qu'il reste un prosélytisme de détection se réduisant à découvrir des âmes déjà providentiellement préparées, des âmes en "harmonie pré-établie". Il dépasserait ses limites normales s'il se transformait en propagande tapageuse, avec des moyens médiatiques.
Nous allons essayer de découvrir, autant que cela est possible, le rôle du "petit nombre" dans la bataille supérieure. Mais nous comprendrons d'autant mieux ce rôle que nous aurons examiné d'abord dans quelles conditions pourrait intervenir le «miracle de la résurrection» que le petit nombre doit précisément appeler de ses vœux.

B - UN MIRACLE DE RESURRECTION

Quand on fait la synthèse des prophéties privées dont les archives religieuses ont conservé la trace depuis les origines de la France chrétienne, on est vite convaincu que nous sommes en droit d'attendre, en faveur de l'ancienne monarchie aujourd'hui détruite, une intervention divine que l'on peut bien nommer un miracle de résurrection.
Qui donc est ainsi promis à la résurrection ?
C'est d'abord la Royauté abolie depuis 200 ans. Mais c'est également la France qui, privée de son chef c'est-à-dire de sa tête, est morte à la grâce en tant que nation. Et c'est encore l'Église universelle, tombée au pouvoir de son adversaire et qui, elle aussi, est en état de mort mystique.
Pour comprendre ce qui doit se produire, nous sommes tout naturellement conduits à nous reporter à la résurrection-type, à savoir la résurrection de saint Lazare qui est décrite dans l'Évangile de saint Jean, au chapitre XI. Les quatre phases de cet extraordinaire événement nous suggéreront quelles peuvent être aussi les quatre phases de la résurrection de la France royale.

LES QUATRE PHASES DE LA RESURRECTION DE LAZARE

- Première phase :
Jésus, sachant ce qu'Il doit accomplir, s'avance, avec une lenteur réfléchie, vers la maison de Lazare à Béthanie. Il rencontre Marthe et Il s'enquiert tout de suite de son degré de Foi, car telle est la condition préalable à la résurrection de celui qui vient de mourir :
"Je suis la résurrection et la vie... le crois-tu ?"
Et Marthe répond :
"Oui Seigneur, je crois que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu, qui venez dans le monde".
Et elle croit cela, non point par adhésion à une doctrine magistrale, qui n'existe pas encore, mais elle y croit de "foi humaine", comme Charles VIl croira aux voix de Jeanne d'Arc. Cette absence de scepticisme chez Marthe, cette confiance ouvre la voie à l'exercice de la puissance divine.

- Deuxième phase :
Jésus donc, frémissant de nouveau en Lui-même, s'approche du tombeau. C'était un caveau et une pierre était roulée devant l'ouverture pour l'obstruer. Jésus dit :
"Tollite lapidem", (ôtez la pierre).
Ce travail, en effet, n'incombe pas à Dieu puisqu'il est à la portée de la force humaine. C'est pourquoi le Verbe Incarné ne s'en charge pas.
Nous remarquons aussi que la pierre est un obstacle entre Jésus et le cadavre qu'il s'agit de ramener à la vie. Nous verrons plus loin quelle est, dans l'optique particulière de notre interprétation, la signification de cet obstacle.

- Troisième phase :
C'est la phase essentielle. Jésus crie d'une voix forte :
"Lazare veni foras" (Lazare vient dehors).
Il fait ce que seul un Dieu peur faire : ressusciter un mort. Nous retrouverons cette phase essentielle dans le processus de restauration.

- Quatrième phase :
Le mort sortit du tombeau, lié de bandelettes aux pieds et aux mains. Et son visage était enveloppé d'un suaire. Jésus leur dit :
"Solvite eum et sinite abire" (Déliez-le et laissez-le aller).
Ce sont de nouveau les hommes qui opèrent parce que le déliement des bandelettes est un travail qui ne nécessite pas l'intervention de la Divinité.
Telle sont les quatre phases de la résurrection-type :
"Ego credidi" – "tollite lapidem" – "veni foras" et "solvite eum".
On éclaire les événements que nous attentions et on les rend plus intelligibles quand on leur applique cette quadruple distinction. C'est ce que nous allons faire dans un instant.

On avait assisté à un épisode moins éclatant mais d'une signification analogue quand Jésus avait ressuscité la fille de Jaïre, une fillette de douze ans. "Or l'ayant prise par la main, Il dit à voix haute : enfant réveille-toi. Et son esprit lui revint et elle se leva aussitôt. Et Il prescrivit qu'on lui donne à manger" (Luc VIII, 54-55).
Là aussi on observe l'opération divine de la résurrection d'abord. Puis, ensuite seulement, les hommes font ce qui leur incombe : donner à manger à l'enfant ressuscitée. Dans ce miracle, le travail de donner à manger à la fil-lette correspond, pour la résurrection de Lazare au travail de déliement des bandelettes.

LES QUATRE PHASES DE LA RESTAURATION

- Ego credidi
Nous n'éviterons pas l'épreuve préalable de la confiance. Croyons-nous Jésus capable de restaurer la monarchie qu'Il a Lui-même fondée à Reims autrefois ? Beaucoup aujourd'hui n'y croient pas. Mais il se trouvera toujours un "petit nombre" pour y croire. Sur eux repose la responsabilité, non pas d'opérer la restauration, mais de la ren-dre possible, de lui ouvrir la voie. Pour ouvrir cette voie, il faut commencer par croire à la puissance et à la miséricorde du Seigneur

- Omnipotens et misericors Dominus
Nous sommes dans une situation tout à fait semblable à celle de Marthe. Nous ne suivons pas, nous non plus, de doctrine magistrale puisque la restauration de la monarchie n'est pas une vérité de foi divine. Si nous y croyons, c est seulement "de foi humaine". L'Église ne nous y oblige pas, mais nous y croyons parce que des preuves raisonnables nous en ont été fournies.

- Tollite lapidem
Pas d'intervention divine avant d'avoir ôté la pierre. Ôter la pierre, c'est ôter l'obstacle qui empêche Dieu d'inter-venir. Et cet obstacle, c'est l'insuffisance de nos désirs et de nos prières.
Comment se fait-il qu'il soit nécessaire de demander à Notre-Seigneur, avec tant d'insistance, une intervention qu'Il nous a Lui-même annoncée et qu'Il brûle de nous accorder ? Telle est pourtant bien l'économie de la Grâce. Elle a de quoi surprendre notre logique humaine.
Pour nous aider à admettre cette logique de la grâce, remarquons que le Verbe Incarné Lui-même, pour lequel cependant l'univers a été créé, est soumis à la nécessité de "postuler", c'est-à-dire de réclamer son propre héritage :
"Postula a me et dabo tibi gentes hereditatem tuam et possessionem tuam terminos terræ" (Demande-Moi et Je Te donnerai les nations pour héritage et pour Ta possession les extrémités de la terre) (Ps II, 8).
L'héritage lui revient de droit, mais pour entrer en sa possession, il faut qu'Il le réclame.
Si l'héritier en titre est tenu de demander Son héritage, a fortiori nous, qui sommes si peu de choses, devons-nous demander une restauration à laquelle nous n'avons aucun droit en stricte justice. Elle nous est promise, certes, mais elle ne nous est pas due.
Le Messie promis doit toujours être désiré. Il ne saurait apparaître dans un pays qui lui manifesterait de l'indifférence. Il lui faut toujours une minorité qui L'attende. Il était déjà nécessaire de Le désirer sous l'empire de l'ancienne loi. La même nécessité subsiste aujourd'hui pour nous qui attendons Son avènement de majesté : Il doit être désiré avant tous les épisodes qui sont des préfigurations de Son «second avènement».
Dans l'Ecriture, le Verbe Incarné est souvent appelé le désiré des nations. Il faut Le désirer, Lui et tous ceux qu'Il envoie "aux temps marqués", pour Le préfigurer et Le préparer. Et le Roi du Sacré-Cœur est précisément de ceux-là.
Notre-Seigneur nous convie ainsi à un véritable ministère de désir. Il nous donne de participer, selon notre rang, au gouvernement providentiel sur la chrétienté en perdition.
Quelle activité ce ministère va-t-il exiger de nous ? Pour ouvrir la voie à l'intervention divine, il faut que la somme des désirs ait atteint la mesure comble. Ôter la pierre, c'est supprimer l'obstacle entre Jésus et le cadavre. C'est donc aussi combler la mesure des désirs et permettre à l'action divine de s'exercer.

- Lazare veni foras
PAS DE RESTAURATION POSSIBLE SANS UNE INTERVENTION DIVINE. Il n'y a aucun moyen humain de ressusciter, ni un cadavre de quatre jours, ni une monarchie abolie depuis 200 ans et exécrée par une société secrète mondialement organisée.
Nous devons être bien persuadé que la résurrection que nous attendons est l'œuvre de Dieu d'abord. Elle est destinée à procurer la gloire de Dieu comme c'était déjà le cas pour la résurrection de Lazare :
"Cette maladie n'est pas à la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu en soit glorifié" Jean XI, 4
Or Dieu est jaloux de Sa gloire :
"Gloriam meam alteri non dabo" (Isaïe XLII, 8) (Je ne donnerai pas Ma gloire à un autre).
Ou encore, dans le Deutéronome V, 3 :
"Je suis le Seigneur ton Dieu, fort et jaloux".
Dieu se réserve la gloire de la résurrection. En conséquence, nous devons nous effacer devant Lui, afin de ne rien Lui ravir de Sa gloire.

- Solvite eum
Après l'action de Dieu, viendra la nôtre. Car la nôtre viendra aussi, mais seulement après, comme le déliement des bandelettes de Lazare et comme le repas donné à la fille de Jaïre.
Qu'aurons-nous à faire alors ? Sans doute beaucoup de choses. Il est même vraisemblable que "la moisson sera abondante et qu'il y aura peu d'ouvriers". Mais les tâches d'alors, nous ne pouvons pas les connaître maintenant. Elles sont enfermées dans les secrets de l'avenir. Le texte dit seulement : "Laissez-le aller". Cette expression sous-entend que Dieu donnera au Roi du Sacré-Cœur une inspiration en rapport avec les circonstances nouvelles. Nous n'aurons qu'à nous laisser guider.
Bref, la "bataille supérieure", celle qui a pour objectif la mutation du pouvoir est livrée par Notre-Seigneur seul. C'est son œuvre personnelle.
Et d'ailleurs, par qui d'autre pourrait-elle être exécutée ? En effet, il s'agit d'abord d'enlever son pouvoir à la Bête, contre laquelle l'homme est impuissant. Il faut en même temps procéder comme à la seconde fondation d'une monarchie de droit divin. Toutes causes qui ne peuvent être opérées que par Dieu.
Toutefois, le divin Maître, nous l'avons vu, entend que le "petit nombre" intervienne pour ôter l'obstacle qui s'oppose à l'action divine, et même, dans une certaine mesure, pour la déclencher.
Nous avons donné le nom de "Bataille préliminaire" à tout ce travail préparatoire. Ce travail est un véritable combat parce qu'il a une hostilité générale à vaincre. C'est cette phase préparatoire que nous voudrions maintenant approfondir autant qu'il est possible.

III. LA BATAILLE PRÉLIMINAIRE

Notre analyse nous a finalement permis de distinguer trois batailles superposées :
- celle de la maintenance, qui se situe à la base et que nous avons pour cela appelée «inférieure» ;
- celle de la supplication, que nous appelons "préliminaire", puisqu'elle ouvre la voie,
- et enfin celle de la mutation, qui vise l'objectif principal et qui est de compétence exclusivement divine.
C'est la bataille du désir et de la supplication qui va nous intéresser maintenant, dans cette troisième et dernière partie.
A qui incombe-t-elle et quels vont en être les combattants ? Elle incombe à cette minorité qui assume en même temps la maintenance. Il faut être homme d'action pour assumer la maintenance, et homme d'oraison pour participer à la supplication. Ces deux attitudes sont difficiles à concilier, convenons-en.
Nous avons déjà noté cette caractéristique, qui est essentielle sur le plan psychologique, car elle explique les divergences dans l'appréciation des priorités.
Que faut-il privilégier, l'action ou la prière ?
C'est un problème que nous ne pouvons pas éluder. Nous n'y pouvons rien : la situation est telle qu'il se déroule, en ce moment, un combat terrestre retardateur, en même temps qu'un combat céleste préparatoire. Et ce sont les mêmes hommes qui sont mêlés aux deux combats.
Ce problème de la cohabitation de l'actif et de l'orant dans le même combattant est résolu quand on se souvient qu'il y a un temps pour tout. Un temps pour l'oraison qui doit précéder et un temps pour l'action, qui doit suivre. Un temps pour la "vie cachée" et un temps pour la "vie publique".
Ce qui est certain, c'est que le combat de la supplication est réservé au «petit nombre» qui conserve la foi, et non seulement la foi dans les vérités du dogme, mais aussi la confiance dans les promesses de restauration. Cette confiance est nécessaire puisque le but de la supplication est précisément d'obtenir la réalisation de ces promesses.
Voyons maintenant contre qui est dirigée cette "bataille préliminaire". Si étrange que cela paraisse elle est dirigée contre Dieu.
Il faut faire l'assaut du ciel. C'est Dieu qu'il s'agit de fléchir. Et c'est Dieu Lui-même qui nous a donné des armes contre Lui. Ces armes sont la prière à laquelle il faut ajouter la pénitence qui donne des ailes à la prière. Par elles, les obstacles sont levés, la pierre du tombeau est ôtée, et la décision divine de faire miséricorde est enfin prise.
Or nous observons précisément que cette décision divine se fait attendre. L'Époux tarde à venir. Toutes les œuvres de Jésus-Christ sur la terre, les ecclésiastiques comme les temporelles, sont rongées de l'intérieur. Il n'en subsiste plus que les apparences et pourtant Dieu ne donne pas, pour l'heure, de signes d'indignation manifestes. C'est donc que la somme des désirs n'a pas atteint la mesure comble. Dieu attend. L'Ecriture nous apprend qu'Il est "lent à la colère".
Les combattants de la bataille préliminaire sont comparables aux vierges sages qui ont mis de l'huile dans leurs lampes, l'huile de la prière qui veille dans la nuit. Mais l'Époux tarde toujours à venir parce que l'intensité de la supplication n'est pas assez grande. Il y a là un grave défaut à corriger. Nous convenons volontiers qu'il faut prier, mais nous ne le faisons pas, du moins pas avec l'intensité qui serait nécessaire.
L'Eglise nous fait répéter chaque matin, au pied de l'autel, l'invocation :
"Et clamor meus ad te veniat".
Il faut en effet que notre âme pousse une véritable "clameur". Une clameur collective peut-être un jour, mais à coup sûr une clameur individuelle aujourd'hui. Or nous en sommes encore loin. Nous en restons à un désir tiède. Et sous ce rapport nous participons à la léthargie spirituelle générale.
Pour percer la voûte des cieux et en faire descendre la puissance et la miséricorde divines, nous ne serons pas mieux traités que le Maître. Or c'est le cri poussé par Notre-Seigneur avant de rendre l'esprit qui a percé la voûte des cieux et en a fait descendre le Saint-Esprit, cinquante jours plus tard. Et ce cri Lui a été arraché par la douleur. Il est à craindre que notre clameur n'atteigne l'intensité suffisante que quand elle nous sera arrachée par la douleur. Cependant, ne craignons rien, gardons confiance. Les grâces nécessaires accompagnent toujours les épreuves.
L'état d'extrême angoisse dans lequel nous sommes quant à la ruine envahissante de toutes les œuvres terrestres de Notre-Seigneur Jésus-Christ engendre une véritable spiritualité, c'est-à-dire une forme particulière de piété. Car notre âme est occupée uniquement par cette angoisse qui efface et surpasse tout les autres sentiments. Il nous est devenu impossible de penser à autre chose, tellement la situation est inouïe. Tel devait être aussi l'état d'esprit de Jeanne d'Arc qui contemplait avec tristesse "la grande pitié du royaume de France".
Quel est l'axe de cette "spiritualité de combat"? Sur quels soucis et sur quel espoir principal est-elle centrée ? Tout finit par où tout a commencé. Les finalités du royaume très chrétien seront l'image agrandie de ses origines. La France et sa royauté finiront dans le miracle comme elles ont commencé. C'est le double zèle de notre origine et de notre finalité qui va commander notre spiritualité de combat, notre dévotion particulière de temps de crise.
"L'iniquité a inondé la terre, elle n'est qu'iniquité. Quels saints prierons-nous ?" s'écrie tout à coup Dom Caliste, au milieu d'un profond silence, lors d'un office de l'Abbaye de Cluny, en 1751, trente-huit ans avant la Révolution .
Nous prierons les saints de nos origines et ceux que l'Eglise nous donne comme protecteurs. Ils nous feront produire les fruits de leur esprit : saint Denis, saint Martin, saint Remy, saint Hilaire, sainte Clotilde, sainte Geneviève, saint Louis, sainte Jeanne d'Arc, sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face, patronnes secondaires de la France.
Nous prierons habituellement les saints anges. lis nous communiqueront leur désir de la manifestation du Verbe Incarné lequel est appelé :
"Desiderium collium eternorum" (le désiré des collines éternelles).
Les collines éternelles ce sont les anges. On les appelle collines parce qu'ils sont des éminences, des sommités.
Les anges sont de bons guides. Ils ne dévient pas. Ils ne sont pas animés par le propre esprit, mais par le Saint-Esprit. Ils ne font rien d'eux-mêmes. Ils attendent tout de l'impulsion de Dieu dont ils se contentent d'être les messagers :
"Benedicite Domine omnes angeli ejus - Potentes virtute, qui facitis verbum ejus - ad audiendam vocem sermo-num ejus" (Bénissez le Seigneur, vous tous Ses anges, héros puissants et forts, qui exécutez Ses paroles, dociles à Sa voix et à Ses commandements) (Ps. CII, 20).
Rien n'est plus recommandé aujourd'hui que de mêler notre désir à ceux des neufs chœurs des anges. L'union fait la force. Attirons-les vers nous.
Comment attire-t-on les anges ? On les attire en leur ressemblant. On attire saint Michel par l'humilité qui est sa vertu cardinale.
Les plus roboratives des dévotions sont celles qui s'adressent à la Personne de Notre-Seigneur, à Son Sacré-Cœur, à Son Précieux Sang, à Sa Sainte Face ("montrez-nous Votre Face et nous seront sauvés"), Son Chef Sacré comme siège de la divine Sagesse. Chacun choisira celle de ces dévotions vers laquelle il est le plus spontanément porté.
Le Roi de l'Univers a toujours recommandé que, pour L'atteindre, on passe par l'intermédiaire de Sa Mère qu'Il a instituée "Médiatrice de toutes grâces" et qui participe, comme Reine, à Son gouvernement.
La Vierge Marie est le "cou" qui relie le "corps" mystique à Son "chef". Elle est appelée "Tour d'Ivoire" et "Tour davidique" parce que le cou a la forme d'une tour. Dans les temps modernes, elle s'est manifestée à des témoins choisis, nous montrant sa sollicitude et aussi son angoisse devant la montée de l'iniquité, et réalisant ainsi, sous nos yeux, la célèbre prophétie contenue dans Le Cantique des Cantiques :
"Quæ est ista quæ progreditur quasi aurora consurgens, pulchra ut luna, electa ut sol, terribilis ut castrum acies ordinata ?" (quelle est celle-ci qui s'avance comme l'aurore, belle comme la lune, éclatante comme le soleil, terrible comme une armée rangée en bataille).
Quand aux pratiques, on peut en recenser trois qui sont particulièrement en harmonie avec la "spiritualité de crise" qui est la nôtre : la pratique de l'Heure Sainte, celle de la messe du premier vendredi du mois et celle de la communion réparatrice des cinq premiers samedis du mois.
L'Heure Sainte a été instituée par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même dans les dernières heures de Sa vie terrestre. Elle se fait dans la nuit du jeudi au premier vendredi de chaque mois. Elle consiste à méditer sur la Sainte Agonie du jardin des Oliviers. On en retire une grande force.
La messe du premier vendredi du mois à été demandée par le Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie. Elle possède une grande efficacité pour préparer la consécration de la France au Sacré-Cœur, consécration dont on doit attendre un déluge de grâces pour notre pays.
La communion réparatrice des cinq premiers samedis du mois a été demandée par la Vierge Marie à Lucie de Fatima. Elle a le sens d'une amende honorable et on en retire de grands bénéfices.
Ces pratiques ne sont certes pas faciles, surtout pour des personnes en activité professionnelle. De plus, il est bien connu que le démon s'acharne à les entraver. On aimera vaincre ces résistances ; elles appartiennent aux rigueurs de la guerre sainte.
Exerçons avec constance ce ministère de la supplication et du désir qui nous est suggéré. C'est ce que nous pouvons faire de plus utile, et de beaucoup, en ce moment. Et mettons-nous dans cette attitude d'expectative que l'Ecriture, et à sa suite la liturgie, nous demande si souvent :
"Expectans expectavi Dominum" (attendant j'ai attendu le Seigneur. Ps. XXXIX, 2).
En effet, on demande, et puis, on attend "le temps marqué". Le silence même de Dieu doit être adoré car il a sa raison d'être qui nous échappe.

Trois mots pour conclure : CONFIANCE - CALME - CONSTANCE

JEAN VAQUIE,
Novembre 1989.

L'invalidité des consécrations.

Le Rite de la consécration épiscopale de 1968:
Un bref résumé du Problème par l'Abbé Anthony Cekada


En 1975, après avoir passé dix ans dans le système des séminaires de la période qui suivit Vatican II, j’entrai au séminaire de la Fraternité St. Pie X à Ecône.
Pendant que j’y faisais ma première année je frappai un jour à la porte du bureau de Mgr Lefebvre et je lui demandai si je pouvais avoir un court entretien avec lui.
Malgré mon audace (typiquement américaine!) il était, comme d’habitude, accueillant.
Je demandai à Monseigneur si des amis conservateurs du séminaire où j’étais auparavant pourraient, une fois ordonnés prêtres, collaborer avec la Fraternité. Il me répondit que, oui, en principe, mais qu’ils devraient d’abord être réordonnés sous condition parce que Paul VI avait changé le rite du sacrement de l’Ordre.
Monseigneur Lefebvre expliquait que la nouvelle forme (la forme essentielle) du rite de l’ordination sacerdotale était douteuse à cause d’un seul mot qui avait été supprimé. Et Monseigneur de continuer : pour ce qui est de la forme nouvelle de la consécration épiscopale, elle est toute différente et donc invalide.
Je savais bien que les traditionalistes mettaient en question la validité des rites des autres sacrements post-conciliaires, pourtant Monseigneur fut le premier traditionaliste dont j’apprenais qu’il mettait en doute la validité des nouveaux rites pour la collation des Ordres sacrés.
Malgré la gravité du problème seul un petit nombre d’auteurs traditionalistes avaient analysé les rites d’ordinations d’après le concile Vatican II, même après que se fussent multipliées, suite à un indult, les messes S. Pie V célébrées par des prêtres ordonnés par des évêques sacrés dans le nouveau rite.
Après l’élection de Benoît XVI en 2005 et l’ouverture de la part de la Fraternité St. Pie X de négociations avec lui, le problème revint à la surface : Joseph Cardinal Ratzinger, nommé archevêque et cardinal par Paul VI, avait été consacré dans le nouveau rite le 28 mai 1977. Etait-il donc un véritable évêque ?
Le Père Pierre-Marie OP, dominicain d’Avrillé, a publié un long article en faveur de la validité du nouveau rite dans Le Sel de la Terre n° 54 (automne 2005).
Enseignant la théologie morale des sacrements et la liturgie aux séminaristes depuis 1995 et ayant écrit un certain nombre d’articles sur le sujet, l’article du P. Pierre-Marie ne manqua pas bien entendu de retenir mon attention. Il m’apparut que l’auteur avait omis d’examiner deux sujets cruciaux pour cette question :
(1) Quels sont les principes que la théologie catholique applique afin de déterminer si une forme sacramentelle est valide ou invalide ?
(2) Comment ces principes peuvent-ils être appliqués au nouveau rite de la consécration épiscopale ?
Ces deux points présents à l’esprit, je rédigeais ma propre étude au sujet du nouveau rite. Voici un bref résumé de cet article :

I. PRINCIPES GENERAUX
(1) Tout sacrement comporte une forme (la formule essentielle) qui produit l’effet du sacrement. Lorsqu’un changement substantiel de signification est introduit dans la forme sacramentelle par la corruption ou par l’omission de paroles essentielles, le sacrement est rendu invalide (= il ne “marche” pas : il ne produit pas l’effet du sacrement).
(2) Les formes sacramentelles approuvées dans les Rites orientaux de l’Eglise catholique diffèrent parfois dans leur formulation des formes du rite latin, mais elles restent les mêmes quant à leur substance, et sont donc valides.
Mgr Lefebvre et l’abbé Cekada après la cérémonie de la tonsure, le 2 février 1976.
(3) Pie XII a déclaré que la forme des Saints Ordres (c. à d. du diaconat, de la prêtrise et de l’épiscopat) doit signifier de manière univoque (= de manière non ambiguë) les effets sacramentels — le pouvoir d’ordre et la grâce du Saint-Esprit.
(4) Pour la collation de l’épiscopat Pie XII a désigné pour forme sacramentelle une phrase dans le rite traditionnel de la consécration épiscopale, qui exprime de manière univoque (a) le pouvoir d’ordre qu’un évêque reçoit et (b) la grâce du Saint-Esprit.

II. APPLICATION AU RITE
(1) La forme de la consécration épiscopale de Paul VI apparaît dans la Préface spéciale du rite ; le texte complet de la forme est le suivant :
«Et maintenant, Seigneur, répands sur celui que tu as choisi la force qui vient de toi, l’Esprit qui fait les chefs, que tu as donné à ton Fils bien-aimé, Jésus-Christ, qu’il a lui-même donné aux saints Apôtres qui établirent l’Eglise en chaque lieu comme ton sanctuaire, à la louange incessante et à la gloire de ton Nom.»
Alors que la forme nouvelle semble mentionner la grâce de l’Esprit Saint, elle ne spécifie pas le pouvoir d’ordre qui est supposé être conféré. Peut-elle conférer l’épiscopat ? Afin de répondre à cette question, nous allons appliquer les principes établis dans la première partie.
(2) La forme assez brève de la consécration épiscopale de Paul VI n’est pas identique aux formes assez longues des rites orientaux ; elle ne mentionne pas comme c’est le cas dans celles-ci, les pouvoirs propres à l’évêque seul (p. ex. celui d’ordonner). Les prières des rites orientaux auxquelles la Préface de Paul VI qui enchâsse sa forme consécratoire, ressemble le plus, sont des prières non-sacramentelles pour l’intronisation des patriarches Maronite ou Syrien qui sont déjà évêques au moment de leur nomination. En somme, il n’est pas permis d’argumenter (comme le F. Pierre-Marie le fait) que la forme de Paul VI «est en usage dans deux rites orientaux certainement valides» et qu’elle serait par conséquent valide.
(3) Divers textes anciens (Hippolyte, les Constitutions apostoliques, et le Testament de Notre-Seigneur) partagent quelques éléments avec la Préface consécratoire de Paul VI qui enchâsse la forme nouvelle ; le F. Pierre-Marie les invoque pour preuve de son affirmation de la validité de la nouvelle consécration épiscopale. Mais tous ces textes ont été «reconstitués», sont d’origine douteuse, ne peuvent constituer un usage liturgique réel avéré, ou soulèvent d’autres problèmes. Il n’existe aucune preuve qu’ils aient constitué des formes sacramentelles «acceptées et utilisées par l’Eglise en tant que telle» — critère établi par la Constitution Apostolique de Pie XII sur les Saint Ordres. Ces textes ne fournissent donc aucune preuve fiable à l’appui de la démonstration de la validité de la forme de Paul VI.
(4) Le problème-clé de la forme nouvelle tourne autour de l’expression Spiritus principalis (traduite en français par «l’Esprit qui fait les chefs»). Avant et après la promulgation de la consécration épiscopale de 1968, le sens de cette expression suscita des inquiètudes sur la question de savoir si cette expression signifiait suffisamment le sacrement. Même un évêque de la commission vaticane qui a créé ce rite, a soulevé cette interrogation.
(5) Dom Bernard Botte, le moderniste qui était l’auteur principal du nouveau rite, soutenait qu’au IIIe siècle chrétien, Spiritus principalis connotait l’épiscopat, parce les évêques possèdent «l’Esprit d’autorité» en tant qu’ils gouvernent l’Eglise. Spiritus principalis voulait dire «don de l’Esprit qui convient à un chef».
(6) Cette explication était fausse et trompeuse. Les références aux dictionnaires, à un commentaire de l’Ecriture Sainte, aux Pères de l’Eglise, au traité de dogmatique et aux cérémonies d’investiture non-sacramentelles des rites orientaux, révèlent que, parmi une douzaine de significations différentes et souvent contradictoires, Spiritus principalis ne signifie nullement de manière spécifique, ni l’épiscopat en général, ni la plénitude des Saints Ordres que l’évêque seul possède.
(7) D’ailleurs, avant même que la controverse à ce sujet ne se soit déclenchée, Dom Botte lui-même avoua qu’il ne voyait pas comment l’omission de l’expression Spiritus principalis pourrait affecter la validité du rite de la consécration.
(8) La forme nouvelle échoue à satisfaire aux deux critères établis par Pie XII pour les Saints Ordres (a) Du fait que l’expression Spiritus principalis peut signifier beaucoup de choses ou personnes différentes, elle ne signifie pas de manière univoque l’effet sacramentel. (b) Il manque à la forme nouvelle une expression, quelle qu’elle soit, qui connoterait, même de manière équivoque, le pouvoir d’ordre que l’évêque seul possède — la «plénitude du sacerdoce du Christ dans la fonction et l’ordre de l’évêque» ou «la plénitude ou l’entièreté du ministère sacerdotal.»
(9) Pour ces raisons la forme nouvelle constitue un changement substantiel dans la signification de la forme sacramentelle pour la collation de l’épiscopat.
(10) Or, un changement substantiel de la signification de la forme sacramentelle, conformément aux principes de la théologie morale des sacrements, rend un sacrement invalide.

III. SACREMENT INVALIDE
Par conséquent, une consécration épiscopale conférée dans la forme sacramentelle promulguée par Paul VI en 1968 est invalide — cela veut dire qu’elle ne peut pas instituer un véritable évêque.
Prêtres et autres évêques dont les ordres proviennent de tels évêques sont dès lors ordonnés invalidement et invalidement consacrés. Par conséquent les sacrements qu’ils administrent ou réalisent, lesquels dépendent du caractère sacerdotal ou épiscopal (la Confirmation, l’Eucharistie, le sacrement de Pénitence, l’Extrême Onction, les saints Ordres) sont eux aussi invalides.

IV. OBJECTIONS
(1) «Le contexte rend les ordres valides». Réfutation : Les paroles situées ailleurs dans le rite ne peuvent pas redresser ce défaut, parce qu’un élément essentiel de la forme (le pouvoir d’ordre) n’est pas simplement exprimé de manière ambiguë, mais parce qu’il est complètement manquant.
(2) «La forme a été approuvée par le pape.» Réfutation : D’après le concile de Trente et Pie XII l’Eglise n’a nullement le pouvoir de changer la substance d’un sacrement. Or l’omission du pouvoir d’ordre dans la forme nouvelle en change la substance. Aussi, même si Paul VI avait été un vrai pape, il n’aurait eu nullement le pouvoir d’introduire un tel changement. Et si c’était le cas, la simple tentative de le faire quand même, suffirait à démontrer qu’il n’était pas un vrai pape.
*******

LA RAISON pour laquelle le rite de Paul VI de la consécration épiscopale est invalide peut être résumée en une seule phrase : Les modernistes ont changé les paroles essentielles en supprimant la notion de la plénitude du sacerdoce.

dimanche 24 janvier 2010

Le testament de Saint Remi.

Faites trésor des testaments de saint Remi, de Charlemagne et de saint Louis, ces testaments qui se résument dans les mots si souvent répétés par l'héroïne d'Orléans "Vive le Christ qui est Roi des Francs".
Saint Pie X, 13 décembre 1908.



"L'Authenticité du Grand Testament de saint Remi"
par l'abbé Dessailly.

Pour bien comprendre l'histoire, il est bon d'avoir de bons principes.


1. Les mauvais principes.

Prenons un exemple dans une autre science pour saisir combien un faux principe peut engendrer d'erreurs difficiles à rectifier.
Tout le monde sait que la théorie de l'évolution s'appuie surtout sur la géologie.
Les géologues ont constaté que sur une grande partie du globe on trouve des roches sédimentaires qui s'empilent par strates (couches de même nature).
Ils posèrent deux principes fondamentaux qui, il y a dix ans encore, étaient reçus comme infaillibles.

a) Chaque strate correspond à une même période, la plus ancienne étant la plus profonde ;
b) Entre chaque strate, il s'est écoulé de très longues périodes : des millions d'années.

Monsieur Guy Berthault, polytechnicien, sédimentologue , membre de la Société Géologique de France, a démontré par ses découvertes qui ont fait l'objet de trois publications dans les comptes-rendus de l'Académie des Sciences et du Bulletin de la Société Géologique de France, que ces deux principes étaient faux. Avec pour conséquence que la base sur laquelle repose tout l'édifice de l'évolutionnisme est une erreur scientifique.
Privée de cette base erronée, la théorie des idées de Darwin s'écroule tel un château de cartes.

Ainsi de mauvais principes imposés comme étant "La Vérité" ont fait errer et feront encore errer de nombreuses générations.

Ocules habent, et non videbunt.
Aures habent, et non audient. Ps 113

Il en est de même en Histoire. :
Le principe : "un fait historique ne peut être considéré comme vrai que si l'on en a une preuve matérielle", est faux.

2. Les bons principes


En 1879, Monseigneur Gaume dans son merveilleux ouvrage : "L'Ëvangélisation Apostolique du globe" (dans la seconde partie : Evangélisation Apostolique des Gaules) écrivait des lignes remarquables sur ce qu'il appelait les "Hypers Critiques". Il est bon de rappeler ces pages 171 et suivantes, aux jeunes générations qui ont trop tendance à admettre comme obligatoires les règles du vrai imposées par l'Université. Citons-le :

«Au milieu d'un riche cortège de traditions, si vénérables et si émouvantes que leur histoire même est de la poésie, l'Eglise catholique semblable à une reine environnée de sa cour, s'avançait tranquillement à travers les âges, lorsque, après de longs siècles de paisible possession, des hommes se levèrent pour lui disputer ses gloires.
Littéraire, artistique, traditionnel, historique même, l'héritage du passé, ou fut répudié tout entier, ou accepté sous le bénéfice du plus partial inventaire.
Le caractère particulier d'un miracle, le silence d'un historien, une erreur de date, l'altération d'un texte, des fautes de copistes quelques variantes dans les manuscrits, l'absence de classicisme dans le langage, et surtout l'ombre d'une intervention surnaturelle furent autant de fins de non-recevoir.
Les récits jusqu'alors les plus autorisés, furent traités de légendes et ceux qui les écrivirent de cuistres et de robins. Ce qui avait obtenu la foi des contemporains les plus respectables devint le produit de cerveaux malades, transmis à la postérité par des esprits trompés ou trompeurs.
Survint le protestantisme, fils des hypercritiques de la Renaissance : Ego peperi ovum, Lutherus exclusit. Contempteur de la tradition universelle, à plus forte raison des traditions locales, il prétendit circonscrire la discussion sur le terrain de la Bible. On lui fit d'imprudentes concessions. Sous prétexte de sauver le cœur de la place, on abandonna les ouvrages avancés. Alors se produisit, dans l'ordre intellectuel, quelque chose d'analogue aux ravages successifs des arbres et des plantes, décrit par le prophète Joël (1-5).
Au protestantisme succéda le jansénisme qui dévora le résidu du protestantisme. Au jansénisme succéda le voltairianisme qui dévora le résidu du jansénisme. Au voltairianisme succéda le rationalisme qui dévore le résidu du voltairianisme : insecte à la dent d'acier qui ne laisse intact aucun fait de l'histoire religieuse...
Ainsi, combattre par tous les moyens le rationalisme homicide n'est pas seulement un devoir religieux mais c'est un devoir social. Tout libre penseur est un libre faiseur. Tout libre faiseur est l'ennemi-né de tout ce qui l'empêche de faire ce qu'il veut. De là sa haine à outrance de tout droit et de toute autorité.
Cependant, dénigrer n'est pas raisonner : nier n'est pas prouver. Traiter notre histoire et nos traditions comme font les rationalistes, n'est pas de la saine critique, mais de la critique malsaine et de la fausse science. Dans cette fièvre continue de négation, il faut voir l'influence du père du mensonge et une maladie de l'esprit humain.
En effet, cette prétendue critique repose sur l'oubli de cinq choses essentielles :
1° Elle oublie que nos aïeux avaient, pour le moins, autant de bon sens que nous et autant de crainte du mensonge : rien ne prouve le contraire.
2° Elle oublie qu'étant plus rapprochés des événements, ils étaient mieux que nous à même d'en juger.
3° Elle oublie qu'avant la Renaissance et l'invention de l'imprimerie, la tradition n'était pas livrée au gaspillage des premiers venus ; qu'il n'y avait ni journaux pour la falsifier, ni faiseurs de lignes à tant la ligne pour la tourner en ridicule ; mais qu'elle se conservait à l'ombre du sanctuaire, dans le calme des monastères, au paisible foyer des familles patriarcales. Cela veut dire que le patrimoine de tous était confié à la garde de la classe la plus savante et la plus vertueuse de la société.
4° Elle oublie que les miracles sont les lettres de créance de l'apostolat ; que dans la vie des saints, surtout des premiers âges, le surnaturel devient le naturel, et que la place de l'homme, assez impertinent pour refuser à Dieu le pouvoir de faire des miracles, n'est ni à l'Académie, ni à l'Institut, mais à Charenton.
5° Elle oublie que les anciens possédaient des détails ignorés aujourd'hui et des monuments que nous n'avons plus. Il est notoire qu'un grand nombre de documents ont péri dans les invasions des barbares, dans les guerres locales, dans les guerres de peuples à peuple, surtout dans les guerres de religion, qui saccagèrent tant de bibliothèques, tant de monastères, et même tant de villes.
... En général, ce qui est moderne a pour nous peu d'attrait, c'est la vérité qui est ancienne, et l'erreur est moderne. Tout ce qui est nouveau en théologie est hérétique ; tout ce qui est nouveau en philosophie est absurde ; tout ce qui est nouveau en politique est révolutionnaire, tout ce qui est nouveau en Histoire est roman.»

Quelles pages admirables ! Voilà ce qu'écrivait au siècle dernier un vrai savant catholique. Voilà les bons principes. L'étude sérieuse et concomitante de ces auteurs anciens, avec celle des auteurs modernes, universitaires ou non, aboutit pratiquement toujours à l'avantage de ces anciens.
Au faux principe cité plus haut et que l'on voudrait imposer partout, s'oppose le vrai principe suivant:
"Dans les événements passés catholiques, s'impose comme vrai, ce qui n'est pas démontré faux par des CONTEMPORAINS catholiques."

Nous précisons bien : catholique, et ce pour deux raisons.
La première se comprend facilement : mon père qui était catholique ne nous mentait jamais. Son père non plus, et il en est ainsi chez tous les vrais catholiques : on ne ment pas ; quand ils ont été trompés et qu'on leur a démontré leur erreur, bien vite et humblement, ils se soumettent. C'est chez les autres que l'on ment, et que l'on persévère dans le mensonge.

La seconde est prouvée par l'Histoire : chaque fois qu'un hérétique a enseigné une erreur, il y a toujours eu un contemporain, clerc en général, qui a défendu la Vérité même au prix de son sang.

Qui aurait pu inventer des faits aussi importants que le Sacre ou la Sainte Ampoule, sans qu'il y ait eu de nombreux contemporains pour s'élever contre, si de tels faits avaient été imaginés ?

Depuis 496, de nombreux Papes, parmi les plus saints comme saint Pie X, de nombreux théologiens, parmi les plus éminents comme saint Thomas d'Aquin, de nombreux historiens, parmi les plus savants comme Baronius, ont cru et enseigné toutes nos traditions ; depuis 496, aucun Pape, aucun théologien, aucun grand historien n'a enseigné le contraire, et il a fallu attendre plus de 1100 ans pour attaquer ce que l'on voudrait aujourd'hui nous faire avaler comme pieuses légendes. De qui se moque-t-on ?

Les historiens modernes nous agressent en exigeant de nous le document d'époque pour prouver un fait. Nous leur répliquons : découvrez-nous le document catholique d'époque prouvant que c'est faux.

Abandonnons les tristes "historiens blasphémateurs" dans le camp de ceux qui haïssent la Vérité et qui nous le prouvent tous les jours. Leur devise est: "Nous ne voulons pas qu'Il règne sur nous". (Luc 19-14). Il peut y avoir d'excellents passages dans leurs écrits, mais sur ces sujets-là, on ne peut se contenter de demi-vérités, qui ne sont finalement que de véritables mensonges.

Oui le Sacre gêne, et gêne beaucoup de monde.
"C'est le grand épouvantail de la révolution. La pensée du Sacre la fait rugir, ricaner, grincer des dents, écumer. La révolution est l'horreur du divin, et par le Sacre, le divin s'épanche à flots sur la nation entière, la nation entière devient odorante des parfums du chrême que le Sacre fait couler sur son chef. La naissance désigne le roi lieutenant, elle ne le fait pas. C'est le Sacre qui le constitue".

Et si le Sacre est vrai, vrais aussi la sainte Ampoule, la conversion de Clovis, toutes nos traditions, et surtout, le pacte entre Dieu et le Fils Ainé. De cela, bien sûr, personne ne veut.

De même pour ce livre, on observera avec profit quels sont ceux qui en parleront et surtout ceux qui n'en parleront pas. Ce sera un test très significatif et très instructif pour discerner les vrais et les faux monarchistes.

En conclusion de cette partie, méditons ces lignes de Le Play :
"Plus je réfléchis, plus je suis consterné de la masse d'idées fausses dans lesquelles nous nous noyons, plus je comprends cette décadence absolue de tant de peuples que nous retrace l'Histoire. C'est l'erreur plus que le vice qui les a perdus. Le grand mal vient des sophistes qui se font une renommée en donnant une forme entraînante à l'erreur.
Le vice et même le crime ont des limites, l'erreur n'en a pas.
Je ne connais rien de plus dangereux que les gens qui propagent des idées fausses, sous prétexte que la nation ne voudra jamais y renoncer. Si elle n'y renonce, elle périra, mais ce n'est pas un motif pour accélérer la décadence en adoptant l'erreur. Il n'y a pas d'autres règles de réforme que de chercher le vrai et de le confesser sans réserve, quoiqu'il arrive. Je conçois qu'un homme prudent se taise momentanément sur le vrai, bien que je condamne cette prudence, mais je repousse tout homme qui se rallie par politique à l'erreur". (cité dans la semaine religieuse de Cambrai, 1884, pages 734 –735.

Et Mgr Delassus commente ainsi :
"Aimons les défenseurs de la vérité. Ils ne sont que des hommes et peuvent avoir des défauts, mais en défendant la Vérité, ils rendent à la société, à l'Eglise et à Dieu Lui-même, le premier de tous les services".

3. Le livre de l'abbé Dessailly.

On sait très peu de choses sur l'auteur, si ce n'est qu'il fut membre de l'Académie de Reims, ce qui n'est pas rien. Il fut avec le chanoine Cerf, lui aussi éminent savant, un des défenseurs des traditions rémoises. Ils furent formés par l'éminent Cardinal Gousset, archevêque de Reims, qui fut certainement le plus grand évêque français de la première moitié du XIXème siècle, comme le sera le Cardinal Pie pour la seconde partie du siècle.
Il faut lire la page que Mgr Fèvre dans son "Histoire du Cardinal Gousset" (rééditée aux ED. Saint-Remi), consacre à cette académie, à son fondateur et protecteur, à ses membres, à leurs travaux, pour comprendre le sérieux de nos pères.

Dans une première partie, l'abbé Dessailly suit pas-à-pas chacun des termes du Grand Testament dicté par saint Remy, prouvant par les notes géographiques, par les legs et par l'identité des légataires, l'authenticité du grand et du petit testament. Il démontre aussi que le petit testament n'est que l'abrégé du grand.

Dans une seconde partie (six chapitres), il raconte l'histoire du testament avant Hincmar, sous Hincmar, jusqu'en 1638, et depuis 1638 à nos jours. Il raconte l'origine récente des attaques, le pourquoi de ces attaques et dénonce les auteurs de ces falsifications.

Dans une troisième partie, il répond aux 13 objections soulevées par les détracteurs, prouvant en retour leur malhonnêteté. Non seulement, ils en ressortent confondus, mais leur défaite confirme indubitablement l'authenticité du testament. Par là même se trouve confirmé le Sacre de Clovis, puisque le grand testament en parle.
Enfin, dans une conclusion de 40 pages, il brosse un portrait inhabituel mais combien lumineux de saint Remy, ce titan de la sainteté et de la politique, souvent méconnu ou caricaturé. Si on a beaucoup parlé de Clovis en 1996, on n'a malheureusement pas assez parlé de saint Remy. Encore moins du "Christ Roi de France". Quelle omission significative !

Ce résumé très rapide est fait pour inciter le lecteur à lire et étudier le livre. Il y trouvera aussi des critiques ou analyses remarquables sur Jansénius p. 179 et 182, sur le gallicanisme p. 178, sur la lettre du pape Horsmidas p. 193, sur les légistes et le Parlement, sur le Concile d'Orléans p. 362, et surtout les criti-ques développées aux pages 228 et suivantes, etc. Enfin au dernier paragraphe du chapitre 13, il découvrira une prophétie étonnante sur la France.

Citons ce passage de la page 228 qui confirme le principe défini plus haut :
"Le premier principe de l'école gallicane, son point de départ est que généralement tout diplôme, toute charte, tout titre ancien doit être suspects, à cause de la multitude d'actes faux qui pullulent dans les archives privées et publiques. Cette suspicion préliminaire à toute étude est formellement contraire aux données de la diplomatique, qui prouve que peu d'actes faux et interpolés ont existé dans le cours des âges, parce que dans tous les siècles il y a eu des lois très sévères contre les faussaires et des lumières suffisantes pour découvrir leurs falsifications. La conclusion est donc l'opposé du principe gallican : c'est qu'un acte ancien transmis par la tradition est digne de toute confiance, à moins de preuves certaines du contraire."

Et l'abbé Dessailly cite le "Traité de Diplomatique" tome IV p.234
"...sur l'article des faussaires et des actes supposés ou falsifiés, nous ne savons si l'on pourrait en rapporter un seul."
Page 111, il précisait : "d'abord les lois ecclésiastiques étaient formelles. Elles exigeaient des évêques une vigilance active sur tous les diplômes et les actes de donation faite aux Eglises. Nous pourrions citer, à partir du IVe siècle surtout de nombreuses prescriptions canoniques à cet égard".

4 Conclusion


Nous ne pourrions faire mieux pour conclure que de citer le cher Jean Vaquié. Dans le numéro spécial de "Lecture et Tradition" (n° 126), de nouveau disponible à DPF, il posait cette question :
"Mais alors jusqu'où allons-nous devoir remonter pour échapper à cette glissade ?"
Et voici sa réponse :
"Il faut, si l'on veut trouver un terrain solide, remonter jusqu'au Sacre de Clovis par saint Remi, à Reims, le jour de Noël 496. C'est là que la race de nos rois a été désignée par Dieu qui a envoyé une huile céleste pour servir désormais de sacramental pour le Sacre. C'est à ce moment-là que Dieu a fondé une autorité temporelle chrétienne pour être le rempart et l'épée de la Sainte Eglise. C'est jusque là qu'il faut remonter pour trouver une base ferme de raisonnement".

On pourrait citer aussi le cher Marquis de La Franquerie, l'Apôtre de la Monarchie de Droit Divin, mais tous les lecteurs ont en mémoire : "La Mission Divine de la France" qui, étayée sur l'enseignement des Saints, des Papes et des Rois, est le livre de référence par excellence.
Nos deux amis connaissaient très bien le livre de l'abbé Dessailly et le considéraient comme le maître-livre sur le sujet. Nous espérons que le lecteur de ces lignes en aura compris l'importance et se fera un devoir de faire connaître ce livre, surtout auprès des jeunes générations qui, peu instruites, ont besoin de tels repères pour savoir, ne pas douter, et combattre.

Louis-Hubert REMY.


Testament de Saint-Rémi.

AU nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Gloire à Dieu, ainsi soit-il.

Moi, Rémi, évêque de la cité de Reims, revêtu du sacerdoce, ai fait mon testament, conformément au droit prétorien ; j’ai voulu qu’il ait la force d’un codicille, dans le cas où il y manquerait quelque formalité. Quand moi, Rémi, évêque, j’aurai quitté cette vie, je t’institue mon héritière, ô sainte et vénérable Église catholique de la ville de Reims, (…) .

[Suit la répartition des biens que possédait Rémi. Au milieu de cette énumération, on trouve ce passage intéressant, car il fait allusion aux miracles accomplis pour le salut des Francs, dont vraisemblablement le miracle de la sainte ampoule :]

A l’égard des villages que mon seigneur d’illustre mémoire, le roi Clovis, que j’ai tenu sur les saints fonts du baptême, m’a donnés en propre, lorsque, païen encore, il ne connaissait pas le vrai Dieu, je les ai consacrés aux lieux les plus pauvres, de peur qu’il ne crût, infidèle qu’il était, que je fusse attaché aux choses de ce monde et moins occupé de son salut que des biens temporels. Il a admiré ma conduite, et a consenti avec bonté et générosité, tant avant qu’après son baptême, que j’intercédasse en faveur de tous ceux qui souffraient .

Comme il a reconnu que de tous les évêques de la Gaule, c’est moi qui ai le plus travaillé à la conversion des Francs, Dieu m’a donné tant de crédit auprès de lui, et la vertu divine, par la grâce du Saint-Esprit, a fait opérer par moi, pauvre pécheur, tant de miracles pour le salut des Francs, que le roi a non seulement restitué à toutes les Églises du royaume tout ce qu’on leur avait enlevé, mais encore en a enrichi beaucoup d’autres de son bien propre, par un effet gratuit de sa libéralité 3. (…)

Que le présent testament, observé fidèlement et inviolablement par mes frères et successeurs les évêques de Reims, maintenu et défendu partout par mes très chers fils les rois de France par moi consacrés au Seigneur à leur baptême, par un don gratuit de Jésus-Christ et la grâce du Saint-Esprit, obtienne à tout jamais une force inviolable et perpétuelle dans ses dispositions, envers et contre tout (…)

Seulement, par égard pour la famille royale qu’avec tous mes frères et co-évêques de la Germanie, de la Gaule et de la Neustrie, pour l’honneur de la sainte Église et la défense des pauvres, j’ai choisie délibérément pour être élevée à tout jamais au sommet de la majesté royale, que j’ai baptisée, que j’ai tenue sur les fonts baptismaux, marquée des sept dons du Saint-Esprit, et sacrée de l’onction des rois, par le saint chrême du même Saint-Esprit, j’ai ordonné ce qui suit :

Malédictions

Si un jour cette famille, tant de fois consacrée au Seigneur par mes bénédictions, rendant le mal pour le bien, usurpe, ravage ou détruit les églises de Dieu, et s’en déclare l’ennemie ou la persécutrice, que les évêques du diocèse de Reims soient convoqués et lui fassent d’abord des remontrances, qu’ensuite l’Église de Reims, s’adjoignant sa sœur l’Église de Trèves, aille une deuxième fois trouver le roi. La troisième fois, que trois ou quatre archevêques des Gaules seulement soient convoqués et fassent des remontrances au prince, quel qu’il soit en sorte que la longanimité de la tendresse paternelle diffère jusqu’au septième avertissement, si les premiers n’obtiennent aucun succès .

Enfin, si au mépris de toutes les remontrances, il ne dépose pas cet esprit d’obstination incorrigible, s’il refuse de se soumettre à Dieu et de participer aux bénédictions de l’Église, que tous prononcent contre lui la sentence de séparation du corps de l’Église, par la formule que l’on sait avoir été chantée il y a longtemps par le prophète-roi David, sous l’inspiration de ce même Saint-Esprit qui est dans les évêques : « Parce qu’il a persécuté l’indigent, le pauvre, l’homme au coeur contrit, parce qu’il ne s’est point souvenu de la miséricorde et qu’il a aimé la malédiction, celle-ci lui arrivera ; il n’a point voulu de la bénédiction, elle s’éloignera » ( Et tout ce que l’Église a l’habitude de chanter de Judas le traître et des mauvais évêques, que toutes les églises le chantent de lui) .

Parce que le Seigneur a dit : « Tout ce que vous avez fait au plus petit des miens, c’est à moi que vous l’avez fait, et tout ce que vous ne leur avez pas fait, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait » (Mt 25, 40 & 45), ainsi ce qui est vrai pour la tête l’est aussi pour les membres. Il ne faut changer qu’un seul mot par interposition : « Que ses jours soient abrégés et qu’un autre reçoive l’autorité royale 2 ! » (Ps 108, 8.)

Si mes successeurs les archevêques de Reims négligent d’accomplir ce que j’ai ordonné, qu’ils soient frappés de malédictions et qu’ils subissent les peines portées contre les princes : « Que leurs jours soient abrégés, et qu’un autre reçoive leur évêché . »

Bénédictions

Mais si Notre Seigneur Jésus-Christ daigne écouter les prières que je répands tous les jours en présence de la majesté divine, spécialement pour la persévérance de cette famille royale, suivant mes recommandations , dans le bon gouvernement de son royaume et le respect de la hiérarchie de la sainte Église de Dieu, qu’aux bénédictions que le Saint-Esprit a versées par ma main pécheresse sur la tête de son chef, le même Esprit-Saint joigne d’autres bénédictions plus abondantes, et que de lui sortent des rois et des empereurs qui, pour le présent et pour l’avenir, selon la volonté du Seigneur, confirmés dans la vérité et la justice pour l’extension de la sainte Église, puissent conserver le royaume et en reculer chaque jour les limites ; puissent-ils être élevés aussi sur le trône dans la maison de David, c’est-à-dire dans la Jérusalem céleste, pour y régner éternellement avec le Seigneur. Ainsi soit-il .

Fait à Reims même jour que dessus, et sous le consul sus-nommé, en présence et avec la participation des soussignés :
+ Moi, Rémi, évêque, j’ai relu, signé, scellé et fermé ce testament, avec la grâce de Dieu, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.