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dimanche 24 janvier 2010

Le testament de Saint Remi.

Faites trésor des testaments de saint Remi, de Charlemagne et de saint Louis, ces testaments qui se résument dans les mots si souvent répétés par l'héroïne d'Orléans "Vive le Christ qui est Roi des Francs".
Saint Pie X, 13 décembre 1908.



"L'Authenticité du Grand Testament de saint Remi"
par l'abbé Dessailly.

Pour bien comprendre l'histoire, il est bon d'avoir de bons principes.


1. Les mauvais principes.

Prenons un exemple dans une autre science pour saisir combien un faux principe peut engendrer d'erreurs difficiles à rectifier.
Tout le monde sait que la théorie de l'évolution s'appuie surtout sur la géologie.
Les géologues ont constaté que sur une grande partie du globe on trouve des roches sédimentaires qui s'empilent par strates (couches de même nature).
Ils posèrent deux principes fondamentaux qui, il y a dix ans encore, étaient reçus comme infaillibles.

a) Chaque strate correspond à une même période, la plus ancienne étant la plus profonde ;
b) Entre chaque strate, il s'est écoulé de très longues périodes : des millions d'années.

Monsieur Guy Berthault, polytechnicien, sédimentologue , membre de la Société Géologique de France, a démontré par ses découvertes qui ont fait l'objet de trois publications dans les comptes-rendus de l'Académie des Sciences et du Bulletin de la Société Géologique de France, que ces deux principes étaient faux. Avec pour conséquence que la base sur laquelle repose tout l'édifice de l'évolutionnisme est une erreur scientifique.
Privée de cette base erronée, la théorie des idées de Darwin s'écroule tel un château de cartes.

Ainsi de mauvais principes imposés comme étant "La Vérité" ont fait errer et feront encore errer de nombreuses générations.

Ocules habent, et non videbunt.
Aures habent, et non audient. Ps 113

Il en est de même en Histoire. :
Le principe : "un fait historique ne peut être considéré comme vrai que si l'on en a une preuve matérielle", est faux.

2. Les bons principes


En 1879, Monseigneur Gaume dans son merveilleux ouvrage : "L'Ëvangélisation Apostolique du globe" (dans la seconde partie : Evangélisation Apostolique des Gaules) écrivait des lignes remarquables sur ce qu'il appelait les "Hypers Critiques". Il est bon de rappeler ces pages 171 et suivantes, aux jeunes générations qui ont trop tendance à admettre comme obligatoires les règles du vrai imposées par l'Université. Citons-le :

«Au milieu d'un riche cortège de traditions, si vénérables et si émouvantes que leur histoire même est de la poésie, l'Eglise catholique semblable à une reine environnée de sa cour, s'avançait tranquillement à travers les âges, lorsque, après de longs siècles de paisible possession, des hommes se levèrent pour lui disputer ses gloires.
Littéraire, artistique, traditionnel, historique même, l'héritage du passé, ou fut répudié tout entier, ou accepté sous le bénéfice du plus partial inventaire.
Le caractère particulier d'un miracle, le silence d'un historien, une erreur de date, l'altération d'un texte, des fautes de copistes quelques variantes dans les manuscrits, l'absence de classicisme dans le langage, et surtout l'ombre d'une intervention surnaturelle furent autant de fins de non-recevoir.
Les récits jusqu'alors les plus autorisés, furent traités de légendes et ceux qui les écrivirent de cuistres et de robins. Ce qui avait obtenu la foi des contemporains les plus respectables devint le produit de cerveaux malades, transmis à la postérité par des esprits trompés ou trompeurs.
Survint le protestantisme, fils des hypercritiques de la Renaissance : Ego peperi ovum, Lutherus exclusit. Contempteur de la tradition universelle, à plus forte raison des traditions locales, il prétendit circonscrire la discussion sur le terrain de la Bible. On lui fit d'imprudentes concessions. Sous prétexte de sauver le cœur de la place, on abandonna les ouvrages avancés. Alors se produisit, dans l'ordre intellectuel, quelque chose d'analogue aux ravages successifs des arbres et des plantes, décrit par le prophète Joël (1-5).
Au protestantisme succéda le jansénisme qui dévora le résidu du protestantisme. Au jansénisme succéda le voltairianisme qui dévora le résidu du jansénisme. Au voltairianisme succéda le rationalisme qui dévore le résidu du voltairianisme : insecte à la dent d'acier qui ne laisse intact aucun fait de l'histoire religieuse...
Ainsi, combattre par tous les moyens le rationalisme homicide n'est pas seulement un devoir religieux mais c'est un devoir social. Tout libre penseur est un libre faiseur. Tout libre faiseur est l'ennemi-né de tout ce qui l'empêche de faire ce qu'il veut. De là sa haine à outrance de tout droit et de toute autorité.
Cependant, dénigrer n'est pas raisonner : nier n'est pas prouver. Traiter notre histoire et nos traditions comme font les rationalistes, n'est pas de la saine critique, mais de la critique malsaine et de la fausse science. Dans cette fièvre continue de négation, il faut voir l'influence du père du mensonge et une maladie de l'esprit humain.
En effet, cette prétendue critique repose sur l'oubli de cinq choses essentielles :
1° Elle oublie que nos aïeux avaient, pour le moins, autant de bon sens que nous et autant de crainte du mensonge : rien ne prouve le contraire.
2° Elle oublie qu'étant plus rapprochés des événements, ils étaient mieux que nous à même d'en juger.
3° Elle oublie qu'avant la Renaissance et l'invention de l'imprimerie, la tradition n'était pas livrée au gaspillage des premiers venus ; qu'il n'y avait ni journaux pour la falsifier, ni faiseurs de lignes à tant la ligne pour la tourner en ridicule ; mais qu'elle se conservait à l'ombre du sanctuaire, dans le calme des monastères, au paisible foyer des familles patriarcales. Cela veut dire que le patrimoine de tous était confié à la garde de la classe la plus savante et la plus vertueuse de la société.
4° Elle oublie que les miracles sont les lettres de créance de l'apostolat ; que dans la vie des saints, surtout des premiers âges, le surnaturel devient le naturel, et que la place de l'homme, assez impertinent pour refuser à Dieu le pouvoir de faire des miracles, n'est ni à l'Académie, ni à l'Institut, mais à Charenton.
5° Elle oublie que les anciens possédaient des détails ignorés aujourd'hui et des monuments que nous n'avons plus. Il est notoire qu'un grand nombre de documents ont péri dans les invasions des barbares, dans les guerres locales, dans les guerres de peuples à peuple, surtout dans les guerres de religion, qui saccagèrent tant de bibliothèques, tant de monastères, et même tant de villes.
... En général, ce qui est moderne a pour nous peu d'attrait, c'est la vérité qui est ancienne, et l'erreur est moderne. Tout ce qui est nouveau en théologie est hérétique ; tout ce qui est nouveau en philosophie est absurde ; tout ce qui est nouveau en politique est révolutionnaire, tout ce qui est nouveau en Histoire est roman.»

Quelles pages admirables ! Voilà ce qu'écrivait au siècle dernier un vrai savant catholique. Voilà les bons principes. L'étude sérieuse et concomitante de ces auteurs anciens, avec celle des auteurs modernes, universitaires ou non, aboutit pratiquement toujours à l'avantage de ces anciens.
Au faux principe cité plus haut et que l'on voudrait imposer partout, s'oppose le vrai principe suivant:
"Dans les événements passés catholiques, s'impose comme vrai, ce qui n'est pas démontré faux par des CONTEMPORAINS catholiques."

Nous précisons bien : catholique, et ce pour deux raisons.
La première se comprend facilement : mon père qui était catholique ne nous mentait jamais. Son père non plus, et il en est ainsi chez tous les vrais catholiques : on ne ment pas ; quand ils ont été trompés et qu'on leur a démontré leur erreur, bien vite et humblement, ils se soumettent. C'est chez les autres que l'on ment, et que l'on persévère dans le mensonge.

La seconde est prouvée par l'Histoire : chaque fois qu'un hérétique a enseigné une erreur, il y a toujours eu un contemporain, clerc en général, qui a défendu la Vérité même au prix de son sang.

Qui aurait pu inventer des faits aussi importants que le Sacre ou la Sainte Ampoule, sans qu'il y ait eu de nombreux contemporains pour s'élever contre, si de tels faits avaient été imaginés ?

Depuis 496, de nombreux Papes, parmi les plus saints comme saint Pie X, de nombreux théologiens, parmi les plus éminents comme saint Thomas d'Aquin, de nombreux historiens, parmi les plus savants comme Baronius, ont cru et enseigné toutes nos traditions ; depuis 496, aucun Pape, aucun théologien, aucun grand historien n'a enseigné le contraire, et il a fallu attendre plus de 1100 ans pour attaquer ce que l'on voudrait aujourd'hui nous faire avaler comme pieuses légendes. De qui se moque-t-on ?

Les historiens modernes nous agressent en exigeant de nous le document d'époque pour prouver un fait. Nous leur répliquons : découvrez-nous le document catholique d'époque prouvant que c'est faux.

Abandonnons les tristes "historiens blasphémateurs" dans le camp de ceux qui haïssent la Vérité et qui nous le prouvent tous les jours. Leur devise est: "Nous ne voulons pas qu'Il règne sur nous". (Luc 19-14). Il peut y avoir d'excellents passages dans leurs écrits, mais sur ces sujets-là, on ne peut se contenter de demi-vérités, qui ne sont finalement que de véritables mensonges.

Oui le Sacre gêne, et gêne beaucoup de monde.
"C'est le grand épouvantail de la révolution. La pensée du Sacre la fait rugir, ricaner, grincer des dents, écumer. La révolution est l'horreur du divin, et par le Sacre, le divin s'épanche à flots sur la nation entière, la nation entière devient odorante des parfums du chrême que le Sacre fait couler sur son chef. La naissance désigne le roi lieutenant, elle ne le fait pas. C'est le Sacre qui le constitue".

Et si le Sacre est vrai, vrais aussi la sainte Ampoule, la conversion de Clovis, toutes nos traditions, et surtout, le pacte entre Dieu et le Fils Ainé. De cela, bien sûr, personne ne veut.

De même pour ce livre, on observera avec profit quels sont ceux qui en parleront et surtout ceux qui n'en parleront pas. Ce sera un test très significatif et très instructif pour discerner les vrais et les faux monarchistes.

En conclusion de cette partie, méditons ces lignes de Le Play :
"Plus je réfléchis, plus je suis consterné de la masse d'idées fausses dans lesquelles nous nous noyons, plus je comprends cette décadence absolue de tant de peuples que nous retrace l'Histoire. C'est l'erreur plus que le vice qui les a perdus. Le grand mal vient des sophistes qui se font une renommée en donnant une forme entraînante à l'erreur.
Le vice et même le crime ont des limites, l'erreur n'en a pas.
Je ne connais rien de plus dangereux que les gens qui propagent des idées fausses, sous prétexte que la nation ne voudra jamais y renoncer. Si elle n'y renonce, elle périra, mais ce n'est pas un motif pour accélérer la décadence en adoptant l'erreur. Il n'y a pas d'autres règles de réforme que de chercher le vrai et de le confesser sans réserve, quoiqu'il arrive. Je conçois qu'un homme prudent se taise momentanément sur le vrai, bien que je condamne cette prudence, mais je repousse tout homme qui se rallie par politique à l'erreur". (cité dans la semaine religieuse de Cambrai, 1884, pages 734 –735.

Et Mgr Delassus commente ainsi :
"Aimons les défenseurs de la vérité. Ils ne sont que des hommes et peuvent avoir des défauts, mais en défendant la Vérité, ils rendent à la société, à l'Eglise et à Dieu Lui-même, le premier de tous les services".

3. Le livre de l'abbé Dessailly.

On sait très peu de choses sur l'auteur, si ce n'est qu'il fut membre de l'Académie de Reims, ce qui n'est pas rien. Il fut avec le chanoine Cerf, lui aussi éminent savant, un des défenseurs des traditions rémoises. Ils furent formés par l'éminent Cardinal Gousset, archevêque de Reims, qui fut certainement le plus grand évêque français de la première moitié du XIXème siècle, comme le sera le Cardinal Pie pour la seconde partie du siècle.
Il faut lire la page que Mgr Fèvre dans son "Histoire du Cardinal Gousset" (rééditée aux ED. Saint-Remi), consacre à cette académie, à son fondateur et protecteur, à ses membres, à leurs travaux, pour comprendre le sérieux de nos pères.

Dans une première partie, l'abbé Dessailly suit pas-à-pas chacun des termes du Grand Testament dicté par saint Remy, prouvant par les notes géographiques, par les legs et par l'identité des légataires, l'authenticité du grand et du petit testament. Il démontre aussi que le petit testament n'est que l'abrégé du grand.

Dans une seconde partie (six chapitres), il raconte l'histoire du testament avant Hincmar, sous Hincmar, jusqu'en 1638, et depuis 1638 à nos jours. Il raconte l'origine récente des attaques, le pourquoi de ces attaques et dénonce les auteurs de ces falsifications.

Dans une troisième partie, il répond aux 13 objections soulevées par les détracteurs, prouvant en retour leur malhonnêteté. Non seulement, ils en ressortent confondus, mais leur défaite confirme indubitablement l'authenticité du testament. Par là même se trouve confirmé le Sacre de Clovis, puisque le grand testament en parle.
Enfin, dans une conclusion de 40 pages, il brosse un portrait inhabituel mais combien lumineux de saint Remy, ce titan de la sainteté et de la politique, souvent méconnu ou caricaturé. Si on a beaucoup parlé de Clovis en 1996, on n'a malheureusement pas assez parlé de saint Remy. Encore moins du "Christ Roi de France". Quelle omission significative !

Ce résumé très rapide est fait pour inciter le lecteur à lire et étudier le livre. Il y trouvera aussi des critiques ou analyses remarquables sur Jansénius p. 179 et 182, sur le gallicanisme p. 178, sur la lettre du pape Horsmidas p. 193, sur les légistes et le Parlement, sur le Concile d'Orléans p. 362, et surtout les criti-ques développées aux pages 228 et suivantes, etc. Enfin au dernier paragraphe du chapitre 13, il découvrira une prophétie étonnante sur la France.

Citons ce passage de la page 228 qui confirme le principe défini plus haut :
"Le premier principe de l'école gallicane, son point de départ est que généralement tout diplôme, toute charte, tout titre ancien doit être suspects, à cause de la multitude d'actes faux qui pullulent dans les archives privées et publiques. Cette suspicion préliminaire à toute étude est formellement contraire aux données de la diplomatique, qui prouve que peu d'actes faux et interpolés ont existé dans le cours des âges, parce que dans tous les siècles il y a eu des lois très sévères contre les faussaires et des lumières suffisantes pour découvrir leurs falsifications. La conclusion est donc l'opposé du principe gallican : c'est qu'un acte ancien transmis par la tradition est digne de toute confiance, à moins de preuves certaines du contraire."

Et l'abbé Dessailly cite le "Traité de Diplomatique" tome IV p.234
"...sur l'article des faussaires et des actes supposés ou falsifiés, nous ne savons si l'on pourrait en rapporter un seul."
Page 111, il précisait : "d'abord les lois ecclésiastiques étaient formelles. Elles exigeaient des évêques une vigilance active sur tous les diplômes et les actes de donation faite aux Eglises. Nous pourrions citer, à partir du IVe siècle surtout de nombreuses prescriptions canoniques à cet égard".

4 Conclusion


Nous ne pourrions faire mieux pour conclure que de citer le cher Jean Vaquié. Dans le numéro spécial de "Lecture et Tradition" (n° 126), de nouveau disponible à DPF, il posait cette question :
"Mais alors jusqu'où allons-nous devoir remonter pour échapper à cette glissade ?"
Et voici sa réponse :
"Il faut, si l'on veut trouver un terrain solide, remonter jusqu'au Sacre de Clovis par saint Remi, à Reims, le jour de Noël 496. C'est là que la race de nos rois a été désignée par Dieu qui a envoyé une huile céleste pour servir désormais de sacramental pour le Sacre. C'est à ce moment-là que Dieu a fondé une autorité temporelle chrétienne pour être le rempart et l'épée de la Sainte Eglise. C'est jusque là qu'il faut remonter pour trouver une base ferme de raisonnement".

On pourrait citer aussi le cher Marquis de La Franquerie, l'Apôtre de la Monarchie de Droit Divin, mais tous les lecteurs ont en mémoire : "La Mission Divine de la France" qui, étayée sur l'enseignement des Saints, des Papes et des Rois, est le livre de référence par excellence.
Nos deux amis connaissaient très bien le livre de l'abbé Dessailly et le considéraient comme le maître-livre sur le sujet. Nous espérons que le lecteur de ces lignes en aura compris l'importance et se fera un devoir de faire connaître ce livre, surtout auprès des jeunes générations qui, peu instruites, ont besoin de tels repères pour savoir, ne pas douter, et combattre.

Louis-Hubert REMY.


Testament de Saint-Rémi.

AU nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Gloire à Dieu, ainsi soit-il.

Moi, Rémi, évêque de la cité de Reims, revêtu du sacerdoce, ai fait mon testament, conformément au droit prétorien ; j’ai voulu qu’il ait la force d’un codicille, dans le cas où il y manquerait quelque formalité. Quand moi, Rémi, évêque, j’aurai quitté cette vie, je t’institue mon héritière, ô sainte et vénérable Église catholique de la ville de Reims, (…) .

[Suit la répartition des biens que possédait Rémi. Au milieu de cette énumération, on trouve ce passage intéressant, car il fait allusion aux miracles accomplis pour le salut des Francs, dont vraisemblablement le miracle de la sainte ampoule :]

A l’égard des villages que mon seigneur d’illustre mémoire, le roi Clovis, que j’ai tenu sur les saints fonts du baptême, m’a donnés en propre, lorsque, païen encore, il ne connaissait pas le vrai Dieu, je les ai consacrés aux lieux les plus pauvres, de peur qu’il ne crût, infidèle qu’il était, que je fusse attaché aux choses de ce monde et moins occupé de son salut que des biens temporels. Il a admiré ma conduite, et a consenti avec bonté et générosité, tant avant qu’après son baptême, que j’intercédasse en faveur de tous ceux qui souffraient .

Comme il a reconnu que de tous les évêques de la Gaule, c’est moi qui ai le plus travaillé à la conversion des Francs, Dieu m’a donné tant de crédit auprès de lui, et la vertu divine, par la grâce du Saint-Esprit, a fait opérer par moi, pauvre pécheur, tant de miracles pour le salut des Francs, que le roi a non seulement restitué à toutes les Églises du royaume tout ce qu’on leur avait enlevé, mais encore en a enrichi beaucoup d’autres de son bien propre, par un effet gratuit de sa libéralité 3. (…)

Que le présent testament, observé fidèlement et inviolablement par mes frères et successeurs les évêques de Reims, maintenu et défendu partout par mes très chers fils les rois de France par moi consacrés au Seigneur à leur baptême, par un don gratuit de Jésus-Christ et la grâce du Saint-Esprit, obtienne à tout jamais une force inviolable et perpétuelle dans ses dispositions, envers et contre tout (…)

Seulement, par égard pour la famille royale qu’avec tous mes frères et co-évêques de la Germanie, de la Gaule et de la Neustrie, pour l’honneur de la sainte Église et la défense des pauvres, j’ai choisie délibérément pour être élevée à tout jamais au sommet de la majesté royale, que j’ai baptisée, que j’ai tenue sur les fonts baptismaux, marquée des sept dons du Saint-Esprit, et sacrée de l’onction des rois, par le saint chrême du même Saint-Esprit, j’ai ordonné ce qui suit :

Malédictions

Si un jour cette famille, tant de fois consacrée au Seigneur par mes bénédictions, rendant le mal pour le bien, usurpe, ravage ou détruit les églises de Dieu, et s’en déclare l’ennemie ou la persécutrice, que les évêques du diocèse de Reims soient convoqués et lui fassent d’abord des remontrances, qu’ensuite l’Église de Reims, s’adjoignant sa sœur l’Église de Trèves, aille une deuxième fois trouver le roi. La troisième fois, que trois ou quatre archevêques des Gaules seulement soient convoqués et fassent des remontrances au prince, quel qu’il soit en sorte que la longanimité de la tendresse paternelle diffère jusqu’au septième avertissement, si les premiers n’obtiennent aucun succès .

Enfin, si au mépris de toutes les remontrances, il ne dépose pas cet esprit d’obstination incorrigible, s’il refuse de se soumettre à Dieu et de participer aux bénédictions de l’Église, que tous prononcent contre lui la sentence de séparation du corps de l’Église, par la formule que l’on sait avoir été chantée il y a longtemps par le prophète-roi David, sous l’inspiration de ce même Saint-Esprit qui est dans les évêques : « Parce qu’il a persécuté l’indigent, le pauvre, l’homme au coeur contrit, parce qu’il ne s’est point souvenu de la miséricorde et qu’il a aimé la malédiction, celle-ci lui arrivera ; il n’a point voulu de la bénédiction, elle s’éloignera » ( Et tout ce que l’Église a l’habitude de chanter de Judas le traître et des mauvais évêques, que toutes les églises le chantent de lui) .

Parce que le Seigneur a dit : « Tout ce que vous avez fait au plus petit des miens, c’est à moi que vous l’avez fait, et tout ce que vous ne leur avez pas fait, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait » (Mt 25, 40 & 45), ainsi ce qui est vrai pour la tête l’est aussi pour les membres. Il ne faut changer qu’un seul mot par interposition : « Que ses jours soient abrégés et qu’un autre reçoive l’autorité royale 2 ! » (Ps 108, 8.)

Si mes successeurs les archevêques de Reims négligent d’accomplir ce que j’ai ordonné, qu’ils soient frappés de malédictions et qu’ils subissent les peines portées contre les princes : « Que leurs jours soient abrégés, et qu’un autre reçoive leur évêché . »

Bénédictions

Mais si Notre Seigneur Jésus-Christ daigne écouter les prières que je répands tous les jours en présence de la majesté divine, spécialement pour la persévérance de cette famille royale, suivant mes recommandations , dans le bon gouvernement de son royaume et le respect de la hiérarchie de la sainte Église de Dieu, qu’aux bénédictions que le Saint-Esprit a versées par ma main pécheresse sur la tête de son chef, le même Esprit-Saint joigne d’autres bénédictions plus abondantes, et que de lui sortent des rois et des empereurs qui, pour le présent et pour l’avenir, selon la volonté du Seigneur, confirmés dans la vérité et la justice pour l’extension de la sainte Église, puissent conserver le royaume et en reculer chaque jour les limites ; puissent-ils être élevés aussi sur le trône dans la maison de David, c’est-à-dire dans la Jérusalem céleste, pour y régner éternellement avec le Seigneur. Ainsi soit-il .

Fait à Reims même jour que dessus, et sous le consul sus-nommé, en présence et avec la participation des soussignés :
+ Moi, Rémi, évêque, j’ai relu, signé, scellé et fermé ce testament, avec la grâce de Dieu, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Le testament de Saint Charlemagne.

Charlemagne, fils de Pépin le Bref et de Bertade appelée dans la légende Berthe aux grands pieds, naquit le 2 avril 742, partagea, en 768 avec son frère Carloman l'héritage de Pépin le Bref, demeura, en 771, à la mort de Carloman, seul maître du Royaume des Francs, et fut couronné empereur d'occident à Rome, par le pape Léon III, en l'an 800, le jour de la fête de Noël.

Charlemagne s'efforça de faire revivre la civilisation mourante, ou plutôt déjà morte ; il refoula les Arabes, dompta les Germains encore presque sauvages, détruisit l'empire des Avares, et imposa le christianisme à ces peuples païens ; évangélisation violente contre laquelle se prononça, pour l'honneur de l'humanité, l'illustre Alcuin, abbé de Saint-Martin de Tours. Charlemagne réforma l'Église, détruisit les abus qui l'avaient envahie, et s'efforça de combattre l'ignorance grossière des clercs. Tout en restaurant l'étude du grec et du latin, il s'occupait avec amour de sa langue maternelle, en commençait même une grammaire et composant un recueil de vieux chants nationaux.

L'empereur entendait volontiers pendant ses repas un récit ou une lecture ; et c'étaient les histoires et les hauts faits des temps passés qu'on lui lisait d'ordinaire. Il aimait aussi beaucoup les ouvrages de saint Augustin, et particulièrement la Cité de Dieu.

Son activité était incessante : elle, avait quelque chose de fiévreux ; il se relevait pour travailler jusqu'à quatre ou cinq fois dans la même nuit ; il conférait avec ses amis et ses conseillers tout en se chaussant en s'habillant et il lui arriva de rendre des sentences et de prononcer des jugements en faisant sa toilette comme s'il eût siégé sur son tribunal. Prodigieux efforts d'un homme qui s'épuise à une œuvre impossible, et qui lutte contre toutes les forces de son temps ! A cette époque, le morcellement de l'Europe occidentale était commencé : les peuples se séparaient les uns des autres et brisaient leurs entraves. C'était un immense travail d'enfantement d’où devait sortir les nations modernes. Pour fonder un empire solide, il eût fallu à Charlemagne la force d'arrêter ce mouvement du monde ; il ne l'arrêta pas, mais il l'entrava un instant, et rendit pour quelques années l'unité à l'Occident chrétien. Quand il mourut le 28 janvier 814, sa domination s'étendait de Pampelune à Raguse, de l'Eyder jusqu'à la terre d'Otrante, et de la Theiss jusqu'à l'océan Atlantique.

Les peuples ont mesuré longtemps la grandeur d'un homme à l'étendue de sa puissance. Charlemagne, ayant été démesurément grand dans l'espace, fut aux yeux des nations le grand homme par excellence. L'imagination populaire s'empara de cette forte figure historique, et Charlemagne inspira une vaste poésie nationale, une légende gigantesque qui a traversé mille ans pour arriver jusqu'à nous.

DISCOURS PRONONCE PAR CHARLEMAGNE DANS UN CHAMP-DE-MARS


Charlemagne réunissait fréquemment de nombreuses assemblées où délibéraient les grands de l'empire, clercs et laïques. L'exhortation pieuse que nous publions aurait été prononcée, d'après M. Pertz, au mois de mars de l'an 802, dans l'une de ces assemblées réunies à Aix-la-Chapelle. L'empereur paraît y congédier ses leudes. Ce discours, qui nous donne une idée de l'éloquence de Charlemagne, si vantée par Éginhard, s'appellerait donc, en style moderne, un discours de clôture après la session législative. Il est adressé à l'ensemble de la nation, aux évêques, aux chanoines, aux guerriers, aux femmes et aux enfants.
Il résulte de ce texte que les femmes pouvaient assister aux grands plaids nationaux, et que les guerriers francs s'y rendirent quelquefois accompagnés de leur famille tout entière. Ce n’est pas, du reste, le seul document de ces temps-là qui nous montre les femmes se mêlant aux affaires publiques : on vit au IXème siècle les religieuses elles-mêmes s'occuper de politique. Un concile tenu à Nantes le leur défendit ainsi qu'aux veuves.

Une partie de ce curieux discours nous est parvenue dans un manuscrit du Xème siècle : il est transcrit intégralement dans un manuscrit du XIème. Nous reproduisons, à l'exemple de M. Pertz, cette transcription barbare, afin de donner un spécimen de la science des copistes du XIème et du XIIème siècle.

DISCOURS DU SEIGNEUR CHARLES, EMPEREUR

Écoutez, frères bien-aimés ! Nous avons été envoyés ici pour votre salut, afin de vous exhorter à suivre exactement la loi de Dieu et à vous convertir dans la justice et la miséricorde à l'obéissance aux lois de ce monde.
Je vous exhorte d'abord à croire en un seul Dieu tout-puissant, Père, Fils, et Saint-Esprit Dieu unique et véritable, Trinité parfaite, Unité véritable, Dieu créateur des choses visibles et des choses invisibles, dans lequel est notre salut, et qui est l'auteur de tous biens. Croyez au Fils de Dieu fait homme pour le salut du monde, né de la Vierge Marie par l'opération du Saint-Esprit. Croyez que pour notre salut Il a souffert la mort ; que, le troisième jour, Il est ressuscité des morts ; qu'Il est monté au ciel, où Il est assis à la droite de Dieu. Croyez qu'Il viendra pour juger les vivants et les morts, et qu'Il rendra alors à chacun suivant ses œuvres.
Croyez en une seule Église, c'est-à-dire en la société des bons par tout l'univers ; et sachez que ceux-là seuls pourront être sauvés, et qu'à ceux-là seulement le royaume de Dieu appartient, qui persévèrent jusqu'à la fin dans la foi, la communion et la charité de cette Église. Ceux qui à cause de leurs péchés sont exclus de cette Église, et ne reviennent pas vers elle par la pénitence, ne peuvent faire en ce siècle aucune action, qui soit acceptée de Dieu. Soyez persuadés que vous avez reçu au baptême l'absolution de tous vos péchés. Espérez en la miséricorde de Dieu, qui nous remet nos péchés de chaque jour par la confession et la pénitence. Croyez à la résurrection de tous les morts, à la vie éternelle, au supplice éternel des impies.

Telle est la foi qui vous sauvera, si vous la gardez fidèlement et si vous y joignez les bonnes œuvres ; car la foi sans les œuvres est une foi morte, et les œuvres sans la foi, même quand elles sont bonnes, ne peuvent plaire à Dieu. Aimez donc d'abord le Seigneur tout-puissant de tout votre cœur et de toutes vos forces ; tout ce que vous croyez devoir Lui plaire, accomplissez-le toujours, selon votre pouvoir, avec le secours de Sa grâce ; mais évitez tout ce qui Lui déplaît ; car il ment celui qui prétend aimer Dieu, et ne garde pas Ses commandements.

Aimez votre prochain comme vous-mêmes ; et faites l'aumône aux pauvres selon vos ressources. Recevez les voyageurs dans vos maisons ; visitez les pauvres, et soyez charitables pour les prisonniers ; autant que vous le pourrez, ne faites de tort à personne, et ne vous accordez point avec ceux qui font tort à autrui ; car il n'est pas mal seulement de nuire au prochain, il est mal encore de s'entendre avec ceux qui lui nuisent. Pardonnez-vous mutuellement vos offenses si vous voulez que Dieu vous pardonne vos péchés.

Rachetez les captifs, secourez ceux qui sont injustement opprimés, défendez les veuves et les orphelins : prononcez des jugements conformes à l'équité ; ne favorisez aucune injustice ; ne vous abandonnez point à de longues colères ; évitez l'ivresse et les festins inutiles.

Soyez humbles et bons les uns envers les autres ; soyez fidèles à vos seigneurs ; ne commettez ni vols, ni parjures, et n'ayez aucune entente avec ceux qui en commettent. Les haines, la jalousie et la violence nous éloignent du royaume de Dieu. Réconciliez-vous au plus tôt les uns avec les autres ; car, s'il est dans la nature de l'homme de pécher, s'amender est angélique, mais persévérer dans le péché est diabolique.

Défendez l'Église de Dieu et aidez-la, afin que les prêtres de Dieu puissent faire prier pour vous. Souvenez-vous de ce que vous avez promis à Dieu au baptême : vous avez renoncé au démon et à ses œuvres ; ne retournez point vers lui, ne retournez point aux œuvres auxquelles vous avez renoncé ; mais demeurez dans la volonté de Dieu comme vous l'avez promis, et aimez Celui qui vous a créés et par lequel vous avez eu tous les biens. Que chacun serve Dieu fidèlement dans la place où il se trouve.

Que les femmes soient soumises à leurs maris, en toute bonté et pudeur ; qu'elles se gardent d'actes déshonnêtes, qu'elles ne commettent point d'empoisonnements et ne se livrent point à la cupidité, car ceux qui commettent ces actes sont en révolte contre Dieu. Qu'elles élèvent leurs fils dans la crainte de Dieu, et qu'elles fassent l'aumône suivant leurs fortunes, d'un cœur bon et joyeux.

Que les maris aiment leurs femmes et ne leur disent point de paroles déshonnêtes ; qu'ils dirigent leurs maisons avec bonté et qu'ils se réunissent plus souvent à l'église. Qu'ils rendent aux hommes ce qu'ils leur doivent sans murmure, et à Dieu ce qui est à Dieu, de bonne volonté.

Que les fils aiment leurs parents et les honorent. Qu'ils ne leur désobéissent point, et qu'ils se gardent du vol, de l'homicide et de la fornication ; qu'ils prennent, quand ils auront atteint l'âge du mariage, une femme légitime, à moins qu'ils ne préfèrent entrer au service de Dieu.

Que les clercs et les chanoines obéissent diligemment aux commandements de leurs évêques ; qu'ils gardent leur résidence, et n'aillent point d'un lieu à un autre. Qu'ils ne se mêlent point aux affaires du siècle. Qu'ils conservent la chasteté : la lecture des saintes Écritures doit les rappeler fréquemment au service de Dieu et de l'Église.

Que les moines soient fidèles aux promesses qu'ils ont faites à Dieu ; qu'ils ne se permettent rien de contraire à la volonté de leur abbé ; qu'ils ne se procurent aucun gain honteux. Qu'ils sachent par cœur leur règle et la suivent régulièrement, se rappelant que, pour un grand nombre, il eût mieux valu ne pas prononcer de vœu que de ne pas accomplir le vœu prononcé.

Que les ducs, les comtes et les juges soient justes envers le peuple, miséricordieux envers les pauvres, qu'ils ne vendent point la justice pour de l'argent, et qu'aucune haine particulière ne leur fasse condamner les innocents. Qu'ils aient toujours dans le cœur ces paroles de l'Apôtre : Il nous faudra comparaître tous devant le tribunal du Christ, où chacun sera jugé selon ses œuvres, bonnes ou mauvaises. Ce que le Seigneur a exprimé par ces paroles : Comme vous aurez jugé, ainsi vous serez jugé vous-même, c'est-à-dire, soyez miséricordieux afin que Dieu vous fasse miséricorde.

Il n'y a rien de secret qui ne doive alors être connu, rien de caché qui ne doive être découvert. Au jour du jugement nous rendrons compte à Dieu de toute parole inutile. Efforçons-nous donc, avec le secours de Dieu, de Lui plaire dans toutes nos actions, afin qu'après la vie présente nous méritions de nous réjouir dans l'éternité avec les saints du Seigneur.

Cette vie est courte, et l'heure de la mort est incertaine ; qu'avons-nous autre chose à faire, sinon à nous tenir toujours prêts ? N'oublions pas combien il est terrible de tomber entre les mains de Dieu. Par la confession, la pénitence et l'aumône nous rendons le Seigneur miséricordieux et clément ; s'Il nous voit revenir vers Lui de tout cœur, Il aura aussitôt pitié de nous et nous fera miséricorde.

Seigneur, accordez nous les prospérités de cette vie, et l'éternité de la vie future avec vos saints.
Que Dieu vous garde, frères bien-aimés !


TESTAMENT DE CHARLEMAGNE


Il fit, l'an 811, un Testament pour disposer des trésors de son épargne en faveur des pauvres et des églises. Pour cela, il fit faire l'inventaire de l'or et de l'argent, des pierreries, et des autres ornements royaux et bijoux qui étaient dans son palais, et il en forma trois lots.

Il joignit ensemble les deux premiers lots, et en fit vingt et une parts, qu'on scella de son sceau, pour être distribuées en aumônes, après sa mort, par ses héritiers, à vingt et une Églises métropolitaines.
Il ordonna que chaque métropolitain, ayant reçu la part qui lui était destinée, en gardât le tiers pour son Eglise, et partagent les autres deux tiers entre ses suffragants.

Il nomma ainsi ces vingt et une métropoles : Rome et Ravenne, qui, sans faire proprement partie de ses États, étaient sous la protection du défenseur armé de l'Église romaine ; Milan, Frioul, Grade, Cologne, Mayence, Salzbourg, Trèves, Sens, Besançon, Lyon, Rouen, Reims, Arles, Vienne, Tarentaise, Embrun, Bordeaux, Tours et Bourges.
On ne voit dans cette énumération ni Eause, ni Aix, ni Narbonne. Eause avait été ruinée par les musulmans, et la dignité de métropole n'avait pas, sans doute, encore été transférée à Auch. Quelques-uns croient qu'on contestait encore à Aix le droit de métropole. Mais Charlemagne pouvait avoir quelque raison de l'omettre, aussi bien que Narbonne, qui était certainement une des plus anciennes Églises métropolitaines. Peut-être avait-il fait quelque donation particulière à ces Églises ?

A l'égard du troisième lot, il voulut qu'on s'en servît pour les dépenses ordinaires de sa maison, et qu'après sa mort ou son abdication, on fit de ce qui en resterait quatre parts, dont la première serait ajoutée aux vingt et une parts destinées aux Églises, la seconde partagée entre ses enfants, la troisième distribuée aux pauvres, la quatrième réservée aux esclaves de l'un et de l'autre sexe qui servaient le palais.

Il ordonna d'ajouter à la part des pauvres tous les vases de cuivre et de fer, les armes, les habits et les meubles de son palais. Il ne voulut pas qu'on touchât à sa chapelle, c'est-à-dire aux ornements et aux vases qui servaient à l'autel ; mais il prescrivit de vendre au profit des pauvres les livres de sa bibliothèque.

Charlemagne avait dans son trésor trois grandes tables d'argent et une d'or. Il donna à l'église de Saint-Pierre celle qui était carrée, et sur laquelle étaient gravés le plan et la description de Constantinople. Il légua à l’église de Ravenne celle qui était ronde, où étaient gravés le plan et la description de Rome. Une troisième table d'argent contenait en trois orbes la description de tout le monde : il la fit réserver, avec celle qui était d'or, pour grossir la part des pauvres et celle de ses héritiers.
Le Testament de Charlemagne est signé de plusieurs archevêques, évêques, abbés, et de quelques comtes.

Les archevêques sont Hildebode de Cologne, Riculfe de Mayence, Arnon de Salzbourg, Vulfaire de Reims, Bernoïn de Besançon, Leidrade de Lyon, et Jean d'Arles.
Les évêques sont Théodulfe d'Orléans, Jessé d'Amiens, Heiton de Bâle, et Valsgaud de Liége.
Les abbés sont Fridugise de Saint-Martin de Tours, disciple et successeur d'Alcuin, Adalongue de Lauresheim, Engilbert de Centule, et Irminon de Saint-Vincent, c'est-à-dire de Saint-Germain des Prés.
Les plus connus des comtes qui souscrivirent cet Acte sont Vala, frère de saint Adalard, et Gérold, de la reine Hildegarde.

Le testament de Saint-Louis.

" Beau Fils, la première chose que je t'enseigne est que tu mettes tout ton coeur à aimer Dieu. Car sans cela nul ne peut se sauver.


" Garde-toi de faire chose qui à Dieu déplaise, c'est-à-dire mortel péché. Tu devrais même souffrir toutes manières de tourment plutôt que de pécher mortellement.


" Si Dieu t'envoie adversité, souffre-la en bonne grâce et en bonne patience, et rends-Lui en grâce et pense que tu l'as bien desservi et qu'il tournera tout à ton profit.


" S'il te donne prospérité, L'en remercie humblement, en sorte que tu n'en sois pas pire ou par orgueil ou par autre manière, de ce dont tu dois mieux valoir. Car l'on ne doit pas Dieu de ses dons guerroyer.


" Confesse-toi souvent, et élis confesseurs prud'hommes qui te sachent enseigner ce que tu dois faire et de quoi tu dois te garder...


" Le service de Sainte Église écoute dévotement sans bourder et rire, regarder çà et là ; mais prie Dieu de bouche et de coeur en pensant à Lui dévotement et spécialement à la Messe à l'heure que la Consécration est faite.


" Le coeur aie doux et pitoyable aux pauvres et à ceux qui souffrent de coeur et de corps, et les conforte et leur aide selon ce que tu pourras.


" Maintiens les bonnes coutumes du royaume et les mauvaises abaisse.


" Ne convoite pas sur ton peuple, ne le charge pas de toltes (impôts) ni de taille, et si ce n'est par trop grand besoin.


" Si tu as quelque affliction de coeur, dis-la aussitôt à ton confesseur ou à quelque prud'homme. Ainsi tu la porteras plus légèrement.


" Gardes que tu aies en ta compagnie tous prud'hommes, soit religieux, soit séculiers ; aie souvent parlement avec eux et fuis la compagnie des mauvais.


" Et écoute volontiers les sermons ou publics ou privés ; et recherche volontiers prières et pardons.


" Aime tout bien et hais tout mal en quoi que ce soit.


" Nul ne soit si hardi qu'il dise devant toi parole qui attire ou pousse à pécher, ou qu'il médise par détraction.


" Ne souffre que l'on dise devant toi nulle vilenie de Dieu ni de ses saints, que tu n'en fasses tantôt vengeance.


" Rends souvent grâces à Dieu de tous les biens qu'Il t'a faits, afin que tu sois digne d'en plus avoir.


" Pour justice et droiture garder, sois raide et loyal envers tes sujets, sans tourner ni à droite ni à gauche, mais toujours droit.


" Et si un pauvre a querelle contre un riche, soutiens le pauvre plus que le riche jusques à temps que la vérité soit éclaircie.


" Si quelqu'un a querelle contre toi, sois toujours pour lui et contre toi jusque l'on sache la vérité. Car ainsi jugeront les conseillers plus hardiment selon droiture et selon vérité.


" Si tu retiens rien d'autrui, ou par toi ou par tes devanciers, si c'est chose certaine, rends sans tarder. Si c'est chose douteuse, fais enquérir par sages hommes en hâte et diligemment.


" À cela tu dois mettre toute ton attention que tes gens et tes sujets vivent en paix et en droiture sous toi, mêmement les bonnes villes et les bonnes cités de ton royaume ; et les garde en l'état et en la franchise où tes devanciers les ont gardées. Et s'il y a choses à amender, amende-les et les redresse, et les tiens en faveur et amour.

Car par la force et la richesse de tes bonnes villes, les particuliers et étrangers redouteront de se mal conduire envers toi, spécialement les pairs et les barons. Il me souvient de Paris et des bonnes villes de mon royaume, qui m'aidèrent contre les barons quand je fus nouvellement couronné.


" Honore et aime particulièrement les religieux et toutes personnes de sainte Église.


" L'on raconte du roi Philippe, mon aïeul, qu'une fois un de ses conseillers lui dit que la sainte Église lui faisait grands torts et forfaits, en ce que les clercs lui ôtaient de son droit et empiétaient sur sa justice ; que c'était grande merveille qu'il le souffrît. Et le bon roi répondit qu'il le croyait bien. Mais quand il regardait les bontés et les courtoisies que Dieu lui avaient faites, il aimait mieux laisser son droit aller que susciter contestation ou scandale à la Sainte Église.


" À ton père et à ta mère tu dois honneur et révérence porter, et garder leurs commandements.


" Aime tes frères et veuille toujours leur bien et leur avancement, et tiens leur lieu de père pour les enseigner sur tout bien. Garde-toi que, par amour pour eux, tu te détournes de faire droit et que tu ne fasses à autrui chose que tu ne dois.


" Donne les bénéfices de sainte Église à personnes bonnes et dignes, et sur le conseil de prud'hommes. Et donne à ceux qui n'ont rien de sainte Église.


" Garde-toi d'exciter guerre sans très grande délibération et surtout contre tout homme chrétien. S'il faut la faire, garde sainte Église et ceux qui n'ont en rien méfait, de tout dommage.


" Apaise au plus tôt que tu pourras guerres et conflits soit tiens, soit de tes sujets comme Saint Martin faisait ; car, au temps que par Notre Seigneur il savait qu'il devait mourir, il alla pour mettre la paix entre les clercs de son archevêché ; et lui fut avis que, ce faisant, il faisait bonne fin.


" Sois diligent d'avoir bons prévôts et bons baillis et enquiers souvent d'eux et de ceux de ta maison, comme ils se conduisent.


" Cher Fils, je t'enseigne que tu sois toujours dévôt à l'Église de Rome et au souverain pontife, notre père, et que tu lui portes révérence et honneur comme tu dois à ton père spirituel. Travaille-toi à empêcher tout péché et principalement vilain sermon et fais détruire les hérésies suivant ton pouvoir.


" Encore je te requiers que tu reconnaisses les bienfaits de Notre-Seigneur et que tu lui rendes grâces et merci.


" Prends garde que les dépenses de ton hôtel soient raisonnables et mesurées.


" Enfin, doux fils, je te conjure et requiers que, si je meurs avant toi, tu fasses secourir mon âme en messes et oraisons, par tout le royaume de France, et que tu m'accordes une part spéciale et plénière dans tout le bien que tu feras.


" En dernier, cher fils, je te donne toutes bénédictions que bon père et pieux peut donner à son fils, et que benoîte Trinité et tous les saints te gardent et te défendent de tout mal ; et que Dieu te donne sa grâce de faire sa volonté toujours, de sorte qu'il soit honoré par toi.


" Et que nous puissions après cette mortelle vie être ensemble avec Lui et Le louer sans fin. AMEN.