INTRODUCTION
Je suis donc chargé, Mesdames et Messieurs, de faire un exposé sur les origines et les finalités surnaturelles de la monarchie française. Vous ne serez donc pas étonnés que cet exposé comprenne deux parties :
1 - Les ORIGINES surnaturelles de notre monarchie nationale.
2 - Les Finalités surnaturelles de ces mêmes institutions monarchiques.
PREMIÈRE PARTIE
LES ASSISES SURNATURELLES DU TRONE DE FRANCE
Nous allons voir que le Trône de France est assis sur ce qui est FERME, c'est-à-dire sur le FIRMAMENT. Le Firmament est ainsi appelé parce qu'il est FERME, autrement dit éternel. Il nous faudra mettre en évidence la suite des ACTIONS DIVINES qui s'exercent en faveur de cette monarchie :
- depuis l'implantation de l'ARBRE ROYAL en France à l'époque de MEROVEE,
- jusqu'à la DÉCOLLATION de Louis XVI le 21 Janvier 1793 (on peut bien parler de DÉCOLLATION, comme pour saint Jean-Baptiste, puisque Louis XVI est, de l'aveu unanime, mort martyr de la Foi).
C'est Dieu qui a véritablement PROCÉDÉ à la fondation de cette monarchie. Et Sa protection, Son PATRONAGE, Il ne l'a pas accordé seulement pendant la période des ORIGINES, Il l'a RENOUVELÉ (confirmé) de siècle en siècle.
On peut dire, sans crainte de se tromper, que L'INSTITUTION MONARCHIQUE en France, est l'œuvre de Dieu. Je vais essayer de vous en administrer la preuve. Au cours de cette démonstration, nous aurons en vue des actions d'ordre surnaturel. Ne soyez donc pas surpris par la nature des jalons historiques que nous allons retenir pour nous guider dans notre cheminement, dans notre raisonnement.
Nous retiendrons seulement des événements d'ordre surnaturel. Car tel est précisément le sujet de notre exposé. Des événements surnaturels que l'histoire profane ne relate pas ou très accessoirement et auxquels, pour notre part, nous attribuerons une importance majeure, déterminante. Nous allons donc nous comporter comme quelqu'un qui, voulant retracer l'histoire d'un individu chrétien, se contenterait de son HISTOIRE SACRAMENTELLE :
- son Baptême
- sa Confirmation
- ses Chutes
- ses comparutions au tribunal de la pénitence
- ses pèlerinages ... etc ...
et qui négligerait, par conséquent, son histoire physiologique et professionnelle.
Mais vous verrez qu'en fin de compte, l'histoire des ORIGINES de la Monarchie Française, que nous allons retracer en suivant ces JALONS SURNATURELS se révélera aussi RÉALISTE (et même plus réaliste) que si nous nous contentions de son histoire, mettons, biologique et profane.
Nous voilà donc amenés à ÉNUMÉRER un certain nombre d'INTERVENTIONS DIVINES historiquement prouvées.
Voici les PRINCIPAUX ÉPISODES où cette action divine a été consignée par l'Histoire.
- Les Champs Catalauniques - Tolbiac - Le Sacre de Reims - La Prophétie de Saint Remy - La Bataille de Vouillé - L'attribution de l'emblème des fleurs de LYS - La Devise de l'Écu de France.
Ce seront autant de paragraphes de notre exposé.
LES CHAMPS CATALAUNIQUES
Voyons, pour commencer les circonstances de l'IMPLANTATION DE L'ARBRE ROYAL dans la Gaule Gallo-Romaine et les Signes Providentiels dont elle est entourée.
Une incontestable SIGNATURE DIVINE s'est manifestée à la Bataille des CHAMPS CATALAUNIQUES en 451, bataille qui a duré 3 jours, les 20, 21 et 22 septembre.
C'était à la lisière NORD-EST de l'actuelle ville de Châlons-sur-Marne. C'est à cet endroit, et durant ces 3 jours, que le germe du Grand Arbre Royal a été déposé en terre.
D'un coté Attila, terrible Roi des Huns, qui commandait à une armée de 700 000 hommes et qui avait brûlé 70 villes. Il prétendait avoir trouvé une ÉPÉE DIVINE avec laquelle il combattait et, en même temps, comble de CONTRADICTION, il se proclamait FLÉAU de DIEU.
De l'autre, Mérovée, Roi des Francs, qui commandait l'armée franque grossie de 2 contingents : l'un fourni par AETIUS, général Romain, l'autre par Théodoric, Roi des Wisigoths.
Les premiers engagements eurent lieu le 20 septembre 451. La bataille fit rage pendant toute la journée du 21 septembre. Elle se continua pendant une partie de la journée du 22 septembre.
A la fin du 22 septembre, Attila se réfugia au milieu d'un rempart de chariots dans lequel la cavalerie franque ne put pénétrer.
Mais dès le lendemain, Attila commença son repli dans la direction de la vallée du Danube.
La VICTOIRE des Francs fut évidente, pour la Chrétienté tout entière, mais surtout pour la Gaule. Or (et c'est là que nous discernons les premiers JALONS SURNATURELS qui vont guider notre marche), la bataille des Champs Catalauniques met en évidence DEUX SIGNES, DEUX SIGNES de prédestination chrétienne.
Le PREMIER SIGNE nous est suggéré impérativement par les DATES des 3 Jours de bataille : les 20, 21 et 22 septembre.
Le SECOND SIGNE nous est suggéré par l'année de la bataille : 451 après Jésus-Christ.
Reprenons séparément ces deux SIGNES.
Voyons d'abord le PREMIER SIGNE qui inaugure le cheminement surnaturel que nous voulons suivre :
la BATAILLE se livre, disons-nous, les 20, 21 et 22 septembre.
Ce sont précisément les JOURS ANNIVERSAIRES de la DÉCIMATION DE LA LÉGION THÉBAINE qui avait eut lieu à AGAUNE, dans le Valais Suisse, en l'année 298 de notre ère, sous le Règne de l'Empereur DIOCLETIEN au cours de la DIXIÈME et DERNIÈRE PERSÉCUTION. Il y avait donc 150 ans.
Qu'est-ce que la LÉGION THÉBAINE ?
- La Légion Thébaine avait été recrutée dans la Région de Thèbes en Égypte. Elle était entièrement chrétienne et elle était commandée par saint Maurice.
Or, la ville de Thèbes et ses environs avait été évangélisée par saint Mathieu (dont l'emblème est l'homme ailé). Saint Mathieu Apôtre et Évangéliste dont la fête tombe précisément le 21 septembre, avec vigile (puisque c'est une fête d'Apôtre) le 20 septembre.
C'est l'Évangile de saint Mathieu qui commence par ces mots : "Généalogie de Jésus-Christ Fils de David..."
Saint Mathieu est généralement considéré comme l'Évangéliste de Jésus-Roi pour toutes sortes de raisons qu'il serait trop long de rappeler ici.
Saint Mathieu, évangéliste de Jésus-Roi (dont il fournit la Généalogie royale) peut donc être considéré, dans l'Histoire et dans la Géographie de la Grâce, comme ayant suscité la Légion Chrétienne de Thèbes, puisqu'il est directement à l'origine de son CHRISTIANISME.
En 298 de notre ère, le commandement militaire romain, sous la pression de DIOCLETIEN, exigea que la légion thébaine sacrifie aux idoles, et en particulier à celle de l'Empereur, comme tous les habitants de l'Empire. Or, la légion de saint Maurice ne refusait pas de SERVIR MILITAIREMENT l'Empereur, et elle en avait donné des preuves, mais elle ne voulait pas SACRIFIER RELIGIEUSEMENT aux idoles, chose que d'ailleurs on ne lui avait jamais demandée.
Il s'en suivit des pourparlers entre le commandement militaire Romain et saint Maurice qui était le général de cette légion de 6.600 soldats chrétiens.
Saint Maurice opposait aux administrateurs romains cette formule qui est restée célèbre : "MALUMUS MORI INNOCENTES QUAM VIVERE NOCENTES" (Nous préférons mourir innocents que de vivre coupables).
Le commandement romain décida de DÉCIMER LA LÉGION jusqu'à ce que les survivants acceptent la DÉMARCHE RELIGIEUSE que l'on exigeait d'eux. La Légion Thébaine, forte de ses 6.600 hommes ne se révolta pas. Elle accepta la décision. Elle se rangea en ordre et l'on exécuta, dans les rangs, un légionnaire sur dix. Et comme la calme détermination se maintenait, on reprit une nouvelle tournée de décimation. Pas un seul légionnaire ne fit défection. L'opération dura 3 jours : les 20, 21 et 22 septembre de l'an 298.
La fête de Saint Maurice et de ses compagnons martyrs se célèbre le 22 Septembre. De sorte que la bataille des CHAMPS CATALAUNIQUES (près de 150 ans plus tard) commencée en la fête de saint Mathieu évangéliste de Jésus-Roi, fils de David, se termina triomphalement en la fête de saint Maurice et de ses compagnons martyrs.
La CONCOMITANCE DES DATES frappa tellement les contemporains que, pendant toute une période, la bataille des "Champs Catalauniques" fut appelée la BATAILLE DES CHAMPS MAURICIENS.
Tel est le premier signe, le premier jalon, la première signature divine qui commence à nous suggérer l'idée qu'une œuvre chrétienne d'un ordre particulier était là en GESTATION.
Et voici maintenant le SECOND SIGNE. C'est le Millésime, c'est l'année de la victoire. Que s'est-il donc passé, cette année-là, que l'on puisse mettre en rapport avec les CHAMPS CATALAUNIQUES ?
451 est l'année du CONCILE DE CHALCEDOINE, où fut confirmée, par le Magistère, la réalité de la NATURE HUMAINE de NOTRE-SEIGNEUR JESUS-CHRIST, réalité de la Nature Humaine qui était contestée par les MONOPHYSITES. Les Monophysites disaient que la NATURE HUMAINE de Notre-Seigneur Jésus-Christ avait été seulement une APPARENCE (une illusion). Jésus-Christ, selon eux, n'avait qu'une seule nature, la NATURE DIVINE.
Pas du tout enseigna saint Léon, Pape, au Concile de Chalcédoine : la NATURE HUMAINE de Notre-Seigneur Jésus-Christ n'est pas une illusion et une apparence, c'est une RÉALITÉ terrestre et tangible.
Il est important de remarquer la CONCOMITANCE des DEUX VICTOIRES :
- la victoire spirituelle de saint Léon-le-Grand (Léon signifie Lion) montrant la réalité de la NATURE CHARNELLE de Notre-Seigneur Jésus-Christ ;
- et la Victoire temporelle de Mérovée (autre Lion) au moment où s'implante indéracinablement en Gaule l'ARBRE ROYAL qui devait incarner la LieuTenance temporelle de Jésus-Roi, de Notre-Seigneur Jésus-Christ ("LieuTenance ROYALE").
La victoire de Mérovée aux Champs Catalauniques fait donc apparaître l'AIDE et la FAVEUR DIVINES :
- par les fêtes liturgiques de saint Mathieu et de saint Maurice au cours desquelles elle fut remportée ;
- par l'année 451 qui la fait coïncider avec une victoire tout à fait analogue sur le Chapitre de la Doctrine.
Il y a là une HARMONIE pleine d'enseignements et d'encouragements pour les Chrétiens, mais HARMONIE qui échappe, évidemment, à ceux qui n'ont pas la foi, et pour qui une fête liturgique est une CIRCONSTANCE sans VALEUR.
On peut dire qu'à la bataille des Champs Catalauniques ont eu lieu les FIANÇAILLES de la Gaule avec la RACE des Souverains qui lui était destinée par Dieu, DESTINÉE et déjà DÉSIGNÉE
La future épouse était déjà "parée des Grâces divines" puisqu'elle avait été soigneusement évangélisée dès les premières années de l'ère chrétienne, par saint Lazare, l'ami de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à Marseille où il avait débarqué, par saint Martial, l'envoyé de saint Pierre dans la partie sud de la Loire, par saint Denis, l'envoyé de saint Paul au nord de la Loire, et par une foule de disciples comme saint Front, saint Amadour... etc...
Pour sa part le Futur Époux ( le Roi Franc ) venait de déployer la force de son bras et de montrer qu'il était capable de défendre son épouse contre n'importe quel danger.
C'est donc bien dans les plaines de Châlons-sur-Marne qu'il faut retourner pour retrouver la semence de L'ARBRE ROYAL.
Une dernière preuve de l'importance de cette bataille, de ce que nous disons, nous est fournie par les JACOBINS eux-mêmes.
Quand le démon, après bien des siècles, a voulu tirer vengeance de cette implantation et procéder à l'abolition de la monarchie française, quelle date a-t-il choisie ?
Il a choisi l'anniversaire des Champs Catalauniques. La Séance inaugurale de la CONVENTION en 1792 a eu lieu le 21 septembre (fête de saint Mathieu). C'est à cette séance inaugurale que, sur la proposition de l'Abbé Grégoire (prêtre constitutionnel), la monarchie fut abolie et la république proclamée.
L'arbre Royal fut COUPE en l'anniversaire du jour où il avait été semé.
Après cela il ne restait plus qu'à faire au Roi son procès et à "s'assurer de sa personne" (comme l'on dit).
TOLBIAC
Un nouveau signe de PROTECTION DIVINE va se révéler, se manifester à la bataille de Tolbiac.
La localité de TOLBIAC est située à la limite OUEST de l'AUSTRASIE entre le Rhin et la Meuse, au Nord de TRÈVES et non loin d'Aix-la-Chapelle.
Tout le monde connaît cet épisode historique. Il est célèbre à juste titre. A l'époque de TOLBIAC, CLOVIS était déjà Roi, mais il était encore païen. Il avait épousé sainte Clotilde à Soissons quelques années auparavant.
Au cours d'un engagement contre les ALAMANS (qui tentaient une poussée vers l'OUEST), l'affaire tourna mal, les troupes franques reculant. Clovis n'arrivait pas à redresser la situation. Ce n'était pas faute d'invoquer ses divinités tutélaires. Mais le PRESTIGE du "Dieu de Clotilde", "PUISSANT ET MISÉRICORDIEUX" hantait son esprit. Or, les "Génies protecteurs" qu'il invoquait d'ordinaire lui firent défaut. Il recourut au DIEU de Clotilde, selon la formule qui a été recueillie par les Historiens, par les Chroniqueurs. Ce faisant, il jouait sa tête. Car, si la victoire ne s'en était pas suivie, les officiers de son entourage n'auraient pas manqué d'attribuer la défaite à ce "blasphème", à cette trahison, à ce reniement, et par conséquent à lui régler son compte.
On est bien obligé de reconnaître que Clovis a fait là un véritable ACTE DE FOI fort méritoire. De toute évidence, il a cru le "Dieu de Clotilde" capable de le secourir.
C'est cet acte de foi que Dieu a récompensé, en donnant la victoire à Clovis. Victoire qui assurait à la France la frontière du Rhin.
Comment alors ne pas remarquer qu'en faisant de la Frontière du Rhin la
conquête expresse de la Foi de Clovis, Dieu a montré, dès le début de notre Histoire, que la France n'a de solides fortifications que dans la foi chrétienne.
En reconnaissance pour cette victoire de Tolbiac (que par conséquent Il considérait comme miraculeuse), Clovis fit édifier la première cathédrale de STRASBOURG. Ce fut son "ex-voto". Elle a été reconstruite depuis, mais le souvenir de Clovis a été conservé dans la nouvelle construction, puisque l'on y voit encore, sur la façade, la STATUE ÉQUESTRE de Clovis.
REIMS
La TROISIÈME marque de Prédilection divine (PATRONAGE) que nous noterons, (mais il y en eut d'autres), c'est celle de Reims.
Elle est particulièrement importante parce qu'elle a laissé des TRACES JURIDIQUES. Elle a passé DANS LA LÉGISLATION. Il s'agit du SACRE DE CLOVIS par saint Remy, Évêque de Reims, le jour de Noël 496.
Ce fut à la fois le BAPTÊME et le SACRE de Clovis.
Le DIACRE qui devait apporter le Saint-Chrême de la Sacristie au Baptistère, fut empêché de passer à cause de l'extrême densité de la foule. Le temps passait et les célébrants commençaient à s'impatienter.
C'est alors que l'on vit une COLOMBE apporter au Baptistère l'AMPOULE fameuse remplie d'un CHRÊME, qui dès lors ne pouvait être que CÉLESTE, dès lors qu'il était ainsi miraculeusement apporté à saint Remy. C'est avec ce chrême que Clovis fut sacré Roi.
Ce miracle, éminemment significatif, a été attesté par des AUTORITÉS INCONTESTABLES :
- par Hincmar, archevêque de Reims au IXème siècle (il manifestait ainsi une tradition de son église cathédrale) ;
- par Flodoard. prêtre de la même église ;
- par ce que l'on nomme le DIPLÔME de Louis le DÉBONNAIRE, fils de Charlemagne ;
- par Elie de Bourdeilles qui déposa au procès de RÉHABILITATION de Jeanne d'Arc ;
- par le Cardinal BARONIUS, dans ses "Annales Ecclésiastiques" qui sont consacrées précisément à l'histoire des premiers siècles de l'Eglise.
Tous ces documents retiennent comme MIRACULEUX et comme HISTORIQUE l'apport de la Sainte Ampoule au Sacre de Clovis.
Ceux qui dénient l'Historicité de ce miracle sont animés du même ESPRIT de DÉMOLITION que les gens qui dénient l'historicité du TRANSFERT de la CHAIRE de Saint Pierre d'Antioche à Rome, sous prétexte que ce transfert n'est pas consigné dans les ACTES des APÔTRES (alors que le transfert de Jérusalem à Antioche s'y trouve). En réalité, c'est pour se dispenser d'admettre la SUPRÉMATIE du Pontife Romain.
Il en est de même de ceux qui contestent le miracle de la Sainte Ampoule: c'est pour se dispenser d'admettre le DROIT D'AÎNESSE des ROIS de FRANCE et par voie de conséquence le PRIVILÈGE de la FRANCE FILLE AÎNÉE de l'Eglise.
Le miracle de la Sainte Ampoule n'est pas resté un phénomène ISOLE. D'abord il a été CONFIRME de règne en règne par le miracle de la GUÉRISON DES ÉCROUELLES, qui manifeste le maintien de la FAVEUR DIVINE sur la personne du Roi régnant. La formule était : "Le Roi te touche, Dieu te guérit." A la sortie de la cathédrale de Reims, sur le parvis, APRÈS LE SACRE, on amenait les malades.
Et puis surtout, le miracle de la sainte AMPOULE a constitué le fondement du Droit Royal français. Désormais le Roi de France sera "Roi par la Grâce de Dieu". Il n'est pas "Roi par l'autorité du Siège Apostolique". Il l'est par un choix spécial, directement formulé. De sorte que personne n'a le droit de DÉPOSER UN ROI DE FRANCE. Le CHOIX DIVIN manifesté personnellement à Clovis s'est perpétué sur toute la RACE ROYALE FRANÇAISE.
CAR si le Trône de France a changé de DYNASTIE, ces DYNASTIES successives RELÈVENT de la même ascendance. L'unité des 3 races est maintenant chose reconnue.
Chaque DYNASTIE a produit son ROI TYPE :
- Charlemagne, pour les Carolingiens ;
- saint Louis, pour les Capétiens.
Tous ces Rois furent les BÉNÉFICIAIRES des mêmes promesses initiales, du même PACTE INITIAL.
Je vous ferai remarquer, Mesdames et Messieurs, que c'est saint Charlemagne qui nous procure l'occasion de parler de tout cela AUJOURD'HUI puisque c'est sa FÊTE : la Saint-Charlemagne se fête le 28 janvier car il a une fête liturgique au PROPRE du DIOCÈSE d'Aix-la-Chapelle. Il a même des VÊPRES propres avec un hymne superbe. Charlemagne est mort le 28 janvier 814. Cette année 1989 est même une Année Jubilaire puisqu'il y a 1175 ans. C'est cette année le 47ème jubilé. Il est mort un SAMEDI (comme aujourd'hui), et c'était la 3ème semaine après l'Épiphanie.
LA PROPHÉTIE DE SAINT REMY
Saint Remy est appelé le SAMUEL du Nouveau Testament, parce qu'il a joué auprès de Clovis un rôle tout à fait analogue à celui de SAMUEL auprès de DAVID.
Saint Remy, en sacrant Clovis, a CONFIRME le CHOIX DIVIN (il s'en est porté GARANT).
Mais saint Remy s'est également montré PROPHÈTE.
On a de lui une PROPHÉTIE, qui est une véritable CHARTE, et dont voici le texte.
S'adressant à Clovis, il lui déclare :
"Apprenez, mon fils, que le Royaume de France est PRÉDESTINÉ par Dieu à la Défense de l'Église romaine, qui est la seule véritable Eglise du Christ. Ce Royaume sera un jour grand entre tous les royaumes. Il durera jusqu'à la fin des Temps. Il sera victorieux et prospère tant qu'il sera FIDÈLE à la FOI ROMAINE. Mais il sera rudement châtié toutes les fois qu'il sera infidèle à sa VOCATION".
On constate aisément la MARQUE DIVINE, dans cette PROPHÉTIE SIMPLE et dans cet avertissement SÉVÈRE.
Par d'autres textes mystiques nous savons que le DERNIER ROI de cette lignée sera aussi Le PLUS GRAND. Nous savons donc que la RACE DES ROIS de FRANCE ne s'éteindra pas dans la DÉGÉNÉRESCENCE et dans l'humiliation mais au contraire dans une APOGÉE et dans le TRIOMPHE.
VOUILLE
Et pour que la mesure des ATTENTIONS DIVINES déborde, Dieu a encore confirmé Sa prédilection à Clovis, lors de la Bataille de VOUILLE.
Nous voilà arrivés aux années 506-507 de notre ère. Il y a 14 ans que Clovis a épousé sainte Clotilde. Il y a 10 ans qu'il a été sacré Roi à REIMS. Clovis va incessamment entreprendre la campagne contre les WISIGOTHS ariens qui tiennent le Languedoc, l'Aquitaine et le Nord de l'Espagne. La Gaule tout entière est convaincue que la campagne contre la puissante armée WISIGOTHE va constituer une grosse affaire.
Toute la catholicité de la Gaule se tient dans une attente mêlée d'anxiété. Car du sort de l'affrontement va dépendre la paix religieuse de la Chrétienté. L'Occident sera ARIEN si les Wisigoths l'emportent ; il restera catholique orthodoxe si c'est Clovis qui gagne.
Or voilà que Clovis tombe malade, gravement malade. Son état empire. Les médecins renoncent à le guérir. Le couple royal fait alors appel à saint Séverin. Et c'est là que nous retrouvons saint MAURICE, illustre général chrétien. Car saint Séverin est Abbé du Monastère d'Agaune (Valais) sur l'emplacement de la fameuse DÉCIMATION.
Saint Séverin a la réputation d'un thaumaturge à qui l'on peut confier les cas désespérés. Dès qu'il est averti, saint Séverin se met en route. A peine arrivé, le saint Thaumaturge dépose avec précaution son manteau sur Clovis malade et il lui rend immédiatement la santé. Voilà un PREMIER symptôme qui montre que Dieu n'a pas abandonné son LIEUTENANT TEMPOREL.
Clovis rétabli, il met en mouvement l'armée FRANQUE qu'il a bien préparée matériellement et spirituellement. Elle vient d'Ile-de-France et se dirige vers Tours en vue de franchir la Loire et de passer sur la rive Sud, pour aller à la rencontre d'Alaric II Roi des Wisigoths, qui vient d'Aquitaine et qui remonte vers le Nord.
Tours est la ville de saint Martin, l'Apôtre des Gaules, qui est mort voilà un peu plus d'un siècle. Clovis projette d'aller à la cathédrale pour recommander sa campagne au saint et puissant patron du diocèse. Il se fait précéder par une délégation d'officiers qui portera quelques présents au clergé et qui annoncera sa visite. Les délégués, ne voulant pas troubler l'office qui est en cours, s'arrêtent au fond de la nef et prêtent l'oreille à la psalmodie. Or, ils entendent chanter le verset 40 du Psaume 17 dont voici la traduction :
"Vous m'avez revêtu de force pour la guerre et vous avez supplanté sous moi ceux qui s'élevaient contre moi.
"Vous avez fait tourner le dos à mes ennemis et vous avez dispersé ceux qui me haïssent".
Clovis, à qui on rapporte le fait, considère que le chant de ce verset, à ce moment précis, est la réponse de saint Martin à sa demande de PROTECTION.
Les Francs ont maintenant quitté Tours. Ils ont franchi la Loire et se trouvent sur la rive sud du fleuve. Après avoir traversé la Vienne, l'armée campe à 7 lieues à l'ouest de Poitiers. Le soir venu, voilà qu'un globe de feu (une sorte de soleil) s'élève du tombeau de saint Hilaire, mort il y a 140 ans, saint Hilaire, docteur de l'Eglise. Et ce globe de feu, ce soleil comme disent certains textes, vient se poser au sommet de la tente de Clovis. Le grand docteur gaulois, que saint Jérôme appelait "le Rhône de l'éloquence latine", manifestait lui aussi son encouragement à Clovis, par un SOLEIL, qui est précisément l'emblème des DOCTEURS parce que la DOCTRINE ILLUMINE l'intelligence.
La route de Clovis vers les plaines de VOUILLE, a ainsi été jalonnée par des signes surnaturels auxquels naturellement, l'histoire officielle n'attache aucune espèce d'importance, mais qui sont, pour celui qui croit, des signes très authentiques de faveur divine.
La RENCONTRE des deux armées se produisit au lieu-dit VOCLADES (aujourd'hui Vouillé) ce qui signifie : "Carnage de Goth". VO = Goth CLADES = défaite.
L'Histoire n'a conservé aucune notation précise sur les diverses phases de cette bataille. Il semble seulement que l'affaire ait été réglée assez rapidement.
Les deux Rois ennemis étaient présents tous les deux sur le champ de bataille et ils commandaient leurs troupes.
Clovis identifia assez vite le peloton qui escortait Alaric Il. Il estima que sa position du moment rendait le Roi Wisigoth assez vulnérable (peut-être parce qu'il se trouvait en contrebas). Clovis se dirigea directement vers lui avec sa propre escorte et il le prit personnellement à parti.
Combat singulier de deux Rois en pleine bataille. Clovis domina Alaric II et le tua de sa main, remportant ainsi la DÉPOUILLE OPIME de son adversaire.
La mort d'Alaric Il, qui survient au début de l'engagement, fut rapidement connue de toute l'armée wisigothe. La nouvelle provoqua des flottements dans les rangs, puis peu à peu une véritable débâcle, conformément au verset 40 du Psaume 17 qui avait été chanté par les clercs au passage de Tours : "Vous avez fait tourner le dos à mes ennemis et vous avez dispersé ceux qui me haïssent".
La Victoire de Vouillé ouvrit la porte de l'AQUITAINE à Clovis. Elle s'ajouta à la victoire de Soissons sur Syagrius, de Tolbiac sur les Alamans, de Dijon, un peu plus tard, sur les Burgondes.
Ainsi le premier Roi Franc, en un seul Règne, en quelques années traça les frontières naturelles de son Royaume.
La Gaule est désormais libérée de l'autorité romaine qui, après avoir été si utile, devenait pesante.
Elle n'a plus à craindre ni les envahisseurs venus de Germanie, dès lors contenus à l'Est du Rhin, ni la reprise des DISCORDES ARIENNES.
Il est temps, pour elle, de prendre le NOM de son Roi comme une épouse prend le NOM de son époux et de s'appeler la FRANCE.
Observons la différence entre la conquête de la Gaule par César et la conquête de la Gaule par Clovis. César avait conquis la Gaule en la combattant. Clovis a conquis la Gaule en la libérant (à aucun moment il ne l'a combattue), en l'AFFRANCHISSANT.
Clovis définissait ainsi la VOCATION de la France qui est d'AFFRANCHIR.
La France a donné l'exemple typique de sa vocation à l'AFFRANCHISSEMENT en AFFRANCHISSANT Jérusalem du joug des Infidèles en 1099 (prise de Jérusalem par Godefroy de Bouillon).
L'EMBLÈME DES ROIS DE FRANCE
Les Rois de France n'ont pas CHOISI leur emblème selon le propre esprit. Cet emblème leur a été attribué explicitement par le Ciel.
Les armoiries de Clovis païen étaient des armoiries païennes. Ses fanions, ses boucliers, portaient des CRAPAUDS. J'ignore d'où provenait ce symbole. Il était SIGNIFICATIF des Divinités Païennes. Comment Clovis en arriva-t-il à changer son emblème ?
Ouvrons la plus ancienne des "Histoires de France", celle de Nicole Gilles(1416). Il y rapporte une tradition ecclésiastique de l'église de POISSY. On peut lire ce qui suit :
"Il y avait en ce temps un ermite, prud'homme et de sainte vie, qui habitait en un bois près d'une fontaine, au lieu qui, de présent, est appelé JOYE-EN-VAL, en la châtellenie de POISSY, près Paris.
"Auquel ermite, la dite Clotilde, femme du Roi Clovis, avait grande fiance, et pour sa sainteté, le visitait souvent et lui administrait ses nécessités. Et advint un jour que, le dit ermite étant en oraison, un ANGE apparut à lui, en lui disant qu'il fit raser des armes les crapauds que Clovis portait en son écu, et, au lieu d'iceux, qu'il portât un écu dont le CHAMP fut d'Azur semé tout de fleurs de lys d'Or".
Ainsi s'exprime Nicole Gilles, ajoutant que l'ermite transmit à sainte Clotilde les désirs de l'Ange, et Clotilde fit le nécessaire auprès du Roi.
Je ne croîs pas me tromper en disant qu'à VOUILLE, Clovis avait déjà abandonné l'emblème des crapauds pour adopter celui des fleurs de lys. DES FLEURS DE LYS SANS NOMBRE : un semis.
C'est par la suite seulement, au temps des premiers Valois, que le nombre de fleurs de lys fut réduit à Trois. Pourquoi "sans nombre" ?
Pour représenter tous les sujets du Royaume.
Dans le premier écu de France aucun français n'était oublié.
SIGNIFICATION DES FLEURS DE LYS.
La fleur de lys est l'EMBLÈME du VERBE INCARNE.
Jésus-Christ a confié son "emblème personnel" au Roi de France, pour bien marquer que celui-ci GOUVERNE EN SON NOM et POUR SON COMPTE.
Expliquons le SYMBOLISME de la fleur de lys.
Le Verbe Incarné est Une PERSONNE DIVINE comprenant une nature divine et une nature humaine, laquelle est formée d'un corps et d'une âme.
Le FLEURON du MILIEU qui est rigide et dressé vers le Ciel représente la Nature divine de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est ferme et qui s'élève au dessus de tout. On peut dire aussi qu'il symbolise la FERMETÉ de la FOI.
Les FLEURONS LATÉRAUX qui sont recourbés vers la terre signifient, l'un la PRUDENCE dans les décisions de l'âme raisonnable, l'autre la MISÉRICORDE dans les œuvres.
La BAGUE qui encercle les Trois fleurons représente le CORPS de Notre Seigneur Jésus-Christ qui renferme Son âme et Sa divinité.
Résumé : fermeté dans la foi, prudence dans le conseil, miséricorde dans les œuvres. Bref, nous venons de le dire : Jésus-Christ, par le ministère de l'Ange de Joye-en-Val, a confié Son emblème personnel au Roi de France.
On ne peut pas exprimer plus fortement et plus simplement l'idée (que sainte Jeanne d'Arc viendra rappeler) à savoir l'IDÉE de "LieuTenance".
Le véritable titulaire de la Couronne de France et de la ROYAUTÉ en général, c'est Jésus-Christ.
LA DEVISE
La Devise maintenant.
Car les armes de France comportent aussi une devise. Elle est tout simplement tirée de l'Évangile de saint Mathieu (l'évangéliste de Jésus-Roi).
Car les lys ont les honneurs de l'Évangile.
Considérons donc les lys, comme Saint Mathieu nous y invite :
"Considérez les lys des champs comme ils croissent ; ils ne travaillent ni ne filent."
Telle est la DEVISE Neque laborant Neque Nent. : Ils ne travaillent ni ne filent.
Les bons héraldistes donnent l'explication suivante :
Neque Laborant : les lys ne travaillent pas parce qu'ils ne font rien d'eux-mêmes. Ils ne sont pas des ACTIVISTES et des ambitieux. Ils ne sont pas animés du PROPRE ESPRIT. Ils laissent opérer le Saint-Esprit. Ils correspondent à la GRÂCE. Ils la suivent. Ils ne la précèdent pas (il est injurieux de précéder son supérieur).
Ils ne travaillent pas parce qu'ils se laissent TRAVAILLER.
Neque Nent : les lys ne filent pas. C'est une occupation féminine que de filer. Si les lys ne filent pas, c'est qu'ils se succèdent par ordre de PRIMOGÉNITURE MÂLE. C'est la loi salique. Le Royaume des lys ne tombe pas DE LANCE EN QUENOUILLE.
Telle est la DEVISE c'est-à-dire l'IDÉAL VISÉ, quelquefois atteint.
CONCLUSION
Il est temps de conclure notre PREMIÈRE PARTIE : "Les Origines surnaturelles de la Monarchie française." Depuis la Renaissance, nos historiens humanistes, nos universitaires issus de l'encyclopédie, du socialisme et de la gnose pour les plus récents, ne manquent pas de nous faire remarquer les DÉBUTS SOLENNELS et richement significatifs de L'EMPIRE ROMAIN, le périple d'Enée, la fondation du Latium, la fondation de ROME en 753 avant Jésus-Christ par deux jumeaux allaités par une LOUVE, qui ouvrent un refuge pour les parias...
Ce symbolisme des débuts de Rome n'est certes pas négligeable. On peut même y voir l'annonce de la révélation de DESSEINS PROVIDENTIELS, sur lesquels nous n'avons pas à nous étendre...
Mais qu'est-ce que tout cela en COMPARAISON des Champs Catalauniques, sous la protection des 6.600 Martyrs de la Légion Thébaine, de TOLBIAC avec l'intervention miraculeuse du Dieu de Clotilde, de REIMS avec le chrême céleste et cette prophétie de saint Remy qui s'étend jusqu'à la fin des temps, de Vouillé annoncé par l'apparition du Soleil des Docteurs, des LYS désignés par l'Ange de Joye-en-Val et de tant d'autres signes que l'histoire profane oblitère totalement, mais qui n'en sont pas moins HISTORIQUES.
Tous ces signes d'Élection Divine, on les cherche en vain dans l'histoire de la fondation de Rome. Il y a entre la fondation de ROME aussi riche qu'elle soit en symbolisme, et la fondation de REIMS, la différence qu'il y a entre la NATURE et la GRÂCE, entre l'humain et le divin, et pour prendre une comparaison plus sensorielle, entre le vin pâteux des mers chaudes et le Champagne qui pétille, qui pétille parce qu'il est SPIRITUEL.
On objecte parfois que Clovis ne fut pas le premier chrétien qui régnât. Bien sûr. Avant lui, par exemple, Constantin et Théodose furent des chrétiens qui régnèrent. Mais ce ne furent pas des ROIS CHRÉTIENS.
Clovis est le premier ROI CHRÉTIEN, c'est-à-dire le premier chrétien qui reçut de l'Eglise l'ONCTION ROYALE avec le Chrême céleste, et c'est ce qui fonde son DROIT D'AÎNESSE.
Mais alors, me direz-vous, un tel PRIVILÈGE doit obligatoirement entraîner, chez ceux qui en sont TITULAIRES, un ORGUEIL DÉMESURÉ et par conséquent une tendance au DESPOTISME.
Eh bien pas du tout : le PRIVILÈGE, s'il vient vraiment de Dieu, engendre l'HUMILITÉ, et cela pour deux raisons CONVERGENTES :
- de par l'expérience de la PSYCHOLOGIE CHRÉTIENNE, on peut constater que le PRIVILÈGE ne raidit pas l'homme, il L'ASSOUPLIT, il rend condescendant et bénin. Si le privilège vient du Démon, il rend DUR et TYRANNIQUE ;
- c'est Notre-Seigneur qui choisit les RACES ROYALES, celle de David comme celle de Clovis, et Il les choisit évidemment comme présentant avec Lui une certaine ressemblance.
Or, que savons-nous du Tempérament de Notre Seigneur ?
PEU de CHOSE.
Sinon qu'il était DOUX et HUMBLE de Cœur.
Les deux vertus royales par excellence sont donc LA DOUCEUR et l'HUMILITÉ. Clovis a donné maints exemples d'humilité. Nous en connaissons DEUX.
A Tolbiac, il n'a pas refusé de suspecter les DIEUX de ses PÈRES et d'invoquer le Dieu de son épouse. Ce n'est pas là une marque d'orgueil que nous sachions.
A Reims, il n'a pas renâclé quand saint Remy lui a demandé de COURBER LA TÈTE et de BRÛLER ce QUE SES PÈRES AVAIENT ADORE. Peu d'hommes en sont capables.
Ils parlent contre la vérité historique ceux qui prétendent que nos rois furent des TYRANS.
DEUXIÈME PARTIE
Elle se réduira à sa plus simple expression, à un embryon de raisonnement.
Nous venons de voir que L'INSTITUTION ROYALE en France est une ŒUVRE DIVINE, et cela non seulement à ses origines, mais tout au long de son cours.
Mais nous savons aussi que Dieu ne laisse pas ses œuvres inachevées. Il les conduit toujours à la PERFECTION. Nous savons aussi que pour montrer la divinité de Ses œuvres, DIEU les RESSUSCITE, de même qu'il a montré Sa PROPRE DIVINITÉ en Se ressuscitant Lui-même.
Aussi pouvons-nous nous attendre à la RÉSURRECTION de notre Monarchie Très Chrétienne, comme étant une œuvre divine provisoirement éteinte.
D'autant plus nous y attendre, que cette résurrection nous est annoncée par une grande quantité de textes PROPHÉTIQUES qui nous laissent espérer cette RÉSURRECTION, qui nous l'affirment expressément, qui nous la PROMETTENT (on peut bien dire "avec serment" puisque le serment résulte de la Répétition de la PROMESSE).
Néanmoins cette espérance, cette croyance, n'est PAS de FOI. C'est une OPTION. C'est un RISQUE A COURIR. Mais ce risque, beaucoup sont décidés à le courir, du fait de sa LOGIQUE et parce qu'il résume notre dernier ESPOIR.
Comment refuserions-nous de croire et d'espérer que le Roi de France qui a disparu en la Personne de LOUIS XVI le 21 janvier 1793 en la Fête de sainte AGNÈS comme un AGNEAU BÉNISSANT doive reparaître un jour, comme un LION RUGISSANT. ?
LES FINALITÉS SURNATURELLES DE LA MONARCHIE FRANÇAISE
Dans l'arsenal courant des IDÉES REÇUES, le TRADITIONALISTE est un HOMME DU PASSE, un ATTARDE, un ANACHRONIQUE qui n'a pas évolué, un homme CRISPE, "FIGE DANS LA SCLÉROSE TRADITIONNELLE".
Tel est le "CLICHE CONVENTIONNEL" couramment admis. Rien n'est plus éloigné de la vérité. Ce cliché est tout ce qu'il y a de plus inexact. (Et nous devons nous en réjouir d'ailleurs, car plus nos adversaires se tromperont sur notre compte, mieux cela vaudra.)
Les traditionalistes, certes, ne négligent pas les attendus historiques de la CAUSE qu'ils défendent. Ils les CULTIVENT même. C'est ce que nous venons de faire. Mais ils ne font pas que cela.
Les traditionalistes sont aussi des hommes d'AVENIR, des hommes de PROPHÉTIES, parce que leur CAUSE est PROMISE à la RÉSURRECTION. Nous venons de voir que L'INSTITUTION ROYALE en France est une ŒUVRE DIVINE. C'est une Monarchie de Droit divin, c'est-à-dire de fondation divine. De "DROIT DIVIN" non seulement à l'origine, mais encore au cours de l'Histoire car ses RESTAURATIONS (quand les institutions royales seront blessées) se produiront toujours sous le signe et par la vertu du MIRACLE.
Les plus incontestables étant ceux qui ont tissé la vie de sainte Jeanne d'Arc. Nous savons tout cela, mais nous savons aussi que DIEU NE LAISSE PAS SES ŒUVRES INACHEVÉES. Voilà le point-charnière de notre raisonnement.
"Dieu ne laisse pas Ses œuvres inachevées."
Or telle qu'elle se présente aujourd'hui, la Monarchie française est une œuvre inachevée : le dernier Roi de France selon l'ANCIEN DROIT, c'est Louis XVI. (Certainement il y eut après lui encore 2 ou 3 autres Rois, mais ils n'ont pas régné selon l'ancien droit). A Louis XVI est échu le rôle de glorifier par le martyre l'origine divine de ses droits. Mais si l'institution royale devait se terminer avec Louis XVI (ou même avec Charles X, si l'on tient à la prolonger à tout prix), il faudrait reconnaître que Dieu a laissé son œuvre INACHEVÉE.
Si la vie terrestre de Notre-Seigneur Jésus-Christ s'était arrêtée au Calvaire, nous ne croirions pas à Sa divinité. Si nous y croyons, comme l'enseigne expressément saint Paul, c'est à cause de Sa résurrection.
En la personne de Louis XVI, l'institution monarchique a disparu le 21 janvier 1793 en la fête de sainte Agnès, comme un AGNEAU BÉNISSANT. Nous savons qu'elle doit réapparaître comme un LION RUGISSANT, car l'agneau ressuscite lion.
Et comment connaissons-nous par avance cette RÉAPPARITION radicalement impossible si l'on compte sur les seules forces humaines ?
Il existe en France des ARCHIVES MYSTIQUES et PROPHÉTIQUES tout à fait exceptionnelles. La PROPHÉTIE PRIVÉE française est d'une très grande richesse. (et pas seulement française d'ailleurs, tous les pays catholiques en possèdent, mais c'est la France qui en est la plus riche).
Quand on est en présence de cette Précieuse Réserve Prophétique, il faut s'armer de la plus grande PRUDENCE. Parce que ces textes sont toujours plus ou moins OBSCURS. Et leur obscurité est voulue parce que Dieu ne nous révèle jamais la TOTALITÉ de L'AVENIR, "Nous ne prophétisons qu'en partie", écrit saint Paul.
Certains événements du futur sont éclairés et pas les autres. Nous manquons de repères. Le Temps n'est pas compté selon la chronologie terrestre. De multiples causes d'erreur interviennent. C'est pourquoi l'Eglise est prudente en matière de PROPHÉTIES PRIVÉES.
Elles ne sont pas "de Foi divine".
Si nous y adhérons c'est seulement "de foi humaine", c'est-à-dire après un examen rationnel.
Cependant, moyennant la PRUDENCE nécessaire, on peut puiser dans ce stock prophétique en lui demandant ce qu'il peut donner, c'est-à-dire ses LIGNES COMMUNES. Ses "lignes communes", c'est-à-dire les TRAITS qui sont en commun dans toutes (ou presque toutes) les PROPHÉTIES sérieuses (celles dont la présomption d'inspiration divine est forte).
Quels sont ces TRAITS COMMUNS ? Voici donc un RÉSUMÉ du stock prophétique dont nous disposons.(toutes prophéties confondues, les publiques, comme les privées).
La première des choses à savoir, parce qu'elle commande tout le reste, c'est que l'humanité doit s'attendre dans un avenir plus ou moins proche à l'AVÈNEMENT de MAJESTÉ, la Manifestation Glorieuse de Notre-Seigneur Jésus-Christ venant comme JUGE. Telle est la base du Prophétisme. Tel est le Grand événement universel qui constitue la CAUSE FINALE de toute l'Histoire Humaine.
L'Avènement d'HUMILITÉ à déjà eu lieu, c'est la vie terrestre de Notre-Seigneur. Il est dans le PASSE. Maintenant, ce que l'Humanité attend, inconsciemment, c'est L'AVÈNEMENT DE MAJESTÉ
Cet "Avènement de Majesté" mettra fin à ce que l'on est convenu d'appeler les TRIBULATIONS DERNIÈRES dont l'attiédissement de la Foi et le Règne de l'Antéchrist marqueront le paroxysme.
Sur ce fond prophétique, qui appartient à la Révélation publique, la Révélation Privée (ou "particulière") vient apporter une PRÉCISION de première IMPORTANCE en ce moment, précision dont la formulation la plus précise est due à sainte Marguerite-Marie (1689), prophétie qui se résume ainsi : "Avant l'Avènement de Majesté, le Divin Maître se dispose à en donner une image, une prémonition, préfiguration, par un REGNE, dit "DU SACRE-CŒUR".
Règne promis à un Roi de France : "Je régnerai MALGRÉ mes ennemis..."
Étant donné que le Serment résulte de la répétition de la promesse et que cette promesse est contenue dans la quasi-totalité des prophéties sérieuses, on est en droit de penser que ce Règne du Sacré-Cœur a été promis AVEC SERMENT, et comme il n'a pas encore eu lieu, il est encore situé DANS L'AVENIR.
Toutes ou presque toutes les PROPHÉTIES font état d'une fausse Paix qui engourdira les esprits et leur enlèvera leur vigilance, FAUSSE PAIX interrompue par une CRISE VIOLENTE, à déclenchement inopiné.
Puis un Sauveur doit nous être envoyé A L'APOGÉE de la CRISE parce qu'un Sauveur ne Sauve que quand tout est humainement perdu.
Telles sont les GRANDES, les TRÈS GRANDES LIGNES du Mouvement prophétique qui a commencé avec saint Remy aux origines, et qui s'est prolongé tout au long de notre HISTOIRE jusqu'à ces dernières années.
Mais il faut savoir qu'aujourd'hui ce Mouvement prophétique est profondément TROUBLE et qu'il n'est plus fiable, parce que le Démon, de même qu'il a réussi à pénétrer dans l'Eglise hiérarchique, de même a réussi à pénétrer dans l'Eglise mystique (qui n'était plus défendue). On ne peut plus se fier aux prophéties récentes. Elles ne sont pas toutes fausses, mais elles sont toutes plus ou moins polluées.
Peu importe, car le stock des ANCIENNES est suffisamment RICHE et SOLIDE et FIABLE et SUFFISANT.
Nos vieilles vaticinations contiennent non seulement des prédictions mais aussi des consignes.
Ces Consignes se résument en TROIS MOTS : CONFIANCE, CONSTANCE, CALME.
CONFIANCE. La Confiance ne nous manque pas. Pour Sauver, il faut avoir le pouvoir de sauver et le vouloir de sauver. Nous sommes pénétrés de l'idée que Dieu possède ce pouvoir et ce vouloir.
CONSTANCE. Elle ne nous manquera pas non plus. Je vous ferai remarquer que la voyante de Pellevoisin (qui représentait la France malade auprès de la sainte Vierge) s'appelait CONSTANCE, Estelle Constance. Or, de la Constance, il en faudra car nous ne savons ni le JOUR ni l'Heure.
Nous ne manquerons ni de CONFIANCE ni de CONSTANCE. Mais c'est le CALME qui risque de manquer. Il y a encore beaucoup trop de gens qui échafaudent des plans machiavéliques archi-compliqués et utopiques, alors que la conduite que Dieu nous demande est SIMPLE, archi-SIMPLE. Mais ce n'est pas ici ni le lieu ni le moment de traiter ces problèmes difficiles. Rappelons seulement que DIEU DÉSIRE ETRE DÉSIRÉ. Il ne se décide que lorsque "la Somme des désirs a atteint la MESURE COMBLE".
La Bataille préliminaire que nous avons à livrer pour FLÉCHIR LE CIEL consiste à COMBLER la MESURE DES DÉSIRS.
Jean Vaquié - Lyon, le 28 janvier 1989
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jeudi 4 février 2010
lundi 25 janvier 2010
La Bataille Préliminaire.
INTRODUCTION
Il devient de plus en plus évident que la lutte contre-révolutionnaire se déroule sur deux niveaux.
1 - Nous devons d'abord nous battre pour conserver les ultimes positions qui nous restent. Il faut de toute évidence et de toute nécessité, conserver nos chapelles, nos quelques monastères, nos écoles, nos publications, nos associations, et plus généralement nos espérances de salut et l'orthodoxie de nos doctrines. Nous sommes ainsi impliqués dans une série de combats conservatoires de petite amplitude auxquels nous ne saurions nous soustraire.
En effet, nous trouvons la mention de ces combats dans l'Ecriture elle-même. Saint Jean l'Évangéliste, sous la dictée de "Celui qui a les sept esprits de Dieu et les sept étoiles, c'est-à-dire sous la dictée de Notre-Seigneur, s'adresse à l'ange de l'église de Sardes en disant :
"Esto vigilens et confirma cetera quæ moritura erant", ce qui signifie : "Sois vigilant et maintiens les restes qui allaient périr". (Apoc. III, 2).
L'Eglise de Sardes, nous le savons, correspond à notre temps. C'est donc à nous que s'adresse cette admonestation "maintiens les restes". Le ciel attend de nous cette sauvegarde des restes. Elle formule notre mission. Elle constitue notre combat contre-révolutionnaire quotidien. Telle est la bataille inférieure. C'est une bataille défensive, une bataille de maintenance.
2 - Mais au-dessus de ces innombrables engagements conservatoires, une bataille, plus importante encore, a commencé dont l'objectif est la mutation du pouvoir.
"Je régnerai malgré mes ennemis".
Qui d'entre nous aurait oublié cette promesse laconique mais formelle, que Notre-Seigneur a faite à sainte Marguerite-Marie en 1689 ? A elle seule, elle pourrait nous suffire. Mais elle a été renouvelée, au cours des XIXe et XXe siècles, à un grand nombre de mystiques, en particulier à madame Royer. Et quand on songe que le serment résulte de la répétition de la promesse, on peut affirmer que le règne du Sacré-Cœur nous a été promis avec serment. Nous pouvons donc être assurés qu'aujourd'hui Notre-Seigneur opère mystérieusement selon Sa manière habituelle, en vue d'extirper le pouvoir de la Bête et d'instaurer Son règne propre. Ce mystérieux combat, dont Il est l'agent essentiel, constitue la bataille supérieure, celle de l'objectif principal.
Ces deux batailles répondent l'une et l'autre à la volonté divine. 0n comprend que nous ne puissions les éluder ni l'une ni l'autre.
Elles sont entremêlées parce qu'elles sont soutenues l'une et l'autre par les mêmes combattants lesquels ont ainsi deux luttes différentes à mener. Il est de la première importance de distinguer ces deux luttes puisqu'elles n'ont pas le même objectif et que par conséquent elles ne sont pas susceptibles de la même stratégie. En particulier la part qui revient à Dieu et celle qui revient aux hommes diffèrent grandement entre l'une et l'autre bataille.
Les incompréhensions que l'on constate entre les chefs de groupes proviennent de ce que la plupart ne voient qu'un seul et même combat et confondent les objectifs secondaires, qui sont ceux de la bataille inférieure, avec l'objectif principal qui est celui de la bataille supérieure.
Ce sont précisément les stratégies respectives de ces deux affrontements superposés que nous voudrions examiner d'un peu plus près.
I. LA BATAILLE INFÉRIEURE
Comment conduire la "bataille de la maintenance" ? Elle présente, du fait de ses racines historiques, un certain nombre de particularités d'où découlent, pour les chefs de groupes, des servitudes tactiques. Ils ne peuvent pas se livrer à n'importe quelles actions. Leurs initiatives sont circonscrites dans certaines limites. Servitudes et limites que nous évoquerons en quatre paragraphes :
LE DYNAMISME REACTIONNAIRE FONDAMENTAL
Les véritables forces vives de la France ont toujours été anti-révolutionnaires. Le don initial qui a été fait à notre pays c'est la monarchie chrétienne. La république laïque est un châtiment entraîné par les péchés du peuple "propter peccata populi". La tendance spontanée de la France ne va pas à la république mais à la restauration. Notre Nation désire notamment revenir au don initial. Tel est son dynamisme fondamental.
Ce rejet instinctif de la révolution est particulièrement sensible aujourd'hui. Nous assistons incontestablement à une renaissance des forces vives. De sorte que des traditionalistes, constatant la remontée du potentiel réactionnaire se croient suffisamment puissants pour affronter, avec de sérieuses chances de succès, des épreuves de forces qui les opposeraient au pouvoir révolutionnaire. Et il faut reconnaître que, dans l'absolu, ils ont raison car la réaction élémentaire de la nation, quand on la considère isolément, est un phénomène puissant et particulièrement actuel.
Cependant aux antipodes de ce courant fondamental, "l'Adversaire" a tissé un réseau serré de contraintes révolutionnaires qui est totalement artificiel, mais qui s'impose d'une manière absolue. Le pouvoir légal appartient à ce réseau, et a fortiori le "pouvoir occulte" qui en est l'inspirateur bien connu.
L'habileté de nos politiciens, qui est considérable, consiste essentiellement à faire voter la France à l'opposé de son dynamisme fondamental. C'est là le plus clair de leur travail et on le déclare admirable.
La France est comme une monture dominée par un cavalier qui ne travaille qu'à l'exténuer. Elle n'a plus la force de le désarçonner. Bref l'énergie réactionnaire toujours renaissante de notre pays est sans cesse neutralisée, muti-lée et inversée. Les nouvelles générations anti-révolutionnaires sont fauchées à mesure qu'elles sortent de terre. Et la France chemine d'épurations en épurations.
Le "pouvoir de la Bête" bien qu'essentiellement utopique de par sa nature, est devenu, en fait, irréversible.
L'actuelle poussée du dynamisme réactionnaire ne doit pas nous faire illusion. Elle subira le même sort que les précédents. On lui prépare une nouvelle épuration.
Telle est la première particularité de la bataille inférieure : à savoir qu'elle est livrée par une minorité, vigoureuse bien sûr, mais humainement impuissante. Il est bon que les chefs de groupes prennent conscience de cette première difficulté. Le dynamisme réactionnaire fondamental est réel, mais il est neutralisé par un dispositif révolutionnaire pratiquement insurmontable.
LA MAUVAISE POSITION JURIDIQUE
Les traditionalistes ont conscience de défendre les droits de Dieu en face du pouvoir de la Bête. Ils puisent là leur ardeur et leur confiance. Mais ils s'imaginent trop facilement que cette position de principe leur donne, sur l'Etat laïque, une prééminence juridique. Ils descendent dans la rue en brandissant le Décalogue et l’Évangile et en accusant l'Etat de les avoir violés. Ils les opposent aux maires, aux préfets et aux ministres en leur disant :
"C'est votre devoir, de par le droit divin, qui est au-dessus de toutes les lois humaines, d'interdire l'avortement, l'euthanasie, les blasphèmes publics des spectacles, la construction des mosquées, la naturalisation massive des musulmans... et toutes ces choses exécrables".
Mais comment ne pas voir qu'il est maintenant trop tard pour tenir un tel discours ? Il fallait commencer par s'opposer à la laïcisation constitutionnelle de l'Etat. Or précisément, cette laïcisation a été obtenue, en 1958, grâce aux suffrages des catholiques.
Ce sont les catholiques qui ont fait pencher la balance du côté de l'apostasie définitive de l'Etat. Poussés par leurs évêques, eux-mêmes manipulés par le futur cardinal Villot, alors directeur du secrétariat de l'épiscopat français, ils ont voté en masse pour la constitution laïque que le général De Gaulle leur proposait. Il n'est plus l'heure aujourd'hui d'exiger de l'Etat sans Dieu, la reconnaissance des droits de Dieu.
Dans le combat "au jour le jour" que nous devons mener, nous sommes réduits aux moyens de la légalité laï-que qui de surcroît, deviendra de plus en plus rigoureuse, réduisant toujours plus nos moyens de défense.
Une légalité socialiste se met en place dans laquelle les chrétiens et leur Dieu seront tenus pour ennemis publics. On comprend qu'une telle situation soit exaspérante pour les traditionalistes et leurs chefs de groupes.
Si cependant, sous prétexte de faire valoir un droit divin nous entreprenions, contre l'Etat laïque une guerre de principe, nous transgresserions les limites de la bataille inférieure pour entrer dans la zone d'action de la bataille supérieure, laquelle relève d'une stratégie différente comme nous allons le voir.
LA VEILLEUSE A ENTRETENIR
La bataille au jour le jour n'est pas une bataille de rupture. Les forces qui y sont engagées n'ont pas les moyens d'une rupture. Leur ministère propre est celui de sauvegarder "les restes qui allaient périr".
Il faut que le Maître, quand Il viendra, nous trouve "veillant". Il nous demande précisément de ne pas disparaître, de ne pas gaspiller des forces et des vies qui sont les Siennes et dont Il aura besoin.
Car les combattants de la bataille inférieure, nous l'avons déjà fait remarquer, sont les mêmes que ceux de la bataille supérieure, laquelle vise à la mutation du pouvoir. Placés, par la Providence, à la charnière des deux phases, ils doivent mener deux guerres qui sont simultanées dans le temps et différentes quand à leurs objectifs et à leurs stratégies.
Nous allons voir que, dans la bataille supérieure, la part de Dieu domine tout et oblitère totalement celle de l'homme. Mais allons-nous conclure de là que cette "part divine" est négligeable dans les combats conservatoires ? Assurément non. Comment pourrait-on, sans l'aide du Ciel, sans l'aide des anges et des saints patrons, franchir les étapes obligées d'une guerre civile et étrangère que l'on peut résumer en quelques mots : provocations, déstabilisation, otages, représailles, délation, tribunaux populaires, tribunaux clandestins, terreur politique, vengeances personnelles, inflation, banqueroute, anarchie ?
L'une des conditions essentielles pour maintenir ne serait-ce qu'une humble veilleuse, au cours de cette période complexe et sévère, c'est la constante élévation de l'esprit vers le Ciel, pour en obtenir à chaque instant les protections indispensables. La part de Dieu n'est donc pas négligeable dans les luttes de la maintenance.
UNE STRATEGIE DE PRUDENCE
Concernant la conduite de la bataille conservatoire, deux remarques préliminaires s'imposent :
- cette bataille ne vise que des objectifs secondaires ;
- aucune assistance divine exceptionnelle ne lui est promise.
Par conséquent, la bataille inférieure doit être conduite selon les procédés habituels du gouvernement humain. C'est saint Thomas (si notre souvenir ne nous trompe pas) qui va nous indiquer l'essentiel de cette conduite.
On raconte qu'un soir il arriva pour passer la nuit dans un monastère où l'on procédait à l'élection de l'Abbé.
"Nous avons élu le plus savant" lui dit-on.
Saint Thomas objecta :
"Si c'est le plus savant, qu'il enseigne".
Les moines recommencèrent l'élection.
"Nous avons, cette fois, élu le plus pieux".
"Si c'est le plus pieux, dit-il, qu'il prie".
On recommence une troisième fois.
"Nous avons élu le plus prudent".
"Si c'est le plus prudent, qu'il gouverne".
La bataille conservatoire doit être menée avec prudence. Or, le même saint Thomas, en un autre passage, accepte, dans le cas où le peuple est gravement tyrannisé, l'éventualité d'une révolte à un certain nombre de conditions qui se résument en ceci : il faut que le remède, c'est à dire la révolte, ne soit pas pire que le mal, c'est-à-dire la tyrannie. Si la révolte entraîne plus d'inconvénients que d'avantages, elle dépasse les limites de la prudence et on doit éviter d'y recourir pour ne pas aggraver la situation.
L'activité conservatoire peut, à certains moments, exiger des coups d'audace. Le combat des traditionalistes en fournit déjà quelques mémorables exemples et il est vraisemblable qu'il en fournira d'autres. Nous disons seulement que ces coups d'audace ne doivent pas être des "coups de tête" et des "coups de dés" que l'on tente à la légère. Ils doivent comporter un fond de réflexion et de prudence. C'est absolument incontestable.
C'est une chose que la vertu de force qui siège dans l'âme, et c'en est une autre bien différente que la force physique. A quoi nous sert d'avoir l'âme pleine de force morale, si nous n'avons, au bout des bras, aucune force matérielle à mettre en œuvre.
La vertu de force ne nous donne pas à elle seule le pouvoir d'intervenir.
Quand l'adversaire est au maximum de sa puissance et qu'il prépare une nouvelle épuration, le simple bon sens exige que l'on recommande, non pas l'inaction certes, mais tout de même la prudence.
CONCLUSION
Nous venons de marquer la différence entre d'une part les objectifs secondaires, à savoir la maintenance des ultimes positions traditionnelles qui constituent l'enjeu de la bataille inférieure, et d'autre part l'objectif principal à savoir l'extirpation du pouvoir de la Bête qui est l'enjeu de la bataille supérieure.
Beaucoup ne voudront pas admettre cette distinction. Ils diront et ils disent déjà :
«Il n'y a pas deux batailles, il n'y en a qu'une. La mutation du pouvoir ne peut résulter que de la succession des petites victoires élémentaires du combat au jour le jour. Cette mutation est une affaire de longue haleine, notre remontée ne peut être que très lente. Il est utopique d'escompter un dénouement brusqué».
Les chefs de groupes qui raisonnent ainsi vont faire porter leur effort principal sur les objectifs secondaires, ceux précisément devant lesquels nos adversaires les attendent, forts de leur légalité socialiste.
Nos adversaires, en effet, chercheront, comme ils le font d'ordinaire, à nous faire perdre notre sang froid et à nous entraîner dans la violence. Et il est vraisemblable qu'ils y réussiront, en partie tout au moins, faisant tomber ainsi de grands pans de la défense traditionnelle.
Madame Royer, apôtre de la dévotion au Sacré-Cœur et âme privilégiée, écrit prophétiquement :
"Les Français en arriveront aux confins du désespoir".
Cette expression montre bien qu'elle n'envisage pas une "lente remontée", mais une succession d'échecs.
Tel est le pronostic, fort pessimiste, il est vrai, que l'on peut faire quant à la bataille inférieure. Nous allons voir qu'il n'en est pas de même en ce qui concerne la bataille supérieure à laquelle nous arrivons maintenant.
II. LA BATAILLE SUPÉRIEURE
UN DOUBLE OBJECTIF
La bataille supérieure se propose un double objectif :
- l'extirpation du pouvoir de la Bête
- la restauration du pouvoir de droit divin.
Or, ce double objectif est radicalement impossible à atteindre pour la minorité réactionnaire actuellement subsistante, neutralisée qu'elle est par l'appareil maçonnique.
Et cependant nous savons, grâce aux promesses qui ont été faites par le Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie et à tant d'autres âmes privilégiées, que cette bataille se déroule déjà invisiblement et qu'elle progresse inexorablement vers la finalité victorieuse qui lui est réservée.
Que savons-nous sur le déroulement probable de cette bataille ?
Nous savons à coup sûr deux choses :
- elle est menée par la même minorité sur laquelle pèse déjà la bataille inférieure ;
- elle se terminera par un miracle de résurrection.
Nous allons examiner, en deux paragraphes, la place et le rôle respectifs de cette minorité et de ce miracle.
A - LE PETIT NOMBRE
Ceux qui comprennent le plan de Dieu et qui s'appliquent à y correspondre forment, on en conviendra, ce "petit nombre" auquel Notre-Dame de La Salette fait appel quand elle dit "combattez, enfants de lumière, vous, petit nombre qui y voyez".
Quel est, dans l'ordre surnaturel, la signification de cette minorité, et que peut-on en attendre dans notre combat terrestre ?
Dieu se réserve toujours un "petit nombre" chez qui Il met la Foi comme en réserve. Souvent même c'est à un seul homme qu'Il la confie. Par exemple Moïse n'avait que son bâton, et sa foi, pour faire sortir les Hébreux d'Égypte. De même, David n'avait que sa fronde et sa foi, pour vaincre Goliath. De même encore, au temps de l'Incarnation, une seule famille était parfaite, la Sainte Famille, dont le chef était saint Joseph.
Cette "réserve de foi" étant constituée, Dieu n'intervient en personne qu'à la dernière minute, quand tout espoir humain est perdu. Il est bien évident qu'un "Sauveur" ne sauve que quand tout est perdu.
Pour que le déploiement de la puissance divine soit manifeste, il faut que la "réserve de foi" ne soit plus qu'un rien, c'est-à-dire très peu de chose. Mais il ne faut pas que la réserve de foi ait complètement disparu.
Il y a là une disposition providentielle qui demande à être bien comprise.
Il semblerait pourtant que, s'il ne restait absolument rien, absolument plus aucune foi, si Dieu n'avait plus aucun "témoin" sur la terre, Sa puissance et Son triomphe seraient plus manifeste chaque fois qu'Il est amené à restaurer Ses œuvres ruinées par la négligence humaine.
Mais il faut bien comprendre que si Dieu Se conserve une base infime, un seul homme, une famille unique, un "petit nombre", c'est parce qu'Il ne fait pas aujourd'hui une création nouvelle. Il fait Ses œuvres terrestres avec "des riens", mais non pas avec rien. Il opère avec des petits restes, c'est-à-dire avec des choses négligeables, avec des riens qui rappellent le néant dont Il a tiré la création, mais des riens qui ne sont cependant pas le néant.
Tel est le rôle surnaturel du "petit nombre" évoqué par Notre-Dame de La Salette : un reste infime dont Dieu entend Se servir pour restaurer ce qui a été aboli.
Quelle est maintenant sa valeur dans le combat terrestre ? Et tout d'abord peut-on lui assigner un niveau quantitatif ?
Le "petit nombre" dont nous parlons, c'est tout simplement une minorité que Dieu constitue Lui-même et dont Il augmente ou restreint le nombre comme il Lui convient. Il recrute cette minorité où Il veut et pas seulement chez ceux qui se croient, à tort ou à raison, l'élite désignée.
Cette minorité doit-elle s'interdire tout prosélytisme afin de rester minorité close ? Une telle restriction serait impossible à réaliser et elle ne serait d'ailleurs pas souhaitable. Un prosélytisme modéré est nécessaire. Il est révélateur d'une saine vitalité. Il faut seulement qu'il reste un prosélytisme de détection se réduisant à découvrir des âmes déjà providentiellement préparées, des âmes en "harmonie pré-établie". Il dépasserait ses limites normales s'il se transformait en propagande tapageuse, avec des moyens médiatiques.
Nous allons essayer de découvrir, autant que cela est possible, le rôle du "petit nombre" dans la bataille supérieure. Mais nous comprendrons d'autant mieux ce rôle que nous aurons examiné d'abord dans quelles conditions pourrait intervenir le «miracle de la résurrection» que le petit nombre doit précisément appeler de ses vœux.
B - UN MIRACLE DE RESURRECTION
Quand on fait la synthèse des prophéties privées dont les archives religieuses ont conservé la trace depuis les origines de la France chrétienne, on est vite convaincu que nous sommes en droit d'attendre, en faveur de l'ancienne monarchie aujourd'hui détruite, une intervention divine que l'on peut bien nommer un miracle de résurrection.
Qui donc est ainsi promis à la résurrection ?
C'est d'abord la Royauté abolie depuis 200 ans. Mais c'est également la France qui, privée de son chef c'est-à-dire de sa tête, est morte à la grâce en tant que nation. Et c'est encore l'Église universelle, tombée au pouvoir de son adversaire et qui, elle aussi, est en état de mort mystique.
Pour comprendre ce qui doit se produire, nous sommes tout naturellement conduits à nous reporter à la résurrection-type, à savoir la résurrection de saint Lazare qui est décrite dans l'Évangile de saint Jean, au chapitre XI. Les quatre phases de cet extraordinaire événement nous suggéreront quelles peuvent être aussi les quatre phases de la résurrection de la France royale.
LES QUATRE PHASES DE LA RESURRECTION DE LAZARE
- Première phase :
Jésus, sachant ce qu'Il doit accomplir, s'avance, avec une lenteur réfléchie, vers la maison de Lazare à Béthanie. Il rencontre Marthe et Il s'enquiert tout de suite de son degré de Foi, car telle est la condition préalable à la résurrection de celui qui vient de mourir :
"Je suis la résurrection et la vie... le crois-tu ?"
Et Marthe répond :
"Oui Seigneur, je crois que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu, qui venez dans le monde".
Et elle croit cela, non point par adhésion à une doctrine magistrale, qui n'existe pas encore, mais elle y croit de "foi humaine", comme Charles VIl croira aux voix de Jeanne d'Arc. Cette absence de scepticisme chez Marthe, cette confiance ouvre la voie à l'exercice de la puissance divine.
- Deuxième phase :
Jésus donc, frémissant de nouveau en Lui-même, s'approche du tombeau. C'était un caveau et une pierre était roulée devant l'ouverture pour l'obstruer. Jésus dit :
"Tollite lapidem", (ôtez la pierre).
Ce travail, en effet, n'incombe pas à Dieu puisqu'il est à la portée de la force humaine. C'est pourquoi le Verbe Incarné ne s'en charge pas.
Nous remarquons aussi que la pierre est un obstacle entre Jésus et le cadavre qu'il s'agit de ramener à la vie. Nous verrons plus loin quelle est, dans l'optique particulière de notre interprétation, la signification de cet obstacle.
- Troisième phase :
C'est la phase essentielle. Jésus crie d'une voix forte :
"Lazare veni foras" (Lazare vient dehors).
Il fait ce que seul un Dieu peur faire : ressusciter un mort. Nous retrouverons cette phase essentielle dans le processus de restauration.
- Quatrième phase :
Le mort sortit du tombeau, lié de bandelettes aux pieds et aux mains. Et son visage était enveloppé d'un suaire. Jésus leur dit :
"Solvite eum et sinite abire" (Déliez-le et laissez-le aller).
Ce sont de nouveau les hommes qui opèrent parce que le déliement des bandelettes est un travail qui ne nécessite pas l'intervention de la Divinité.
Telle sont les quatre phases de la résurrection-type :
"Ego credidi" – "tollite lapidem" – "veni foras" et "solvite eum".
On éclaire les événements que nous attentions et on les rend plus intelligibles quand on leur applique cette quadruple distinction. C'est ce que nous allons faire dans un instant.
On avait assisté à un épisode moins éclatant mais d'une signification analogue quand Jésus avait ressuscité la fille de Jaïre, une fillette de douze ans. "Or l'ayant prise par la main, Il dit à voix haute : enfant réveille-toi. Et son esprit lui revint et elle se leva aussitôt. Et Il prescrivit qu'on lui donne à manger" (Luc VIII, 54-55).
Là aussi on observe l'opération divine de la résurrection d'abord. Puis, ensuite seulement, les hommes font ce qui leur incombe : donner à manger à l'enfant ressuscitée. Dans ce miracle, le travail de donner à manger à la fil-lette correspond, pour la résurrection de Lazare au travail de déliement des bandelettes.
LES QUATRE PHASES DE LA RESTAURATION
- Ego credidi
Nous n'éviterons pas l'épreuve préalable de la confiance. Croyons-nous Jésus capable de restaurer la monarchie qu'Il a Lui-même fondée à Reims autrefois ? Beaucoup aujourd'hui n'y croient pas. Mais il se trouvera toujours un "petit nombre" pour y croire. Sur eux repose la responsabilité, non pas d'opérer la restauration, mais de la ren-dre possible, de lui ouvrir la voie. Pour ouvrir cette voie, il faut commencer par croire à la puissance et à la miséricorde du Seigneur
- Omnipotens et misericors Dominus
Nous sommes dans une situation tout à fait semblable à celle de Marthe. Nous ne suivons pas, nous non plus, de doctrine magistrale puisque la restauration de la monarchie n'est pas une vérité de foi divine. Si nous y croyons, c est seulement "de foi humaine". L'Église ne nous y oblige pas, mais nous y croyons parce que des preuves raisonnables nous en ont été fournies.
- Tollite lapidem
Pas d'intervention divine avant d'avoir ôté la pierre. Ôter la pierre, c'est ôter l'obstacle qui empêche Dieu d'inter-venir. Et cet obstacle, c'est l'insuffisance de nos désirs et de nos prières.
Comment se fait-il qu'il soit nécessaire de demander à Notre-Seigneur, avec tant d'insistance, une intervention qu'Il nous a Lui-même annoncée et qu'Il brûle de nous accorder ? Telle est pourtant bien l'économie de la Grâce. Elle a de quoi surprendre notre logique humaine.
Pour nous aider à admettre cette logique de la grâce, remarquons que le Verbe Incarné Lui-même, pour lequel cependant l'univers a été créé, est soumis à la nécessité de "postuler", c'est-à-dire de réclamer son propre héritage :
"Postula a me et dabo tibi gentes hereditatem tuam et possessionem tuam terminos terræ" (Demande-Moi et Je Te donnerai les nations pour héritage et pour Ta possession les extrémités de la terre) (Ps II, 8).
L'héritage lui revient de droit, mais pour entrer en sa possession, il faut qu'Il le réclame.
Si l'héritier en titre est tenu de demander Son héritage, a fortiori nous, qui sommes si peu de choses, devons-nous demander une restauration à laquelle nous n'avons aucun droit en stricte justice. Elle nous est promise, certes, mais elle ne nous est pas due.
Le Messie promis doit toujours être désiré. Il ne saurait apparaître dans un pays qui lui manifesterait de l'indifférence. Il lui faut toujours une minorité qui L'attende. Il était déjà nécessaire de Le désirer sous l'empire de l'ancienne loi. La même nécessité subsiste aujourd'hui pour nous qui attendons Son avènement de majesté : Il doit être désiré avant tous les épisodes qui sont des préfigurations de Son «second avènement».
Dans l'Ecriture, le Verbe Incarné est souvent appelé le désiré des nations. Il faut Le désirer, Lui et tous ceux qu'Il envoie "aux temps marqués", pour Le préfigurer et Le préparer. Et le Roi du Sacré-Cœur est précisément de ceux-là.
Notre-Seigneur nous convie ainsi à un véritable ministère de désir. Il nous donne de participer, selon notre rang, au gouvernement providentiel sur la chrétienté en perdition.
Quelle activité ce ministère va-t-il exiger de nous ? Pour ouvrir la voie à l'intervention divine, il faut que la somme des désirs ait atteint la mesure comble. Ôter la pierre, c'est supprimer l'obstacle entre Jésus et le cadavre. C'est donc aussi combler la mesure des désirs et permettre à l'action divine de s'exercer.
- Lazare veni foras
PAS DE RESTAURATION POSSIBLE SANS UNE INTERVENTION DIVINE. Il n'y a aucun moyen humain de ressusciter, ni un cadavre de quatre jours, ni une monarchie abolie depuis 200 ans et exécrée par une société secrète mondialement organisée.
Nous devons être bien persuadé que la résurrection que nous attendons est l'œuvre de Dieu d'abord. Elle est destinée à procurer la gloire de Dieu comme c'était déjà le cas pour la résurrection de Lazare :
"Cette maladie n'est pas à la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu en soit glorifié" Jean XI, 4
Or Dieu est jaloux de Sa gloire :
"Gloriam meam alteri non dabo" (Isaïe XLII, 8) (Je ne donnerai pas Ma gloire à un autre).
Ou encore, dans le Deutéronome V, 3 :
"Je suis le Seigneur ton Dieu, fort et jaloux".
Dieu se réserve la gloire de la résurrection. En conséquence, nous devons nous effacer devant Lui, afin de ne rien Lui ravir de Sa gloire.
- Solvite eum
Après l'action de Dieu, viendra la nôtre. Car la nôtre viendra aussi, mais seulement après, comme le déliement des bandelettes de Lazare et comme le repas donné à la fille de Jaïre.
Qu'aurons-nous à faire alors ? Sans doute beaucoup de choses. Il est même vraisemblable que "la moisson sera abondante et qu'il y aura peu d'ouvriers". Mais les tâches d'alors, nous ne pouvons pas les connaître maintenant. Elles sont enfermées dans les secrets de l'avenir. Le texte dit seulement : "Laissez-le aller". Cette expression sous-entend que Dieu donnera au Roi du Sacré-Cœur une inspiration en rapport avec les circonstances nouvelles. Nous n'aurons qu'à nous laisser guider.
Bref, la "bataille supérieure", celle qui a pour objectif la mutation du pouvoir est livrée par Notre-Seigneur seul. C'est son œuvre personnelle.
Et d'ailleurs, par qui d'autre pourrait-elle être exécutée ? En effet, il s'agit d'abord d'enlever son pouvoir à la Bête, contre laquelle l'homme est impuissant. Il faut en même temps procéder comme à la seconde fondation d'une monarchie de droit divin. Toutes causes qui ne peuvent être opérées que par Dieu.
Toutefois, le divin Maître, nous l'avons vu, entend que le "petit nombre" intervienne pour ôter l'obstacle qui s'oppose à l'action divine, et même, dans une certaine mesure, pour la déclencher.
Nous avons donné le nom de "Bataille préliminaire" à tout ce travail préparatoire. Ce travail est un véritable combat parce qu'il a une hostilité générale à vaincre. C'est cette phase préparatoire que nous voudrions maintenant approfondir autant qu'il est possible.
III. LA BATAILLE PRÉLIMINAIRE
Notre analyse nous a finalement permis de distinguer trois batailles superposées :
- celle de la maintenance, qui se situe à la base et que nous avons pour cela appelée «inférieure» ;
- celle de la supplication, que nous appelons "préliminaire", puisqu'elle ouvre la voie,
- et enfin celle de la mutation, qui vise l'objectif principal et qui est de compétence exclusivement divine.
C'est la bataille du désir et de la supplication qui va nous intéresser maintenant, dans cette troisième et dernière partie.
A qui incombe-t-elle et quels vont en être les combattants ? Elle incombe à cette minorité qui assume en même temps la maintenance. Il faut être homme d'action pour assumer la maintenance, et homme d'oraison pour participer à la supplication. Ces deux attitudes sont difficiles à concilier, convenons-en.
Nous avons déjà noté cette caractéristique, qui est essentielle sur le plan psychologique, car elle explique les divergences dans l'appréciation des priorités.
Que faut-il privilégier, l'action ou la prière ?
C'est un problème que nous ne pouvons pas éluder. Nous n'y pouvons rien : la situation est telle qu'il se déroule, en ce moment, un combat terrestre retardateur, en même temps qu'un combat céleste préparatoire. Et ce sont les mêmes hommes qui sont mêlés aux deux combats.
Ce problème de la cohabitation de l'actif et de l'orant dans le même combattant est résolu quand on se souvient qu'il y a un temps pour tout. Un temps pour l'oraison qui doit précéder et un temps pour l'action, qui doit suivre. Un temps pour la "vie cachée" et un temps pour la "vie publique".
Ce qui est certain, c'est que le combat de la supplication est réservé au «petit nombre» qui conserve la foi, et non seulement la foi dans les vérités du dogme, mais aussi la confiance dans les promesses de restauration. Cette confiance est nécessaire puisque le but de la supplication est précisément d'obtenir la réalisation de ces promesses.
Voyons maintenant contre qui est dirigée cette "bataille préliminaire". Si étrange que cela paraisse elle est dirigée contre Dieu.
Il faut faire l'assaut du ciel. C'est Dieu qu'il s'agit de fléchir. Et c'est Dieu Lui-même qui nous a donné des armes contre Lui. Ces armes sont la prière à laquelle il faut ajouter la pénitence qui donne des ailes à la prière. Par elles, les obstacles sont levés, la pierre du tombeau est ôtée, et la décision divine de faire miséricorde est enfin prise.
Or nous observons précisément que cette décision divine se fait attendre. L'Époux tarde à venir. Toutes les œuvres de Jésus-Christ sur la terre, les ecclésiastiques comme les temporelles, sont rongées de l'intérieur. Il n'en subsiste plus que les apparences et pourtant Dieu ne donne pas, pour l'heure, de signes d'indignation manifestes. C'est donc que la somme des désirs n'a pas atteint la mesure comble. Dieu attend. L'Ecriture nous apprend qu'Il est "lent à la colère".
Les combattants de la bataille préliminaire sont comparables aux vierges sages qui ont mis de l'huile dans leurs lampes, l'huile de la prière qui veille dans la nuit. Mais l'Époux tarde toujours à venir parce que l'intensité de la supplication n'est pas assez grande. Il y a là un grave défaut à corriger. Nous convenons volontiers qu'il faut prier, mais nous ne le faisons pas, du moins pas avec l'intensité qui serait nécessaire.
L'Eglise nous fait répéter chaque matin, au pied de l'autel, l'invocation :
"Et clamor meus ad te veniat".
Il faut en effet que notre âme pousse une véritable "clameur". Une clameur collective peut-être un jour, mais à coup sûr une clameur individuelle aujourd'hui. Or nous en sommes encore loin. Nous en restons à un désir tiède. Et sous ce rapport nous participons à la léthargie spirituelle générale.
Pour percer la voûte des cieux et en faire descendre la puissance et la miséricorde divines, nous ne serons pas mieux traités que le Maître. Or c'est le cri poussé par Notre-Seigneur avant de rendre l'esprit qui a percé la voûte des cieux et en a fait descendre le Saint-Esprit, cinquante jours plus tard. Et ce cri Lui a été arraché par la douleur. Il est à craindre que notre clameur n'atteigne l'intensité suffisante que quand elle nous sera arrachée par la douleur. Cependant, ne craignons rien, gardons confiance. Les grâces nécessaires accompagnent toujours les épreuves.
L'état d'extrême angoisse dans lequel nous sommes quant à la ruine envahissante de toutes les œuvres terrestres de Notre-Seigneur Jésus-Christ engendre une véritable spiritualité, c'est-à-dire une forme particulière de piété. Car notre âme est occupée uniquement par cette angoisse qui efface et surpasse tout les autres sentiments. Il nous est devenu impossible de penser à autre chose, tellement la situation est inouïe. Tel devait être aussi l'état d'esprit de Jeanne d'Arc qui contemplait avec tristesse "la grande pitié du royaume de France".
Quel est l'axe de cette "spiritualité de combat"? Sur quels soucis et sur quel espoir principal est-elle centrée ? Tout finit par où tout a commencé. Les finalités du royaume très chrétien seront l'image agrandie de ses origines. La France et sa royauté finiront dans le miracle comme elles ont commencé. C'est le double zèle de notre origine et de notre finalité qui va commander notre spiritualité de combat, notre dévotion particulière de temps de crise.
"L'iniquité a inondé la terre, elle n'est qu'iniquité. Quels saints prierons-nous ?" s'écrie tout à coup Dom Caliste, au milieu d'un profond silence, lors d'un office de l'Abbaye de Cluny, en 1751, trente-huit ans avant la Révolution .
Nous prierons les saints de nos origines et ceux que l'Eglise nous donne comme protecteurs. Ils nous feront produire les fruits de leur esprit : saint Denis, saint Martin, saint Remy, saint Hilaire, sainte Clotilde, sainte Geneviève, saint Louis, sainte Jeanne d'Arc, sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face, patronnes secondaires de la France.
Nous prierons habituellement les saints anges. lis nous communiqueront leur désir de la manifestation du Verbe Incarné lequel est appelé :
"Desiderium collium eternorum" (le désiré des collines éternelles).
Les collines éternelles ce sont les anges. On les appelle collines parce qu'ils sont des éminences, des sommités.
Les anges sont de bons guides. Ils ne dévient pas. Ils ne sont pas animés par le propre esprit, mais par le Saint-Esprit. Ils ne font rien d'eux-mêmes. Ils attendent tout de l'impulsion de Dieu dont ils se contentent d'être les messagers :
"Benedicite Domine omnes angeli ejus - Potentes virtute, qui facitis verbum ejus - ad audiendam vocem sermo-num ejus" (Bénissez le Seigneur, vous tous Ses anges, héros puissants et forts, qui exécutez Ses paroles, dociles à Sa voix et à Ses commandements) (Ps. CII, 20).
Rien n'est plus recommandé aujourd'hui que de mêler notre désir à ceux des neufs chœurs des anges. L'union fait la force. Attirons-les vers nous.
Comment attire-t-on les anges ? On les attire en leur ressemblant. On attire saint Michel par l'humilité qui est sa vertu cardinale.
Les plus roboratives des dévotions sont celles qui s'adressent à la Personne de Notre-Seigneur, à Son Sacré-Cœur, à Son Précieux Sang, à Sa Sainte Face ("montrez-nous Votre Face et nous seront sauvés"), Son Chef Sacré comme siège de la divine Sagesse. Chacun choisira celle de ces dévotions vers laquelle il est le plus spontanément porté.
Le Roi de l'Univers a toujours recommandé que, pour L'atteindre, on passe par l'intermédiaire de Sa Mère qu'Il a instituée "Médiatrice de toutes grâces" et qui participe, comme Reine, à Son gouvernement.
La Vierge Marie est le "cou" qui relie le "corps" mystique à Son "chef". Elle est appelée "Tour d'Ivoire" et "Tour davidique" parce que le cou a la forme d'une tour. Dans les temps modernes, elle s'est manifestée à des témoins choisis, nous montrant sa sollicitude et aussi son angoisse devant la montée de l'iniquité, et réalisant ainsi, sous nos yeux, la célèbre prophétie contenue dans Le Cantique des Cantiques :
"Quæ est ista quæ progreditur quasi aurora consurgens, pulchra ut luna, electa ut sol, terribilis ut castrum acies ordinata ?" (quelle est celle-ci qui s'avance comme l'aurore, belle comme la lune, éclatante comme le soleil, terrible comme une armée rangée en bataille).
Quand aux pratiques, on peut en recenser trois qui sont particulièrement en harmonie avec la "spiritualité de crise" qui est la nôtre : la pratique de l'Heure Sainte, celle de la messe du premier vendredi du mois et celle de la communion réparatrice des cinq premiers samedis du mois.
L'Heure Sainte a été instituée par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même dans les dernières heures de Sa vie terrestre. Elle se fait dans la nuit du jeudi au premier vendredi de chaque mois. Elle consiste à méditer sur la Sainte Agonie du jardin des Oliviers. On en retire une grande force.
La messe du premier vendredi du mois à été demandée par le Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie. Elle possède une grande efficacité pour préparer la consécration de la France au Sacré-Cœur, consécration dont on doit attendre un déluge de grâces pour notre pays.
La communion réparatrice des cinq premiers samedis du mois a été demandée par la Vierge Marie à Lucie de Fatima. Elle a le sens d'une amende honorable et on en retire de grands bénéfices.
Ces pratiques ne sont certes pas faciles, surtout pour des personnes en activité professionnelle. De plus, il est bien connu que le démon s'acharne à les entraver. On aimera vaincre ces résistances ; elles appartiennent aux rigueurs de la guerre sainte.
Exerçons avec constance ce ministère de la supplication et du désir qui nous est suggéré. C'est ce que nous pouvons faire de plus utile, et de beaucoup, en ce moment. Et mettons-nous dans cette attitude d'expectative que l'Ecriture, et à sa suite la liturgie, nous demande si souvent :
"Expectans expectavi Dominum" (attendant j'ai attendu le Seigneur. Ps. XXXIX, 2).
En effet, on demande, et puis, on attend "le temps marqué". Le silence même de Dieu doit être adoré car il a sa raison d'être qui nous échappe.
Trois mots pour conclure : CONFIANCE - CALME - CONSTANCE
JEAN VAQUIE,
Novembre 1989.
Il devient de plus en plus évident que la lutte contre-révolutionnaire se déroule sur deux niveaux.
1 - Nous devons d'abord nous battre pour conserver les ultimes positions qui nous restent. Il faut de toute évidence et de toute nécessité, conserver nos chapelles, nos quelques monastères, nos écoles, nos publications, nos associations, et plus généralement nos espérances de salut et l'orthodoxie de nos doctrines. Nous sommes ainsi impliqués dans une série de combats conservatoires de petite amplitude auxquels nous ne saurions nous soustraire.
En effet, nous trouvons la mention de ces combats dans l'Ecriture elle-même. Saint Jean l'Évangéliste, sous la dictée de "Celui qui a les sept esprits de Dieu et les sept étoiles, c'est-à-dire sous la dictée de Notre-Seigneur, s'adresse à l'ange de l'église de Sardes en disant :
"Esto vigilens et confirma cetera quæ moritura erant", ce qui signifie : "Sois vigilant et maintiens les restes qui allaient périr". (Apoc. III, 2).
L'Eglise de Sardes, nous le savons, correspond à notre temps. C'est donc à nous que s'adresse cette admonestation "maintiens les restes". Le ciel attend de nous cette sauvegarde des restes. Elle formule notre mission. Elle constitue notre combat contre-révolutionnaire quotidien. Telle est la bataille inférieure. C'est une bataille défensive, une bataille de maintenance.
2 - Mais au-dessus de ces innombrables engagements conservatoires, une bataille, plus importante encore, a commencé dont l'objectif est la mutation du pouvoir.
"Je régnerai malgré mes ennemis".
Qui d'entre nous aurait oublié cette promesse laconique mais formelle, que Notre-Seigneur a faite à sainte Marguerite-Marie en 1689 ? A elle seule, elle pourrait nous suffire. Mais elle a été renouvelée, au cours des XIXe et XXe siècles, à un grand nombre de mystiques, en particulier à madame Royer. Et quand on songe que le serment résulte de la répétition de la promesse, on peut affirmer que le règne du Sacré-Cœur nous a été promis avec serment. Nous pouvons donc être assurés qu'aujourd'hui Notre-Seigneur opère mystérieusement selon Sa manière habituelle, en vue d'extirper le pouvoir de la Bête et d'instaurer Son règne propre. Ce mystérieux combat, dont Il est l'agent essentiel, constitue la bataille supérieure, celle de l'objectif principal.
Ces deux batailles répondent l'une et l'autre à la volonté divine. 0n comprend que nous ne puissions les éluder ni l'une ni l'autre.
Elles sont entremêlées parce qu'elles sont soutenues l'une et l'autre par les mêmes combattants lesquels ont ainsi deux luttes différentes à mener. Il est de la première importance de distinguer ces deux luttes puisqu'elles n'ont pas le même objectif et que par conséquent elles ne sont pas susceptibles de la même stratégie. En particulier la part qui revient à Dieu et celle qui revient aux hommes diffèrent grandement entre l'une et l'autre bataille.
Les incompréhensions que l'on constate entre les chefs de groupes proviennent de ce que la plupart ne voient qu'un seul et même combat et confondent les objectifs secondaires, qui sont ceux de la bataille inférieure, avec l'objectif principal qui est celui de la bataille supérieure.
Ce sont précisément les stratégies respectives de ces deux affrontements superposés que nous voudrions examiner d'un peu plus près.
I. LA BATAILLE INFÉRIEURE
Comment conduire la "bataille de la maintenance" ? Elle présente, du fait de ses racines historiques, un certain nombre de particularités d'où découlent, pour les chefs de groupes, des servitudes tactiques. Ils ne peuvent pas se livrer à n'importe quelles actions. Leurs initiatives sont circonscrites dans certaines limites. Servitudes et limites que nous évoquerons en quatre paragraphes :
LE DYNAMISME REACTIONNAIRE FONDAMENTAL
Les véritables forces vives de la France ont toujours été anti-révolutionnaires. Le don initial qui a été fait à notre pays c'est la monarchie chrétienne. La république laïque est un châtiment entraîné par les péchés du peuple "propter peccata populi". La tendance spontanée de la France ne va pas à la république mais à la restauration. Notre Nation désire notamment revenir au don initial. Tel est son dynamisme fondamental.
Ce rejet instinctif de la révolution est particulièrement sensible aujourd'hui. Nous assistons incontestablement à une renaissance des forces vives. De sorte que des traditionalistes, constatant la remontée du potentiel réactionnaire se croient suffisamment puissants pour affronter, avec de sérieuses chances de succès, des épreuves de forces qui les opposeraient au pouvoir révolutionnaire. Et il faut reconnaître que, dans l'absolu, ils ont raison car la réaction élémentaire de la nation, quand on la considère isolément, est un phénomène puissant et particulièrement actuel.
Cependant aux antipodes de ce courant fondamental, "l'Adversaire" a tissé un réseau serré de contraintes révolutionnaires qui est totalement artificiel, mais qui s'impose d'une manière absolue. Le pouvoir légal appartient à ce réseau, et a fortiori le "pouvoir occulte" qui en est l'inspirateur bien connu.
L'habileté de nos politiciens, qui est considérable, consiste essentiellement à faire voter la France à l'opposé de son dynamisme fondamental. C'est là le plus clair de leur travail et on le déclare admirable.
La France est comme une monture dominée par un cavalier qui ne travaille qu'à l'exténuer. Elle n'a plus la force de le désarçonner. Bref l'énergie réactionnaire toujours renaissante de notre pays est sans cesse neutralisée, muti-lée et inversée. Les nouvelles générations anti-révolutionnaires sont fauchées à mesure qu'elles sortent de terre. Et la France chemine d'épurations en épurations.
Le "pouvoir de la Bête" bien qu'essentiellement utopique de par sa nature, est devenu, en fait, irréversible.
L'actuelle poussée du dynamisme réactionnaire ne doit pas nous faire illusion. Elle subira le même sort que les précédents. On lui prépare une nouvelle épuration.
Telle est la première particularité de la bataille inférieure : à savoir qu'elle est livrée par une minorité, vigoureuse bien sûr, mais humainement impuissante. Il est bon que les chefs de groupes prennent conscience de cette première difficulté. Le dynamisme réactionnaire fondamental est réel, mais il est neutralisé par un dispositif révolutionnaire pratiquement insurmontable.
LA MAUVAISE POSITION JURIDIQUE
Les traditionalistes ont conscience de défendre les droits de Dieu en face du pouvoir de la Bête. Ils puisent là leur ardeur et leur confiance. Mais ils s'imaginent trop facilement que cette position de principe leur donne, sur l'Etat laïque, une prééminence juridique. Ils descendent dans la rue en brandissant le Décalogue et l’Évangile et en accusant l'Etat de les avoir violés. Ils les opposent aux maires, aux préfets et aux ministres en leur disant :
"C'est votre devoir, de par le droit divin, qui est au-dessus de toutes les lois humaines, d'interdire l'avortement, l'euthanasie, les blasphèmes publics des spectacles, la construction des mosquées, la naturalisation massive des musulmans... et toutes ces choses exécrables".
Mais comment ne pas voir qu'il est maintenant trop tard pour tenir un tel discours ? Il fallait commencer par s'opposer à la laïcisation constitutionnelle de l'Etat. Or précisément, cette laïcisation a été obtenue, en 1958, grâce aux suffrages des catholiques.
Ce sont les catholiques qui ont fait pencher la balance du côté de l'apostasie définitive de l'Etat. Poussés par leurs évêques, eux-mêmes manipulés par le futur cardinal Villot, alors directeur du secrétariat de l'épiscopat français, ils ont voté en masse pour la constitution laïque que le général De Gaulle leur proposait. Il n'est plus l'heure aujourd'hui d'exiger de l'Etat sans Dieu, la reconnaissance des droits de Dieu.
Dans le combat "au jour le jour" que nous devons mener, nous sommes réduits aux moyens de la légalité laï-que qui de surcroît, deviendra de plus en plus rigoureuse, réduisant toujours plus nos moyens de défense.
Une légalité socialiste se met en place dans laquelle les chrétiens et leur Dieu seront tenus pour ennemis publics. On comprend qu'une telle situation soit exaspérante pour les traditionalistes et leurs chefs de groupes.
Si cependant, sous prétexte de faire valoir un droit divin nous entreprenions, contre l'Etat laïque une guerre de principe, nous transgresserions les limites de la bataille inférieure pour entrer dans la zone d'action de la bataille supérieure, laquelle relève d'une stratégie différente comme nous allons le voir.
LA VEILLEUSE A ENTRETENIR
La bataille au jour le jour n'est pas une bataille de rupture. Les forces qui y sont engagées n'ont pas les moyens d'une rupture. Leur ministère propre est celui de sauvegarder "les restes qui allaient périr".
Il faut que le Maître, quand Il viendra, nous trouve "veillant". Il nous demande précisément de ne pas disparaître, de ne pas gaspiller des forces et des vies qui sont les Siennes et dont Il aura besoin.
Car les combattants de la bataille inférieure, nous l'avons déjà fait remarquer, sont les mêmes que ceux de la bataille supérieure, laquelle vise à la mutation du pouvoir. Placés, par la Providence, à la charnière des deux phases, ils doivent mener deux guerres qui sont simultanées dans le temps et différentes quand à leurs objectifs et à leurs stratégies.
Nous allons voir que, dans la bataille supérieure, la part de Dieu domine tout et oblitère totalement celle de l'homme. Mais allons-nous conclure de là que cette "part divine" est négligeable dans les combats conservatoires ? Assurément non. Comment pourrait-on, sans l'aide du Ciel, sans l'aide des anges et des saints patrons, franchir les étapes obligées d'une guerre civile et étrangère que l'on peut résumer en quelques mots : provocations, déstabilisation, otages, représailles, délation, tribunaux populaires, tribunaux clandestins, terreur politique, vengeances personnelles, inflation, banqueroute, anarchie ?
L'une des conditions essentielles pour maintenir ne serait-ce qu'une humble veilleuse, au cours de cette période complexe et sévère, c'est la constante élévation de l'esprit vers le Ciel, pour en obtenir à chaque instant les protections indispensables. La part de Dieu n'est donc pas négligeable dans les luttes de la maintenance.
UNE STRATEGIE DE PRUDENCE
Concernant la conduite de la bataille conservatoire, deux remarques préliminaires s'imposent :
- cette bataille ne vise que des objectifs secondaires ;
- aucune assistance divine exceptionnelle ne lui est promise.
Par conséquent, la bataille inférieure doit être conduite selon les procédés habituels du gouvernement humain. C'est saint Thomas (si notre souvenir ne nous trompe pas) qui va nous indiquer l'essentiel de cette conduite.
On raconte qu'un soir il arriva pour passer la nuit dans un monastère où l'on procédait à l'élection de l'Abbé.
"Nous avons élu le plus savant" lui dit-on.
Saint Thomas objecta :
"Si c'est le plus savant, qu'il enseigne".
Les moines recommencèrent l'élection.
"Nous avons, cette fois, élu le plus pieux".
"Si c'est le plus pieux, dit-il, qu'il prie".
On recommence une troisième fois.
"Nous avons élu le plus prudent".
"Si c'est le plus prudent, qu'il gouverne".
La bataille conservatoire doit être menée avec prudence. Or, le même saint Thomas, en un autre passage, accepte, dans le cas où le peuple est gravement tyrannisé, l'éventualité d'une révolte à un certain nombre de conditions qui se résument en ceci : il faut que le remède, c'est à dire la révolte, ne soit pas pire que le mal, c'est-à-dire la tyrannie. Si la révolte entraîne plus d'inconvénients que d'avantages, elle dépasse les limites de la prudence et on doit éviter d'y recourir pour ne pas aggraver la situation.
L'activité conservatoire peut, à certains moments, exiger des coups d'audace. Le combat des traditionalistes en fournit déjà quelques mémorables exemples et il est vraisemblable qu'il en fournira d'autres. Nous disons seulement que ces coups d'audace ne doivent pas être des "coups de tête" et des "coups de dés" que l'on tente à la légère. Ils doivent comporter un fond de réflexion et de prudence. C'est absolument incontestable.
C'est une chose que la vertu de force qui siège dans l'âme, et c'en est une autre bien différente que la force physique. A quoi nous sert d'avoir l'âme pleine de force morale, si nous n'avons, au bout des bras, aucune force matérielle à mettre en œuvre.
La vertu de force ne nous donne pas à elle seule le pouvoir d'intervenir.
Quand l'adversaire est au maximum de sa puissance et qu'il prépare une nouvelle épuration, le simple bon sens exige que l'on recommande, non pas l'inaction certes, mais tout de même la prudence.
CONCLUSION
Nous venons de marquer la différence entre d'une part les objectifs secondaires, à savoir la maintenance des ultimes positions traditionnelles qui constituent l'enjeu de la bataille inférieure, et d'autre part l'objectif principal à savoir l'extirpation du pouvoir de la Bête qui est l'enjeu de la bataille supérieure.
Beaucoup ne voudront pas admettre cette distinction. Ils diront et ils disent déjà :
«Il n'y a pas deux batailles, il n'y en a qu'une. La mutation du pouvoir ne peut résulter que de la succession des petites victoires élémentaires du combat au jour le jour. Cette mutation est une affaire de longue haleine, notre remontée ne peut être que très lente. Il est utopique d'escompter un dénouement brusqué».
Les chefs de groupes qui raisonnent ainsi vont faire porter leur effort principal sur les objectifs secondaires, ceux précisément devant lesquels nos adversaires les attendent, forts de leur légalité socialiste.
Nos adversaires, en effet, chercheront, comme ils le font d'ordinaire, à nous faire perdre notre sang froid et à nous entraîner dans la violence. Et il est vraisemblable qu'ils y réussiront, en partie tout au moins, faisant tomber ainsi de grands pans de la défense traditionnelle.
Madame Royer, apôtre de la dévotion au Sacré-Cœur et âme privilégiée, écrit prophétiquement :
"Les Français en arriveront aux confins du désespoir".
Cette expression montre bien qu'elle n'envisage pas une "lente remontée", mais une succession d'échecs.
Tel est le pronostic, fort pessimiste, il est vrai, que l'on peut faire quant à la bataille inférieure. Nous allons voir qu'il n'en est pas de même en ce qui concerne la bataille supérieure à laquelle nous arrivons maintenant.
II. LA BATAILLE SUPÉRIEURE
UN DOUBLE OBJECTIF
La bataille supérieure se propose un double objectif :
- l'extirpation du pouvoir de la Bête
- la restauration du pouvoir de droit divin.
Or, ce double objectif est radicalement impossible à atteindre pour la minorité réactionnaire actuellement subsistante, neutralisée qu'elle est par l'appareil maçonnique.
Et cependant nous savons, grâce aux promesses qui ont été faites par le Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie et à tant d'autres âmes privilégiées, que cette bataille se déroule déjà invisiblement et qu'elle progresse inexorablement vers la finalité victorieuse qui lui est réservée.
Que savons-nous sur le déroulement probable de cette bataille ?
Nous savons à coup sûr deux choses :
- elle est menée par la même minorité sur laquelle pèse déjà la bataille inférieure ;
- elle se terminera par un miracle de résurrection.
Nous allons examiner, en deux paragraphes, la place et le rôle respectifs de cette minorité et de ce miracle.
A - LE PETIT NOMBRE
Ceux qui comprennent le plan de Dieu et qui s'appliquent à y correspondre forment, on en conviendra, ce "petit nombre" auquel Notre-Dame de La Salette fait appel quand elle dit "combattez, enfants de lumière, vous, petit nombre qui y voyez".
Quel est, dans l'ordre surnaturel, la signification de cette minorité, et que peut-on en attendre dans notre combat terrestre ?
Dieu se réserve toujours un "petit nombre" chez qui Il met la Foi comme en réserve. Souvent même c'est à un seul homme qu'Il la confie. Par exemple Moïse n'avait que son bâton, et sa foi, pour faire sortir les Hébreux d'Égypte. De même, David n'avait que sa fronde et sa foi, pour vaincre Goliath. De même encore, au temps de l'Incarnation, une seule famille était parfaite, la Sainte Famille, dont le chef était saint Joseph.
Cette "réserve de foi" étant constituée, Dieu n'intervient en personne qu'à la dernière minute, quand tout espoir humain est perdu. Il est bien évident qu'un "Sauveur" ne sauve que quand tout est perdu.
Pour que le déploiement de la puissance divine soit manifeste, il faut que la "réserve de foi" ne soit plus qu'un rien, c'est-à-dire très peu de chose. Mais il ne faut pas que la réserve de foi ait complètement disparu.
Il y a là une disposition providentielle qui demande à être bien comprise.
Il semblerait pourtant que, s'il ne restait absolument rien, absolument plus aucune foi, si Dieu n'avait plus aucun "témoin" sur la terre, Sa puissance et Son triomphe seraient plus manifeste chaque fois qu'Il est amené à restaurer Ses œuvres ruinées par la négligence humaine.
Mais il faut bien comprendre que si Dieu Se conserve une base infime, un seul homme, une famille unique, un "petit nombre", c'est parce qu'Il ne fait pas aujourd'hui une création nouvelle. Il fait Ses œuvres terrestres avec "des riens", mais non pas avec rien. Il opère avec des petits restes, c'est-à-dire avec des choses négligeables, avec des riens qui rappellent le néant dont Il a tiré la création, mais des riens qui ne sont cependant pas le néant.
Tel est le rôle surnaturel du "petit nombre" évoqué par Notre-Dame de La Salette : un reste infime dont Dieu entend Se servir pour restaurer ce qui a été aboli.
Quelle est maintenant sa valeur dans le combat terrestre ? Et tout d'abord peut-on lui assigner un niveau quantitatif ?
Le "petit nombre" dont nous parlons, c'est tout simplement une minorité que Dieu constitue Lui-même et dont Il augmente ou restreint le nombre comme il Lui convient. Il recrute cette minorité où Il veut et pas seulement chez ceux qui se croient, à tort ou à raison, l'élite désignée.
Cette minorité doit-elle s'interdire tout prosélytisme afin de rester minorité close ? Une telle restriction serait impossible à réaliser et elle ne serait d'ailleurs pas souhaitable. Un prosélytisme modéré est nécessaire. Il est révélateur d'une saine vitalité. Il faut seulement qu'il reste un prosélytisme de détection se réduisant à découvrir des âmes déjà providentiellement préparées, des âmes en "harmonie pré-établie". Il dépasserait ses limites normales s'il se transformait en propagande tapageuse, avec des moyens médiatiques.
Nous allons essayer de découvrir, autant que cela est possible, le rôle du "petit nombre" dans la bataille supérieure. Mais nous comprendrons d'autant mieux ce rôle que nous aurons examiné d'abord dans quelles conditions pourrait intervenir le «miracle de la résurrection» que le petit nombre doit précisément appeler de ses vœux.
B - UN MIRACLE DE RESURRECTION
Quand on fait la synthèse des prophéties privées dont les archives religieuses ont conservé la trace depuis les origines de la France chrétienne, on est vite convaincu que nous sommes en droit d'attendre, en faveur de l'ancienne monarchie aujourd'hui détruite, une intervention divine que l'on peut bien nommer un miracle de résurrection.
Qui donc est ainsi promis à la résurrection ?
C'est d'abord la Royauté abolie depuis 200 ans. Mais c'est également la France qui, privée de son chef c'est-à-dire de sa tête, est morte à la grâce en tant que nation. Et c'est encore l'Église universelle, tombée au pouvoir de son adversaire et qui, elle aussi, est en état de mort mystique.
Pour comprendre ce qui doit se produire, nous sommes tout naturellement conduits à nous reporter à la résurrection-type, à savoir la résurrection de saint Lazare qui est décrite dans l'Évangile de saint Jean, au chapitre XI. Les quatre phases de cet extraordinaire événement nous suggéreront quelles peuvent être aussi les quatre phases de la résurrection de la France royale.
LES QUATRE PHASES DE LA RESURRECTION DE LAZARE
- Première phase :
Jésus, sachant ce qu'Il doit accomplir, s'avance, avec une lenteur réfléchie, vers la maison de Lazare à Béthanie. Il rencontre Marthe et Il s'enquiert tout de suite de son degré de Foi, car telle est la condition préalable à la résurrection de celui qui vient de mourir :
"Je suis la résurrection et la vie... le crois-tu ?"
Et Marthe répond :
"Oui Seigneur, je crois que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu, qui venez dans le monde".
Et elle croit cela, non point par adhésion à une doctrine magistrale, qui n'existe pas encore, mais elle y croit de "foi humaine", comme Charles VIl croira aux voix de Jeanne d'Arc. Cette absence de scepticisme chez Marthe, cette confiance ouvre la voie à l'exercice de la puissance divine.
- Deuxième phase :
Jésus donc, frémissant de nouveau en Lui-même, s'approche du tombeau. C'était un caveau et une pierre était roulée devant l'ouverture pour l'obstruer. Jésus dit :
"Tollite lapidem", (ôtez la pierre).
Ce travail, en effet, n'incombe pas à Dieu puisqu'il est à la portée de la force humaine. C'est pourquoi le Verbe Incarné ne s'en charge pas.
Nous remarquons aussi que la pierre est un obstacle entre Jésus et le cadavre qu'il s'agit de ramener à la vie. Nous verrons plus loin quelle est, dans l'optique particulière de notre interprétation, la signification de cet obstacle.
- Troisième phase :
C'est la phase essentielle. Jésus crie d'une voix forte :
"Lazare veni foras" (Lazare vient dehors).
Il fait ce que seul un Dieu peur faire : ressusciter un mort. Nous retrouverons cette phase essentielle dans le processus de restauration.
- Quatrième phase :
Le mort sortit du tombeau, lié de bandelettes aux pieds et aux mains. Et son visage était enveloppé d'un suaire. Jésus leur dit :
"Solvite eum et sinite abire" (Déliez-le et laissez-le aller).
Ce sont de nouveau les hommes qui opèrent parce que le déliement des bandelettes est un travail qui ne nécessite pas l'intervention de la Divinité.
Telle sont les quatre phases de la résurrection-type :
"Ego credidi" – "tollite lapidem" – "veni foras" et "solvite eum".
On éclaire les événements que nous attentions et on les rend plus intelligibles quand on leur applique cette quadruple distinction. C'est ce que nous allons faire dans un instant.
On avait assisté à un épisode moins éclatant mais d'une signification analogue quand Jésus avait ressuscité la fille de Jaïre, une fillette de douze ans. "Or l'ayant prise par la main, Il dit à voix haute : enfant réveille-toi. Et son esprit lui revint et elle se leva aussitôt. Et Il prescrivit qu'on lui donne à manger" (Luc VIII, 54-55).
Là aussi on observe l'opération divine de la résurrection d'abord. Puis, ensuite seulement, les hommes font ce qui leur incombe : donner à manger à l'enfant ressuscitée. Dans ce miracle, le travail de donner à manger à la fil-lette correspond, pour la résurrection de Lazare au travail de déliement des bandelettes.
LES QUATRE PHASES DE LA RESTAURATION
- Ego credidi
Nous n'éviterons pas l'épreuve préalable de la confiance. Croyons-nous Jésus capable de restaurer la monarchie qu'Il a Lui-même fondée à Reims autrefois ? Beaucoup aujourd'hui n'y croient pas. Mais il se trouvera toujours un "petit nombre" pour y croire. Sur eux repose la responsabilité, non pas d'opérer la restauration, mais de la ren-dre possible, de lui ouvrir la voie. Pour ouvrir cette voie, il faut commencer par croire à la puissance et à la miséricorde du Seigneur
- Omnipotens et misericors Dominus
Nous sommes dans une situation tout à fait semblable à celle de Marthe. Nous ne suivons pas, nous non plus, de doctrine magistrale puisque la restauration de la monarchie n'est pas une vérité de foi divine. Si nous y croyons, c est seulement "de foi humaine". L'Église ne nous y oblige pas, mais nous y croyons parce que des preuves raisonnables nous en ont été fournies.
- Tollite lapidem
Pas d'intervention divine avant d'avoir ôté la pierre. Ôter la pierre, c'est ôter l'obstacle qui empêche Dieu d'inter-venir. Et cet obstacle, c'est l'insuffisance de nos désirs et de nos prières.
Comment se fait-il qu'il soit nécessaire de demander à Notre-Seigneur, avec tant d'insistance, une intervention qu'Il nous a Lui-même annoncée et qu'Il brûle de nous accorder ? Telle est pourtant bien l'économie de la Grâce. Elle a de quoi surprendre notre logique humaine.
Pour nous aider à admettre cette logique de la grâce, remarquons que le Verbe Incarné Lui-même, pour lequel cependant l'univers a été créé, est soumis à la nécessité de "postuler", c'est-à-dire de réclamer son propre héritage :
"Postula a me et dabo tibi gentes hereditatem tuam et possessionem tuam terminos terræ" (Demande-Moi et Je Te donnerai les nations pour héritage et pour Ta possession les extrémités de la terre) (Ps II, 8).
L'héritage lui revient de droit, mais pour entrer en sa possession, il faut qu'Il le réclame.
Si l'héritier en titre est tenu de demander Son héritage, a fortiori nous, qui sommes si peu de choses, devons-nous demander une restauration à laquelle nous n'avons aucun droit en stricte justice. Elle nous est promise, certes, mais elle ne nous est pas due.
Le Messie promis doit toujours être désiré. Il ne saurait apparaître dans un pays qui lui manifesterait de l'indifférence. Il lui faut toujours une minorité qui L'attende. Il était déjà nécessaire de Le désirer sous l'empire de l'ancienne loi. La même nécessité subsiste aujourd'hui pour nous qui attendons Son avènement de majesté : Il doit être désiré avant tous les épisodes qui sont des préfigurations de Son «second avènement».
Dans l'Ecriture, le Verbe Incarné est souvent appelé le désiré des nations. Il faut Le désirer, Lui et tous ceux qu'Il envoie "aux temps marqués", pour Le préfigurer et Le préparer. Et le Roi du Sacré-Cœur est précisément de ceux-là.
Notre-Seigneur nous convie ainsi à un véritable ministère de désir. Il nous donne de participer, selon notre rang, au gouvernement providentiel sur la chrétienté en perdition.
Quelle activité ce ministère va-t-il exiger de nous ? Pour ouvrir la voie à l'intervention divine, il faut que la somme des désirs ait atteint la mesure comble. Ôter la pierre, c'est supprimer l'obstacle entre Jésus et le cadavre. C'est donc aussi combler la mesure des désirs et permettre à l'action divine de s'exercer.
- Lazare veni foras
PAS DE RESTAURATION POSSIBLE SANS UNE INTERVENTION DIVINE. Il n'y a aucun moyen humain de ressusciter, ni un cadavre de quatre jours, ni une monarchie abolie depuis 200 ans et exécrée par une société secrète mondialement organisée.
Nous devons être bien persuadé que la résurrection que nous attendons est l'œuvre de Dieu d'abord. Elle est destinée à procurer la gloire de Dieu comme c'était déjà le cas pour la résurrection de Lazare :
"Cette maladie n'est pas à la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu en soit glorifié" Jean XI, 4
Or Dieu est jaloux de Sa gloire :
"Gloriam meam alteri non dabo" (Isaïe XLII, 8) (Je ne donnerai pas Ma gloire à un autre).
Ou encore, dans le Deutéronome V, 3 :
"Je suis le Seigneur ton Dieu, fort et jaloux".
Dieu se réserve la gloire de la résurrection. En conséquence, nous devons nous effacer devant Lui, afin de ne rien Lui ravir de Sa gloire.
- Solvite eum
Après l'action de Dieu, viendra la nôtre. Car la nôtre viendra aussi, mais seulement après, comme le déliement des bandelettes de Lazare et comme le repas donné à la fille de Jaïre.
Qu'aurons-nous à faire alors ? Sans doute beaucoup de choses. Il est même vraisemblable que "la moisson sera abondante et qu'il y aura peu d'ouvriers". Mais les tâches d'alors, nous ne pouvons pas les connaître maintenant. Elles sont enfermées dans les secrets de l'avenir. Le texte dit seulement : "Laissez-le aller". Cette expression sous-entend que Dieu donnera au Roi du Sacré-Cœur une inspiration en rapport avec les circonstances nouvelles. Nous n'aurons qu'à nous laisser guider.
Bref, la "bataille supérieure", celle qui a pour objectif la mutation du pouvoir est livrée par Notre-Seigneur seul. C'est son œuvre personnelle.
Et d'ailleurs, par qui d'autre pourrait-elle être exécutée ? En effet, il s'agit d'abord d'enlever son pouvoir à la Bête, contre laquelle l'homme est impuissant. Il faut en même temps procéder comme à la seconde fondation d'une monarchie de droit divin. Toutes causes qui ne peuvent être opérées que par Dieu.
Toutefois, le divin Maître, nous l'avons vu, entend que le "petit nombre" intervienne pour ôter l'obstacle qui s'oppose à l'action divine, et même, dans une certaine mesure, pour la déclencher.
Nous avons donné le nom de "Bataille préliminaire" à tout ce travail préparatoire. Ce travail est un véritable combat parce qu'il a une hostilité générale à vaincre. C'est cette phase préparatoire que nous voudrions maintenant approfondir autant qu'il est possible.
III. LA BATAILLE PRÉLIMINAIRE
Notre analyse nous a finalement permis de distinguer trois batailles superposées :
- celle de la maintenance, qui se situe à la base et que nous avons pour cela appelée «inférieure» ;
- celle de la supplication, que nous appelons "préliminaire", puisqu'elle ouvre la voie,
- et enfin celle de la mutation, qui vise l'objectif principal et qui est de compétence exclusivement divine.
C'est la bataille du désir et de la supplication qui va nous intéresser maintenant, dans cette troisième et dernière partie.
A qui incombe-t-elle et quels vont en être les combattants ? Elle incombe à cette minorité qui assume en même temps la maintenance. Il faut être homme d'action pour assumer la maintenance, et homme d'oraison pour participer à la supplication. Ces deux attitudes sont difficiles à concilier, convenons-en.
Nous avons déjà noté cette caractéristique, qui est essentielle sur le plan psychologique, car elle explique les divergences dans l'appréciation des priorités.
Que faut-il privilégier, l'action ou la prière ?
C'est un problème que nous ne pouvons pas éluder. Nous n'y pouvons rien : la situation est telle qu'il se déroule, en ce moment, un combat terrestre retardateur, en même temps qu'un combat céleste préparatoire. Et ce sont les mêmes hommes qui sont mêlés aux deux combats.
Ce problème de la cohabitation de l'actif et de l'orant dans le même combattant est résolu quand on se souvient qu'il y a un temps pour tout. Un temps pour l'oraison qui doit précéder et un temps pour l'action, qui doit suivre. Un temps pour la "vie cachée" et un temps pour la "vie publique".
Ce qui est certain, c'est que le combat de la supplication est réservé au «petit nombre» qui conserve la foi, et non seulement la foi dans les vérités du dogme, mais aussi la confiance dans les promesses de restauration. Cette confiance est nécessaire puisque le but de la supplication est précisément d'obtenir la réalisation de ces promesses.
Voyons maintenant contre qui est dirigée cette "bataille préliminaire". Si étrange que cela paraisse elle est dirigée contre Dieu.
Il faut faire l'assaut du ciel. C'est Dieu qu'il s'agit de fléchir. Et c'est Dieu Lui-même qui nous a donné des armes contre Lui. Ces armes sont la prière à laquelle il faut ajouter la pénitence qui donne des ailes à la prière. Par elles, les obstacles sont levés, la pierre du tombeau est ôtée, et la décision divine de faire miséricorde est enfin prise.
Or nous observons précisément que cette décision divine se fait attendre. L'Époux tarde à venir. Toutes les œuvres de Jésus-Christ sur la terre, les ecclésiastiques comme les temporelles, sont rongées de l'intérieur. Il n'en subsiste plus que les apparences et pourtant Dieu ne donne pas, pour l'heure, de signes d'indignation manifestes. C'est donc que la somme des désirs n'a pas atteint la mesure comble. Dieu attend. L'Ecriture nous apprend qu'Il est "lent à la colère".
Les combattants de la bataille préliminaire sont comparables aux vierges sages qui ont mis de l'huile dans leurs lampes, l'huile de la prière qui veille dans la nuit. Mais l'Époux tarde toujours à venir parce que l'intensité de la supplication n'est pas assez grande. Il y a là un grave défaut à corriger. Nous convenons volontiers qu'il faut prier, mais nous ne le faisons pas, du moins pas avec l'intensité qui serait nécessaire.
L'Eglise nous fait répéter chaque matin, au pied de l'autel, l'invocation :
"Et clamor meus ad te veniat".
Il faut en effet que notre âme pousse une véritable "clameur". Une clameur collective peut-être un jour, mais à coup sûr une clameur individuelle aujourd'hui. Or nous en sommes encore loin. Nous en restons à un désir tiède. Et sous ce rapport nous participons à la léthargie spirituelle générale.
Pour percer la voûte des cieux et en faire descendre la puissance et la miséricorde divines, nous ne serons pas mieux traités que le Maître. Or c'est le cri poussé par Notre-Seigneur avant de rendre l'esprit qui a percé la voûte des cieux et en a fait descendre le Saint-Esprit, cinquante jours plus tard. Et ce cri Lui a été arraché par la douleur. Il est à craindre que notre clameur n'atteigne l'intensité suffisante que quand elle nous sera arrachée par la douleur. Cependant, ne craignons rien, gardons confiance. Les grâces nécessaires accompagnent toujours les épreuves.
L'état d'extrême angoisse dans lequel nous sommes quant à la ruine envahissante de toutes les œuvres terrestres de Notre-Seigneur Jésus-Christ engendre une véritable spiritualité, c'est-à-dire une forme particulière de piété. Car notre âme est occupée uniquement par cette angoisse qui efface et surpasse tout les autres sentiments. Il nous est devenu impossible de penser à autre chose, tellement la situation est inouïe. Tel devait être aussi l'état d'esprit de Jeanne d'Arc qui contemplait avec tristesse "la grande pitié du royaume de France".
Quel est l'axe de cette "spiritualité de combat"? Sur quels soucis et sur quel espoir principal est-elle centrée ? Tout finit par où tout a commencé. Les finalités du royaume très chrétien seront l'image agrandie de ses origines. La France et sa royauté finiront dans le miracle comme elles ont commencé. C'est le double zèle de notre origine et de notre finalité qui va commander notre spiritualité de combat, notre dévotion particulière de temps de crise.
"L'iniquité a inondé la terre, elle n'est qu'iniquité. Quels saints prierons-nous ?" s'écrie tout à coup Dom Caliste, au milieu d'un profond silence, lors d'un office de l'Abbaye de Cluny, en 1751, trente-huit ans avant la Révolution .
Nous prierons les saints de nos origines et ceux que l'Eglise nous donne comme protecteurs. Ils nous feront produire les fruits de leur esprit : saint Denis, saint Martin, saint Remy, saint Hilaire, sainte Clotilde, sainte Geneviève, saint Louis, sainte Jeanne d'Arc, sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face, patronnes secondaires de la France.
Nous prierons habituellement les saints anges. lis nous communiqueront leur désir de la manifestation du Verbe Incarné lequel est appelé :
"Desiderium collium eternorum" (le désiré des collines éternelles).
Les collines éternelles ce sont les anges. On les appelle collines parce qu'ils sont des éminences, des sommités.
Les anges sont de bons guides. Ils ne dévient pas. Ils ne sont pas animés par le propre esprit, mais par le Saint-Esprit. Ils ne font rien d'eux-mêmes. Ils attendent tout de l'impulsion de Dieu dont ils se contentent d'être les messagers :
"Benedicite Domine omnes angeli ejus - Potentes virtute, qui facitis verbum ejus - ad audiendam vocem sermo-num ejus" (Bénissez le Seigneur, vous tous Ses anges, héros puissants et forts, qui exécutez Ses paroles, dociles à Sa voix et à Ses commandements) (Ps. CII, 20).
Rien n'est plus recommandé aujourd'hui que de mêler notre désir à ceux des neufs chœurs des anges. L'union fait la force. Attirons-les vers nous.
Comment attire-t-on les anges ? On les attire en leur ressemblant. On attire saint Michel par l'humilité qui est sa vertu cardinale.
Les plus roboratives des dévotions sont celles qui s'adressent à la Personne de Notre-Seigneur, à Son Sacré-Cœur, à Son Précieux Sang, à Sa Sainte Face ("montrez-nous Votre Face et nous seront sauvés"), Son Chef Sacré comme siège de la divine Sagesse. Chacun choisira celle de ces dévotions vers laquelle il est le plus spontanément porté.
Le Roi de l'Univers a toujours recommandé que, pour L'atteindre, on passe par l'intermédiaire de Sa Mère qu'Il a instituée "Médiatrice de toutes grâces" et qui participe, comme Reine, à Son gouvernement.
La Vierge Marie est le "cou" qui relie le "corps" mystique à Son "chef". Elle est appelée "Tour d'Ivoire" et "Tour davidique" parce que le cou a la forme d'une tour. Dans les temps modernes, elle s'est manifestée à des témoins choisis, nous montrant sa sollicitude et aussi son angoisse devant la montée de l'iniquité, et réalisant ainsi, sous nos yeux, la célèbre prophétie contenue dans Le Cantique des Cantiques :
"Quæ est ista quæ progreditur quasi aurora consurgens, pulchra ut luna, electa ut sol, terribilis ut castrum acies ordinata ?" (quelle est celle-ci qui s'avance comme l'aurore, belle comme la lune, éclatante comme le soleil, terrible comme une armée rangée en bataille).
Quand aux pratiques, on peut en recenser trois qui sont particulièrement en harmonie avec la "spiritualité de crise" qui est la nôtre : la pratique de l'Heure Sainte, celle de la messe du premier vendredi du mois et celle de la communion réparatrice des cinq premiers samedis du mois.
L'Heure Sainte a été instituée par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même dans les dernières heures de Sa vie terrestre. Elle se fait dans la nuit du jeudi au premier vendredi de chaque mois. Elle consiste à méditer sur la Sainte Agonie du jardin des Oliviers. On en retire une grande force.
La messe du premier vendredi du mois à été demandée par le Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie. Elle possède une grande efficacité pour préparer la consécration de la France au Sacré-Cœur, consécration dont on doit attendre un déluge de grâces pour notre pays.
La communion réparatrice des cinq premiers samedis du mois a été demandée par la Vierge Marie à Lucie de Fatima. Elle a le sens d'une amende honorable et on en retire de grands bénéfices.
Ces pratiques ne sont certes pas faciles, surtout pour des personnes en activité professionnelle. De plus, il est bien connu que le démon s'acharne à les entraver. On aimera vaincre ces résistances ; elles appartiennent aux rigueurs de la guerre sainte.
Exerçons avec constance ce ministère de la supplication et du désir qui nous est suggéré. C'est ce que nous pouvons faire de plus utile, et de beaucoup, en ce moment. Et mettons-nous dans cette attitude d'expectative que l'Ecriture, et à sa suite la liturgie, nous demande si souvent :
"Expectans expectavi Dominum" (attendant j'ai attendu le Seigneur. Ps. XXXIX, 2).
En effet, on demande, et puis, on attend "le temps marqué". Le silence même de Dieu doit être adoré car il a sa raison d'être qui nous échappe.
Trois mots pour conclure : CONFIANCE - CALME - CONSTANCE
JEAN VAQUIE,
Novembre 1989.
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