mardi 2 mars 2010

L'Eglise et l'esclavage.

Fait presque aussi vieux que l'homme, l'esclavage était une pratique courante dans l'Empire romain au moment où les apôtres y prêchaient l'Evangile de Jésus-Christ.

On ne trouve pas trace dans les premiers écrits chrétiens d'un appel à la révolte ou à la libération des esclaves.

Dommage pour la version marxiste révisée 1968 façon Katmandou, qui voyait en Jésus-Christ une préfiguration de Che Guevara.

Saint Paul, lui, aborde le problème de front. C'est le premier ! S'il intervient, c'est d'abord en faveur d'un certain Onésime, esclave, qui finira d'ailleurs évêque, un détail que l'on omet généralement de souligner. Les spécialistes s'interrogent encore pour savoir si Onésime s'est échappé pour se réfugier auprès de Paul ou s'il a été envoyé par son maître pour l'aider dans sa prison. Au fond, peu importe.

Toujours, est-il que Paul de Tarse renvoie l'esclave et demande à son maître de l'accueillir « non plus comme un esclave, bien mieux qu'un esclave, comme un frère très cher ».

Derrière cette phrase, Paul pose le principe de l'égalité foncière des hommes. Mais attention : devant Dieu !

L'apôtre ne porte pas le bonnet phrygien, il ne remet pas en cause les structures sociales, ni le droit qui régit la société. Il ne dénonce pas directement l'esclavage, mais appelle à un renversement intérieur où maître et esclave se considèrent désormais comme membres d'une même famille.

Un petit pas pour Onésime, un grand pas pour l'humanité.


La position de saint Paul au sein du christianisme fait que sa perception de l'esclavage va fonder la position de l'Eglise.
De manière paradoxale, Paul renverse même les positions. Chaque chrétien doit se considérer comme un « esclave du Christ » qu'il soit un homme libre ou de statut servile. Mais cet esclavage rompt avec celui de l'ancienne alliance pour ouvrir les portes à la vraie liberté. C'est tout le thème de ses attaques contre les judaïsants.

Cette vision va se traduire très rapidement dans les faits. C'est le plus étonnant, d'ailleurs ! Si, au moment des persécutions anti-chrétiennes, nombre d'esclaves dénoncent leurs maîtres devenus des adeptes de la nouvelle religion, d'autres iront à la mort avec eux.

C'est le cas de Perpétue (la maîtresse) et Félicité (l'esclave) qui meurent ensemble. Face à la mort, elles s'entraident et subissent le même sort. Elles sont mises à nu - condition réservée habituellement aux esclaves -, enfermées dans un filet pour être livrées à une vache en furie.

Pourtant, si l'Eglise les reconnaît toutes les deux comme martyres, elle ne dénonce pas à cette occasion l'esclavage. Cependant, le cas de Félicité, épouse de Révocarus, un autre esclave, montre que par rapport à l'Etat, l'Eglise a déjà progressé sur cette question. Elle reconnaît aux esclaves le droit au mariage comme pour tout citoyen.

Jusqu'à la paix de Constantin, en 332, l'Eglise subit le sort commun et vit dans une société dans laquelle l'esclavage est profondément ancré. Dès lors qu'elle va monter en puissance, il va tendre à disparaître. Mais lentement, très lentement. Il y a comme une volonté de ne pas bousculer trop vite l'édifice social. Il faut dire que d'autres problèmes agitent aussi l'époque.

Les hérésies, par exemple, qui obligent les théologiens à mieux définir la foi de l'Eglise. Les invasions des barbares, aussi, qui ne se gênent pas pour récolter abondamment des bras pour le travail et des plaisirs plus sensuels. Des invasions qui durent jusqu'au Haut Moyen Age, quand les hommes du Nord n'hésitent pas à venir faire leur marché sur le continent.

Mais cette époque est aussi celle d'une profonde mutation. Peu à peu, le servage remplace l'esclavage, même si ce ne sont pas forcément des anciens esclaves qui deviennent les nouveaux serfs. La différence entre les deux ? Le serf jouit d'une véritable personnalité juridique. Il peut contracter mariage, faire appel à la justice et témoigner, posséder et vendre des biens. S'il dépend d'un seigneur, c'est par le biais d'un contrat qui engage les deux parties. C'est une réforme ? Non, sire, c'est une révolution.

Le deuxième concile de Lyon excommunie les négriers.

Pour en arriver là, il a fallu que l'Eglise intervienne. Le deuxième concile de Lyon (567-570) utilise L'arme de l'excommunication. Ceux qui réduisent en captivité, par traîtrise ou trahison, « des âmes qui vivaient tranquilles depuis longtemps sans aucune mise en question de leur condition » sont exclus de l'Eglise. En Chrétienté, c'est la mort sociale assurée. Le concile de ChâIon (647-653) renforce les choses, en interdisant la vente des captifs hors des frontières du royaume des Francs.

L'Eglise échoue cependant sur un point : le commerce des esclaves paiens. Ils sont acheminés vers le monde musulman, le plus souvent par le biais de marchand juifs.

Plus concrètement, l'esclavage fait place au servage par le biais de l'affranchissement. En 632, le bon saint Eloi - celui de la chanson - dote l'abhaye de Solignac d'une centaine d'esclaves. Et les affranchit. Il ne peut en libérer davantage puisque le droit romain, toujours en vigueur, le lui interdit. Pourtant, l'Eglise tique. Deux conciles interviennent pour s'opposer aux affranchissements : celui d'Epaone en 517 et celui de Clichy, en 626. La raison ? Incompréhensible pour des oreilles modernes. Affranchir des esclaves, c'est, selon le droit de l'époque, diminuer le patrimoine ecclésiastique appartenant toujours à l'Etat, l'Eglise n'en ayant que la jouissance. La solution sera trouvée lors du concile d'Orléans (541) et du concile de Tolède (633) : les affranchis doivent rester au service de l'Eglise ou sous son patronage.

Peu à peu donc, la pratique d'une même religion par les esclaves et les maîtres modifie sensiblement la situation, au point de faire naître le servage. L'Eglise a-telle condamné l'esclavage ? Pas vraiment. Elle a agi, en modifiant, au coup par coup, des situations précises.

La question se pose à nouveau avec force avec la découverte de l'Amérique. Les Indiens ont-ils une âme ? Pour Bartholomé de Las Casas, la réponse ne fait aucun doute. C'est oui ! Et il en tire les conséquences pratiques quand il assiste à des massacres d'Indiens : ces derniers doivent être libres et chrétiens. La solution ? Celle qu'il propose est à l'origine de bien des polémiques. Aux Indiens, il préconise de substituer des Noirs. Pour sauver les uns, il sacrifie les autres ...

Dans son ouvrage, L'Eglise au risque de l'histoire, préfacé par Pierre Chaunu, l'historien Jean Dumont tente une approche équilibrée de cette question : « Les Espagnols, ne pouvant utiliser suffisamment la main-d'oeuvre indienne trop affaiblie et surtout trop protégée, eurent recours, approuvés initialement et imités en cela par las Casas lui-même, à l'importation d'esclaves noirs. Or, fait intéressant, ils se montrèrent, en cela encore, très modérés : cette autre forme de génocide fut beaucoup moins leur fait que celui de leurs contemporains anglo-saxons, portugais ou français. En témoigne toujours la constatation que l'Amérique espagnole reste très majoritairement indienne aujourd'hui. »

Concernant la traite des Noirs, la position de l'Eglise va évoluer. En 1454, le pape Nicolas V légalise la traite. Un siècle plus tard, la bulle Sublimis Deus (1537) de Paul III rééquilibre la donne, en rappelant que chrétiens et non chrétiens jouissent des mêmes droits fondamentaux. Devant le développement de la traite, Grégoire XV, en 1622, fonde la Congrégation de la propagation de la foi. Elle met en cause l'esclavage pratiqué par les missionnaires, mais ne s'attaque aux abus qu'à partir de 1820. Il faut attendre jusqu'au XIXe siêcle pour que l'esclavage des Noirs soit dénoncé. On avait oublié, semble-t-il, de lire avec attention le traité Servi liberi (« Des esclaves libres ») du père Epiphane de Moirans qui date du XVIIe siècle. Voilà ce que c'est que d'écrire en latin ...
Si le traité Servi liberi du XVIIe siècle avait été plus lu ...

En 1839, le magistère de l'Eglise tranche la question avec l'encyclique ln Supremo Apostolatus de Grégoire XVI. Il dénonce avec fermeté la traite des Noirs entre l'Afrique et l'Amérique ainsi que les mauvais traitements. Il est interdit aux clercs de justifier le commerce négrier et encore plus d'y participer. Quand le Brésil abolit l'esclavage à son tour, en 1888, le pape Léon XIII salue l'événement dans l'encyclique ln Plurimis. Il va même plus loin puisqu'il condamne ceux qui, dans le passé, n'ont pas tenu compte « de la communauté de nature, de la dignité humaine, de l'image divine imprimée dans l'homme ».

Condamne-t-il ainsi le passé de l'Eglise ? Ce serait mal connaître, et Léon XIII, et la réalité historique. Depuis leur apparition sur la grande scène de l'histoire, les chrétiens ont été confrontés à l'esclavage. D'abord en l'étant eux-mêmes, puis en cherchant, derrière saint Paul, à modifier lentement la situation. L'irruption de la modernité touche l'Eglise elle-même qui va parfois jeter un voile pudique sur cette siruation.

Et les chrétiens ? Si certains défendent les esclaves et travaillent à leur émancipation, d'autres profitent largement de la situation. De son côté, l'Eglise, siècle après siècle, travaille globalement les esprits pour les préparer à l'émancipation. Même les athées les plus convaincus seront finalement, à leur corps défendant, les héritiers de saint Paul qui voit dans l'esclave un « frère ». On vous le disait : un petit pas pour Onésime, un grand pas pour l'humanité.

Poitiers.

La bataille de Poitiers, vue par un homme du sud.

"Alors Abd al-Rahmân, voyant la terre pleine de la multitude de son armée, franchissant les montagnes des Basques et foulant les cols comme des plaines, s'enfonça à l'intérieur des terres des Francs ; et déjà en y pénétrant, il frappe du glaive à tel point qu'Eudes, s'étant préparé au combat de l'autre côté du fleuve appelé Garonne ou Dordogne, est mis en fuite. Seul Dieu peut compter le nombre des morts et des blessés. Alors Abd al-Rahmân en poursuivant le susdit duc Eudes d'aller piller l'église de Tours tout en détruisant sur son chemin les palais et en brûlant les églises. Lorsque le maire du palais d'Austrasie en France intérieure, nommé Charles, homme belliqueux depuis son jeune âge et expert dans l'art militaire, prévenu par Eudes, lui fait Front. A ce moment, pendant sept jours, les deux adversaires se harcèlent pour choisir le lieu de la bataille, puis enfin se préparent au combat, mais, pendant qu'ils combattent avec violence, les gens du Nord demeurant à première vue immobiles comme un mur restent serrés les uns contre les autres, telle une zone de froid glacial, et massacrent les Arabes à coups d'épée. Mais lorsque les gens d'Austrasie, supérieurs par la masse de leurs membres et plus ardents par leur main armée de fer, en frappant au coeur, eurent trouvé le roi, ils le tuent ; dès qu'il fait nuit le combat prend fin, et ils élèvent en l'air leurs épées avec mépris. Puis le jour suivant, voyant le camp immense des Arabes, ils s'apprêtent au combat. Tirant l'épée du fourreau, au point du jour, les Européens observent les tentes des Arabes rangées en ordre comme les camps de tentes avaient été disposés. Ils ne savent pas qu'elles sont toutes vides ; ils pensent qu'à l'intérieur se trouvent les phalanges des Sarrasins prêtes au combat ; ils envoient des éclaireurs qui découvrirent que les colonnes des Ismaélites s'étaient enfuies. Tous, en silence, pendant la nuit, s'étaient éloignés en ordre strict en direction de leur patrie. Les Européens, cependant, craignent qu'en se cachant le long des sentiers, les Sarrasins ne leur tendent des embuscades. Aussi, quelle surprise lorsqu'ils se retrouvent entre eux après avoir fait vainement le tour du camp. Et, comme ces peuples susdits ne se soucient nullement de la poursuite, ayant partagé entre eux les dépouilles et le butin, ils s'en retournent joyeux dans leurs patries."

L'Anonyme de Cordoue
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Vingt ans après la conquête de l'Espagne par les musulmans, la bataille de Poitiers (732) marque pour les historiens le coup d'arrêt décisif à l'avance de l'islam en Europe occidentale mais les contemporains ne le savaient pas encore... D'où le caractère exceptionnel de ce poème, composé une vingtaine d'années après la bataille par un chrétien anonyme qui vivait à Cordoue sous domination musulmane et qui écrit en vers latins dans le style épique pour glorifier l'événement. L'intérêt de ce texte est double. D'une part, sur le plan militaire, il oppose de façon frappante deux traditions très différentes : la mobilité des troupes de la razzia d'Abd al-Rahmân et le caractère massif de l'armée franque ; il insiste aussi sur l'armement supérieur des gens du Nord, leur "main armée de fer", c'est-à-dire de la fameuse épée franque, plusieurs fois citée dans le texte. D'autre part, sur le plan politique, le poème présente à deux reprises, face aux Arabes, la victoire des hommes de Charles Martel - d'abord qualifiés de "gens du Nord" ou "gens d'Austrasie" - comme celle des Européens, qui font ici une de leurs premières apparitions connues dans les textes du Moyen Age.

La découverte de l'Amérique.

Introduction

1492, une année importante ! Elle marque en effet l’achèvement de la Reconquista par la prise, réalisée par les armées chrétiennes, du royaume Maure de Grenade. Mais c’est aussi l’année où commence la conquête du continent américain, plus précisément des Antilles, grâce au voyage entrepris par Christophe Colomb parti d’Espagne le 2 août. Il parvint en Amérique le 10 octobre suivant. C’est une récompense pour l’Espagne qui lutta pendant des siècles pour reconquérir au Christ-Roi son sol occupé par les mahométans. Le courage de ce peuple lui valut la tâche, ô combien ardue et enthousiasmante, d’avoir à civiliser et évangéliser les peuples païens de ces territoires. Par cette conquête, les espagnols les retirèrent de leur mode de vie primitif, "des ténèbres de la mort" (Luc 1, 79) où ils étaient assis.1
Au génois Colomb et à l’Espagne revenaient d’allumer et de commencer à répandre en ces contrées le feu que Notre-Seigneur Jésus-Christ vint apporter sur terre. Le motif missionnaire fut principal dans la conquête de l’Amérique même si, pour des raisons inavouables, certains "historiens" feignent de l’ignorer aujourd’hui. A les en croire, les Espagnols auraient massacré des civilisations dont les vertus n’avaient d’égales que la paix qui était leur quotidien.

I - LES CIVILISATIONS PRÉCOLOMBIENNES

Il n’est pas question de faire une présentation exhaustive de ces civilisations (s’il est possible de les appeler ainsi). Nonobstant des qualités indubitables, ces peuples étaient plongés dans une telle barbarie que l’on se demande comment certains ont pu les présenter à l’égal des civilisations prestigieuses. Tous ces peuples adorent le soleil et une multitude d’autres dieux, corporels ou incorporels, auxquels on offre des sacrifices parmi lesquels des sacrifices humains. Vous pardonnerez le caractère un peu horrifiant des descriptions qui suivent, mais le prestige dont jouissent ces "civilisations" aux yeux du grand public nous impose de donner quelques détails de la dure réalité.

A - Les aztèques et les mayas
Chez les aztèques, les sacrifices humains, publics ou privés, étaient quasi-quotidiens et revêtaient des formes variées "bien propres à éviter la monotonie"2. De nombreux sacrifiés étaient emmenés sur les montagnes afin de leur arracher le cœur encore palpitant, comme c’était la règle dans tous les sacrifices, pour l’offrir au dieu de la pluie. Si les enfants pleuraient, c’était signe de pluie. Le sang des victimes était recueilli et servait à fabriquer les statues du dieu de la guerre.
Il existait également des sacrifices de jeunes gens, élevés spécialement dans ce but, à qui l’on arrachait aussi le cœur. Du sommet des temples-pyramides, on jetait ensuite les corps décapités ; la tête était piquée sur un pieu, le reste étant dépecé et mangé. Il s’agissait donc de sacrifices humains anthropophagiques.
Les jours de grande fête, de profondes incisions étaient pratiquées sur d’autres jeunes gens aux oreilles et à la langue, aux bras et à la poitrine. Lorsqu’une grande quantité de sang était recueillie, on en aspergeait les idoles.
Des sacrifices massifs de prisonniers étaient offerts au soleil. Les cœurs des prisonniers étaient offerts au soleil par les plus vieux des prêtres. Après dépeçage, corps et sang étaient cuits et mangés par les maîtres de ces prisonniers avec parents et amis. Après le repas, les convives assistaient à un tournoi dans lequel les combattants étaient vêtus des peaux des corps précédemment dégustés.
Les sacrifices offerts au dieu du feu voyaient les prisonniers recouverts entièrement d’une couche de marijuana qui leur faisait perdre connaissance. Alors, les pieds et les mains attachés, ils étaient jetés sur un grand tas de braises où ils grillaient longuement. On les en retirait ensuite avant qu’ils ne meurent, pour leur arracher le cœur. Puis on mangeait les corps "grillés au barbecue, heureuse variante des habituels ragoûts du sang."3
D’autres pratiques consistaient à se piquer les jambes avec des épines de maguey ou à se percer la langue avec un petit couteau afin d’y faire passer des pailles de graminées, le nombre de pailles étant proportionnel avec la dévotion de chacun. Les prêtres ne se lavaient jamais et avaient donc leurs longs cheveux constamment poissés du sang des victimes. En conséquence, prêtres, idoles, temples, pierres de sacrifice étaient en permanence entourés d’essaims de "millions de mouches vrombissant" aux dires des conquistadors eux-mêmes.
20 000 victimes étaient ainsi sacrifiées chaque année, mais il y avait des occasions exceptionnelles telle l’inauguration du temple de Mexico qui vit en quatre jours 20 000 exécutions humaines (certaines sources donnent même jusqu’à 80 000 ).4
Dans ce but sanguinaire, les enfants et les jeunes gens, soit du peuple aztèque soit des peuples vassaux (Cempoaltèques), étaient réduits en esclavage ; les prisonniers provenaient de guerres, appelés "guerres fleuries", menées spécialement à cet effet par les aztèques contre leurs voisins. Personne ne s’étonnera dès lors que ces peuples voisins accueillent les Espagnols à bras ouverts et deviennent volontairement leurs alliés.
Les Mayas avaient les mêmes pratiques auxquelles ils ajoutaient la noyade dans les puits réservés au culte, et la décapitation rituelle. Quand les Espagnols débarquèrent, cette civilisation avait presque disparue à cause de leur religion inhumaine. Et il serait arrivé de même aux aztèques si la conquête ne l’avait empêchée.

B - Les incas.
L’empire Inca est peut-être l’application la plus poussée que l’on ait vue du socialisme en ce temps. En effet, la loi réglementait tous les détails de l’existence quotidienne. Deux exemples suffisamment éloquents le prouvent5 : l’usage des chaises était prohibé, seuls les bancs devaient être utilisés ; l’habillement devait être différent dans chaque région mais à l’intérieur de celle-ci tous les hommes d’un côté et toutes les femmes de l’autre étaient habillés de façon strictement identique avec interdiction d’en modifier la forme ou la couleur. La vie y était très routinière et tout ce qui était hors du commun était abhorré. Cette prise en charge totale réduisant les Incas à des robots sans attrait pour leur société explique bien plus la victoire de seulement 200 espagnols sur cet empire que les armes à feu et les chevaux des Européens (à l’opposé, les Araucans du Chili résisteront deux siècles). A la tête de cet empire se trouvaient des rois quasi-divins qu’une suite accompagnait partout. Chaque courtisan avait une fonction comme celle par exemple consistant à recueillir la salive du roi, qui ne devait pas toucher le sol. Sa femme était sa sœur aînée ; quand il venait à mourir, on l’enterrait avec quelques serviteurs et servantes, vivants quant à eux ! Les Incas n’étaient pas seuls à pratiquer ce genre d’enterrements.
Les sacrifices humains anthropophagiques étaient aussi pratiqués, sans être aussi importants que chez les Aztèques. Mais, une éducation spéciale était donnée à certains enfants par les prêtres afin qu’ils soient offerts en sacrifice à l’âge de quinze ans, sacrifice qui leur était annoncé un an à l’avance...
Ces pratiques abominables continueront durant le XVIème siècle de façon clandestine, les Espagnols les ayant bien sûr interdites. Ce qui est incompréhensible par contre, c’est l’éloge que nos contemporains font de ces civilisations. Ces pratiques sont fort semblables aux lois modernes : l’avortement d’enfants innocents, l’euthanasie des malades incurables.

II - LA CONQUETE ESPAGNOLE.

Si le lecteur a pu être à juste titre horrifié par ces sacrifices, combien le furent les Espagnols qui les découvrirent. Les populations alentour : Cempoaltèques, Tlaxcaltèques, Tarasques, Cañaris, Huancas, subissant cette cruauté religieuse reçurent avec joie ce que les Espagnols leur apportaient : la civilisation et l’Évangile. Il y eut des baptêmes en masse. Il fallut donc appliquer les principes chrétiens sur une terre renouvelée.

A - Pouvoirs et législations.

Ferdinand et Isabelle, les Rois catholiques, en ce temps de Chrétienté collaborèrent avec le Pape dans une certaine mesure. Avant d’examiner leur action et celle de leurs successeurs, il nous faut donc indiquer les documents pontificaux de cette époque relatifs à la "Conquista".

1 - Les documents pontificaux.
Pour bien comprendre la conquête du nouveau monde, il faut avoir présent à l’esprit deux choses : d’une part les paroles de Jésus-Christ à ses apôtres avant l’Ascension : "Allez enseigner toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé" (Mat. 18, 19-20) ; d’autre part, Il a aussi dit à Pierre, et donc à ses successeurs, de paître les agneaux et les brebis (Jean 21, 15-17) et ces deux catégories représentent les fidèles et les pasteurs. La doctrine de l’Évangile préside donc à toute découverte du nouveau continent et s’exprime dans les actes des papes de l’époque. Ainsi, Alexandre VI décide-t-il de confier la majeure partie de l’évangélisation à l’Espagne, une partie revenant au Portugal. Les Indiens seront donc Espagnols ; à charge pour les souverains de ce pays d’envoyer des missionnaires et de les financer. C’est ce qui ressort de la bulle Inter Cœtera du 3 mai 1493 confirmée la même année par la bulle Piis fidelium. Ces nouveaux pouvoirs des rois d’Espagne sont accrus par d’autres bulles qui par là-même confirment les précédentes : Jules II avec Eximiae devotionis en 1503 et Universalis ecclesiae en 1508, puis une autre bulle en 1513 ; Léon X en 1518 ; Adrien VI par Omnimoda en 1522 ; Paul III en 1535 et en 1547 ; Paul IV en 1555 ; Urbain VIII en 1639 et Benoît XIV en 1741.
Ce bel ensemble fut toutefois interrompu sous le seul pontificat de Paul III, trompé par le dominicain Minaya qui s’opposait à la colonisation et donc à l’évangélisation. Les missionnaires sans protection étaient la proie des Indiens, puisqu’il estimait que l’évangélisation devait se faire sans protection. Pour combattre la colonisation, ce religieux et ses confrères chargèrent les conquistadors de tous les crimes et déclarèrent que les Indiens étaient moins sanguinaires avant la venue des Espagnols. Par exemple, peu après les lois de 1513, le dominicain Cordoba écrit à Ferdinand le Catholique : "Que votre Majesté ordonne qu’on les abandonne, car il serait bien meilleur qu’ils aillent seuls en enfer, comme avant, que ne se damnent ensemble, eux et les nôtres". Cette façon de présenter les choses n’aboutit pas6. Les dominicains Montesino, Las Casas (dont son frère d’habit, Domingo de Soto, dénonça les exagérations et les inexactitudes) et quelques autres religieux d’autres ordres ressemblent fort aux pères de la théologie de la libération et des calomnies actuelles contre l’Église.
Ces calomnies trompèrent Paul III qui, par son bref du 29 mai 1537 Pastorale officium et la bulle du 2 juin 1537 Sublimis Deus, critiqua les responsables espagnols, avec véhémence, mais sans les nommer, et prit des mesures d’une extraordinaire sévérité telles que l’excommunication "latae sententiae" (sans déclaration nominative, latente), totalement injustifiées. S’apercevant qu’on l’avait circonvenu, Paul III révoqua avec colère les documents qu’on lui avait extorqués, par le bref Non incendens videtur du 19 juin 1538.7

2 - La législation espagnole.
Malgré tout, les souverains espagnols n’avaient pas attendu si longtemps pour légiférer en faveur des Indiens ; ils l’ont même fait dès le début. Les premières instructions données à Christophe Colomb par les Rois catholiques à Barcelone, datées du 29 mai 1493, recommandent de "traiter bien et avec amour les Indiens, sans leur faire aucun ennui, et de manière qu’avec eux ils aient beaucoup de conversations et de familiarité, leur faisant les meilleurs œuvres qu’il se peut". Le ton est donné et il ne changera pas. Dans la même lignée, Isabelle la Catholique interdit l’esclavage dès le 6 juin 1495, condamnation qu’elle réitérera en 1499. Puis elle continue sur sa lancée en 1501, en adressant de nouvelles instructions au gouverneur des Antilles, Nicolas de Ovando. Celles-ci stipulent que les Indiens sont des hommes libres, sujets naturels de la Couronne comme les Espagnols. Ces instructions exigent que les femmes et jeunes filles qui auraient été capturées soient libérées et que leurs biens leur soient rendus. Leur travail devra être payé et l’impôt devra être fixé de concert avec leurs anciens chefs, impôt qui sera revu à la baisse. Enfin, les instructions rappellent l’impérieuse nécessité de leur enseigner les vérités de la foi.
Mais ces mesures étaient dénuées d’une portée sociale réelle, laissant les Indiens sans organisation politique véritable. Alors, la souveraine envoya des instructions complémentaires palliant ce manque. En 1503 et 1504, outre leur protection contre la rapacité des aventuriers européens, la souveraine prévoit que les Indiens seront regroupés dans des villages, et confiés à un espagnol, "une bonne personne", pour y être protégés, gouvernés et civilisés. Chaque chef de famille sera pleinement propriétaire d’une maison et de champs sur lesquels il fera des cultures ou élèvera du bétail. Enfin, dans chaque village, un prêtre s’occupera de l’église et de l’école. Ce système élaboré par la reine s’appelle "encomienda". Il sera très bénéfique et c’est pourquoi les ennemis de la conquête le critiqueront particulièrement. Mais Isabelle va plus loin et ordonne à Ovando de construire des hôpitaux-hospices où seront accueillis les pauvres tant Indiens qu’Espagnols. Cinq seront construits aux Antilles presque exclusivement à ses frais personnels. L’encomienda perdurera jusqu’à la fin du XVIIIème siècle avec des modifications, et sera pour les Indiens source de bienfaits temporels, de conversions et d’authentique vie chrétienne. Le seul reproche fait à cette encomienda est d’avoir été mise en œuvre à trop peu d’endroits. Elle sera remplacée au XIXème siècle par l’hacienda, d’inspiration libérale et laïciste, dans laquelle les Indiens seront effectivement dépossédés. En 1504, Isabelle écrira dans le codicille de son testament, ce qu’elle n’a cessé de stipuler dans ses instructions, à savoir : bons traitements et réparation des torts causés.
Après l’intermède de Philippe le Beau, c’est Ferdinand d’Aragon, régent de Castille, qui va prendre en charge les affaires américaines dès 1512, après que les dominicains dont nous avons parlé se soient plaints du sort des Indiens, spécialement par les sermons de Montesino. Le régent réunit un certain nombre de conseillers. Leur avis commun sera à l’origine des lois de Burgos (en janvier 1513), qui renforcèrent la protection des Indiens notamment par le respect obligatoire de périodes de repos. De plus, afin de bien connaître la situation, Ferdinand demanda des rapports à quatre spécialistes. Il est à noter que les interventions des dits dominicains, surtout celle de Cordoba rapportée ci-dessus, contredisent les rapports plutôt favorables au système. Le roi catholique promulguera de nouvelles lois à Valladolid, six mois après celles de Burgos, pour protéger spécialement les femmes, les jeunes filles, les jeunes gens, enfants et travailleurs des mines qui bénéficieront de trois mois par an pour cultiver leurs terres.
Le seul défaut des lois de Burgos, repris par celles de Valladolid, concerne les repartimientos. Ces repartimientos sont des répartitions de charges personnelles de travail données aux Indiens contre un salaire. Les dominicains vont dénoncer la soi-disant lourdeur des charges de travail que les lois limitent pourtant strictement ! Ils en profiteront pour rejeter toute la responsabilité sur le fonctionnement de l’encomienda, qu’ils ont en horreur. Las Casas réussira à la faire supprimer par Charles Quint dans des lois promulguées le 20 novembre 1542. Heureusement, cette suppression ne sera jamais appliquée, ayant été refusée par tout le continent américain. Charles Quint annulera ces dispositions par deux cédules : l’une promulguée à Malines, le 20 octobre 1545 et l’autre à Ratisbonne, le 6 avril 1546. Las Casas se voyait désavoué sur toute la ligne, sauf concernant l’esclavage.8 En effet, depuis 1534, la Couronne avait autorisé l’esclavage dans deux cas : selon les coutumes indiennes, les prisonniers de guerre pouvaient devenir des esclaves, et il était possible de prendre comme esclave une personne qui l’était déjà. Mais en 1542, c’est-à-dire huit ans après leur autorisation, ces deux cas d’esclavage seront à nouveau interdits. Le Mexique comptait alors 3000 esclaves sur une population de 6 à 7 millions de personnes. Les derniers seront libérés en 1561. Quant au Pérou, seconde vice-royauté d’Amérique, il n’y avait tout simplement pas d’esclaves.
L’appareil législatif gouvernemental fut donc rapidement élaboré pour protéger, civiliser et évangéliser les Indiens et sanctionner les manquements des colons.

B - L’application des principes.

Les manquements et les abus furent sanctionnés, car ils existaient. Ce qui est faux, c’est de donner à ces manquements valeur de principes et d’en exagérer fortement le nombre. A vrai dire, la cupidité n’est pas chez tous les conquistadors. De plus, l’archevêque dominicain de Lima (Pérou), de concert avec tous les religieux, prit l’excellente initiative en 1560 de refuser l’absolution de leurs péchés à ceux qui, ayant pris des biens indûment ou ayant causé quelque dommage, n’ont pas indemnisé les victimes ou restitué le bien. Cette mesure concrète fut d’une efficacité inouïe car, à cette époque, les gens avaient encore souci de leur salut. Les religieux furent à l’origine d’autres bienfaits notamment l’éducation. Ainsi chaque couvent s’occupait d’une école (on n’en décomptait pas moins de 300 rien qu’au Mexique). De plus les Espagnols, outre l’arrêt des sacrifices humains et le rétablissement de la paix, apportèrent le fer, la roue que les Indiens ne connaissaient pas, le blé, l’orge, les chevaux, les mules, les ânes, les bœufs, les brebis, les chèvres, les porcs, une multitude d’arbres, une véritable agriculture. Ils construisirent des hôpitaux, des collèges pour garçons et d’autres pour les filles, et par dessus tout, ils leur firent le don inestimable de la foi. Par exemple, le franciscain Martin de Valencia, arrivé dès 1493, détruit en 1525 toutes les idoles du royaume Tarasque, brisant avant de les jeter au fond du lac, celles d’or, d’argent et de pierres précieuses9, et brûlant les autres. Il va jusqu’à demander aux Tarasques de détruire eux-mêmes leurs temples. De même, le conquistador Fernand Cortès, invité par l’empereur Aztèque, encore invaincu, à le visiter à Mexico, entraîne ses 130 hommes à se jeter sur les idoles pour les détruire ! Ils étaient pourtant entourés de toute l’armée Aztèque pour le moins aguerrie au combat. Ces faits manifestent bien le vrai but de la conquête : la conversion des nations et non l’enrichissement des navigateurs, la charité et non la cupidité. Dès lors, si des Indiens ont pu mourir injustement par de mauvais traitements ou autre iniquité, ce furent des faits marginaux. Beaucoup moururent malheureusement pour des raisons virales ou microbiennes. Les autorités, tant locales qu’espagnoles veillaient et sanctionnaient tous les abus. Ainsi les vice-rois du Portugal et du Mexique consacraient deux jours par semaine aux réclamations que les Indiens venaient formuler. Les chefs des Tlaxcaltèques pouvaient, en raison des liens étroits qui les unissaient aux Espagnols, se rendre en Espagne même pour réclamer. Et ils le firent de temps en temps.
D’ailleurs, l’empereur par souci de justice suspendit toute conquête, le 16 avril 1550, afin que se déroule la "Controverse de Valladolid" où s’affrontèrent devant quinze juges Las Casas et Sépulveda qui débattirent du bien fondé et de la manière de conquérir. Sépulveda l’emporta et les conquêtes reprirent toujours sous la même législation. Cette politique ne devait plus changer jusqu’à l’indépendance de l’Amérique au XIX ème siècle. Alors les ennemis de l’Église l’accusèrent avec l’Espagne de crimes dont elle était innocente (mais qu’eux-mêmes commettaient10), et se forgea la "légende noire de la Conquista".
Voici les faits réels, tels que l’histoire les rapporte, de la conquête des Amériques par l’Espagne catholique. Ils suffisent largement pour répondre aux mensonges rabâchés par une mauvaise propagande anti-chrétienne. Les souverains espagnols mirent sur pied une législation exceptionnelle adaptée à la mise en valeur des immenses terres découvertes. Certes, il y eut des guerres tribales, des révoltes indiennes, des exploitations des indigènes par des colons peu scrupuleux. Le paradis n’existe plus sur terre, de tels malheurs sont inévitablement liés à toute société humaine. Mais - et c’est la marque d’une saine organisation politique - les gouvernants tentèrent toujours de mettre fin à ces tribulations pour le bien commun de tous. Ils y parvinrent et non seulement les Indiens d’Amérique Centrale et du Sud furent libérés du joug asservissant des civilisations précolombiennes, mais une cité nouvelle vit le jour où fusionnèrent sous l’égide du catholicisme, et dans la paix, les colons européens, les Indiens libérés et les noirs amenés d’Afrique : la civilisation latino-américaine était née, issue de la colonisation et par là-même, unique et remarquable réussite dans l’histoire mondiale des missions.

L'Eglise et la corrida.

Le temps de la corrida, celui de la féria, c’est-à-dire de la « fête », que cette dernière soit cause des corridas ou la corrida cause de la fête, est indissociable et toujours lié au domaine religieux de par les saints ou le temps liturgique auxquels sont associées les grandes réunions taurines : San Isidro à Madrid, Semaine Sainte à Séville, San Firmin à Pampelune, le Toro de la Vega à Tordesillas en l’honneur de la Vierge de la Peña, le Corpus Christi à Tolède, Pentecôte à Nîmes, etc., ceci, alors que paradoxalement, l’Eglise s’est parfois opposée aux jeux taurins qu’elle considérait comme des réminiscences directes des antiques jeux du cirque, sachant que ces dites « férias » étaient souvent l’occasion de débordements en divers domaines (alcool, sexualité, argent, etc.), dans un climat d’immense liesse populaire qui rappelait très clairement le monde du paganisme. C’est d’ailleurs l’un des rares domaines où, au-delà des Pyrénées, la pourtant si écoutée et révérée Eglise catholique espagnole, resta absolument impuissante à imposer certaines de ses volontés.

Rappel historique.

Un rapide examen des données historiques nous fournit des renseignements intéressants, puisqu’en l’absence de sources fiables, de nombreuses thèses perdurent s’agissant de l’origine de la corrida. Ce que l’on peut affirmer, c’est que les premiers jeux taurins, sont sans doute une survivance des sacrifices d'animaux pratiqués dans les cultures primitives, et apparaissent tout d’abord probablement à Rome, puis ne resurgissent vraiment dans le sud de l’Europe que vers les XIe ou XIIe siècles, dans un contexte précis : la noblesse guerroyant à cheval y voyait une excellente possibilité de s'entraîner. Le Comte de Las Navas (1855-1935) considérait que l’origine de la corrida était intimement liée avec les premiers temps de l'humanité, faisant référence aux chasses préhistoriques de l'aurochs pour expliquer la survivance des jeux taurins en Espagne. Ces jeux, en ce pays, s’imposèrent d’ailleurs peu à peu en divers lieux et en de nombreuses occasions (fêtes pour célébrer la venue d'un personnage important, canonisation d'un saint, consécration d’un évêque, etc.). On aménageait, pour la circonstance la plaza del toro avec des gradins de bois et la population s’y retrouvait pour communier au spectacle de bravoure de quelques téméraires audacieux, qui venaient défier des bêtes sauvages possédant une énergie exceptionnelle.

La bénédiction de l’Eglise catholique.

Le clergé catholique espagnol, qui constatera l’engouement pour ces fêtes et qui s’interrogea sur la manière d’en circonscrire les tendances excessives, fera mieux à l’époque que soutenir les traditions taurines, il ira jusqu’à les bénir et leur conférer, intelligemment, un caractère religieux qu’elles ont encore conservé. On trouve, par exemple, dans un livre de la Société du Saint Sacrement de l’église paroissiale de Saint Pierre de Valladolid, un texte expliquant que cette Société offrira régulièrement « des jeux taurins ». Des Tiers Ordres, pour marquer les réjouissances liées à leur fondation, organisèrent des fêtes où l’on se livrait à la corrida ; certaines Confréries, comme Notre Dame de Sabor à Caceres, n’admettaient en leur sein que des « chevaliers courant les taureaux ». Lors de la béatification de sainte Thérèse d’Avila, en 1614, on organise trente courses lors desquelles cent taureaux sont mis à mort. Il en va de même lors de la canonisation de saint Ignace de Loyola, de saint François Xavier, de saint Isidore le Laboureur en 1622, de saint Thomas de Villeneuve en 1654.

Les liens entre l’Eglise et la corrida vont donc se resserrer étroitement, et l’on verra même éclore ce que l’on pourrait appeler « les miracles taurins » : Baltasar de Fuensalida en 1612 à Tolède, désarçonné par un taureau lors d’une corrida, invoque Notre Dame de l’Espérance pendant qu’il est encorné et guérit de ses blessures. Saint Pierre Regalado, patron de Valladolid, arrête un taureau furieux par son regard. Sainte Thérèse d’Avila elle-même, apaise deux taureaux qui viennent à ses pieds et qu’elle caresse.

De leur côté, les très catholiques monarques espagnols n’étaient pas reste, et semblaient eux aussi apprécier ces pratiques. C'est ainsi que l'Empereur Charles-Quint (1500-1558) fut si heureux de la naissance de son premier enfant qu'il descendit dans l'arène de Valladolid pour y combattre et tuer un taureau sauvage. De ce fait, les corridas sous Charles II, au XVIIe siècle, deviendront un vrai phénomène de société. Les conquérants espagnols introduisirent même les jeux taurins en Amérique Centrale et du Sud. En 1529 le conquistador Cortes y importe les taureaux, et plus encore qu'en Espagne, la tauromachie aura le soutien de l'Eglise. Les Indiens l'appréciaient et considéraient qu’il y avait là un équivalent de leurs rites. Et même en Italie, séduit par cette vogue, César Borgia, fils du pape Alexandre VI, introduit la corrida pour la mettre au programme de ses divertissements favoris. Seule l’accession au trône d’Espagne d’un français, Philippe d'Anjou, le petit fils de Louis XIV, fera que l’on interdise un court temps aux seigneurs d'y participer, d'autant que les corridas de l'époque étaient bien plus dangereuses pour les hommes que celles d'aujourd'hui, et n’étaient pas sans danger pour les spectateurs, Francisco Goya, ayant représenté un accident survenu au cours d’une de ces fêtes, et entraîné la mort de l’alcalade de Torrejón.

L’Eglise et le développement de l’art taurin.
C’est d’ailleurs à un ecclésiastique, Don Gregorio de Tapia y Salcedo, que se codifie avec en 1643, la publication du Traité d’équitation et diverses règles pour toréer, la tauromachie à cheval réservée à la noblesse.
Par ailleurs, le célèbre taureau de Miura, aux caractéristiques exceptionnelles, qui est encore de nos jours le prince des arènes, fut formé au départ par un prêtre, Marcelino Bernaldo de Quiros, curé de Rota, qui croisa les vaches andalouses des pères dominicains du couvent de San Jacinto, avec des toros navarais, race qui provient elle-même des moines de la Très Sainte Trinité de Carmona.
Les spectacles taurins vont donc devenir un élément central des festivités en Espagne, et se dérouleront de plus en plus sur les places publiques afin de célébrer victoires, fêtes patronales ou événements religieux. Ceci fera émerger une tauromachie pédestre et populaire, très peu réglementée, pratiquée lors des fêtes religieuses, avant que, de 1730 à 1750, la corrida ne se codifie, faisant apparaître les trois « tercios » et surtout les passes à l'aide de la muleta. Les premières arènes permanentes sont édifiées, et de semi-sauvage, le taureau devient domestique et connaît les premières sélections génétiques pour en faire un combattant adéquat, sachant que les élevages sont tenus par des religieux (Dominicains, Chartreux), même si à terme, les élevages laïcs imposeront la suprématie du taureau andalou.


Saint Pie V et la bulle « De Salute Gregi Dominici ».

Toutefois, devant l’engouement excessif du peuple pour l’art taurin, en 1567, Saint Pie V promulguait la bulle « De Salute Gregi Dominici » qui condamnait sans appel les jeux taurins. Il était même question de les abolir et de priver de sépulture chrétienne ceux qui trouveraient la mort dans les combats contre les taureaux.

Les termes de la bulle papale étaient extrêmement clairs :

« 1-En de nombreuses villes et autres lieux, on ne cesse d'organiser des spectacles privés ou publics consistant en courses de taureaux ou d'autres animaux sauvages, destinés à faire exhibition de force et d'audace, courses qui occasionnent fréquemment des accidents mortels, des mutilations et sont un danger pour les âmes.
2- Pour Nous, donc, considérant que ces spectacles où taureaux et bêtes sauvages sont poursuivis au cirque ou sur la place publique sont contraires à la piété et à la charité chrétienne, et désireux d'abolir ces sanglants et honteux spectacles dignes des démons et non des hommes et d'assurer avec l'aide divine, dans la mesure du possible, le salut des âmes, à tous et à chacun des princes chrétiens, revêtus de n'importe quelle dignité, aussi bien ecclésiastiques que profane, même impériale ou royale, quels que soient leurs titres et quelles que soient la communauté ou la république auxquelles ils appartiennent, Nous défendons et interdisons, en vertu de la présente Constitution à jamais valable, sous peine d'excommunication et d'anathème encourus ipso facto, de permettre qu'aient lieu dans leurs provinces, cités, terres, châteaux forts et localités des spectacles de ce genre où l'on donne la chasse à des taureaux et à d'autres bêtes sauvages. Nous interdisons également aux soldats et aux autres personnes de se mesurer, à pied ou à cheval, dans ce genre de spectacle, avec les taureaux et les bêtes sauvages.
3- Si quelqu'un vient à y trouver la mort, que la sépulture ecclésiastique lui soit refusée.
4- Nous interdisons également sous peine d'excommunication aux clercs, aussi bien réguliers que séculiers, pourvus de bénéfices ecclésiastiques ou engagés dans les Ordres sacrés, d'assister à ces spectacle.
5- Quant aux obligations, serments et voeux, sans exception, faits jusqu'à présent ou promis pour l'avenir par n'importe quelles personnes, par l'Université ou le Collège, concernant ces sortes de chasse de taureaux, même lorsqu'elles ont lieu, par suite d'une fausse piété, en l'honneur des saints ou à l'occasion d'une solennité ou fête ecclésiastique quelconque, qu'il faut au contraire honorer et célébrer par des louanges, des réjouissances spirituelles et des oeuvres pies et non par ce genre de spectacles, Nous les interdisons absolument, les cassons et les annulons et, suivant les cas, jugeons et proclamons à jamais qu'on doit les considérer comme sans effet et non avenus.
6- Nous ordonnons à tous les princes, comtes et barons feudataires de la Sainte Eglise Romaine, sous peine de la privation de leurs fiefs qu'ils ont reçus de l'Eglise elle-même, et Nous exhortons dans le Seigneur les autres princes et seigneurs chrétiens et leur ordonnons en vertu de la sainte obéissance par respect et pour l'honneur du saint Nom de Dieu, d'observer strictement toutes les choses prescrites ci-dessus, en leur promettant une magnifique récompense de Dieu en retour d'une si bonne oeuvre.
7- Nous ordonnons, en outre, à tous nos vénérables frères, patriarches, primats, archevêques et évêques, et aux autres ordinaires des lieux, en vertu de la sainte obéissance, sous peine de jugement divin et de la condamnation à l'éternelle malédiction, de publier suffisamment dans leurs villes et diocèses respectifs la présente lettre et de faire observer les dites prescriptions également sous les peines et censures ecclésiastiques. » [Bullarium Romanum, Titre VII, La Documentation catholique, 1935].


Philippe II, conscient de la passion de son peuple pour la tauromachie, ne fera ni enregistrer ni publier cette bulle en Espagne, et négociera avec le successeur de saint Pie V, Grégoire XIII, qui décida finalement de lever l’interdiction pour les laïcs, bien qu ‘en 1583, Sixte V rétablira les sanctions, que lèvera de nouveau définitivement le pape Clément VII en 1596. Ainsi en Espagne, comme en France, la religion catholique et la tauromachie, même si en 1489 Tomàs de Torquemada avait condamné la corrida comme « spectacle immoral et barbare, inique et cruel », opéraient une rencontre originale, qui allait faire que l’art taurin et les pratiques de l’Eglise deviendraient indissociables. On vit donc s’adjoindre de façon permanente aux arènes, des chapelles, où des messes étaient célébrées avant les corridas, les toreros revêtus de leur habit de lumière, effectuant leurs dévotions, priant leurs saints tutélaires, et faisant plusieurs fois sur eux le signe de la Croix avant de pénétrer dans l'amphithéâtre, alors même que des prêtres étaient affectés aux lieux de cultes construits à l’intérieur des arènes.

(…)


Source : isabelledescharbinieres.hautetfort.com

De Philippe le Bel à Richard Nixon.

Entre l’An Mil et le début du XIV° siècle, la population de l’Europe occidentale a probablement triplé, ou à peu près. Cela représente à peu près 0,4 % de croissance démographique annuelle. C’est une croissance lente, mais régulière. De 1000 à 1300, il y a des reculs ponctuels (mauvaises récoltes, fortes mortalités liées à un phénomène épidémique, quelques guerres significatives), mais globalement, la tendance positive n’est jamais remise en cause. La croissance est très vigoureuse entre 1050 et 1250. La stabilisation intervient entre 1250 et 1300. L’actuel espace français, qui comptait peut-être 6 millions d’habitants vers l’An Mil, flirtait probablement avec les 20 millions d’habitants en l’an 1300. Il n’avait jamais été aussi peuplé, même à l’apogée de l’Empire Romain.
Cette croissance est spécifique à l’Europe occidentale. En l’An Mil, il y a sur terre environ 300 millions d’habitants, dont 25 millions d’occidentaux (8 %). En 1300, il y a sur terre 400 millions d’habitants, donc environ 60 millions d’occidentaux (15 %). La France pèse à l’époque environ 5 % de la population mondiale (le poids actuel d’un pays comme les USA).
Qu’est-ce qui explique la croissance démographique européenne, occidentale en particulier, pendant les trois premiers siècles du second millénaire ? – Il y a cinq explications, qui se sont sans doute combinées pour produire une longue phase de croissance :
1) Le progrès technologique, avec en particulier la généralisation du moulin (à eau, puis à vent). Entre l’An Mil et l’an 1300, l’Europe occidentale s’est doté d’une force de travail additionnelle égale à plusieurs millions de travailleurs gratuits.
2) Le progrès agricole, avec en particulier la généralisation de la culture des légumineuses (lentilles, pois chiches), qui a rendu possible une forte augmentation des protéines végétales dans le bol alimentaire moyen.
3) L’absence de grandes invasions, avec en particulier l’impossibilité pour les cavaliers mongols de dévaster l’Europe comme ils dévastèrent la Chine (forte baisse de la population chinoise au XIII° siècle), sans doute essentiellement parce que la végétation de l’Europe occidentale, forêts épaisses, champs cultivés, ne permettait pas le pâturage des immenses hordes de chevaux si caractéristiques des armées steppiques.
4) L’existence d’une remarquable stabilité dans l’assise métapolitique des constructions politiques et religieuses de l’époque. Certes, il y a des guerres au Moyen Âge. Mais si l’on excepte l’épisode albigeois, ces guerres n’opposent que des adversaires partageant la même vision du monde. Certes, il y a des querelles idéologiques au Moyen Âge. Mais jusqu'à Abélard, et surtout jusqu'à la victoire de ses disciples, ces querelles n’opposent que les gardiens du même dogme. Une conception chrétienne du monde, remarquablement cohérente, préside à l’essor occidental, et jusqu’au XIV° siècle elle n’est attaquée que très marginalement.
5) Dans ce contexte général positif, l’économie de force de travail apportée par les moulins dégage des moyens pour le défrichage – le moteur de la croissance médiévale, pendant trois siècles. En l’An Mil, l’Europe occidentale était couverte de forêts et de friches. En l’an 1300, elle a perdu une très forte proportion de sa surface boisée.

*

Au XIV° siècle, en l’espace de deux générations, cette Europe occidentale soudain en panne va reperdre à peu près la moitié de la croissance des trois siècles précédents. C’est un réajustement démographique très violent, probablement sans équivalent dans l’Histoire, à part peut-être la grande peste sous le Moyen Empire Romain.
Le phénomène est, là encore, essentiellement européen. De 1330 à 1380, la population mondiale est passée de 400 à 370 millions d’habitants. Dans le même temps, la population de l’Europe tombe de 60 à 40 millions d'habitants, pour revenir à 11 % de la population mondiale. Les deux tiers du recul mondial concernent l’Europe.
Ce recul brutal fut vécu par les contemporains comme une véritable Apocalypse (lire les récits relatifs à la Grande Peste de 1347/1349). Cependant, il ne faisait que sanctionner brutalement un dérèglement général de l’infrastructure économique et sociale, dérèglement longtemps resté souterrain, presque imperceptible pour les contemporains, faute de points de référence évidents. En témoigne le fait que la Peste Noire tua nettement plus dans les régions pauvres, et nettement moins dans les régions riches. C’est donc bien que si elle fut si mortelle, c’est d’abord parce qu’elle venait percuter une société affaiblie.
Le dérèglement commence entre 1250 et 1300, avec l’arrêt des défrichages. La technologie de l’époque ne permet en effet d’exploiter valablement que les bonnes terres. Or, il ne reste plus à défricher que des terres médiocres. Le « moteur » de la croissance occidentale, le défrichage, tombe en panne. Il en résulte dans les campagnes un important chômage, car la force de travail ne trouve plus à s’employer dans une économie de subsistance (pas de marché extensible par création de la demande), qui a en outre déjà opéré une substitution du capital au travail (les moulins). Le moteur de la croissance étant tombé en panne, le progrès technologique crée un déséquilibre ingérable. Faute de moteur de croissance, le progrès est devenu un problème.
Il en découle un phénomène majeur au plan de la superstructure politique et financière : le basculement du rapport de forces entre la ville et la campagne. Au XIII° siècle, la population des villes enfle de manière malsaine. Les miséreux des campagnes sont de plus en plus nombreux au fur et à mesure que les excédents démographiques ne trouvent pas de terrains à défricher. Ils convergent vers les villes, où ils fournissent une main d’œuvre bon marché, corvéable à merci, qui va permettre à la bourgeoisie naissante de passer du stade initial de l’accumulation du capital (le petit entrepreneur) à un stade plus avancé (la guilde, puis ici ou là, les premières manufactures). Le pouvoir financier était jusque là détenu par la noblesse et administré indirectement par l’Eglise (le clergé détient alors le presque monopole des écritures, même comptables). Ce pouvoir commence, à la fin du XIII° siècle, à glisser vers la bourgeoisie industrieuse et la banque lombarde, ou juive. Le problème dans l’infrastructure engendre mécaniquement une perturbation dans la superstructure.
Cette perturbation dans l’économie entraîne la déstabilisation des institutions préexistantes. Au niveau local : le pouvoir féodal ; et au niveau continental : les monarchies. Au niveau local, les villes s’émancipent du pouvoir des barons, et le terme de seigneurie change de sens. Désormais, il peut désigner le conseil municipal des villes bourgeoises. Au niveau continental, toutes les monarchies, héréditaires ou électives, entrent en crise à la fin du XIII° siècle. Cette crise se manifeste en particulier par l’appauvrissement de l’Etat et la fragilité des comptes publics, perceptible dès Saint-Louis, criante à partir des premiers Valois. La réponse des Etats sera la spoliation des fortunes soit par des mesures brutales contre les anciennes puissances secondaires en déclin (le procès des Templiers), soit par la dévaluation des monnaies (réduction progressive du taux d’or dans les monnaies françaises à partir de Philippe le Bel). Le désordre monétaire vient donc sanctionner en retour l’infrastructure, qui a désorganisé la superstructure.
Clef de voûte à cette suite de crises induites les unes par les autres et se renforçant mutuellement, la structure idéologique médiévale implose progressivement. L’Etat royal, engagé dans une lutte à mort pour le contrôle de l’argent, forme montante du pouvoir, liquide froidement les bases de la féodalité – et d’abord la chevalerie, avec le procès des Templiers. A l’ordre féodal se substitue progressivement un ordre administratif centralisé et centralisateur, appuyé en France sur la caste des légistes, et qui renvoie implicitement aux nouvelles structures de l’Eglise catholique, réorganisée après l’affaire albigeoise. Cette mutation dans les formes du pouvoir induit un basculement dans les structures idéologiques : le nominalisme l’emporte désormais clairement dans le mode de pensée des élites occidentales, parce qu’il permet seul de construire le discours justificateur d’un ordre appuyé sur une abstraction – l’Etat, seule instance de mise en cohérence possible pour une société engagée dans un cycle de dépression irrésistible, et impossible à analyser du point de vue des contemporains. Dans l’économie linguistique, à partir du XIV° siècle, l’exigence réaliste passe au second plan. C’est la victoire posthume d’Abélard.

*

Il y a un parallèle à dresser entre la crise de l’Europe occidentale au XIV° siècle et la crise de l’économie mondialisée au XXI° siècle. Aujourd’hui, le moteur n’est plus le défrichage, c’est la consommation. Mais aujourd’hui comme au XIV° siècle, le moteur est sur le point de tomber en panne pour des raisons environnementale – sous Saint-Louis, la question était de savoir s’il resterait des futaies à défricher, aujourd’hui, la question est de savoir si l’on pourra continuer à fabriquer de la croissance alors que le pétrole s’épuise, alors aussi que la planète est progressivement saccagée par nos modes de vie anti-écologiques.
Aujourd’hui, comme au XIV° siècle, l’éventualité d’un arrêt de la croissance transforme le progrès en problème. Les centaines de millions de migrants africains et indiens qui risquent d’affluer vers le Nord resté relativement riche, dans les prochaines décennies, sont aux occidentaux ce que les serfs ayant fui la campagne étaient aux ouvriers qualifiés des centres urbains, il y a sept siècles. L’échelle n’est plus la même évidemment – la planète au lieu de l’Europe, la migration intercontinentale au lieu de l’exode rural, la production intégralement robotisée au lieu des moulins à vent. Mais fondamentalement, c’est le même mécanisme qui est à l’œuvre.
Aujourd’hui, comme il y a sept siècles, le dérèglement dans l’infrastructure économique engendre un basculement de rapports de forces dans la superstructure. Exactement comme l’afflux de main d’œuvre corvéable permit aux bourgeois du XIII° siècle l’accumulation du capital qui allait émanciper leur classe sociale de la tutelle féodale déclinante, le « nomadisme d’en bas », cher à Jacques Attali, construit un ordre économique qui alimente le décrochage entre l’hyperclasse mondialisée, les « nomades d’en haut », et les élites locales, de moins en moins capables de rivaliser avec les vraies classes supérieures d’aujourd’hui, qui maîtrisent les flux à forte valeur ajoutée – le capital spéculatif, émancipé de toute référence à la production effective.
Aujourd’hui, comme il y a sept siècles, le basculement de rapports de force entraîne une réaction autoritaire des institutions contre les anciennes puissances en déclin – c'est-à-dire contre les bourgeoisies nationales, contre leurs intérêts spécifiques, par opposition aux intérêts de l’hyperclasse mondialisée. L'Organisation Mondiale du Commerce est aux anciennes bourgeoisies nationales en voie de déstructuration ce que la nouvelle machine d’Etat royale, en voie de constitution à partir de Philippe le Bel, était en son temps à la petite noblesse féodale, progressivement dépossédée.
Aujourd’hui, comme il y a sept siècles, la fragilisation des institutions entraîne une corruption du signe monétaire. Il y a une ressemblance frappante, tant en termes de méthodes qu’en termes de motivations, entre Philippe le Bel bidouillant honteusement la proportion d’or ou d’argent dans ses monnaies et Richard Nixon, décidant froidement de suspendre la convertibilité or du dollar.
Enfin, aujourd’hui comme hier, la corruption du signe monétaire ouvre la porte au triomphe du nominalisme dans le champ linguistique, philosophique et culturel. Comment ne pas rapprocher la critique d’un Jean Baudrillard à l’égard de l’économie politique du signe, telle que notre société la construit, de l’opposition vaine des réalistes aux avancées du mode de pensée nominaliste, au XIII° siècle ? Comment ne pas voir que la réduction du monde à un fantasme de substance unifiée par un réseau sémantique totalisant, telle qu’elle est poursuivie par notre hyperclasse technocratique saisie de folie, n’est que la reproduction, dans une société sécularisée et mondialisée, des mécanismes mentaux qui conduisirent à l’implosion de la mystique catholique, il y a sept siècles ?
Le parallèle entre notre XXI° siècle débutant et le XIV° siècle naissant est fructueux. Il est surtout inquiétant. S’il devait être prolongé jusqu’à la conclusion de la crise, c'est-à-dire jusqu’au rétablissement brutal des équilibres par un ajustement biologique violent, le tiers de la population mondiale devrait disparaître. Deux milliards de morts, et même un peu plus…

Source: Michel Drac - scriptoblog.com

lundi 1 mars 2010

Tolède.

La page la plus glorieuse de la Guerre d’Espagne. Plus d’un millier d’hommes, de femmes et d’enfants qui résistent aux pires criminels de l’humanité, au prix de tous les sacrifices. Tout commence la nuit du 18 juillet. Le lendemain d’une agression ratée menée par la CNT contre la Guardia Civil qui fit 5 morts chez les révolutionnaires (dont leur chef Huertas), le colonel José Moscardo monte à Madrid pour voir la tournure des événements. Avant de se rallier à Franco, il a l’intelligence d’attendre le rassemblement de tous les gardes civils fidèles et de leur famille, promise au massacre. Il reçoit les ordres du général de la Cruz, collabo des rouges, de livrer les armes de l’arsenal, mais pour gagner du temps, il demande des ordres écrits. Le 21, les premiers contingents de gardes civils, des paysans, des étudiants se rassemblent dans l’Alcazar. A 16 heures, les rouges attaquent, les premiers morts tombent et le char qui participait à l’attaque est détruit par le commandant Villalba et le capitaine Badenas. 300 gardes civils des compagnies Ocana et Talavera viennent se réfugier dans l’Alcazar. L’hôpital est rapidement canonné par la batterie de 105mm de la colonne du général Riquelme (2400 hommes plus 1500 anarchistes) mais malgré les bombes républicaines qui détruisent un camion, les nationalistes confisque les munitions de l’usine locale dirigée par le colonel républicain Soto. Les assauts républicains échouent et les derniers réfugiés s’y rassemblent. Les 20 moines du couvents des Carmes refusent d’abandonner leur monastère : 18 d’entre eux seront massacrés par les anarchistes, furieux de voir l’Alcazar tenir.

Au 22 juillet, 1787 personnes sont réfugiés dans la bâtisse : 196 officiers, 9 cadets, 232 hommes de l’Académie et de l’Ecole de gymnastique, 664 gardes civils, 19 garde d’assaut, 5 membres du corps de vigilance, 108 paysans en armes, 12 employés de l’Académie, 2 auxiliaires, 26 musiciens, 5 religieuses des sœurs de la Charité (dont Mère Josepha Barrel leur supérieure), 271 femmes (dont deux enceintes), 215 enfants et 73 civils non armés (vieillards et impotents, plus un pâtissier français Isidore Clamarigaud. Ce dernier, capturé par les rouges alors qu’il transférait son stock de farine vers l’Alcazar, fut enfermer à la synagogue del Trasito et sauvé in extremis du peloton par le consul de France ). Les femmes et les enfants sont regroupés dans la partire ouest, la mieux protégée. Le 23 juillet, les rouges vont franchir encore une étape dans la lâcheté. Ayant capturé Luis Moscardo, le fils du colonel âgé de 17 ans, ils menacent de l’exécuter si son père ne se rend pas. Enfant ayant été élevé chrétiennement dans le devoir et le sacrifice, Luis sait que si son père capitule, il n’est non seulement pas certain d’avoir la vie sauve, mais il livrerait à la mort les 1787 résistants. Aussi, après un bref échange téléphonique avec son père, aussi poignant que court, il accepte de se sacrifier. Il sera exécuté le 23 août avec 73 autres personnes en représailles d’un bombardement d’une barricade républicaine par un de leur propres Bréguet-XIX qui avait raté sa cible. Sa mère Maria et son petit frère Carmelo (14 ans) seront enfermés dans un asile, torturés, mais un « infirmier » marxiste, pris de pitié, arrivera à sauver leur vie.

Le 25 juillet, le capitaine don Luis Alba Navas, enseignant à l’école de gymnastique, essaye de traverser les lignes pour envoyer un message à Franco. Il est capturé et abattu d’une balle dans la nuque… La nourriture vient rapidement à manquer. Les 199 chevaux et 27 mules de l’Alcazar sont débités pour fournir de la viande. Un raid le 3 août permet de prendre 32,4 tonnes de blés au nez et à la barbe des rouges. Pour maintenir le moral des troupes, un petit journal interne quotidien est créé (El Alcazar) avec comme directeur le commandant Victor Martinez et comme rédacteur en chef le commandant Félix Cano. Fréquemment bombardé par les avions républicains qui ont la maîtrise absolue des airs et par leur puissante artillerie, l’Alcazar tient quand même (au total, 9800 obus auront frappé la citadelle). Les 14 bombardements aériens détruisent les deux tours au-dessus de la forteresse. Le 16 août, les anarchistes de la CNT essayent de faire sauter la forteresse mais des cocktails molotov lancés par les défenseurs font s’effondrer leur tunnel. Le 22 août, un avion nationaliste leur apporte du courrier. Les premiers avions nationalistes, des Ju-52 et des SM-81 interviennent le 26 et 27 août, bombardant l’usine d’armement acquise aux rouges. Le 3 septembre, les assiégés apprennent que les Rouges ont été écrasés par le général Yaguë à Talavera, à 30 kilomètres de Tolède. L’espoir renaît. Les blessés sont opérés pour 120 d’entre eux (et amputés pour 14) dans un hôpital de fortune dépourvu de tout, soignés par trois médecins, les cinq religieuses et quelques femmes promues infirmières.

Le 8 septembre, Franco décide de surseoir à la prise de Madrid, qu’il juge trop bien défendue, et envoie immédiatement la colonne du général José Enrique Varela, composée de 2 tabors marocains (225 hommes), une bandera de la Légion (600 hommes) plus 5000 hommes de divers services, pour libérer Tolède. Pour l’Alcazar, il faut tenir à 600 contre plus de 8.000 et des munitions en voie d’épuisement. Apprenant le mouvement des franquistes, les Rouges essayent de faire capituler Moscardo. Le chef, le général Asensio, envoient le commandant Rojo (ancien instructeur à l’Alcazar et socialiste) négocier, en vain. La seule chose que demande les Nationalistes est l’envoie d’un prêtre, ne devant compter que le soutien spirituel d’Antonio Rivera, président de la Jeunesse Catholique de Tolède (qui mourra de ses blessures en novembre). Les rouges envoient l’abbé Enrique Vasquez, chanoine de la cathédrale de Madrid, prêtre aux idées républicaines notoires. Il administre l’extrême-onction aux mourants, baptise l’un des deux bébés nés (l’autre, une petite fille appelée Josepha, naîtra le 18 en plein assaut rouge), célèbre la messe et donne l’absolution générale. Il essaye de convaincre les Nationalistes de se rendre, mais ne peut même pas leur apporter la garantie que les femmes et les enfants seraient épargnés. Il ne connaît que trop bien ses « amis »… Les nationalistes n’ont pas confiance, et ce à juste titre… le 18 septembre, sachant que les femmes, les enfants et les blessés étaient réfugiés dans l’aile ouest, les anarchistes de la CNT font sauter celle-ci, faisant s’effondrer un quart de l’édifice. L’assaut final, du moins le croyaient-ils, est lancé. Ce dernier fut un fiasco. Les milices anarchistes, très fortes pour incendier des églises et attaquer des monastères sans défense, sont taillées en pièces par les défenseurs, des mômes de 16 ans : plus d’une centaine de morts dans leur rang. Même leurs blindés sont inefficaces. Leur artillerie pilonne sans relâche l’Alcazar dont les munitions s’épuisent : l’immense majorité des soldats n’a plus de cartouches et la moitié des effectifs est constitué de blessés. Les morts sont enterrés dans la piscine. Au total, il y en aura 82.

Le 25 septembre, les forces républicaines sont attaquées à 3 kilomètres de la ville par les regulares de Varela. Le 27, le dernier assaut républicain est lancé et se termine par une nouvelle déroute : les 6000 litres d’essence qui devait brûler vifs les défenseurs de l’Alcazar sont détruits par une grenade nationaliste, le feu se répand et s’étend sur une partie de Tolède… Mais déjà, les arènes sont occupée par les légionnaires de la 5e bandera. Trois Ju-52 font leur apparition, l’occasion pour les Rouges de commettre un dernier crime de guerre. L’un des avions sera abattu par les Dewotine offerts par la France, le pilote sera mitraillé alors qu’il tombait en parachute et le co-pilote arrivera à s’éjecter, mais après avoir vidé son chargeur sur les Rouges, il tombera au combat. Capturé, le troisième sera châtré et dépecé vivant en petit morceaux par des miliciennes anarchistes. Les Marocains du 1er tabor des Regulares culbutent les rouges du commandant Barcelo et délivrent la garnison d’où sortent de véritables mort-vivants, choqués, épuisés, aveuglés par la lumière du jour, mais libres. C’est un Marocain, le commandant Mohammed El Mizzan, ancien Cadet de l’Alcazar, qui entre le premier. Chrétienté et Islam unis contre le bolchevisme comme ils le seront plus tard en URSS. Le 28, la ville est nettoyée et les criminels rouges subissent le juste châtiment pour leurs crimes : les Maures sont sans pitié. Le 29, Franco se rend sur les lieux de la victoire et décore tous les rescapés de la Croix de San Fernando. José Moscardo est nommé général et est muté sur le front de Siguenza. Ce dernier, sortant de l’enfer, prononcera ces mots historiques : « Rien à signaler à l’Alcazar ! ».Tous les Cadets survivants seront promus officiers. Un seul survivra à la guerre. ARRIBA ESPANA ! Moscardo nous donne une leçon de courage et montre la voie : il a refusé de négocier et de se rendre et à survécu. Il n’avait aucune confiance dans la parole des républicains avec raison. Il n’a pas fini comme les martyrs de Quiberon, du Grand-Bornand, de la grotte de la Vierge qui payèrent de leur vie leur naïveté…


H. de Fersan.

La transmission du savoir antique.

Le mythe de la transmission arabe du savoir antique.

L’Occident a-t-il quelconque enrichissement culturel a bénéficier de la présence massive d’arabo musulmans sur son sol ? A écouter ce qu’on raconte aujourd’hui, nous serions débiteurs d’un legs de culture islamo-arabe, qui nous aurait fait découvrir la pensée Antique et apporté une impulsion philosophique nouvelle, inoculé lors de l’occupation islamique en Espagne, le fameux âge dit d’Or d’Al-Andalus. Mieux, certains prétendent que la Renaissance n’aurait pu avoir lieu sans les intellectuels arabes, ou encore que nous aurions oublié le grec ancien sans eux. En ces temps de véritables opérations psychologiques visant à légitimer une islamisation croissante de la société française, réaliser une mise au point objective semble indispensable.
Si la civilisation arabo-musulmane a été, entre le neuvième et quatorzième siècle, en pointe des savoirs de l’humanité, aussi bien sur les plans scientifiques que philosophiques, ce fut en tant que carrefour civilisationnel étendant son emprise sur des peuples éclairés, ayant pour principal mérite de ramasser et de préserver les précieux enseignements des autochtones conquis. Au niveau philosophique, la « philosophie orientale » est le fait d’iraniens et non d’arabes ( à l’exception notable d’Al-Kindi) et la philosophie grecque fut transmise aux arabes par les syriaques chrétiens. Avicenne, Al-Farabi, Al-Arabi, Sohravardi, grandes figures de la philosophie musulmane dite fasfala, ne furent effectivement pas arabes mais perses et Averroès, un autochtone espagnol. Au niveau scientifique, les découvertes furent par contre généreuses chez les scientifiques arabes. Mais si elles furent le fait d’hommes musulmans, on ne voit pas en quoi l’islam leur permit d’ avancer plus facilement dans la recherche scientifique. Le travail d’un chercheur est indépendant de son affiliation religieuse, et vanter la qualité intellectuelle des mathématiciens al-Kharezmi ou Ben Moussa, des génies de l’optique Alhazen et Ibn Sahl , des géniaux médecins Avicenne et Al-Razi, ne saurait par corrélation apporter du crédit à l’islam.

L’Orient avant l’apparition de l’islam.

Formidable carrefour d’échanges culturels l’Orient fut donc un espace où prospérait les héritages Antiques. Tatien un des tout premiers philosophes chrétiens d’Orient, disciple de l’apologiste Justin à Rome, retourna en Assyrie après avoir dirigé une école de philosophie dans la ville éternelle. Hellénisé il tenait cependant à marquer le caractère particulier du savoir oriental, qui brillait déjà avant les apports grecs comme aimait le souligner Tatien , son Discours aux Grecs rédigé vers 169 est à ce titre explicite :
« Laquelle de vos institutions ne doit-elle pas à des Barbares son origine ? […] Aux babyloniens, nous devons l’astronomie ; aux Perses, la magie ; aux Egyptiens, la géométrie, aux Phéniciens, l’écriture alphabétique. Cessez, alors, d’appeler à tort ces imitations des inventions qui vous sont propres. Orphée encore, vous enseigna la poésie et le chant ; de lui vous avez aussi appris les mystères. Les Tuscans vous enseignèrent l’art plastique; grâce aux annales des Egyptiens, vous avez appris à écrire l’histoire; de Marsyas et d’Olympus, vous avez acquis l’art de jouer de la flûte »
Cette attaque sans doute excessive permet de se remémorer les richesses civilisationelles sur lesquelles s’abattra la conquête arabe. Conquête arabo musulmane qui, on va le voir, récupèrera nombre des savoirs de leurs nouveaux sujets, qui de dhimmitude en générations, se convertiront au mahométisme.

Quand les Califes abbassides regardaient l’Europe avec des jumelles syriaques
Georges (†724) évêque du diocèse d’Akoula (aujourd’hui situé près de Koufa, en Irak), fut surnommé « l’évêque des arabes ». Outre le fait d’être un grand théologien, ce syriaque parlant couramment le grec transmit la pensée d’Aristote à ses ouailles, composées de tribus nomades arabes ou chrétiennes. Il composa une version de l’Organon et réalisa de nombreux commentaires. La pensée grecque fut transmise aux arabes par des syriaques, à l’instar de l’évêque Jacques (633-708) de la brillante école d’Edesse, d’ Isho’Bokht, évêque de Rev-Ardashir et de Isho’Dnah, évêque de Basra, tous deux ayant vécu au VIIIème siècle.
Thimotée I er (727_820) , « l’ami des Califes », eut aussi un destin singulier. Il étudia à l’école de Bachosh, où il apprit non seulement la liturgie, les préceptes des Pères de l’Eglise, mais aussi l’arabe, le grec et la philosophie d’Aristote. L’Irak chrétien fut à ce moment sous la coupe du gouverneur arabe de Mossoul qui entretint de bonnes relations avec Timothée alors consacré évêque, à tel point que son diocèse fut exempt de l’impôt spécial des dhimmis. A la mort de Hénanisho II (778), le catholicos siégeant à Séleucie-Ctésiphon, Thimotée I er lui succéda, il devint alors un personnage de haut rang, et s’attira le respect du calife al-Mahdi (775-785). Le calife lui commanda des traductions d’Aristote en arabe, et Thimotée s’exécuta en traduisant les Topiques d’Aristote. A cet époque, le Calife s’entourait de médecins chrétiens, à l’instar du syriaque Abu Quraysh’ Isa et du nestorien Gabriel Bokhticho. Ce dernier rédigea un abrégé arabe des œuvres de Discoride, Galien, Paul d’Egine. Après un règne éphémère (785-786), le nouveau calife (fils du précédent) Al-Hadi laissa la place à son frère, le célèbre Harun al-Rashid (786-809) qui édifia une grande bibliothèque appelée Khizanat al-Hikma qui eut pour dessein de récolter les savoirs hellénistiques. Le traducteur en chef fut Masawayh (786-857), grand professeur de médecine également chrétien. Il dirigea une équipe de traducteur et composa plus de quarante écrits en syriaques et en arabe sur la médecine. Praticien réputé, il soigna quatre califes. Ibn Abi Usaybi’ décrivit ainsi le médecin préféré du Calife al-Mutawakkil (847-861) :
« Yuhanna Ibn Masawayh était un syriaque, de confession chrétienne. Al-Rashid lui confia le soin de traduire les livres anciens saisis par les musulmans à Ankara et à Amorium et dans la plupart des pays des rum. Il le nomma chef des traducteurs. Yuhanna servit harun, Amin et Ma’mun et il resta au service (des califes) jusqu’au règne d’Al Mutawakkil. Les rois Banu Hashim ( les Abbassides) ne prenaient point de nourriture hors de sa présence. »[1]

Al-Mansur, second Calife abbasside (754- 775), eut un réel intérêt pour la philosophie européenne. Il envoya une délégation à Constantinople demander à l’empereur de la matière à réflexion : des livres. Le fameux historien et philosophe Ibn Khaldûn (1332-1406) raconte dans son Muqaddima :
« Dès que les Arabes adoptèrent une culture sédentaire, ils voulurent étudier les sciences philosophiques dont ils avaient entendus parlé par les évêques et les prêtres de leurs sujets chrétiens. C’est pourquoi Al-Mansur fit demander à l’empereur de Byzance de lui envoyer des versions de livres de mathématiques. L’empereur lui fit porter le traiter d’Euclide et quelques ouvrages de physique. Les musulmans lurent et étudièrent tout cela, ce qui leur donna le goût d’en savoir davantage.» [2]

Doctorant en philosophie et en civilisation, enseignant en France, le Syriaque Irakien Ephrem Isa Youssif est l’un des meilleurs spécialiste du rôle que ces chrétiens d’Orient ont joué dans l’illumination des conquérants arabes aux savoirs européens. Dans son ouvrage la floraison des philosophes syriaques il rappelle ce rôle déterminant joué par ses ancêtres :
« Avant la fin du VIIIème et IXème siècle, l’on comptait à Bagdad de nombreux savants et une cinquantaine de traducteurs syriaques. Ceux-ci continuaient le travail commencé par Proba et Sergius de Rash’aina, réalisaient des épitomés, des commentaires créaient une lexicologie . Le maronite Théophile d’Edesse (+ 785) devient l’astronome distingué du calife al_Madhi. Il traduisit en syriaque l’Iliade et l’Odyssée d’Homère et réalisa une version syriaque des réfutations sophistiques d’Aristote. Sallam al-Abrash traduisit la physique d’Aristote.[…]Ibn Shadé, d’al-Karth traduisit un traité d’Hippocrate et trois traités de Galien. Ayyub al Abras, d’Edesse, traduisit du grec en syriaque 35 traités de Galien. Ayyub Ibn al-Qasim, d’al-Raqqa, fut le traducteur de l’isagoge de Porphyre. Tabit Ibn Qam’traduisit un traité de Galien. Shamlé, traduisit aussi un traité de Galien. Yuhanna Ibn Yusuf fut le traducteur d’un traité de Platon. Ibrahim Ibn al-Salt traduisit deux traités de Galien et la première partie du commentaire de Thémistius sur la physique d’Aristote. Des bibliographes et historiens arabes laissèrent des listes de ces traducteurs qui avaient permis la transmission du legs grec au monde arabe. Le premier, Ibn Juljul (943-994), un médecin andalou, mentionna ces savants syriaques dans son Tabaqatal-attiba’wa al-hukama. » [3]

Honayn Ibn Ishaq, le passeur d’Europe.

Honayn Ibn Ishaq (808-873) connu en Europe sous le nom de Johannicius, est une des principales figures intellectuelle du Califat abbasside. Honayn fut originaire de la ville Al-Hira ville syriaque de Séleucie-Ctésiphon où siégeait l’évêché local, dans l’Irak actuel. Il étudia le grec à Alexandrie, ville largement chrétienne à l’époque, bien que conquise en 640 par les arabes qui massacrèrent les habitants de Behnesa près de Rayum,de Fayoum, Aboit et Nikin. En 722 une recrudescence de destruction de couvents et d’églises tourmenta les égyptiens, et, à l’époque du brave Honayn (832) se tint un massacre de Coptes en Basse Egypte suite à leur révolte contre l’impôt discriminatoire dû en tant que dhimmi.
Honayn poursuivit ses études à Bagdad, en médecine cette fois, ce qui lui permit de traduire l’anatomie de Galien. Promu médecin à la cour du Calife Al-Mutawakkil qui le comblait de cadeaux, il fut très apprécié par l’homme étant pourtant l’acteur de l’édit ordonnant aux chrétiens de porter des signes distinctifs. Aimé en tant que médecin, les travaux philosophiques d’Honayn durent cependant s’effectuer discrètement : Al-Mutawakkil interdit l’école rationaliste des musulmans mutazilites, et abolit les discussions philosophiques, qui selon lui, menaçaient l’islam orthodoxe.
Honayn continua donc son travail et composa un Traité sur la logique, un Recueil d’histoires et de sentences attribués aux anciens philosophes grecs. Sous le Calife al-Ma’mun, reconnu comme le meilleur traducteur de l’époque, il reçut une commande de sa part afin de traduire de nombreuses œuvres grecques. Ainsi, 90 oeuvres de Galien furent traduites en syriaque d’abord, puis en arabe. De Platon, il traduisit les Lois le Timé et la République ainsi que de nombreux ouvrages d’Aristote. Plus qu’un traducteur, Honayn a appris la technique philosophique aux arabes, pour le professeur Isa Yousif « Honayn s’efforça de forger un langage nouveau, de mettre en place un vocabulaire technique, de créer une terminologie scientifique arabe. Il forma des néologismes, adapta des mots étrangers, travailla la syntaxe. Il s’attela à la réalisation d’un lexique spécialisé syriaco-arabe, intitulé explication des mots grecs en syriaque. Celui-ci était destiné à exprimer les concepts de la logique et de la philosophie grecques. Grâce à ce travail gigantesque, les arabes purent utiliser le savoir grec qui se répandit dans le monde arabo-musulman »[4]

Il est éclairant de voir que ce furent exclusivement des chrétiens qui transmirent et expliquèrent la philosophie grecque aux arabes, réalité historique à rebours des mythes racontant l’inverse, forgés à des fins politiques.

La découverte de la philosophie Antique en Europe .

Illustration parfaite d’un sentiment de supériorité fondé sur l’ignorance, lors du 10 ème sommet de l’Organisation de la Conférence Islamique (2003) en Malaisie, le premier ministre malaisien Mahatir Muhamad déclara lors de son discours de bienvenue :
« Quand les européens du Moyen-Âge étaient encore arriérés et superstitieux, les éclairés musulmans avaient déjà construit une brillante civilisation, respectée et puissante […] Les européens doivent s’agenouiller devant la grandeur des sages musulmans »
Le Moyen Âge, parlons en. Dès le VIII ème siècle, lors de la renaissance carolingienne, les écoles épiscopales formaient les élites des royaumes européens. L’enseignement était loin d’une arriération, il se composait des Arts Libéraux, composés du Trivium (grammaire, rhétorique, dialectique), du Quadrivium (arithmétique, géométrie, musique, et astronomie) ainsi que de l’apprentissage de la médecine, et bien sûr de la théologie.
Par exemple, l’école épiscopale de Chartres fondée par l’évêque Saint Fulbert aux environs de l’an Mil, fut d’une grande renommée pour son enseignement néoplatonicien et augustinien enseigné selon la méthode et la logique aristotélicienne. Point d’apport arabe, les ouvrages de base de l’école de Chartre furent le Timée de Platon traduit par Chalcidius, le traité de Martianus Capella consacré aux Sept arts Libéraux (Noce de Philologie et de Mercure), des fragments de Tite Live, d’Hippocrate, de Cicéron de Vitruve et de Galien. L’immense œuvre de Boèce , introducteur en Occident de la logique d’Aristote, fut aussi au programme de l’école de Chartres. Si les sciences rationnelles ont vigoureusement prospéré en islam pendant presque quatre siècles, elles n'ont jamais fait partie des cursus officiels de l'éducation de l’époque, et sont encore moins enseignées dans les madrasas aujourd’hui.
L’Europe n’a pas attendu les commentaires d’Averroès et d’Avicenne pour découvrir la philosophie grecque.
Dans ses Confessions, Saint Augustin relate son entrevue avec Simplicanius, père spirituel de l’évêque de Milan, Saint Ambroise : « je lui retraçai tout le dédale de mes erreurs. Lorsque je vins à lui dire que j’avais lu certains livres platoniciens traduits par Victorinius, autrefois rhéteur de la ville de Rome […]. Il me raconta comment ce savant vieillard, homme très expert dans toutes les sciences libérales, qui avait lu, étudié, commenté tant d’œuvres philosophiques, et qui avait été le maître de tant de nobles sénateurs, avait obtenu, en témoignage de la distinction de son enseignement, un honneur fort apprécié des citoyens de ce monde, celui de voir ériger sa statue au forum romain » Saint Augustin est mort en 430, soit 200 ans avant la naissance de Mahomet, 500 ans avant la naissance d’Avicenne, 700 ans avant la naissance d’Averroès, les cercles d’ intellectuels en Europe de l’ouest étaient initiés à la philosophie grecque bien avant que les philosophes arabes commentent à leur tour les Anciens, grâce aux traductions syriaques.
Jacques Heers, agrégé d’histoire, directeur du Département d’études médiévales de Paris-Sorbonne remet les pendules à l’heure :
« Les « Arabes »[5] ont certainement moins recherché et étudié les auteurs grecs et romains que les chrétiens. Ceux d’Occident n’avaient nul besoin de leur aide, ayant ,bien sûr, à leur disposition, dans leurs pays, des fonds des textes anciens, latins et grecs, recueillis du temps de l’empire romain et laissés sur place. De toute façon, c’est à Byzance, non chez les « Arabes », que les clercs de l’Europe sont allés parfaire leur connaissance de l’Antiquité. Les pèlerinages en Terre sainte, les conciles œcuméniques, les voyages des prélats à Constantinople maintenaient et renforçaient toutes sortes de liens intellectuels. Dans l’Espagne des Wisigoths, les monastères (Dumio près de Braga, Agaliense près de Tolède, Caulanium près de Mérida), les écoles épiscopales (Séville, Tarragone, Tolède), les rois et les nobles recueillaient les livres anciens pour leurs bibliothèques. »[6]
En ce qui concerne la période de l’occupation musulmane de l’Espagne, le professeur Heers ajoute :« Nos livres parlent volontiers des savants et traducteurs de Tolède, qui, au temps des Califes de Cordoue, auraient étudié et fait connaître les auteurs anciens. Mais ils oublient de rappeler que cette ville épiscopale, comme plusieurs autres et nombres de monastères, était déjà, sous les rois barbares[7], bien avant l’occupation musulmane, un grand foyer de vie intellectuelle toute pénétrée de culture antique. Les clercs, demeurés chrétiens, très conscients de l’importance de transmettre cet héritage, ont tout simplement poursuivi leurs travaux sous de nouveaux maîtres. »
Les européens avaient donc déjà depuis des siècles connaissance des œuvres des grands philosophes grecs, enseignés dans les universités, créations de l’Eglise, chose parfois oubliée à notre époque.

Islam et philosophie, des relations orageuses.

Ibn Rushd(1126-1198) plus connu en Occident sous le nom d’Averroès, naquit à Cordoue d’une famille espagnole autochtone. Grand commentateur d’Aristote, il reprend la falsafa , la philosophie musulmane inspirée des Grecs, en établissant ses propres concepts qui le différencieront. Philosophe, médecin et juriste il fut Cadi à Séville (1171) et médecin à Marrakech (1182) du Calife Yusuf, avant de remplir la même fonction auprès d’Al Mansur. Il écrivit un grand traité médical intitulé Généralités (al-Kulliyyât) et des commentaires de Galien, mais avant tout, c’est dans la philosophie qu’il excellera le plus. La pratique de la philosophie des musulmans d’Espagne était encore vivace, mais déjà, les théologiens et la masse des croyants méprisaient ces savoirs entachés d’influences étrangères.
Pour se justifier, Averroès élabora un système de pensée permettant de réconcilier la philosophie et la loi divine, afin d’ « unir le rationnel (ma’qul)et le traditionnel (manqûl) » notamment dans son Taité décisif (Fasl al-maqâl).
Le grand juriste Al-Ghazali, encore référence à ce jour, écrivit un livre destiné à ruiner les philosophes de la falsafa attachés à l’héritage grec, le Tahâfut al falasifa (l’écroulement des philosophes). Malgré une réponse argumentée d’Averroès, avec son Tahâfut al-Tahâfut (l’écroulement de l’écroulement), Al-Ghazali remporta l’adhésion des masses et des juristes islamiques. Averroès tomba en disgrâce vers 1195 et fut banni par les autorités musulmanes le jugeant hérétique, ses livres furent brûlés. La transmission du savoir d’Averroès et l’intérêt qu’il connu à titre posthume ne doit rien aux arabes, ce furent les traductions latines effectuées par des chrétiens et des juifs qui permettront à son œuvre de survivre. Le nom d’Ibn Rushd fut pratiquement ignoré en Orient, alors qu’en Occident, l’ « averroïsme latin » se prolongea jusqu’au 12ème siècle. Autre idée reçue, Averroès aurait fait découvrir aux européens la pensée d’Aristote par son travail de traduction. En fait, Saint Thomas d’Aquin refusa d’utiliser ses traductions, jugées peu fidèles aux textes originaux et imprégnées d’hétérodoxie gnostique. Saint Thomas, qui ne connaissait pas le grec mais seulement le latin et l’arabe, fit retraduire en latin l’œuvre d’Aristote à partir des sources helléniques directes, en l’occurrence à travers le travail de traduction de Guillaume de Moerbeke.
Autre philosophe persécuté par l’islam, Ibn Arabi. Contemporain apprécié d’Averroès, il entra en conflit avec les docteurs de la Loi en Andalousie et est obligé de fuir au Proche Orient en 1202. Au Caire, quelques années plus tard, un juriste Coranique réclamera sa tête mais grâce à l’intercession d’un ami auprès du souverain ayyubide al-Malik al-‘Adil, Ibn ‘Arabi fut libéré. Il termine sa vie à Damas où il mourra en 1241. En 1517, le grand sultan ottoman Selim Ier, après avoir conquis la Syrie et l’Égypte, fit construire à Damas une mosquée-mausolée à la mémoire de celui que le monde ottoman considérait depuis trois siècles comme un chef spirituel et un maître de pensée. Cet édifice est resté intact et continue d’être un lieu de pèlerinage.
Suspecté de propager la théosophie ismaélienne en Syrie, Soharwardi fut arrêté sur l’ordre de Salah al Din (Saladin) et exécuté en la citadelle d’Alep le 5 Rajab 587 de l’Hégire (29 juillet 1191). Mort à trente six ans, ce philosophe iranien pratiquant le soufisme et inspiré par l’œuvre de Platon et d’Aristote est l’auteur d’une cinquantaine d’ouvrages dont « Le livre de la sagesse » est considéré comme le chef-d’œuvre.

Le mythe de la tolérance musulmane en Andalousie.

Paradigme obligé en ces temps de crispations identitaires où le modèle multiculturel européen vacille sur ses certitudes, la présentation d’une Andalousie fantasmée où auraient cohabité harmonieusement musulmans, juifs et chrétiens, est une pure invention servant à justifier l’islamisation actuelle.
Il y a le mythe, et il y a les faits historiques. Si effectivement, eut lieu une véritable effervescence intellectuelle multiculturelle à Tolède[8] et à Cordoue, l’occupation musulmane de l’Espagne fut émaillée perpétuellement d’exactions, de discriminations dues au statut de dhimmi des conquis, de pillages et de persécutions.
En 796 eut lieu une sévère répression de la révolte des autochtones dans la même ville, 20 000 familles prirent la route de l’exil. En 817 une révolte de convertis forcés à Cordoue provoqua l’ expulsion des habitants.
En 850, le prêtre Perfectus est décapité publiquement pour blasphème, ayant voulu débattre des erreurs de l'islam et la même année, le marchand chrétien Johannes de Cordoue est torturé puis emprisonné pour avoir prononcé le nom de Mahomet pendant une vente.
En 851, d'Abd el Rahman II de Cordoue promulgue un édit menaçant de mort tous les blasphémateurs envers l'islam et emprisonne tous les chefs de la communauté chrétienne de la cité. L’année d’après a lieu l’ épuration de l'administration de Cordoue de ses éléments chrétiens, ainsi que la destruction des églises datant d'après la conquête arabe.
En 900 est prise une mesure radicale : l’interdiction pour les chrétiens de Cordoue de construire de nouvelles églises. En 976, après l’invasion almoravide le Calife Almanzor, organise au pied de la Sierra Nevada une véritable Inquisition officielle, la seconde depuis l’Inquisition judaïque, et expurge toute les bibliothèques du califal , sans en exclure la biblihothèque royale d’Al-Hakam II, essentiellement composée d’ouvrages accumulés par les wisigoths, qui seront brûlés par un gigantesque autodafé. L’histoire tranche avec le préjugé infondé de la tolérance du califat cordouan et de la richesse de son « incroyable bibliothèque royale, riche de 600 000 volumes », héritage en fait de la catholicité wisigothique. Al Mansur continu sur sa lancée obscurantiste, en 981 Zamora est pillée, en 985 c’est Barcelone, puis en 997 le calife détruit la ville de Saint Jacques de Compostelle .
En 1010 débute le massacre de centaines de juifs autour de Cordoue qui se prolongera trois ans. L’année 1066 est marquée par le massacre de milliers de juifs à Grenade. En 1102, la population chrétienne de Valence dut fuir vers l’Espagne du Nord récemment reconquise pour échapper aux persécutions. En 1125, les chrétiens de Grenade profitèrent de la retraite des troupes d’Alphonse d’Aragond rentrant chez elles après un raid en Andalousie, pour trouver refuge dans le nord chrétien. En 1146, ce fut un autre exode massif, celui des chrétiens de Séville, fuyant l’ invasion de l'Espagne par les Almohades, berbères islamisés extrémistes, provoquant expulsion des juifs ou conversions forcées. Les Almohades en 1184, imposent des signes distinctifs aux chrétiens et aux juifs en Espagne, et en 1270 a lieu la ségrégation généralisée des juifs en Andalousie. Hormis cela, oui, on peut trouver des périodes de calme relatifs qui permirent une cohabitation apaisée…à condition de se soumettre à la pax islamica.

Joachim Véliocas pour l' Observatoire de l'islamisation.

[1] Ibn Abi Usaybi’, Uyun al-Anba’Fi Tabaqât al-Atibba, éd. Dar Maktabat al-Hayat, Beyrouth, Liban. p.246

[2] Muqaddima (Le discours sur l’histoire universelle) Trad. V.Monteil, Beyrouth,1967, p.1046.

[3] La floraison des philosophes syriaques, Ephrem Isa Youssif, l’Harmattan, 2003.

[4] idem

[5] La mise entre guillemet s’explique par la mise en garde préliminaire de Jacques Heers « Parler d’ « Arabes » est déjà une erreur. Dans les pays d’islam, les Arabes, lettrés et traducteurs, furent certainement bien moins nombreux que les Persans, les Egyptiens et les chrétiens de Syrie et d’Irak. »
[6] Jacques Heers, La fable de la transmission arabe du savoir antique, la Nouvelle Revue d’Histoire, juillet-Août 2002.