« COMMANDER un taxi pour son chien, l'inscrire dans une halte-garderie pour qu'il ne reste pas seul toute la journée et joue en compagnie d'autres animaux, aller faire ses courses dans une grande surface dédiée à l'animal de compagnie où tous les produits et accessoires permettant d'agrémenter son quotidien sont rassemblés sur plusieurs milliers de mètres carrés... Tout cela est désormais possible et porte un nom : la dog attitude. Importée des États-Unis, d'Angleterre et du Japon principalement, cette tendance est en pleine expansion, y compris en France. »
Le journal que nous venons de citer donne quelques exemples concrets de cette dog attitude : les gammes de prêt à porter et de cosmétiques canins, les chambres d'hôtel spécifiquement adaptées aux chiens ou aux chats - la « formule grand hôtel » est notamment proposée par le Trianon Palace (Versailles) et le Crillon (Paris) -, les gammes d'aliments biologiques et les parfums...
« Allant encore plus loin dans l'anthropomorphisme, des messes pour animaux de compagnie sont proposées depuis 1993 par l'église catholique gallicane Sainte-Rita [une secte, NDLR], dans le XVème arrondissement de Paris. Cette idée a visiblement fait école, puisque, depuis cette date, « les messes urbaines des animaux » se sont multipliées en France », continue notre texte.
Il existe même des services funèbres : « La liste des services associés à l'animal comprend aussi toutes les prestations liées au décès : plusieurs choix d'incinération (individuelle, collective, avec ou sans récupération des cendres), cercueil réalisé sur mesure dans divers matériaux, cimetières canins, possibilité de service funèbre, etc. »
Cette « animalo-folie » est certainement un châtiment de Dieu. Saint Paul nous avertit : « Comme ils ne se sont pas souciés de connaître Dieu, Dieu les a livrés à leur sens réprouvé, pour commettre des choses indignes »
Rejeter la foi après 2000 ans de christianisme ne va pas sans conséquence, surtout pour une nation qui est « née catholique » comme la France. Aussi Dieu abandonne nos malheureux pays à toutes sortes de folies criminelles.
Si l'on continue sur cette voie, il est à craindre qu'après l'assassinat légal (et remboursé) des enfants dans les hôpitaux, la suppression des personnes gênantes, les unions contre-nature reconnues par la loi, etc., nous ne tombions encore plus bas. « Laissez une paroisse vingt ans sans prêtre, et on y adorera les bêtes », disait le saint Curé d'Ars.
La seule solution, le seul remède, c'est le Sauveur que Dieu a envoyé
aux hommes. Lui seul peut sauver nos âmes, réparer le péché, et
restaurer la civilisation. Plus que jamais nous devons en être
convaincus et traduire cette conviction dans notre vie en la rendant
vraiment chrétienne. C'est la prière que nous formulerons pour vous
tous, chers parents et amis, en esprit de gratitude pour votre aide.
C'est déjà un petit miracle que notre communauté puisse subsister et se développer dans un monde livré à la folie antichrétienne !
*CATHOLICI* *semper idem (CSI)*
mardi 2 février 2010
Le Bouddhisme.
Un effet de mode ?
On pourrait penser de prime abord que le bouddhisme en France est un phénomène de mode tiré par quelque personnalité du show-biz et dont la pratique permet d’afficher une certaine spiritualité - ce qui fait bien - tout en étant à distance du christianisme qui, dans un monde superficiel d’orgueil et de vanité, est perçu comme la dernière des ringardises.
L’apparition du bouddhisme en France date des années trente. C’est en 1924 qu’Alexandra David-Neel parviendra à Lhassa avec un jeune tibétain qui lui servait- de guide et d’interprète, Aphur Yongden - qu’elle adoptera par la suite.
Pour la première fois un occidental pénétrait à Lhassa... et en plus c’était une femme ! L’affaire eu un ressentiment énorme. Toutes les sociétés géographiques du monde saluèrent le succès de cette exploratrice qui fut couverte d’honneurs et de gloire. Alexandra David-Neel, grande orientaliste et grande voyageuse, avait alors la cinquantaine.
De retour en France après avoir poursuivi une longue initiation bouddhique au terme de laquelle Yongden fut nommé rinpoché, elle s’établit dans la région de Digne où elle s’installa dans une villa baptisée Samten-Dzong. C’est là, alors que j’étais très jeune, que j’eus l’occasion de la rencontrer... C’était une très vielle dame - elle mourut à plus de cent ans - qui vivait avec une disciple qui lui servait de gouvernante et de secrétaire.
La mort de son fils adoptif en 1955 l’avait laissée très affectée.
Un premier petit centre bouddhique fut installé près de sa maison.
Dans les années trente également, un auteur américain, Adams Beck, publia un livre qui eut son heure de gloire : Du Cachemire au Tibet, livre étonnant, traduit en 1959, où est raconté l’initiation mystique bouddhique de deux jeunes américains au cours du voyage.
Beaucoup d’intellectuels français en quête de mystique se sont alors tournés vers le monde du bouddhisme.
Aujourd’hui, de nombreux temples parsèment notre pays, rattachés à la Grande Pagode du Bois de Vincennes à travers l’Union Bouddhiste de France, et de nombreux Français, comme d’autres Européens sont ordonnés lamas (bonnets jaunes - rite réformé), ou rinpoché (bonnets rouges - rite ancien) selon l’obédience auxquels ils se rattachent, et également des femmes sont ordonnées nonnes (selon le rite coréen, car c’est le seul qui reconnaît aux femmes la capacité à l’ordination moniale), sans parler des adeptes du Zen japonais, etc.
Le fond du problème reste l’attitude philosophique fondamentale du bouddhisme qui consiste en l’amélioration de l’individu par la maîtrise de l’esprit, non pas à l’image de "Dieu qui l’a créé à son image" - dogme biblique et chrétien - mais à l’image de la vie du Bouddha, prince indien devenu ascète au VIIIe siècle avant notre ère, qui prônait la recherche de la perfection de l’homme au fil du cycle de ses réincarnations.
Il s’agit bien de la foi en l’homme de l’homme "perfecté" par l’homme.
Le bouddhisme apparaît dès lors comme l’arme philosophique la plus redoutable pour lutter contre l’idée de Dieu : Il le supprime de la cosmogonie comme de l’esprit humain et de la conscience.
Il faut comprendre qu’il ne s’agit pas d’un quelconque folklore oriental : la littérature bouddhique (écrite en sanscrit) est considérable, et date pour les premiers livres et les commentaires les plus anciens d’une époque où en Occident on en était à peine aux balbutiements de la littérature grecque... et on ne parlait pas encore de civilisation romaine !
Le bouddhisme, de la Mongolie au Japon, à l’Inde, à la Chine, de la Corée au Vietnam a finalement plus d’adeptes que le christianisme ou l’islam, quoiqu’en disent certains.
Le tort de nombreux occidentaux d’aujourd’hui, pourtant lettrés et érudits, est de négliger ce monde oriental immense et multiple dans sa philosophie et ses civilisations. Ce monde a une vision mystique extraordinairement riche, même s’il échappe totalement à notre conception et à notre mentalité d’occidentaux...
Ce bouddhisme là est très très loin des sympathies de circonstances des occidentaux, bobos ou issus du show-biz, « séduits par les mantras » dans leurs salons feutrés comme des hippies touristes des années 60 !
Saint-Plaix
On pourrait penser de prime abord que le bouddhisme en France est un phénomène de mode tiré par quelque personnalité du show-biz et dont la pratique permet d’afficher une certaine spiritualité - ce qui fait bien - tout en étant à distance du christianisme qui, dans un monde superficiel d’orgueil et de vanité, est perçu comme la dernière des ringardises.
L’apparition du bouddhisme en France date des années trente. C’est en 1924 qu’Alexandra David-Neel parviendra à Lhassa avec un jeune tibétain qui lui servait- de guide et d’interprète, Aphur Yongden - qu’elle adoptera par la suite.
Pour la première fois un occidental pénétrait à Lhassa... et en plus c’était une femme ! L’affaire eu un ressentiment énorme. Toutes les sociétés géographiques du monde saluèrent le succès de cette exploratrice qui fut couverte d’honneurs et de gloire. Alexandra David-Neel, grande orientaliste et grande voyageuse, avait alors la cinquantaine.
De retour en France après avoir poursuivi une longue initiation bouddhique au terme de laquelle Yongden fut nommé rinpoché, elle s’établit dans la région de Digne où elle s’installa dans une villa baptisée Samten-Dzong. C’est là, alors que j’étais très jeune, que j’eus l’occasion de la rencontrer... C’était une très vielle dame - elle mourut à plus de cent ans - qui vivait avec une disciple qui lui servait de gouvernante et de secrétaire.
La mort de son fils adoptif en 1955 l’avait laissée très affectée.
Un premier petit centre bouddhique fut installé près de sa maison.
Dans les années trente également, un auteur américain, Adams Beck, publia un livre qui eut son heure de gloire : Du Cachemire au Tibet, livre étonnant, traduit en 1959, où est raconté l’initiation mystique bouddhique de deux jeunes américains au cours du voyage.
Beaucoup d’intellectuels français en quête de mystique se sont alors tournés vers le monde du bouddhisme.
Aujourd’hui, de nombreux temples parsèment notre pays, rattachés à la Grande Pagode du Bois de Vincennes à travers l’Union Bouddhiste de France, et de nombreux Français, comme d’autres Européens sont ordonnés lamas (bonnets jaunes - rite réformé), ou rinpoché (bonnets rouges - rite ancien) selon l’obédience auxquels ils se rattachent, et également des femmes sont ordonnées nonnes (selon le rite coréen, car c’est le seul qui reconnaît aux femmes la capacité à l’ordination moniale), sans parler des adeptes du Zen japonais, etc.
Le fond du problème reste l’attitude philosophique fondamentale du bouddhisme qui consiste en l’amélioration de l’individu par la maîtrise de l’esprit, non pas à l’image de "Dieu qui l’a créé à son image" - dogme biblique et chrétien - mais à l’image de la vie du Bouddha, prince indien devenu ascète au VIIIe siècle avant notre ère, qui prônait la recherche de la perfection de l’homme au fil du cycle de ses réincarnations.
Il s’agit bien de la foi en l’homme de l’homme "perfecté" par l’homme.
Le bouddhisme apparaît dès lors comme l’arme philosophique la plus redoutable pour lutter contre l’idée de Dieu : Il le supprime de la cosmogonie comme de l’esprit humain et de la conscience.
Il faut comprendre qu’il ne s’agit pas d’un quelconque folklore oriental : la littérature bouddhique (écrite en sanscrit) est considérable, et date pour les premiers livres et les commentaires les plus anciens d’une époque où en Occident on en était à peine aux balbutiements de la littérature grecque... et on ne parlait pas encore de civilisation romaine !
Le bouddhisme, de la Mongolie au Japon, à l’Inde, à la Chine, de la Corée au Vietnam a finalement plus d’adeptes que le christianisme ou l’islam, quoiqu’en disent certains.
Le tort de nombreux occidentaux d’aujourd’hui, pourtant lettrés et érudits, est de négliger ce monde oriental immense et multiple dans sa philosophie et ses civilisations. Ce monde a une vision mystique extraordinairement riche, même s’il échappe totalement à notre conception et à notre mentalité d’occidentaux...
Ce bouddhisme là est très très loin des sympathies de circonstances des occidentaux, bobos ou issus du show-biz, « séduits par les mantras » dans leurs salons feutrés comme des hippies touristes des années 60 !
Saint-Plaix
Craindre le péché.
Craindre le péché, qui tue l’âme, et non pas la mort, qui ne tue que le corps.
La civilisation matérialiste et athée de ce monde considère la vie terrestre comme le bien suprême. Dès lors, on comprend que la mort soit pour elle un objet de craintes immenses, un objet de scandale. Tout est mis en œuvre sur terre dans le seul but de repousser cette échéance, pourtant naturelle. La mort est d’autant plus effrayante pour les gens de ce monde lorsqu’elle vient de manière imprévue, violente. Toute l’énergie de l’humanité moderne, de l’humanité mondaine, est utilisée pour réduire au maximum cette marge d’imprévisibilité. On entre alors dans le ‘tout sécuritaire’.
Cette crainte irrationnelle de la mort colle à la chair non seulement des athées déclarés, mais de quiconque imprégné d’une manière ou d’une autre du libéralisme de l’Occident apostat. Chez les chrétiens du Liban, ce phénomène était totalement absent dans notre société de moines-paysans-guerriers il y a encore un siècle. Il a depuis pris un développement extravagant. C’est le meilleur révélateur de l’impact très profond qu’a eu le libéralisme sur la société libanaise chrétienne. Contrairement à la France et à l’Occident en général, l’apostasie ouverte, l’athéisme militant, y est resté très marginal. Mais face à la mort, face aux violences qui ensanglantent leur pays, de plus en plus de Libanais chrétiens tombent dans la psychose, cette phobie qui est celle des occidentaux décadents. Chez de nombreux de nos compatriotes, la panique de l’âme était bien plus palpable par exemple l’été dernier, en Juillet 2006, où pratiquement aucun chrétien n’a vu son sang couler sous les frappes israéliennes, que durant l’été 1958, quand les nassériens se sont déchaînés contre le Liban, et fait beaucoup plus de victimes !
Ces faits ne trompent pas. La phobie de la mort physique est le meilleur thermomètre pour mesurer à quel degré une société est infectée de libéralisme. Nous allons expliquer pourquoi, en commençant par rappeler la vraie doctrine catholique à ce sujet.
La mort, fin de la vie terrestre, est simplement la séparation du corps et de l’âme, comme le dit l’Eglise catholique mais aussi toute l’œuvre d’Aristote quatre siècles avant. L’âme humaine est immortelle, on peut le prouver avec certitude par la seule raison, de la même manière qu’on peut prouver l’existence de Dieu. Ce ne sera pas ici l’objet de notre étude, simplement nous rappellerons comme indice que contrairement à celle des animaux l’âme humaine produit quelque chose d’impérissable : la pensée, grâce à ses facultés propres que sont la mémoire, l’intelligence et la volonté.
Alors où s’en va l’âme après avoir quitté le corps ? Notre propre raison a soif de justice, elle s’attend à ce que les bons soient récompensés par Dieu, et les mauvais punis. Pas besoin d’avoir la foi pour penser cela. Mais justement, la Révélation vient nous éclaircir cette image de la justice de Dieu et donc de la vie éternelle. Notre Seigneur Jésus-Christ l’a magnifiquement proclamé : les bons seront avec lui au Paradis, et pour les méchants Il avait des phrases si fortes que si elles avaient été entendues aujourd’hui elles seraient jugées comme une atteinte flagrante aux ‘Droits de l’Homme’ ! Voici ce qu’il disait aux Pharisiens : ‘Retirez-vous de moi, maudits, et allez brûler au Feu Eternel qui a été préparé pour le Diable et pour ses Anges !’ (St Matthieu, XXV,31). Il y a ainsi rien que dans les Evangiles une dizaine de mentions de l’Enfer. Tout chrétien ayant vraiment la Foi est capable de comprendre que si Notre-Seigneur parle ainsi de l’Enfer, c’est bien qu’il s’agit de tout sauf une légende, un mythe inventé par l’Eglise pour nous faire peur ! C’est au contraire, comme l’est le Paradis, une vérité de foi, infiniment plus vraie que toute vérité issue d’un quelconque raisonnement scientifique ! Si la raison de l’homme moderne est capable d’adhérer à des vérités issues des sciences expérimentales, constatées par des raisonnements sains et rigoureux, alors pourquoi est-elle incapable de tenir comme absolument certain tout ce qui a été dit par Celui qui est la Vérité en personne ?
- Parce que quand l’homme se fait dieu la raison n’est capable d’adhérer qu’à ce qui vient d’elle-même…
Nous voilà donc persuadés, absolument certains, de l’existence d’un Enfer qui en réalité est infiniment plus cruel que tout ce qu’ont pu en raconter les mythologies humaines. Est-ce que c’est cette vérité de l’Enfer elle-même qui doit nous effrayer ? Non, car il existe aussi le Paradis, dans lequel, auprès de Dieu, nous connaîtrons un bonheur qui lui aussi à son tour est inconcevable pour nos âmes terrestres. L’existence terrestre n’est qu’une infime partie de notre vraie vie. D’ailleurs Notre-Seigneur nous dit que au jour du Jugement Dernier, c’est à dire à la Fin du Monde, donc dans peut-être longtemps encore, mais bien un jour, notre âme retrouvera son corps, ce sera la résurrection de la chair, et alors nous vivrons corps et âme pour l’éternité.
Où vivrons-nous ?
- Eh bien c’est maintenant, dans notre vie terrestre, que tout se décide ! Alors que vaut notre misérable phobie de la mort terrestre, devant l’atrocité de la mort éternelle qu’est l’Enfer ?
Pour éviter les tourments inimaginables du Feu Eternel, il n’y a qu’un seul moyen, et ce moyen marche à tous les coups, c’est éviter le péché !
Alors au lieu de craindre cet instant où nous allons quitter la terre, dont seul Dieu décide, pourquoi ne pas craindre la vraie mort, ce danger mortel qu’est le péché, que par nous-mêmes nous pouvons éviter ?
Malheureux les libéraux qui ne croiront vraiment à l’Enfer que lorsqu’ils seront tombés dedans !
Quand nous ne sommes plus absolument certains, en toute raison, que les 99,99…% de la vie qui nous attend ne sera pas de ce monde, alors tout simplement on perd la raison, et on attrape la phobie de la mort !
Pourquoi encore craindre la mort corporelle, la mort de ce monde, alors que Dieu nous dit que à la suite des martyrs, à Son exemple-même, tous ceux qui auront quitté la terre en état de grâce auront au ciel une récompense infinie et éternelle ?
_________________
Seule la Vérité peut nous faire vaincre, car seule la Vérité peut nous faire vivre !
Source: lapoudre
La civilisation matérialiste et athée de ce monde considère la vie terrestre comme le bien suprême. Dès lors, on comprend que la mort soit pour elle un objet de craintes immenses, un objet de scandale. Tout est mis en œuvre sur terre dans le seul but de repousser cette échéance, pourtant naturelle. La mort est d’autant plus effrayante pour les gens de ce monde lorsqu’elle vient de manière imprévue, violente. Toute l’énergie de l’humanité moderne, de l’humanité mondaine, est utilisée pour réduire au maximum cette marge d’imprévisibilité. On entre alors dans le ‘tout sécuritaire’.
Cette crainte irrationnelle de la mort colle à la chair non seulement des athées déclarés, mais de quiconque imprégné d’une manière ou d’une autre du libéralisme de l’Occident apostat. Chez les chrétiens du Liban, ce phénomène était totalement absent dans notre société de moines-paysans-guerriers il y a encore un siècle. Il a depuis pris un développement extravagant. C’est le meilleur révélateur de l’impact très profond qu’a eu le libéralisme sur la société libanaise chrétienne. Contrairement à la France et à l’Occident en général, l’apostasie ouverte, l’athéisme militant, y est resté très marginal. Mais face à la mort, face aux violences qui ensanglantent leur pays, de plus en plus de Libanais chrétiens tombent dans la psychose, cette phobie qui est celle des occidentaux décadents. Chez de nombreux de nos compatriotes, la panique de l’âme était bien plus palpable par exemple l’été dernier, en Juillet 2006, où pratiquement aucun chrétien n’a vu son sang couler sous les frappes israéliennes, que durant l’été 1958, quand les nassériens se sont déchaînés contre le Liban, et fait beaucoup plus de victimes !
Ces faits ne trompent pas. La phobie de la mort physique est le meilleur thermomètre pour mesurer à quel degré une société est infectée de libéralisme. Nous allons expliquer pourquoi, en commençant par rappeler la vraie doctrine catholique à ce sujet.
La mort, fin de la vie terrestre, est simplement la séparation du corps et de l’âme, comme le dit l’Eglise catholique mais aussi toute l’œuvre d’Aristote quatre siècles avant. L’âme humaine est immortelle, on peut le prouver avec certitude par la seule raison, de la même manière qu’on peut prouver l’existence de Dieu. Ce ne sera pas ici l’objet de notre étude, simplement nous rappellerons comme indice que contrairement à celle des animaux l’âme humaine produit quelque chose d’impérissable : la pensée, grâce à ses facultés propres que sont la mémoire, l’intelligence et la volonté.
Alors où s’en va l’âme après avoir quitté le corps ? Notre propre raison a soif de justice, elle s’attend à ce que les bons soient récompensés par Dieu, et les mauvais punis. Pas besoin d’avoir la foi pour penser cela. Mais justement, la Révélation vient nous éclaircir cette image de la justice de Dieu et donc de la vie éternelle. Notre Seigneur Jésus-Christ l’a magnifiquement proclamé : les bons seront avec lui au Paradis, et pour les méchants Il avait des phrases si fortes que si elles avaient été entendues aujourd’hui elles seraient jugées comme une atteinte flagrante aux ‘Droits de l’Homme’ ! Voici ce qu’il disait aux Pharisiens : ‘Retirez-vous de moi, maudits, et allez brûler au Feu Eternel qui a été préparé pour le Diable et pour ses Anges !’ (St Matthieu, XXV,31). Il y a ainsi rien que dans les Evangiles une dizaine de mentions de l’Enfer. Tout chrétien ayant vraiment la Foi est capable de comprendre que si Notre-Seigneur parle ainsi de l’Enfer, c’est bien qu’il s’agit de tout sauf une légende, un mythe inventé par l’Eglise pour nous faire peur ! C’est au contraire, comme l’est le Paradis, une vérité de foi, infiniment plus vraie que toute vérité issue d’un quelconque raisonnement scientifique ! Si la raison de l’homme moderne est capable d’adhérer à des vérités issues des sciences expérimentales, constatées par des raisonnements sains et rigoureux, alors pourquoi est-elle incapable de tenir comme absolument certain tout ce qui a été dit par Celui qui est la Vérité en personne ?
- Parce que quand l’homme se fait dieu la raison n’est capable d’adhérer qu’à ce qui vient d’elle-même…
Nous voilà donc persuadés, absolument certains, de l’existence d’un Enfer qui en réalité est infiniment plus cruel que tout ce qu’ont pu en raconter les mythologies humaines. Est-ce que c’est cette vérité de l’Enfer elle-même qui doit nous effrayer ? Non, car il existe aussi le Paradis, dans lequel, auprès de Dieu, nous connaîtrons un bonheur qui lui aussi à son tour est inconcevable pour nos âmes terrestres. L’existence terrestre n’est qu’une infime partie de notre vraie vie. D’ailleurs Notre-Seigneur nous dit que au jour du Jugement Dernier, c’est à dire à la Fin du Monde, donc dans peut-être longtemps encore, mais bien un jour, notre âme retrouvera son corps, ce sera la résurrection de la chair, et alors nous vivrons corps et âme pour l’éternité.
Où vivrons-nous ?
- Eh bien c’est maintenant, dans notre vie terrestre, que tout se décide ! Alors que vaut notre misérable phobie de la mort terrestre, devant l’atrocité de la mort éternelle qu’est l’Enfer ?
Pour éviter les tourments inimaginables du Feu Eternel, il n’y a qu’un seul moyen, et ce moyen marche à tous les coups, c’est éviter le péché !
Alors au lieu de craindre cet instant où nous allons quitter la terre, dont seul Dieu décide, pourquoi ne pas craindre la vraie mort, ce danger mortel qu’est le péché, que par nous-mêmes nous pouvons éviter ?
Malheureux les libéraux qui ne croiront vraiment à l’Enfer que lorsqu’ils seront tombés dedans !
Quand nous ne sommes plus absolument certains, en toute raison, que les 99,99…% de la vie qui nous attend ne sera pas de ce monde, alors tout simplement on perd la raison, et on attrape la phobie de la mort !
Pourquoi encore craindre la mort corporelle, la mort de ce monde, alors que Dieu nous dit que à la suite des martyrs, à Son exemple-même, tous ceux qui auront quitté la terre en état de grâce auront au ciel une récompense infinie et éternelle ?
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Seule la Vérité peut nous faire vaincre, car seule la Vérité peut nous faire vivre !
Source: lapoudre
Aller au pas de Dieu.
Rien n'est important dans la vie comme de savoir attendre et adapter à chaque instant ce que nous faisons à ce qu'Il veut. Nous jugeons le bon Dieu à notre mesure. Nous croyons que le Bon Dieu nous apprécie et nous aime selon notre perfection. Ce n'est pas du tout exact. Le Bon Dieu est l'Amour. Il veut notre amour pour répondre au sien et Il nous juge sur l'amour.
Si nous sommes pleins d'imperfections et d'amour, tout va bien. Si nous sommes parfaits et sans amour, toute notre perfection ne compte pas à ses yeux. Nous devons tendre à la perfection par amour et en aimant, parce qu'Il le veut. Mais si dans notre effort vers ce terme, nous ne remarquons pas de progrès, nous ne devons pas nous en préoccuper. L'amour est une chose, le progrès en est une autre. Nous ne regardons que le progrès, et Lui ne regarde que notre amour. Continuons donc nos efforts qui sont notre amour et ne nous occupons plus du résultat qui est son affaire.
La fidélité ne consiste pas à ne pas chuter, ni à atteindre la perfection d'un seul coup. C'est la fidélité du ciel. Celle de la terre consiste dans la volonté qui se reprend sans cesse pour s'élever malgré les imperfections et les chutes. Elle se reprend parce que Dieu le veut ainsi et qu'il en donne sans cesse la force. Faites ceci et vous vivrez.
Il faut aller au pas de Dieu. Le combat spirituel n'est pas une lutte irréelle (aujourd'hui, on dirait virtuelle, ndr), théorique, factice, c'est "la vie". Et les lois de la vie, il les lit dans la nature, dans les développements des plantes, des arbres. La vie, c'est l'adaptation joyeuse à tout, qui passe par dessus tout, en s'appuyant sur Dieu. Rien ne peut résister à l'effort de la plante qui pousse ses racines en terre, se plie aux accidents du terrain : et nous, nous voulons que la route pour atteindre le but soit droite, unie, aplanie. . La vie, c'est le plan de Dieu qui se réalise à travers les broussailles, les obstacles, les montées, les descentes du terrain qu'est notre âme. L'âme mûrit comme mûrissent les fruits, à travers les variations des saisons, les intempéries, la pluie et le soleil.
Ne vous pressez pas. Le moyen d'aller vite, en ces terrains de vie, c'est d'aller lentement.... ou mieux, d'aller au pas de Dieu qui, Lui, n'est pas pressé. La vie sur terre est un voyage. Si on marche, si on est en mouvement, tout va bien. Ce que le Bon Dieu ne supporte pas (et ce qui est intolérable) ce sont les âmes stationnaires, ou parce qu'inertes de nature, ou parce que persuadées d'avoir atteint le sommet au-delà duquel il n'y a rien.
Dom Guillerand cité par le Père Ravier dans Dom Augustin Guillerand, un maître spirituel de notre temps. DDB, 1965.
Si nous sommes pleins d'imperfections et d'amour, tout va bien. Si nous sommes parfaits et sans amour, toute notre perfection ne compte pas à ses yeux. Nous devons tendre à la perfection par amour et en aimant, parce qu'Il le veut. Mais si dans notre effort vers ce terme, nous ne remarquons pas de progrès, nous ne devons pas nous en préoccuper. L'amour est une chose, le progrès en est une autre. Nous ne regardons que le progrès, et Lui ne regarde que notre amour. Continuons donc nos efforts qui sont notre amour et ne nous occupons plus du résultat qui est son affaire.
La fidélité ne consiste pas à ne pas chuter, ni à atteindre la perfection d'un seul coup. C'est la fidélité du ciel. Celle de la terre consiste dans la volonté qui se reprend sans cesse pour s'élever malgré les imperfections et les chutes. Elle se reprend parce que Dieu le veut ainsi et qu'il en donne sans cesse la force. Faites ceci et vous vivrez.
Il faut aller au pas de Dieu. Le combat spirituel n'est pas une lutte irréelle (aujourd'hui, on dirait virtuelle, ndr), théorique, factice, c'est "la vie". Et les lois de la vie, il les lit dans la nature, dans les développements des plantes, des arbres. La vie, c'est l'adaptation joyeuse à tout, qui passe par dessus tout, en s'appuyant sur Dieu. Rien ne peut résister à l'effort de la plante qui pousse ses racines en terre, se plie aux accidents du terrain : et nous, nous voulons que la route pour atteindre le but soit droite, unie, aplanie. . La vie, c'est le plan de Dieu qui se réalise à travers les broussailles, les obstacles, les montées, les descentes du terrain qu'est notre âme. L'âme mûrit comme mûrissent les fruits, à travers les variations des saisons, les intempéries, la pluie et le soleil.
Ne vous pressez pas. Le moyen d'aller vite, en ces terrains de vie, c'est d'aller lentement.... ou mieux, d'aller au pas de Dieu qui, Lui, n'est pas pressé. La vie sur terre est un voyage. Si on marche, si on est en mouvement, tout va bien. Ce que le Bon Dieu ne supporte pas (et ce qui est intolérable) ce sont les âmes stationnaires, ou parce qu'inertes de nature, ou parce que persuadées d'avoir atteint le sommet au-delà duquel il n'y a rien.
Dom Guillerand cité par le Père Ravier dans Dom Augustin Guillerand, un maître spirituel de notre temps. DDB, 1965.
Dom Guéranger, sur le Carême.
Historique du Carême
On donne le nom de Carême au jeûne de quarante jours par lequel l'Eglise se prépare à célébrer la fête de Pâques ; et l'institution de ce jeûne solennel remonte aux premiers temps du Christianisme. Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même l'a inauguré par Son exemple, en jeûnant quarante jours et quarante nuits dans le désert ; et s'Il n'a pas voulu, dans Sa suprême sagesse, en faire un commandement divin qui dès lors n'eût plus été susceptible de dispense, Il a du moins déclaré que le jeûne imposé si souvent par l'ordre de Dieu dans l'ancienne loi serait aussi pratiqué par les enfants de la loi nouvelle.
Un jour, les disciples de Jean s'approchèrent de Jésus et Lui dirent : «Pourquoi, tandis que nous et les phari-siens jeûnons fréquemment, vos disciples ne jeûnent-ils pas ?» Jésus daigna leur répondre : «Est-ce que les enfants de l'Époux peuvent être dans le deuil, tandis que l'Époux est avec eux ? Il viendra un temps où l'Époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront» (Matth, IX, 14-15).
Aussi voyons-nous, par le livre des Actes des Apôtres, les disciples du Sauveur, après la fondation de l'Église, s'appliquer au jeûne et le recommander aux fidèles dans les Épîtres qu'ils leur adressent. La rai-son de cette conduite est facile à saisir. L'homme est demeuré pécheur, même après l'accomplissement des mystères divins par lesquels le Christ a opéré notre salut ; l'expiation est donc encore nécessaire.
C'est pourquoi les saints Apôtres, venant au secours de notre faiblesse, statuèrent, dès le commencement du christianisme, que la solennité de la Pâque serait précédée d'un jeûne universel ; et l'on détermina, tout naturellement pour cette carrière de pénitence le nombre de quarante jours, que l'exemple du Sauveur lui-même avait marqué. L'institution apostolique du Carême nous est attestée par saint Jérôme, saint Léon le Grand, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Isidore de Séville, etc., bien qu'il y ait eu à l'origine des variétés assez considérables dans la manière d'appliquer cette loi.
On a vu déjà, dans le Temps de la Septuagésime, que les Orientaux commencent leur Carême long- temps avant les Latins, parce que leur coutume étant de ne pas jeûner les samedis, ni même les jeudis en certains lieux, ils sont contraints, pour former le nombre de quarante jours, à ouvrir la carrière de la pénitence dès le lundi qui, chez nous, précède le dimanche de Sexagésime. Ces sortes d'exception sont du nombre de celles qui confirment la règle. Nous avons fait voir aussi comment l'Église latine, qui , encore au VIè siècle, ne jeûnait que trente-six jours sur les six semaines du Carême, le jeûne du dimanche ayant été de tout temps prohibé dans l'Église, à cru devoir ajouter postérieurement les quatre derniers jours de la semaine de Quinquagésime, afin de former rigoureusement le nombre de quarante jours de jeûne.
La matière du Carême ayant été traitée souvent et avec abondance, nous sommes contraint d'abréger considérablement les détails dans l'exposé historique que nous faisons ici, afin de ne pas dépasser les pro- portions de cet ouvrage ; nous ferons en sorte cependant de ne rien omettre d'essentiel. Puissions-nous réussir à faire comprendre aux fidèles l'importance et la gravité de cette sainte institution, qui est destinée à remplir une si grande part dans l'œuvre du salut de chacun de nous !
Le Carême est un temps spécialement consacré à la pénitence ; et la pénitence s'y exerce principalement par la pratique du jeûne. Le jeûne est une abstinence volontaire que l'homme s'impose en expiation de ses péchés, et qui, durant le Carême, s'accomplit en vertu d'une loi générale de l'Église. Dans la discipline actuelle de l'Occident, le jeûne du Carême n'est pas d'une plus grande rigueur que celui qui est imposé aux Vigiles de certaines fêtes et aux Quatre-Temps ; mais il s'étend à toute la série des quarante jours, et n'est suspendu que par la solennité du dimanche. Nous n'avons pas besoin de démontrer à des chrétiens l'importance et l'utilité du jeûne ; les divines Écritures de l'Ancien et du Nouveau Testament déposent tout entières en faveur de cette sainte pratique. On peut même dire que la tradition de tous les peuples vient y joindre son témoignage ; car cette idée que l'homme peut apaiser la divinité en soumettant son corps à l'expiation a fait le tour du monde et se retrouve dans toutes les religions, même les plus éloignées de la pureté des traditions patriarcales.
Saint Basile, saint Jean Chrysostôme, saint Jérôme et saint Grégoire le Grand ont remarqué que le précepte auquel furent soumis nos premiers parents dans le paradis terrestre était un précepte d'abstinence, et que c'est pour ne pas avoir gardé cette vertu qu'ils se sont précipités dans un abîme de maux, eux et toute leur postérité. La vie de privations à laquelle le roi déchu de la création se vit soumis désormais sur la terre, qui ne devait plus produire pour lui que des ronces et des épines, montra dans tout son jour cette loi d'expiation que le Créateur irrité a imposée aux membres révoltés de l'homme pécheur.
Jusqu'au temps du déluge, nos ancêtres soutinrent leur existence par l'unique secours des fruits de la terre, qu'ils ne lui arrachaient qu'à force de travail. Mais lorsque Dieu, comme nous l'avons vu, jugea à propos, dans Sa sagesse et dans Sa miséricorde, d'abréger la vie de l'homme, afin de resserrer le cercle de ses dépravations, Il daigna lui permettre de se nourrir de la chair des animaux, comme pour suppléer à l'appauvrissement des forces de la nature. En même temps Noé, poussé par un instinct divin, exprimait le jus de la vigne ; et un nouveau supplément était apporté à la faiblesse de l'homme.
La nature du jeûne a donc été déterminée d'après ces divers éléments qui servent à la sustentation des forces humaines ; et d'abord il a dû consister dans l'abstinence de la chair des animaux, parce que ce secours, offert par la condescendance de Dieu, est moins rigoureusement nécessaire à la vie. La privation de la viande, avec les adoucissements que l'Église a consentis, est demeurée comme essentielle dans la notion du jeûne : ainsi on a pu, selon les pays, tolérer l'usage des œufs, des laitages, de la graisse même ; mais on l'a fait sans abandonner le principe fondamental, qui consiste dans la suspension réelle de l'usage de la chair des animaux. Durant un grand nombre de siècles, comme aujourd'hui encore dans les Églises de l'Orient, les œufs et tous les laitages demeuraient interdits, parce qu'ils proviennent des substances animales, et ils ne sont même permis aujourd'hui dans les Églises latines qu'en vertu d'une dispense annuelle et plus ou moins générale. Telle est même la rigueur du précepte de l'abstinence de la viande, qu'il n'est pas suspendu le dimanche en Carême, malgré l'interruption du jeûne, et que ceux qui ont obtenu dispense des jeûnes de la semaine demeurent sous l'obligation de cette abstinence, à moins qu'elle n'ait été levée par une dispense spéciale.
Dans les premiers siècles du christianisme, le jeûne renfermait aussi l'abstinence du vin ; c'est ce que nous apprenons de saint Cyrille de Jérusalem, de saint Basile, de saint Jean Chrysostôme, de Théophile d'Alexandrie, etc. Cette rigueur a disparu d'assez bonne heure chez les Occidentaux ; mais elle s'est conservée plus longtemps chez les chrétiens d'Orient.
Enfin le jeûne, pour être complet, doit s'étendre, dans une certaine mesure, jusqu'à la privation de la nourriture ordinaire : en ce sens qu'il ne comporte qu'un seul repas par jour. Telle est l'idée que l'on doit s'en former et qui résulte de toute la pratique de l'Église, malgré les nombreuses modifications qui se sont produites, de siècle en siècle, dans la discipline du Carême.
Dès le IXè siècle, l'usage s'établit dans l'Europe occidentale, particulièrement en Allemagne et dans les pays septentrionaux, d'user des laitages en Carême ; le concile de Kedlimbourg, au Xlè siècle, s'efforça en vain de le déraciner. Après avoir essayé de légitimer cette pratique, au moyen de dispenses temporaires qu'elles obtenaient des souverains pontifes, ces Églises finirent par jouir paisiblement de leur coutume. Jusqu'au XVIè siècle, les Églises de France maintinrent l'ancienne rigueur, qui paraît n'avoir cédé tout à fait que dans le XVIIè. En réparation de cette brèche faite à l'ancienne discipline, et comme pour compenser par un acte pieux et solennel le relâchement qui s'était introduit sur cet article des laitages, toutes les paroisses de Paris, auxquelles se joignaient les Dominicains, les Franciscains, les Carmes et les Augustins, se rendaient en procession à l'Eglise de Notre-Dame le Dimanche de Quinquagésime ; et ce même jour, le Chapitre métropolitain, avec le Clergé des quatre paroisses qui lui étaient sujettes, allait faire une station dans la cour du Palais, et chanter une Antienne devant la relique de la vraie Croix qui était exposée dans la Sainte-ChapeIIe. Ces pieux usages, qui avaient pour but de rappeler l'ancienne discipline, ont duré jusqu'à la Révolution.
Mais la concession des laitages n'entraînait pas la liberté d'user des œufs en Carême. Sur ce point, l'ancienne règle est demeurée en vigueur; et cet aliment n'est jamais permis que selon la teneur de la dispense qui peut être donnée annuellement. A Rome, les œufs demeurent toujours prohibés, les jours où la dispense pour user de la viande n'a pas été octroyée ; en d'autres lieux, les œufs permis à certains jours demeurent interdits en d'autres, et particulièrement dans la Semaine sainte. On voit que partout l'Eglise, préoccupée du bien spirituel de ses enfants, a cherché à maintenir, dans leur intérêt, tout ce qu'elle a pu conserver des salutaires observances qui doivent les aider à satisfaire à la justice de Dieu. C'est en vertu de ce principe que Benoît XIV, alarmé de l'extrême facilité avec laquelle dès son temps les dispenses de l'abstinence se multipliaient de toutes parts, a renouvelé par une solennelle Constitution, en date du 10 juin 1745, la défense de servir sur la même table du poisson et de la viande aux jours de jeûne.
Ce même Pontife, que l'on n'a jamais accusé d'exagération, adressa dès la première année de son pontificat, le 30 mai 1741, une Lettre Encyclique à tous les Évêques du monde chrétien, dans laquelle il exprime avec force la douleur dont il est pénétré à la vue du relâchement qui déjà s'introduisait partout au moyen des dispenses indiscrètes et non motivées.
«L'observance du Carême, disait le Pontife, est le lien de notre milice ; c'est par elle que nous nous distinguons des ennemis de la Croix de Jésus-Christ ; par elle que nous détournons les fléaux de la divine colère ; par elle que, protégés du secours céleste durant le jour, nous nous fortifions contre les princes des ténèbres. Si cette observance vient à se relâcher, c'est au détriment de la gloire de Dieu, au déshonneur de la religion catholique, au péril des âmes chrétiennes ; et l'on ne doit pas douter que cette négligence ne devienne la source de malheurs pour les peuples, de désastres dans les affaires publiques et d'infortunes pour les particuliers».
Un siècle s'est écoulé depuis ce solennel avertissement du Pontife, et le relâchement qu'il eût voulu ralentir est toujours allé croissant. Combien compte-t-on dans nos cités de chrétiens strictement fidèles à l'observance du Carême, en la forme pourtant si réduite que nous avons exposée ? Ne voyons-nous pas chaque année les Pasteurs des Églises publier des dispenses générales toujours plus étendues, et en même temps le nombre de ceux qui s'astreignent à ne pas dépasser ces dispenses diminuer de jour en jour ? Où nous conduira cette mollesse qui s'accroît sans fin, si ce n'est à l'abaissement universel des caractères et par là au renversement de la société ? Déjà les tristes prédictions de Benoît XIV ne sont que trop visiblement accomplies. Les nations chez lesquelles l'idée de l'expiation vient à s'éteindre défient la colère de Dieu ; et il ne reste bientôt plus pour elles d'autre sort que la dissolution ou la conquête. De pieux et courageux efforts sont tentés en ce moment pour relever l'observation du Dimanche, au sein de nos populations asservies sous l'amour du gain et de la spéculation. Des succès inespérés sont venus couronner ces efforts ; qui sait si le bras du Seigneur levé pour nous frapper ne s'arrêtera pas, en présence d'un peuple qui commence à se ressouvenir de la maison de Dieu et de son culte ? Nous devons l'espérer ; mais cet espoir sera plus ferme encore, lorsque l'on verra les chrétiens de nos sociétés amollies et dégénérées rentrer, à l'exemple des Ninivites, dans la voie trop longtemps abandonnée de l'expiation et de la pénitence.
Mais reprenons notre récit historique, et signalons encore quelques traits de l'antique fidélité des chrétiens aux saintes observances du Carême. Il ne sera pas hors de propos de rappeler ici la forme des premières dispenses dont les annales de l'Église ont conservé le souvenir : on y puisera un enseignement salutaire.
Au XIIIè siècle, l'archevêque de Brague recourait au Pontife Romain, qui était alors le grand Innocent III, pour lui faire savoir que la plus grande partie de son peuple avait été obligée de se nourrir de viande durant le Carême, par suite d'une disette qui avait privé la province de toutes les provisions ordinaires ; le prélat demandait au pape quelle compensation il devait imposer aux fidèles pour cette violation forcée de l'abstinence quadragésimale. Il consultait en outre le Pontife sur la conduite à tenir à l'égard des malades qui demandaient dispense pour user d'aliments gras. La réponse d'Innocent III, qui est insérée au Corps du Droit, est pleine de modération et de charité, comme on devait s'y attendre ; mais nous apprenons par ce fait que tel était alors le respect pour la loi générale du Carême, que l'on ne voyait que l'autorité du souverain pontife qui pût en délier les fidèles. Les âges suivants n'eurent point une autre manière d'entendre la question des dispenses.
Venceslas, roi de Bohême, se trouvant atteint d'une infirmité qui rendait nuisibles à sa santé les aliments de Carême, s'adressa, en 1297, à Boniface VIII, afin d'obtenir la permission d'user de la viande. Le Pontife commit deux Abbés de l'Ordre de Citeaux pour informer au sujet de l'état réel de la santé du prince ; et, sur leur rapport favorable, il accorda la dispense demandée, en y mettant toutefois les conditions suivantes : que l'on s'assurerait si le roi ne se serait pas engagé par vœu à jeûner toute sa vie pendant le Carême ; que les vendredis, les samedis et la Vigile de saint Mathias seraient exceptés de la dispense ; enfin que le roi mangerait en particulier, et le ferait sobrement.
Nous trouvons au XIVè siècle deux brefs de dispense adressés par Clément VI, en 1351, à Jean, roi de France, et à la reine son épouse. Dans le premier, le Pape, ayant égard à ce que le roi, durant les guerres auxquelles il est occupé, se trouve souvent en des lieux où le poisson est rare, accorde au confesseur de ce prince le pouvoir de permettre, à lui et à ceux qui seront à sa suite, l'usage de la viande, à la réserve cependant du Carême entier, des vendredis de l'année, et de certaines Vigiles ; pourvu encore que ni le roi ni les siens ne se soient pas engagés par un vœu à l'abstinence pendant toute leur vie. Par le second bref, Clément VI, répondant à la demande que lui avait présentée le roi Jean pour être exempté du jeûne, commet encore le confesseur du monarque et ceux qui lui succéderont dans cet emploi, pour le dispenser, ainsi que la reine, de l'obligation du jeûne, après avoir pris l'avis des médecins.
Quelques années plus tard, en 1376, Grégoire XI rendait un nouveau bref, en faveur du roi de France Charles V et de la reine Jeanne son épouse, par lequel il déléguait à leur confesseur le pouvoir de leur accorder l'usage des œufs et des laitages, pendant le Carême, de l'avis des médecins qui demeureront chargé en conscience, aussi bien que le confesseur, d'en répondre devant Dieu. La permission s'étend aux cuisiniers et aux serviteurs, mais seulement pour goûter les mets.
Le XVè siècle continue de nous fournir des exemples de ce recours au siège apostolique pour la dispense des observances quadragésimales. Nous citerons en particulier le Bref que Sixte IV adressa, en l483, à Jacques III, roi d'Écosse, et par lequel il permet à ce prince d'user de la viande aux jours d'abstinence, toujours de l'avis du confesseur. Enfin, au XVlè siècle, nous voyons Jules Il accorder une faculté semblable à Jean, roi de Danemark, et à la reine Christine son épouse ; et quelques années plus tard, Clément VIl octroyer le même privilège à l'empereur Charles-Quint, et ensuite à Henri Il de Navarre et à la reine Marguerite son épouse.
Telle était donc la gravité avec laquelle on procédait encore il y a trois siècles, quand il s'agissait de délier les princes eux-mêmes d'une obligation qui tient à ce que le christianisme a de plus universel et de plus sacré. Que l'on juge d'après cela du chemin qu'ont fait les sociétés modernes dans la voie du relâchement et de l'indifférence. Que l'on compare ces populations auxquelles la crainte des jugements de Dieu et la noble idée de l'expiation faisaient embrasser chaque année de si longues et si rigoureuses privations, avec nos races molles et attiédies chez lesquelles le sensualisme de la vie éteint de jour en jour le sentiment du mal, si facilement commis, si promptement pardonné et réparé si faiblement.
Où sont maintenant ces joies naïves et innocentes de nos pères à la fête de Pâques lorsque, après une privation de quarante jours, ils rentraient en possession des aliments plus nourrissants et plus agréables qu'ils s'étaient interdits durant cette longue période ? Avec quel charme, et aussi quelle sérénité de conscience, ils rentraient dans les habitudes d'une vie plus facile qu'ils avaient suspendues pour affliger leurs âmes dans le recueillement, la séparation du monde et la pénitence ! Et ceci nous amène à ajouter quelques mots encore pour aider le lecteur catholique à bien saisir l'aspect de la chrétienté, dans les âges de foi, au temps du Carême.
Que l'on se figure donc un temps durant lequel non seulement les divertissements et les spectacles étaient interdits par l'autorité publique, mais où les tribunaux vaquaient, afin de ne pas troubler cette paix et ce silence des passions si favorables au pécheur pour sonder les plaies de son âme, et préparer sa réconciliation avec Dieu. Dès l'an 380, Gratien et Théodose avaient porté une loi qui ordonnait aux juges de surseoir à toutes procédures et à toutes poursuites, quarante jours avant Pâques. Le Code Théodosien renferme plusieurs autres dispositions analogues ; et nous voyons les conciles de France, encore au IXè siècle, s'adresser aux rois carolingiens pour réclamer l'application de cette mesure qui avait été sanctionnée par les Canons et recommandée par les pères de l'Église. La législation d'Occident a depuis longtemps laissé tomber ces traditions trop chrétiennes ; mais, il faut le dire avec humiliation, elles se sont conservées chez les Turcs qui, aujourd'hui encore, suspendent toute action judiciaire pendant la durée des quarante jours de leur grand Ramadan.
Le Carême fut longtemps jugé incompatible avec l'exercice de la chasse, à cause de la dissipation et du tumulte qu'il entraîne. Au IXè siècle, le pape saint Nicolas ler l'interdisait durant ce saint temps aux Bulgares , nouvellement convertis au christianisme ; et encore au XIllè siècle, saint Raymond de Pennafort, dans sa Somme des cas pénitentiaux, enseigne que l'on ne peut sans un péché se livrer à cet exercice durant le Carême, si la chasse est bruyante et se fait avec des chiens et des faucons. Cette obligation est du nombre de celles qui sont tombées en désuétude ; mais saint Charles la renouvela pour la province de Milan, dans un de ses conciles.
On ne s'étonnera pas sans doute de voir la chasse interdite pendant le Carême, quand on saura que, dans les siècles chrétiens, la guerre elle-même, si nécessaire quelquefois au repos et à l'intérêt légitime des nations, devait suspendre ses hostilités durant la sainte quarantaine. Dès le IVè siècle, Constantin avait ordonné la cessation des exercices militaires les dimanches et les vendredis, pour rendre hommage au Christ qui a souffert et est ressuscité en ces jours, et pour ne pas enlever les chrétiens au recueillement avec lequel ces mystères demandent d'être célébrés. Au IXè siècle, la discipline de l'Église d'Occident exigeait universellement la suspension des armes, du-rant tout le Carême, hors le cas de nécessité, comme on le voit par les actes de l'assemblée de Compiègne, en 833, et par les conciles de Meaux et d'Aix-la-Chapelle, à la même époque. Les instructions du pape saint Nicolas Ier aux Bulgares expriment la même intention ; et l'on voit, par une lettre de saint Grégoire VII à Didier, abbé du Mont-Cassin, que cette règle était encore respectée au XIè siècle. Nous la voyons même observée jusque dans le XIIè, en Angleterre, au rapport de Guillaume de Malmesbury, par deux armées en présence : celle de l'impératrice Mathilde, comtesse d'Anjou, fille du roi Henri, et celle du roi Étienne, comte de Boulogne, qui, en l'année 1143, al-laient en venir aux mains pour la succession à la couronne.
Tous nos lecteurs connaissent l'admirable institution de la Trêve de Dieu, au moyen de laquelle l'Église, au XIè siècle, parvint à arrêter dans toute l'Europe l'effusion du sang, en suspendant le port des armes quatre jours de la semaine, depuis le mercredi soir jusqu'au lundi matin, dans tout le cours de l'année. Ce règlement, qui fut sanctionné par l'autorité des papes et des conciles avec le concours de tous les princes chrétiens n'était qu'une extension, à chaque semaine de l'année, de cette discipline en vertu de laquelle toute action militaire était interdite en Carême. Le saint roi d'Angleterre, Édouard le Confesseur développa encore une si précieuse institution, en portant une loi qui fut confirmée par son successeur Guillaume le Conquérant, et d'après laquelle la Trêve de Dieu devait être inviolablement observée depuis l'ouverture de l'Avent jusqu'à l'octave de Pâques, et depuis l'Ascension jusqu'à l'octave de la Pentecôte, en ajoutant encore tous les jours des Quatre-Temps, les Vigiles de toutes les fêtes, et enfin, ce qui avait été déjà décrété pour chaque semaine, l'intervalle du samedi après None jusqu'au lundi matin.
Urbain II, au concile de Clermont, en 1096, après avoir réglé tout ce qui concernait l'expédition de la Croisade, employa aussi son autorité apostolique pour étendre la Trêve de Dieu, en prenant pour base la suspension des armes observée durant le Carême ; et il statua, par un décret qui fut renouvelé dans la concile tenu à Rouen l'année suivante, que tous actes de guerre demeureraient interdits depuis le Mercredi des Cendres jusqu'au lundi qui suit l'Octave de la Pentecôte, et à toutes les vigiles et fêtes de la sainte Vierge et des Apôtres : le tout sans préjudice de ce qui avait été réglé antérieurement pour chaque semaine, c'est-à-dire depuis le mercredi soir jusqu'au lundi matin.
Ainsi la société chrétienne témoignait de son respect pour les saintes observances du Carême, et empruntait à l'année liturgique ses saisons et ses fêtes, pour asseoir sur elles les plus précieuses institutions. La vie privée ne ressentait pas moins la salutaire influence des saintes tristesses du Carême ; et l'homme y puisait chaque année un renouvellement d'énergie pour combattre les instincts sensuels, et relever la dignité de son âme en mettant un frein à l'attrait du plaisir. Pendant un grand nombre de siècles, la continence fut exigée des époux dans tout le cours de la sainte quarantaine ; et l'Église, qui a conservé dans le plus auguste de ses livres liturgiques, sinon le précepte, du moins la recommandation de cette pratique salutaire, a laissé un monument de ses intentions, en interdisant la célébration des noces pendant le Carême.
Nous arrêtons ici cet exposé historique de la discipline du Carême, avec le regret d'avoir à peine effleuré une matière si intéressante. Nous eussions voulu entre autres choses, parler au long des usages des Églises d'Orient qui ont mieux que nous conservé la rigueur des premiers siècles du christianisme ; mais l'espace nous manque absolument. Nous nous bornerons donc à quelques détails abrégés.
Dans le volume précédent, le lecteur a vu que le dimanche que nous nommons Dimanche do Septuagésime est appelé chez les Grecs Prosphonésime, parce qu'on y publie le jeûne du Carême qui doit bientôt s'ouvrir. Le lundi d'après est compté pour le premier jour de la semaine suivante qui est appelée Apocreos, du nom du dimanche auquel elle se termine, lequel correspond à notre Dimanche de Sexagésime. Durant toute cette semaine, l'Église grecque suspend déjà l'usage de la viande. Le lundi qui suit ouvre la semaine appelée Tyrophagie, laquelle se termine au dimanche de ce nom, qui est notre Quinquagésime. Les laitages sont encore permis pendant toute cette semaine. Enfin, le lundi d'après est le premier jour de la première semaine de Carême, et le jeûne commence dès ce lundi dans toute sa rigueur, tandis que les Latins ne l'ouvrent que le mercredi.
Durant tout le cours du Carême proprement dit, les laitages, les œufs, le poisson même, sont interdits ; la seule nourriture permise avec le pain consiste dans les légumes, le miel, et pour ceux qui habitent près de la mer, les divers coquillages qu'elle leur fournit. L'usage des vins, longtemps défendu aux jours de jeûne, a fini par s'établir en Orient, ainsi que la dispense pour manger du poisson, le jour de l'Annonciation et le Dimanche des Rameaux.
Outre le Carême de préparation à la fête de Pâques, les Grecs en célèbrent encore trois autres dans le cours de l'année : celui qu'ils appellent des Apôtres, et qui s'étend depuis l'Octave de la Pentecôte jusqu'à la fête de saint Pierre et de saint Paul ; celui qu'ils nomment de la Vierge Marie, qui commence le premier jour d'Août et finit la veille de l'Assomption ; enfin le Carême de préparation à Noël, qui dure quarante jours entiers. Les privations que les Grecs observent durant ces trois Carêmes sont analogues à celles du grand Carême, sans être tout à fait aussi rigoureuses. Les autres nations chrétiennes de l'Orient solennisent aussi plusieurs Carêmes, et avec une rigueur qui surpasse encore celles qu'observent les Grecs ; mais tous ces détails nous conduiraient trop loin. Nous terminerons donc ici ce que nous avons à dire du Carême sous le rapport historique, et nous exposerons maintenant les mystères de ce saint temps. (…)
Pratique du carême
(…)
Or, la pénitence consiste dans la contrition du cœur et dans la mortification du corps ; ces deux parties lui sont essentielles. C'est le cœur de l'homme qui a voulu le mal, et le corps a souvent aidé à l'accomplir. L'homme étant d'ailleurs composé de l'un et de l'autre, il doit les unir dans l'hommage qu'il rend à Dieu. Le corps doit participer aux délices de l'éternité ou aux tourments de l'enfer. Il n'y a donc point de vie chrétienne complète, ni non plus d'expiation valable, si dans l'une et l'autre il ne s'associe à l'âme.
Mais le principe de la véritable pénitence est dans le cœur : nous l'apprenons de l'Évangile par les exemples de l'Enfant prodigue, de la Pécheresse, du publicain Zachée, de saint Pierre. Il faut donc que le cœur rompe sans retour avec le péché, qu'il le regrette amèrement, qu'il l'ait en horreur et qu'il en fuie les occasions. Pour exprimer cette disposition, l'Écriture se sert d'une expression qui a passé dans le langage chrétien, et rend admirablement l'état de l'âme sincèrement revenue du péché ; elle l'appelle la Conversion. Le chrétien doit donc, durant le Carême, exercer à la pénitence du cœur et la regarder comme le fondement essentiel de tous les actes propres à ce saint temps. Néanmoins, cette pénitence serait illusoire, si l'on ne joignait l'hommage du corps aux sentiments intérieurs qu'elle inspire. Le Sauveur, sur la montagne, ne se contente pas de gémir et de pleurer sur nos péchés ; Il les expie par la souffrance de Son corps ; et l'Eglise, qui est son interprète infaillible, nous avertit que la pénitence de notre cœur ne sera pas reçue, si nous n'y joignons la pratique exacte de l'abstinence et du jeûne.
Quelle est donc l'illusion de tant de chrétiens honnêtes qui se flattent d'être irréprochables, surtout lorsqu'ils oublient leur passé ou qu'ils se comparent à d'autres, et qui, parfaitement contents d'eux-mêmes, ne songent jamais aux dangers de la vie molle qu'ils comptent bien mener jusqu'au dernier jour ! Leurs péchés d'autrefois, ils n'y songent plus : ne les ont-ils pas sincèrement confessés ? La régularité selon laquelle ils vivent désormais n'est-elle pas la preuve de leur solide vertu ? Qu'ont-ils à démêler avec la justice de Dieu ? Aussi les voyons-nous solliciter régulièrement toutes les dispenses possibles dans le Carême. L'abstinence les incommoderait ; le jeûne n'est plus compatible avec la santé, les occupations, les habitudes d'aujourd'hui. On n'a pas la prétention d'être meilleur que tel ou tel qui ne jeûnent pas et ne font pas abstinence ; et comme on est incapable d'avoir même l'idée de suppléer par d'autres pratiques de pénitence à celles que l'Église prescrit, il en résulte que, sans s'en apercevoir et insensiblement, on arrive à n'être plus chrétien.
L'Église, témoin de cette effrayante décadence du sens surnaturel et redoutant une résistance qui accélérerait encore les dernières pulsations d'une vie qui va s'éteignant, élargit de plus en plus la voie des adoucissements. Dans l'espoir de conserver une étincelle de christianisme pour un avenir meilleur, elle préfère abandonner à la justice de Dieu Lui-même des enfants qui ne L'écoutent plus, lorsqu'elle leur enseigne les moyens de se rendre favorable cette justice dès ce monde ; et ces chrétiens se livrent à la sécurité la plus profonde, sans nul souci de comparer leur vie aux exemples de Jésus-Christ et des Saints, aux règles séculaires de la pénitence chrétienne.
Il est sans doute des exceptions à cette mollesse dangereuse ; mais qu'elles sont rares, dans nos villes surtout ! Que de préjugés, que de vains prétextes, que d'exemples malheureux contribuent à fausser les âmes ! Que de fois n'a-t-on pas entendu cette naïve excuse sortir de la bouche de ceux même qui se font honneur de leur titre de catholiques : Qu'ils ne font pas abstinence, qu'ils ne jeûnent pas, parce que l'abstinence et le jeûne les gêneraient, les fatigueraient ! Comme si l'abstinence et le jeûne avaient un autre but que d'imposer un joug pénible à ce corps de péché ! (Rom, VI, 6) En vérité, ces personnes semblent avoir perdu le sens ; et leur étonnement sera grand lorsque le Seigneur, au jour de son jugement, les confrontera avec tant de pauvres musulmans qui, au sein d'une religion dépravée et sensuelle, trouvent chaque année en eux-mêmes le courage d'accomplir les rudes privations des quarante jours de leur Ramadan.
Mais serait-il même nécessaire de les confronter avec d'autres qu'avec eux-mêmes si incapables, pensent-ils, de supporter les abstinences et les jeûnes si réduits d'un Carême, tandis que Dieu les voit chaque jour s'imposer tant de fatigues bien autrement pénibles dans la recherche des intérêts et des jouissances de ce monde ? Que de santés usées dans des plaisirs au moins frivoles et toujours dangereux, et qui se fussent maintenues dans toute leur vigueur, si la loi chrétienne, et non le désir de plaire au monde, eût réglé et dominé la vie ! Mais le relâchement est tel que l'on ne conçoit aucune inquiétude, aucun remords ; on renvoie le Carême au Moyen-âge, sans faire même attention que l'indulgence de l'Église en a proportionné les observances à notre faiblesse physique et morale. On a conservé ou reconquis, par la miséricorde divine, la foi de ses pères ; et l'on ne s'est pas ressouvenu encore que la pratique du Carême est un signe essentiel de catholicisme, et que la réforme protestante du XVIè siècle a eu pour un de ses traits principaux et a écrit sur son drapeau l'abolition de l'abstinence et du jeûne.
Mais, dira-t-on, n'y a-t-il pas des dispenses légitimes ? Assurément, il en est, et, dans ce siècle d'épuisement général, beaucoup plus que dans les âges précédents. Mais que l'on prenne garde à l'illusion. Si vous avez des forces pour supporter d'autres fatigues, pourquoi n'en auriez-vous pas pour remplir le devoir de l'abstinence ? Si la crainte d'une légère incommodité vous arrête, vous avez donc oublié que le péché ne sera pas remis sans l'expiation. Le jugement des hommes de l'art, qui prédisent un affaiblissement de vos forces comme la suite du jeûne peut être fondé en raison ; la question est de savoir si ce n'est pas précisément cette mortification de la chair que l'Église vous prescrit dans l'intérêt de votre âme. Mais admettons que la dispense soit légitime, que votre santé encourrait un risque véritable, que vos devoirs essentiels souffriraient, si vous observiez à la lettre les prescriptions de l'Église ; dans ce cas, songez-vous à substituer d'autres œuvres de pénitence à celles que vos forces ne vous permettent pas d'entreprendre ? Éprouvez-vous un vif regret, une confusion sincère de ne pouvoir porter avec les vrais fidèles le joug de la discipline quadragésimale ? Demandez-vous à Dieu la grâce de pouvoir, une autre année, participer aux mérites de vos frères, et accomplir avec eux ces saintes pratiques qui doivent être le motif de la miséricorde et du pardon ? S'il en est ainsi, la dispense ne vous aura pas été nuisible ; et quand la fête de Pâques conviera les fidèles enfants de l'EgIise à ses joies ineffables, vous pourrez vous joindre avec confiance à ceux qui ont jeûné ; car si la faiblesse de votre corps ne vous a pas permis de les suivre extérieurement dans la carrière, votre cœur est demeuré fidèle à l'esprit du Carême.
Dom Guéranger.
On donne le nom de Carême au jeûne de quarante jours par lequel l'Eglise se prépare à célébrer la fête de Pâques ; et l'institution de ce jeûne solennel remonte aux premiers temps du Christianisme. Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même l'a inauguré par Son exemple, en jeûnant quarante jours et quarante nuits dans le désert ; et s'Il n'a pas voulu, dans Sa suprême sagesse, en faire un commandement divin qui dès lors n'eût plus été susceptible de dispense, Il a du moins déclaré que le jeûne imposé si souvent par l'ordre de Dieu dans l'ancienne loi serait aussi pratiqué par les enfants de la loi nouvelle.
Un jour, les disciples de Jean s'approchèrent de Jésus et Lui dirent : «Pourquoi, tandis que nous et les phari-siens jeûnons fréquemment, vos disciples ne jeûnent-ils pas ?» Jésus daigna leur répondre : «Est-ce que les enfants de l'Époux peuvent être dans le deuil, tandis que l'Époux est avec eux ? Il viendra un temps où l'Époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront» (Matth, IX, 14-15).
Aussi voyons-nous, par le livre des Actes des Apôtres, les disciples du Sauveur, après la fondation de l'Église, s'appliquer au jeûne et le recommander aux fidèles dans les Épîtres qu'ils leur adressent. La rai-son de cette conduite est facile à saisir. L'homme est demeuré pécheur, même après l'accomplissement des mystères divins par lesquels le Christ a opéré notre salut ; l'expiation est donc encore nécessaire.
C'est pourquoi les saints Apôtres, venant au secours de notre faiblesse, statuèrent, dès le commencement du christianisme, que la solennité de la Pâque serait précédée d'un jeûne universel ; et l'on détermina, tout naturellement pour cette carrière de pénitence le nombre de quarante jours, que l'exemple du Sauveur lui-même avait marqué. L'institution apostolique du Carême nous est attestée par saint Jérôme, saint Léon le Grand, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Isidore de Séville, etc., bien qu'il y ait eu à l'origine des variétés assez considérables dans la manière d'appliquer cette loi.
On a vu déjà, dans le Temps de la Septuagésime, que les Orientaux commencent leur Carême long- temps avant les Latins, parce que leur coutume étant de ne pas jeûner les samedis, ni même les jeudis en certains lieux, ils sont contraints, pour former le nombre de quarante jours, à ouvrir la carrière de la pénitence dès le lundi qui, chez nous, précède le dimanche de Sexagésime. Ces sortes d'exception sont du nombre de celles qui confirment la règle. Nous avons fait voir aussi comment l'Église latine, qui , encore au VIè siècle, ne jeûnait que trente-six jours sur les six semaines du Carême, le jeûne du dimanche ayant été de tout temps prohibé dans l'Église, à cru devoir ajouter postérieurement les quatre derniers jours de la semaine de Quinquagésime, afin de former rigoureusement le nombre de quarante jours de jeûne.
La matière du Carême ayant été traitée souvent et avec abondance, nous sommes contraint d'abréger considérablement les détails dans l'exposé historique que nous faisons ici, afin de ne pas dépasser les pro- portions de cet ouvrage ; nous ferons en sorte cependant de ne rien omettre d'essentiel. Puissions-nous réussir à faire comprendre aux fidèles l'importance et la gravité de cette sainte institution, qui est destinée à remplir une si grande part dans l'œuvre du salut de chacun de nous !
Le Carême est un temps spécialement consacré à la pénitence ; et la pénitence s'y exerce principalement par la pratique du jeûne. Le jeûne est une abstinence volontaire que l'homme s'impose en expiation de ses péchés, et qui, durant le Carême, s'accomplit en vertu d'une loi générale de l'Église. Dans la discipline actuelle de l'Occident, le jeûne du Carême n'est pas d'une plus grande rigueur que celui qui est imposé aux Vigiles de certaines fêtes et aux Quatre-Temps ; mais il s'étend à toute la série des quarante jours, et n'est suspendu que par la solennité du dimanche. Nous n'avons pas besoin de démontrer à des chrétiens l'importance et l'utilité du jeûne ; les divines Écritures de l'Ancien et du Nouveau Testament déposent tout entières en faveur de cette sainte pratique. On peut même dire que la tradition de tous les peuples vient y joindre son témoignage ; car cette idée que l'homme peut apaiser la divinité en soumettant son corps à l'expiation a fait le tour du monde et se retrouve dans toutes les religions, même les plus éloignées de la pureté des traditions patriarcales.
Saint Basile, saint Jean Chrysostôme, saint Jérôme et saint Grégoire le Grand ont remarqué que le précepte auquel furent soumis nos premiers parents dans le paradis terrestre était un précepte d'abstinence, et que c'est pour ne pas avoir gardé cette vertu qu'ils se sont précipités dans un abîme de maux, eux et toute leur postérité. La vie de privations à laquelle le roi déchu de la création se vit soumis désormais sur la terre, qui ne devait plus produire pour lui que des ronces et des épines, montra dans tout son jour cette loi d'expiation que le Créateur irrité a imposée aux membres révoltés de l'homme pécheur.
Jusqu'au temps du déluge, nos ancêtres soutinrent leur existence par l'unique secours des fruits de la terre, qu'ils ne lui arrachaient qu'à force de travail. Mais lorsque Dieu, comme nous l'avons vu, jugea à propos, dans Sa sagesse et dans Sa miséricorde, d'abréger la vie de l'homme, afin de resserrer le cercle de ses dépravations, Il daigna lui permettre de se nourrir de la chair des animaux, comme pour suppléer à l'appauvrissement des forces de la nature. En même temps Noé, poussé par un instinct divin, exprimait le jus de la vigne ; et un nouveau supplément était apporté à la faiblesse de l'homme.
La nature du jeûne a donc été déterminée d'après ces divers éléments qui servent à la sustentation des forces humaines ; et d'abord il a dû consister dans l'abstinence de la chair des animaux, parce que ce secours, offert par la condescendance de Dieu, est moins rigoureusement nécessaire à la vie. La privation de la viande, avec les adoucissements que l'Église a consentis, est demeurée comme essentielle dans la notion du jeûne : ainsi on a pu, selon les pays, tolérer l'usage des œufs, des laitages, de la graisse même ; mais on l'a fait sans abandonner le principe fondamental, qui consiste dans la suspension réelle de l'usage de la chair des animaux. Durant un grand nombre de siècles, comme aujourd'hui encore dans les Églises de l'Orient, les œufs et tous les laitages demeuraient interdits, parce qu'ils proviennent des substances animales, et ils ne sont même permis aujourd'hui dans les Églises latines qu'en vertu d'une dispense annuelle et plus ou moins générale. Telle est même la rigueur du précepte de l'abstinence de la viande, qu'il n'est pas suspendu le dimanche en Carême, malgré l'interruption du jeûne, et que ceux qui ont obtenu dispense des jeûnes de la semaine demeurent sous l'obligation de cette abstinence, à moins qu'elle n'ait été levée par une dispense spéciale.
Dans les premiers siècles du christianisme, le jeûne renfermait aussi l'abstinence du vin ; c'est ce que nous apprenons de saint Cyrille de Jérusalem, de saint Basile, de saint Jean Chrysostôme, de Théophile d'Alexandrie, etc. Cette rigueur a disparu d'assez bonne heure chez les Occidentaux ; mais elle s'est conservée plus longtemps chez les chrétiens d'Orient.
Enfin le jeûne, pour être complet, doit s'étendre, dans une certaine mesure, jusqu'à la privation de la nourriture ordinaire : en ce sens qu'il ne comporte qu'un seul repas par jour. Telle est l'idée que l'on doit s'en former et qui résulte de toute la pratique de l'Église, malgré les nombreuses modifications qui se sont produites, de siècle en siècle, dans la discipline du Carême.
Dès le IXè siècle, l'usage s'établit dans l'Europe occidentale, particulièrement en Allemagne et dans les pays septentrionaux, d'user des laitages en Carême ; le concile de Kedlimbourg, au Xlè siècle, s'efforça en vain de le déraciner. Après avoir essayé de légitimer cette pratique, au moyen de dispenses temporaires qu'elles obtenaient des souverains pontifes, ces Églises finirent par jouir paisiblement de leur coutume. Jusqu'au XVIè siècle, les Églises de France maintinrent l'ancienne rigueur, qui paraît n'avoir cédé tout à fait que dans le XVIIè. En réparation de cette brèche faite à l'ancienne discipline, et comme pour compenser par un acte pieux et solennel le relâchement qui s'était introduit sur cet article des laitages, toutes les paroisses de Paris, auxquelles se joignaient les Dominicains, les Franciscains, les Carmes et les Augustins, se rendaient en procession à l'Eglise de Notre-Dame le Dimanche de Quinquagésime ; et ce même jour, le Chapitre métropolitain, avec le Clergé des quatre paroisses qui lui étaient sujettes, allait faire une station dans la cour du Palais, et chanter une Antienne devant la relique de la vraie Croix qui était exposée dans la Sainte-ChapeIIe. Ces pieux usages, qui avaient pour but de rappeler l'ancienne discipline, ont duré jusqu'à la Révolution.
Mais la concession des laitages n'entraînait pas la liberté d'user des œufs en Carême. Sur ce point, l'ancienne règle est demeurée en vigueur; et cet aliment n'est jamais permis que selon la teneur de la dispense qui peut être donnée annuellement. A Rome, les œufs demeurent toujours prohibés, les jours où la dispense pour user de la viande n'a pas été octroyée ; en d'autres lieux, les œufs permis à certains jours demeurent interdits en d'autres, et particulièrement dans la Semaine sainte. On voit que partout l'Eglise, préoccupée du bien spirituel de ses enfants, a cherché à maintenir, dans leur intérêt, tout ce qu'elle a pu conserver des salutaires observances qui doivent les aider à satisfaire à la justice de Dieu. C'est en vertu de ce principe que Benoît XIV, alarmé de l'extrême facilité avec laquelle dès son temps les dispenses de l'abstinence se multipliaient de toutes parts, a renouvelé par une solennelle Constitution, en date du 10 juin 1745, la défense de servir sur la même table du poisson et de la viande aux jours de jeûne.
Ce même Pontife, que l'on n'a jamais accusé d'exagération, adressa dès la première année de son pontificat, le 30 mai 1741, une Lettre Encyclique à tous les Évêques du monde chrétien, dans laquelle il exprime avec force la douleur dont il est pénétré à la vue du relâchement qui déjà s'introduisait partout au moyen des dispenses indiscrètes et non motivées.
«L'observance du Carême, disait le Pontife, est le lien de notre milice ; c'est par elle que nous nous distinguons des ennemis de la Croix de Jésus-Christ ; par elle que nous détournons les fléaux de la divine colère ; par elle que, protégés du secours céleste durant le jour, nous nous fortifions contre les princes des ténèbres. Si cette observance vient à se relâcher, c'est au détriment de la gloire de Dieu, au déshonneur de la religion catholique, au péril des âmes chrétiennes ; et l'on ne doit pas douter que cette négligence ne devienne la source de malheurs pour les peuples, de désastres dans les affaires publiques et d'infortunes pour les particuliers».
Un siècle s'est écoulé depuis ce solennel avertissement du Pontife, et le relâchement qu'il eût voulu ralentir est toujours allé croissant. Combien compte-t-on dans nos cités de chrétiens strictement fidèles à l'observance du Carême, en la forme pourtant si réduite que nous avons exposée ? Ne voyons-nous pas chaque année les Pasteurs des Églises publier des dispenses générales toujours plus étendues, et en même temps le nombre de ceux qui s'astreignent à ne pas dépasser ces dispenses diminuer de jour en jour ? Où nous conduira cette mollesse qui s'accroît sans fin, si ce n'est à l'abaissement universel des caractères et par là au renversement de la société ? Déjà les tristes prédictions de Benoît XIV ne sont que trop visiblement accomplies. Les nations chez lesquelles l'idée de l'expiation vient à s'éteindre défient la colère de Dieu ; et il ne reste bientôt plus pour elles d'autre sort que la dissolution ou la conquête. De pieux et courageux efforts sont tentés en ce moment pour relever l'observation du Dimanche, au sein de nos populations asservies sous l'amour du gain et de la spéculation. Des succès inespérés sont venus couronner ces efforts ; qui sait si le bras du Seigneur levé pour nous frapper ne s'arrêtera pas, en présence d'un peuple qui commence à se ressouvenir de la maison de Dieu et de son culte ? Nous devons l'espérer ; mais cet espoir sera plus ferme encore, lorsque l'on verra les chrétiens de nos sociétés amollies et dégénérées rentrer, à l'exemple des Ninivites, dans la voie trop longtemps abandonnée de l'expiation et de la pénitence.
Mais reprenons notre récit historique, et signalons encore quelques traits de l'antique fidélité des chrétiens aux saintes observances du Carême. Il ne sera pas hors de propos de rappeler ici la forme des premières dispenses dont les annales de l'Église ont conservé le souvenir : on y puisera un enseignement salutaire.
Au XIIIè siècle, l'archevêque de Brague recourait au Pontife Romain, qui était alors le grand Innocent III, pour lui faire savoir que la plus grande partie de son peuple avait été obligée de se nourrir de viande durant le Carême, par suite d'une disette qui avait privé la province de toutes les provisions ordinaires ; le prélat demandait au pape quelle compensation il devait imposer aux fidèles pour cette violation forcée de l'abstinence quadragésimale. Il consultait en outre le Pontife sur la conduite à tenir à l'égard des malades qui demandaient dispense pour user d'aliments gras. La réponse d'Innocent III, qui est insérée au Corps du Droit, est pleine de modération et de charité, comme on devait s'y attendre ; mais nous apprenons par ce fait que tel était alors le respect pour la loi générale du Carême, que l'on ne voyait que l'autorité du souverain pontife qui pût en délier les fidèles. Les âges suivants n'eurent point une autre manière d'entendre la question des dispenses.
Venceslas, roi de Bohême, se trouvant atteint d'une infirmité qui rendait nuisibles à sa santé les aliments de Carême, s'adressa, en 1297, à Boniface VIII, afin d'obtenir la permission d'user de la viande. Le Pontife commit deux Abbés de l'Ordre de Citeaux pour informer au sujet de l'état réel de la santé du prince ; et, sur leur rapport favorable, il accorda la dispense demandée, en y mettant toutefois les conditions suivantes : que l'on s'assurerait si le roi ne se serait pas engagé par vœu à jeûner toute sa vie pendant le Carême ; que les vendredis, les samedis et la Vigile de saint Mathias seraient exceptés de la dispense ; enfin que le roi mangerait en particulier, et le ferait sobrement.
Nous trouvons au XIVè siècle deux brefs de dispense adressés par Clément VI, en 1351, à Jean, roi de France, et à la reine son épouse. Dans le premier, le Pape, ayant égard à ce que le roi, durant les guerres auxquelles il est occupé, se trouve souvent en des lieux où le poisson est rare, accorde au confesseur de ce prince le pouvoir de permettre, à lui et à ceux qui seront à sa suite, l'usage de la viande, à la réserve cependant du Carême entier, des vendredis de l'année, et de certaines Vigiles ; pourvu encore que ni le roi ni les siens ne se soient pas engagés par un vœu à l'abstinence pendant toute leur vie. Par le second bref, Clément VI, répondant à la demande que lui avait présentée le roi Jean pour être exempté du jeûne, commet encore le confesseur du monarque et ceux qui lui succéderont dans cet emploi, pour le dispenser, ainsi que la reine, de l'obligation du jeûne, après avoir pris l'avis des médecins.
Quelques années plus tard, en 1376, Grégoire XI rendait un nouveau bref, en faveur du roi de France Charles V et de la reine Jeanne son épouse, par lequel il déléguait à leur confesseur le pouvoir de leur accorder l'usage des œufs et des laitages, pendant le Carême, de l'avis des médecins qui demeureront chargé en conscience, aussi bien que le confesseur, d'en répondre devant Dieu. La permission s'étend aux cuisiniers et aux serviteurs, mais seulement pour goûter les mets.
Le XVè siècle continue de nous fournir des exemples de ce recours au siège apostolique pour la dispense des observances quadragésimales. Nous citerons en particulier le Bref que Sixte IV adressa, en l483, à Jacques III, roi d'Écosse, et par lequel il permet à ce prince d'user de la viande aux jours d'abstinence, toujours de l'avis du confesseur. Enfin, au XVlè siècle, nous voyons Jules Il accorder une faculté semblable à Jean, roi de Danemark, et à la reine Christine son épouse ; et quelques années plus tard, Clément VIl octroyer le même privilège à l'empereur Charles-Quint, et ensuite à Henri Il de Navarre et à la reine Marguerite son épouse.
Telle était donc la gravité avec laquelle on procédait encore il y a trois siècles, quand il s'agissait de délier les princes eux-mêmes d'une obligation qui tient à ce que le christianisme a de plus universel et de plus sacré. Que l'on juge d'après cela du chemin qu'ont fait les sociétés modernes dans la voie du relâchement et de l'indifférence. Que l'on compare ces populations auxquelles la crainte des jugements de Dieu et la noble idée de l'expiation faisaient embrasser chaque année de si longues et si rigoureuses privations, avec nos races molles et attiédies chez lesquelles le sensualisme de la vie éteint de jour en jour le sentiment du mal, si facilement commis, si promptement pardonné et réparé si faiblement.
Où sont maintenant ces joies naïves et innocentes de nos pères à la fête de Pâques lorsque, après une privation de quarante jours, ils rentraient en possession des aliments plus nourrissants et plus agréables qu'ils s'étaient interdits durant cette longue période ? Avec quel charme, et aussi quelle sérénité de conscience, ils rentraient dans les habitudes d'une vie plus facile qu'ils avaient suspendues pour affliger leurs âmes dans le recueillement, la séparation du monde et la pénitence ! Et ceci nous amène à ajouter quelques mots encore pour aider le lecteur catholique à bien saisir l'aspect de la chrétienté, dans les âges de foi, au temps du Carême.
Que l'on se figure donc un temps durant lequel non seulement les divertissements et les spectacles étaient interdits par l'autorité publique, mais où les tribunaux vaquaient, afin de ne pas troubler cette paix et ce silence des passions si favorables au pécheur pour sonder les plaies de son âme, et préparer sa réconciliation avec Dieu. Dès l'an 380, Gratien et Théodose avaient porté une loi qui ordonnait aux juges de surseoir à toutes procédures et à toutes poursuites, quarante jours avant Pâques. Le Code Théodosien renferme plusieurs autres dispositions analogues ; et nous voyons les conciles de France, encore au IXè siècle, s'adresser aux rois carolingiens pour réclamer l'application de cette mesure qui avait été sanctionnée par les Canons et recommandée par les pères de l'Église. La législation d'Occident a depuis longtemps laissé tomber ces traditions trop chrétiennes ; mais, il faut le dire avec humiliation, elles se sont conservées chez les Turcs qui, aujourd'hui encore, suspendent toute action judiciaire pendant la durée des quarante jours de leur grand Ramadan.
Le Carême fut longtemps jugé incompatible avec l'exercice de la chasse, à cause de la dissipation et du tumulte qu'il entraîne. Au IXè siècle, le pape saint Nicolas ler l'interdisait durant ce saint temps aux Bulgares , nouvellement convertis au christianisme ; et encore au XIllè siècle, saint Raymond de Pennafort, dans sa Somme des cas pénitentiaux, enseigne que l'on ne peut sans un péché se livrer à cet exercice durant le Carême, si la chasse est bruyante et se fait avec des chiens et des faucons. Cette obligation est du nombre de celles qui sont tombées en désuétude ; mais saint Charles la renouvela pour la province de Milan, dans un de ses conciles.
On ne s'étonnera pas sans doute de voir la chasse interdite pendant le Carême, quand on saura que, dans les siècles chrétiens, la guerre elle-même, si nécessaire quelquefois au repos et à l'intérêt légitime des nations, devait suspendre ses hostilités durant la sainte quarantaine. Dès le IVè siècle, Constantin avait ordonné la cessation des exercices militaires les dimanches et les vendredis, pour rendre hommage au Christ qui a souffert et est ressuscité en ces jours, et pour ne pas enlever les chrétiens au recueillement avec lequel ces mystères demandent d'être célébrés. Au IXè siècle, la discipline de l'Église d'Occident exigeait universellement la suspension des armes, du-rant tout le Carême, hors le cas de nécessité, comme on le voit par les actes de l'assemblée de Compiègne, en 833, et par les conciles de Meaux et d'Aix-la-Chapelle, à la même époque. Les instructions du pape saint Nicolas Ier aux Bulgares expriment la même intention ; et l'on voit, par une lettre de saint Grégoire VII à Didier, abbé du Mont-Cassin, que cette règle était encore respectée au XIè siècle. Nous la voyons même observée jusque dans le XIIè, en Angleterre, au rapport de Guillaume de Malmesbury, par deux armées en présence : celle de l'impératrice Mathilde, comtesse d'Anjou, fille du roi Henri, et celle du roi Étienne, comte de Boulogne, qui, en l'année 1143, al-laient en venir aux mains pour la succession à la couronne.
Tous nos lecteurs connaissent l'admirable institution de la Trêve de Dieu, au moyen de laquelle l'Église, au XIè siècle, parvint à arrêter dans toute l'Europe l'effusion du sang, en suspendant le port des armes quatre jours de la semaine, depuis le mercredi soir jusqu'au lundi matin, dans tout le cours de l'année. Ce règlement, qui fut sanctionné par l'autorité des papes et des conciles avec le concours de tous les princes chrétiens n'était qu'une extension, à chaque semaine de l'année, de cette discipline en vertu de laquelle toute action militaire était interdite en Carême. Le saint roi d'Angleterre, Édouard le Confesseur développa encore une si précieuse institution, en portant une loi qui fut confirmée par son successeur Guillaume le Conquérant, et d'après laquelle la Trêve de Dieu devait être inviolablement observée depuis l'ouverture de l'Avent jusqu'à l'octave de Pâques, et depuis l'Ascension jusqu'à l'octave de la Pentecôte, en ajoutant encore tous les jours des Quatre-Temps, les Vigiles de toutes les fêtes, et enfin, ce qui avait été déjà décrété pour chaque semaine, l'intervalle du samedi après None jusqu'au lundi matin.
Urbain II, au concile de Clermont, en 1096, après avoir réglé tout ce qui concernait l'expédition de la Croisade, employa aussi son autorité apostolique pour étendre la Trêve de Dieu, en prenant pour base la suspension des armes observée durant le Carême ; et il statua, par un décret qui fut renouvelé dans la concile tenu à Rouen l'année suivante, que tous actes de guerre demeureraient interdits depuis le Mercredi des Cendres jusqu'au lundi qui suit l'Octave de la Pentecôte, et à toutes les vigiles et fêtes de la sainte Vierge et des Apôtres : le tout sans préjudice de ce qui avait été réglé antérieurement pour chaque semaine, c'est-à-dire depuis le mercredi soir jusqu'au lundi matin.
Ainsi la société chrétienne témoignait de son respect pour les saintes observances du Carême, et empruntait à l'année liturgique ses saisons et ses fêtes, pour asseoir sur elles les plus précieuses institutions. La vie privée ne ressentait pas moins la salutaire influence des saintes tristesses du Carême ; et l'homme y puisait chaque année un renouvellement d'énergie pour combattre les instincts sensuels, et relever la dignité de son âme en mettant un frein à l'attrait du plaisir. Pendant un grand nombre de siècles, la continence fut exigée des époux dans tout le cours de la sainte quarantaine ; et l'Église, qui a conservé dans le plus auguste de ses livres liturgiques, sinon le précepte, du moins la recommandation de cette pratique salutaire, a laissé un monument de ses intentions, en interdisant la célébration des noces pendant le Carême.
Nous arrêtons ici cet exposé historique de la discipline du Carême, avec le regret d'avoir à peine effleuré une matière si intéressante. Nous eussions voulu entre autres choses, parler au long des usages des Églises d'Orient qui ont mieux que nous conservé la rigueur des premiers siècles du christianisme ; mais l'espace nous manque absolument. Nous nous bornerons donc à quelques détails abrégés.
Dans le volume précédent, le lecteur a vu que le dimanche que nous nommons Dimanche do Septuagésime est appelé chez les Grecs Prosphonésime, parce qu'on y publie le jeûne du Carême qui doit bientôt s'ouvrir. Le lundi d'après est compté pour le premier jour de la semaine suivante qui est appelée Apocreos, du nom du dimanche auquel elle se termine, lequel correspond à notre Dimanche de Sexagésime. Durant toute cette semaine, l'Église grecque suspend déjà l'usage de la viande. Le lundi qui suit ouvre la semaine appelée Tyrophagie, laquelle se termine au dimanche de ce nom, qui est notre Quinquagésime. Les laitages sont encore permis pendant toute cette semaine. Enfin, le lundi d'après est le premier jour de la première semaine de Carême, et le jeûne commence dès ce lundi dans toute sa rigueur, tandis que les Latins ne l'ouvrent que le mercredi.
Durant tout le cours du Carême proprement dit, les laitages, les œufs, le poisson même, sont interdits ; la seule nourriture permise avec le pain consiste dans les légumes, le miel, et pour ceux qui habitent près de la mer, les divers coquillages qu'elle leur fournit. L'usage des vins, longtemps défendu aux jours de jeûne, a fini par s'établir en Orient, ainsi que la dispense pour manger du poisson, le jour de l'Annonciation et le Dimanche des Rameaux.
Outre le Carême de préparation à la fête de Pâques, les Grecs en célèbrent encore trois autres dans le cours de l'année : celui qu'ils appellent des Apôtres, et qui s'étend depuis l'Octave de la Pentecôte jusqu'à la fête de saint Pierre et de saint Paul ; celui qu'ils nomment de la Vierge Marie, qui commence le premier jour d'Août et finit la veille de l'Assomption ; enfin le Carême de préparation à Noël, qui dure quarante jours entiers. Les privations que les Grecs observent durant ces trois Carêmes sont analogues à celles du grand Carême, sans être tout à fait aussi rigoureuses. Les autres nations chrétiennes de l'Orient solennisent aussi plusieurs Carêmes, et avec une rigueur qui surpasse encore celles qu'observent les Grecs ; mais tous ces détails nous conduiraient trop loin. Nous terminerons donc ici ce que nous avons à dire du Carême sous le rapport historique, et nous exposerons maintenant les mystères de ce saint temps. (…)
Pratique du carême
(…)
Or, la pénitence consiste dans la contrition du cœur et dans la mortification du corps ; ces deux parties lui sont essentielles. C'est le cœur de l'homme qui a voulu le mal, et le corps a souvent aidé à l'accomplir. L'homme étant d'ailleurs composé de l'un et de l'autre, il doit les unir dans l'hommage qu'il rend à Dieu. Le corps doit participer aux délices de l'éternité ou aux tourments de l'enfer. Il n'y a donc point de vie chrétienne complète, ni non plus d'expiation valable, si dans l'une et l'autre il ne s'associe à l'âme.
Mais le principe de la véritable pénitence est dans le cœur : nous l'apprenons de l'Évangile par les exemples de l'Enfant prodigue, de la Pécheresse, du publicain Zachée, de saint Pierre. Il faut donc que le cœur rompe sans retour avec le péché, qu'il le regrette amèrement, qu'il l'ait en horreur et qu'il en fuie les occasions. Pour exprimer cette disposition, l'Écriture se sert d'une expression qui a passé dans le langage chrétien, et rend admirablement l'état de l'âme sincèrement revenue du péché ; elle l'appelle la Conversion. Le chrétien doit donc, durant le Carême, exercer à la pénitence du cœur et la regarder comme le fondement essentiel de tous les actes propres à ce saint temps. Néanmoins, cette pénitence serait illusoire, si l'on ne joignait l'hommage du corps aux sentiments intérieurs qu'elle inspire. Le Sauveur, sur la montagne, ne se contente pas de gémir et de pleurer sur nos péchés ; Il les expie par la souffrance de Son corps ; et l'Eglise, qui est son interprète infaillible, nous avertit que la pénitence de notre cœur ne sera pas reçue, si nous n'y joignons la pratique exacte de l'abstinence et du jeûne.
Quelle est donc l'illusion de tant de chrétiens honnêtes qui se flattent d'être irréprochables, surtout lorsqu'ils oublient leur passé ou qu'ils se comparent à d'autres, et qui, parfaitement contents d'eux-mêmes, ne songent jamais aux dangers de la vie molle qu'ils comptent bien mener jusqu'au dernier jour ! Leurs péchés d'autrefois, ils n'y songent plus : ne les ont-ils pas sincèrement confessés ? La régularité selon laquelle ils vivent désormais n'est-elle pas la preuve de leur solide vertu ? Qu'ont-ils à démêler avec la justice de Dieu ? Aussi les voyons-nous solliciter régulièrement toutes les dispenses possibles dans le Carême. L'abstinence les incommoderait ; le jeûne n'est plus compatible avec la santé, les occupations, les habitudes d'aujourd'hui. On n'a pas la prétention d'être meilleur que tel ou tel qui ne jeûnent pas et ne font pas abstinence ; et comme on est incapable d'avoir même l'idée de suppléer par d'autres pratiques de pénitence à celles que l'Église prescrit, il en résulte que, sans s'en apercevoir et insensiblement, on arrive à n'être plus chrétien.
L'Église, témoin de cette effrayante décadence du sens surnaturel et redoutant une résistance qui accélérerait encore les dernières pulsations d'une vie qui va s'éteignant, élargit de plus en plus la voie des adoucissements. Dans l'espoir de conserver une étincelle de christianisme pour un avenir meilleur, elle préfère abandonner à la justice de Dieu Lui-même des enfants qui ne L'écoutent plus, lorsqu'elle leur enseigne les moyens de se rendre favorable cette justice dès ce monde ; et ces chrétiens se livrent à la sécurité la plus profonde, sans nul souci de comparer leur vie aux exemples de Jésus-Christ et des Saints, aux règles séculaires de la pénitence chrétienne.
Il est sans doute des exceptions à cette mollesse dangereuse ; mais qu'elles sont rares, dans nos villes surtout ! Que de préjugés, que de vains prétextes, que d'exemples malheureux contribuent à fausser les âmes ! Que de fois n'a-t-on pas entendu cette naïve excuse sortir de la bouche de ceux même qui se font honneur de leur titre de catholiques : Qu'ils ne font pas abstinence, qu'ils ne jeûnent pas, parce que l'abstinence et le jeûne les gêneraient, les fatigueraient ! Comme si l'abstinence et le jeûne avaient un autre but que d'imposer un joug pénible à ce corps de péché ! (Rom, VI, 6) En vérité, ces personnes semblent avoir perdu le sens ; et leur étonnement sera grand lorsque le Seigneur, au jour de son jugement, les confrontera avec tant de pauvres musulmans qui, au sein d'une religion dépravée et sensuelle, trouvent chaque année en eux-mêmes le courage d'accomplir les rudes privations des quarante jours de leur Ramadan.
Mais serait-il même nécessaire de les confronter avec d'autres qu'avec eux-mêmes si incapables, pensent-ils, de supporter les abstinences et les jeûnes si réduits d'un Carême, tandis que Dieu les voit chaque jour s'imposer tant de fatigues bien autrement pénibles dans la recherche des intérêts et des jouissances de ce monde ? Que de santés usées dans des plaisirs au moins frivoles et toujours dangereux, et qui se fussent maintenues dans toute leur vigueur, si la loi chrétienne, et non le désir de plaire au monde, eût réglé et dominé la vie ! Mais le relâchement est tel que l'on ne conçoit aucune inquiétude, aucun remords ; on renvoie le Carême au Moyen-âge, sans faire même attention que l'indulgence de l'Église en a proportionné les observances à notre faiblesse physique et morale. On a conservé ou reconquis, par la miséricorde divine, la foi de ses pères ; et l'on ne s'est pas ressouvenu encore que la pratique du Carême est un signe essentiel de catholicisme, et que la réforme protestante du XVIè siècle a eu pour un de ses traits principaux et a écrit sur son drapeau l'abolition de l'abstinence et du jeûne.
Mais, dira-t-on, n'y a-t-il pas des dispenses légitimes ? Assurément, il en est, et, dans ce siècle d'épuisement général, beaucoup plus que dans les âges précédents. Mais que l'on prenne garde à l'illusion. Si vous avez des forces pour supporter d'autres fatigues, pourquoi n'en auriez-vous pas pour remplir le devoir de l'abstinence ? Si la crainte d'une légère incommodité vous arrête, vous avez donc oublié que le péché ne sera pas remis sans l'expiation. Le jugement des hommes de l'art, qui prédisent un affaiblissement de vos forces comme la suite du jeûne peut être fondé en raison ; la question est de savoir si ce n'est pas précisément cette mortification de la chair que l'Église vous prescrit dans l'intérêt de votre âme. Mais admettons que la dispense soit légitime, que votre santé encourrait un risque véritable, que vos devoirs essentiels souffriraient, si vous observiez à la lettre les prescriptions de l'Église ; dans ce cas, songez-vous à substituer d'autres œuvres de pénitence à celles que vos forces ne vous permettent pas d'entreprendre ? Éprouvez-vous un vif regret, une confusion sincère de ne pouvoir porter avec les vrais fidèles le joug de la discipline quadragésimale ? Demandez-vous à Dieu la grâce de pouvoir, une autre année, participer aux mérites de vos frères, et accomplir avec eux ces saintes pratiques qui doivent être le motif de la miséricorde et du pardon ? S'il en est ainsi, la dispense ne vous aura pas été nuisible ; et quand la fête de Pâques conviera les fidèles enfants de l'EgIise à ses joies ineffables, vous pourrez vous joindre avec confiance à ceux qui ont jeûné ; car si la faiblesse de votre corps ne vous a pas permis de les suivre extérieurement dans la carrière, votre cœur est demeuré fidèle à l'esprit du Carême.
Dom Guéranger.
lundi 1 février 2010
Les origines des Etats-Unis.
La «Déclaration des Droits» trouve son origine dans trois textes fondamentaux qui sont : La Grande Charte, la Pétition des Droits et la Déclaration des Droits de 1774, garantissant le droit individuel et son intangibilité. Le 4 juillet 1776 le Congrès Continental fait sa Déclaration d’Indépendance. Elle avait été préparée par Thomas Jefferson, Benjamin Franklin, John Adams, Roger Sherman, et Robert Levingston. La Constitution de 1787, ratifiée en juin 1788, est enfin adoptée en 1789. Elle repose entre autres sur la séparation des pouvoirs, la liberté de parole, de religion, de la presse, de réunion. Au même moment commence en France des événements qui aboutiront à la mort de Louis XVI, le 21 janvier 1793, et cela au nom de la liberté chérie ! Qui trop embrasse, mal étreint, ceci aussi nous connaissons.
En fait, dés le XVIII° siècle, les puissances de l’ombre sont en place. …Cette sujétion du pouvoir occulte des sociétés secrètes date de la fondation même des USA… dit Jacques Ploncard d’Assas, cité dans l’opuscule sur «Un gouvernement mondial ? » d’Arnaud de Lassus, octobre 1992, qui rappel que …les Etats Unis sont eux-mêmes une création maçonnique …fondée par des Initiés tels que Benjamin Franklin et Gorges Washington. Puis il apporte un élément de réflexion intéressant …Si l’on observe attentivement les motifs décorant un billet d’un dollar, on remarquera sur l’une des faces, à gauche, un dessin représentant une pyramide inachevée, surmontée d’un triangle lumineux au centre duquel se trouve un œil. La base porte en chiffres romains la date de 1776. Entourant le tout se lit l’inscription latine «Novus ordo seculorum annuit coeptis» : «Le nouvel ordre des siècles approuve l’entreprise» (l’entreprise en question est-elle le Mondialisme ?) Apparu sur la monnaie des Etats Unis à l’époque du New Deal (1933), ce symbole a une histoire : il fut choisi par Weishaupt en 1776, l’année même de l’indépendance américaine, comme insigne des Illuminés de Bavière. Dans une note personnelle retrouvée dans ses papiers après sa mort, le Frère Adam Weishaupt déclare : …Nous devons tout détruire aveuglément, avec cette seule pensée : le plus possible et le plus vite… Cité par Jacques Bordiot dans «Une Main Cachée Dirige», page 63, Editions du Trident, 1992. Est-ce là tout l’idéal maçonnique ? En revanche …C’est probablement en raison de la coïncidence que l’Illuminé Thomas Jefferson, Benjamin Franklin, John Adams proposèrent en 1782 au Congrès de placer cette étrange image au revers du sceau des Etats Unis. La proposition fut adoptée le 15 septembre 1789 …l’interprétation ne saurait faire de difficulté. Il s’agit bien d’un symbole maçonnique. La pyramide représente la Tour de Babel (tiens, tiens !) …La date indique qu’en créant en 1776 les Etats Unis d’Amérique, les Initiés ont commencé à reconstruire Babel …Le but final sera atteint lorsque seront fondé les Etats Unis du Monde. Telle était, du reste la conviction du Président américain Grant qui déclarait en 1872 : «Le monde civilisé tend vers le républicanisme, vers le gouvernement du peuple par ses représentants, et notre grande République est destinée à servir de guide à toutes les autres. Notre Créateur (sic) prépare le monde à devenir en temps opportun une grande nation qui ne parlera qu’une langue et où les armées et les flottes ne seront plus nécessaires» …Faut-il en conclure que les Etats Unis sont l’instrument forgé par les Initiés en vue d’atteindre leur objectif ? Ce serait là une vue sinon inexacte, du moins très partielle des choses...
Autre étrangeté, celle du mot Dollar qui n’a aucune raison de s’appeler ainsi s’il ne vient du mot allemand Daler ou Taler qui est l’abrégé de joachimsthale, du nom d’une pièce d’argent frappée pour la première fois en 1519 à l’effigie de saint Joachim en Allemagne (sic). Nous pouvons aussi le rapprocher du Talion de la loi Mosaïque (œil pour œil) de l’Ancien Testament.
Le plus étonnant reste à venir. En effet pourquoi symboliser ce dollar par un S et qui plus est, barré de deux traits inclinés ? Simplement parce que le S est l’initiale du roi Salomon et que les deux traits représentent les colonnes tronquées du temple détruit de Jérusalem. Nous y revoilà ! Elles font aussi partie de l’aménagement symbolique indispensable pour tous Temples maçonniques y compris de nos jours et dans tous les pays. Le Judaïsme se confond ainsi à la franc-maçonnerie à moins que ce ne soit l’inverse. Dire que, d’après certains, l’idéologie religieuse n’a rien à faire dans l’histoire du monde ! La fondation des Etats Unis illustre bien le contraire et prouve à quel point les sociétés secrètes et les forces occultes sont agissantes. Quoiqu’elles en disent !
En fait, dés le XVIII° siècle, les puissances de l’ombre sont en place. …Cette sujétion du pouvoir occulte des sociétés secrètes date de la fondation même des USA… dit Jacques Ploncard d’Assas, cité dans l’opuscule sur «Un gouvernement mondial ? » d’Arnaud de Lassus, octobre 1992, qui rappel que …les Etats Unis sont eux-mêmes une création maçonnique …fondée par des Initiés tels que Benjamin Franklin et Gorges Washington. Puis il apporte un élément de réflexion intéressant …Si l’on observe attentivement les motifs décorant un billet d’un dollar, on remarquera sur l’une des faces, à gauche, un dessin représentant une pyramide inachevée, surmontée d’un triangle lumineux au centre duquel se trouve un œil. La base porte en chiffres romains la date de 1776. Entourant le tout se lit l’inscription latine «Novus ordo seculorum annuit coeptis» : «Le nouvel ordre des siècles approuve l’entreprise» (l’entreprise en question est-elle le Mondialisme ?) Apparu sur la monnaie des Etats Unis à l’époque du New Deal (1933), ce symbole a une histoire : il fut choisi par Weishaupt en 1776, l’année même de l’indépendance américaine, comme insigne des Illuminés de Bavière. Dans une note personnelle retrouvée dans ses papiers après sa mort, le Frère Adam Weishaupt déclare : …Nous devons tout détruire aveuglément, avec cette seule pensée : le plus possible et le plus vite… Cité par Jacques Bordiot dans «Une Main Cachée Dirige», page 63, Editions du Trident, 1992. Est-ce là tout l’idéal maçonnique ? En revanche …C’est probablement en raison de la coïncidence que l’Illuminé Thomas Jefferson, Benjamin Franklin, John Adams proposèrent en 1782 au Congrès de placer cette étrange image au revers du sceau des Etats Unis. La proposition fut adoptée le 15 septembre 1789 …l’interprétation ne saurait faire de difficulté. Il s’agit bien d’un symbole maçonnique. La pyramide représente la Tour de Babel (tiens, tiens !) …La date indique qu’en créant en 1776 les Etats Unis d’Amérique, les Initiés ont commencé à reconstruire Babel …Le but final sera atteint lorsque seront fondé les Etats Unis du Monde. Telle était, du reste la conviction du Président américain Grant qui déclarait en 1872 : «Le monde civilisé tend vers le républicanisme, vers le gouvernement du peuple par ses représentants, et notre grande République est destinée à servir de guide à toutes les autres. Notre Créateur (sic) prépare le monde à devenir en temps opportun une grande nation qui ne parlera qu’une langue et où les armées et les flottes ne seront plus nécessaires» …Faut-il en conclure que les Etats Unis sont l’instrument forgé par les Initiés en vue d’atteindre leur objectif ? Ce serait là une vue sinon inexacte, du moins très partielle des choses...
Autre étrangeté, celle du mot Dollar qui n’a aucune raison de s’appeler ainsi s’il ne vient du mot allemand Daler ou Taler qui est l’abrégé de joachimsthale, du nom d’une pièce d’argent frappée pour la première fois en 1519 à l’effigie de saint Joachim en Allemagne (sic). Nous pouvons aussi le rapprocher du Talion de la loi Mosaïque (œil pour œil) de l’Ancien Testament.
Le plus étonnant reste à venir. En effet pourquoi symboliser ce dollar par un S et qui plus est, barré de deux traits inclinés ? Simplement parce que le S est l’initiale du roi Salomon et que les deux traits représentent les colonnes tronquées du temple détruit de Jérusalem. Nous y revoilà ! Elles font aussi partie de l’aménagement symbolique indispensable pour tous Temples maçonniques y compris de nos jours et dans tous les pays. Le Judaïsme se confond ainsi à la franc-maçonnerie à moins que ce ne soit l’inverse. Dire que, d’après certains, l’idéologie religieuse n’a rien à faire dans l’histoire du monde ! La fondation des Etats Unis illustre bien le contraire et prouve à quel point les sociétés secrètes et les forces occultes sont agissantes. Quoiqu’elles en disent !
Les instructions d'Albert Pike.
Instructions du Suprême Conseil de Charleston
aux 23 Suprêmes Conseils Confédérés
A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, dont le Nom en sept lettres est Ineffable.
Liberté ! Egalité ! Fraternité !
Le Frère général Pike, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Charleston, premier Suprême Conseil du Rite Ecossais Ancien Accepté, générateur des 23 Suprêmes Conseils Confédérés établis sur les deux hémisphères, ayant en particulier la juridiction des Etats-Unis d'Amérique (sud),
Salue les Très Illustres Frères Très Puissants Souverains Commandeurs Grands Maîtres des 23 Suprêmes Conseils confédérés :
1° Le Frère Henri T. Palmer, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Boston, pour la juridiction des Etats-Unis d'Amérique (nord) ;
2° Le Frère Manuel B. Bonilla, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Costa-Rica, pour la juridiction de l'Amérique Centrale ;
3° Le Frère comte de Lathom, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Londres, pour la juridiction de l'Angleterre, le Pays de Galles et les dépendances de la Grande Bretagne ;
4° Le Frère Pierre Van Humbeeck, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Bruxelles, pour la juridiction de la Belgique et la Hollande ;
50 Le Frère Luiz Antonio Vieira da Silva, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Rio-de-Janeiro, pour la juridiction du Brésil ;
6° Le Frère (Vacance de la Grande Maîtrise), Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Hamilton, pour la juridiction du Dominion du Canada ;
7° Le Frère Benito Alamos Gonzalez, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Valparaiso, pour la juridiction du Chili ;
8° Le Frère don Ignacio-Zuazo, marquis d'Almeiras, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de la Havane, pour la juridiction de Cuba, Colon, Porto-Rico et les autres îles des Indes occidentales espagnoles ;
9° Le Frère comte de Rosslyn, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil d'Edimbourg, pour la juridiction de l’Ecosse ;
10° Le Frère Léon Echeverria, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Bogota, pour la juridiction des Etats-Unis de Colombie ;
11° Le Frère Louis Proal, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Paris, pour la juridiction de la France et de ses dépendances ;
12° Le Frère Nicolas Damaschino, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil d'Athènes, pour la juridiction de la Grèce et les îles sous sa domination, y compris Corfou ;
13° Le Frère Etienne Rakowsky, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de BudaPest, pour la juridiction de la Hongrie ;
14° Le Frère John F. Townshend, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Dublin, pour la juridiction de l'Irlande ;
15° Le Frère Adriano Lemmi, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Rome, pour la juridiction de l'Italie, la Sicile et les autres îles italiennes ;
160 Le Frère Ignacio Manuel Altamirano, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Mexico, pour la juridiction du Mexique ;
17° Le Frère Francisco-Javier Mariategui, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Lima, pour la juridiction du Pérou ;
18° Le Frère Elias-Garcia José, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Lisbonne, pour la juridiction du Portugal et ses colonies ;
19° Le Frère José Fernandez, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Buenos-Ayres, pour la juridiction de la République Argentine ;
20° le Frère Jacinto de Castro, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Saint-Domingue, pour la juridiction de la République Dominicaine ;
21° Le Frère Louis Ruchonnet, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Lausanne, pour la juridiction de la Suisse en vingt-deux cantons confédérés ;
22° Le Frère Carlos de Castro, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Montevideo, pour la juridiction de la République orientale de l'Uruguay ;
23° Le Frère Joaquin Crespo, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Caracas, pour la juridiction des Etats-Unis de Vénézuéla.
Au nom et à la gloire du Grand Architecte de l'Univers, le Frère Albert Pike rappelle à ses Très Illustres Frères que :
A. Le Suprême Conseil de Charleston, premier Suprême Conseil du globe, créé le 31 mai 1801 sous le 33e degré de latitude nord, dans la Caroline du Sud, aux Etats-Unis d'Amérique, a engendré : - 1° le 22 septembre 1804, le Suprême Conseil de France, siégeant à Paris ; - 2° le 5 mars 1805, le Suprême Conseil d'Italie, siégeant à Rome; - 3° le 4 juillet 1811, le Suprême Conseil d'Espagne, siégeant à Madrid, aujourd'hui séparé de la confédération, quoique pratiquant le Rite Ecossais Ancien Accepté en 33 degrés ; - 4° le 5 août 1813, le Suprême Conseil des Etats-Unis d'Amérique (nord), siégeant à Boston ; - 5° le 11 juin 18.26, le Suprême Conseil d'Irlande, siégeant à Dublin ; - 6° le 24 juin 1859, le Suprême Conseil de Colon et Cuba siégeant à la Havane ;
B. Le Suprême Conseil de France, fils du Suprême Conseil de Charleston, a engendré : - 1° le 11 mai 1817, le Suprême Conseil de Belgique siégeant à Bruxelles ; - 2° le 6 mai 1846, le Suprême Conseil d'Ecosse, siégeant à Édimbourg ; - 3° le 25 novembre 1871, le Suprême Conseil de Hongrie, siégeant à BudaPest, lequel dirige la Grande Loge Symbolique de ce pays ; - 4° le 30 mai 1873, le Suprême Conseil de Suisse, siégeant à Lausanne ;
C. Le Suprême Conseil de Boston ou des Etats-Unis d'Amérique (nord), fils du Suprême Conseil de Charleston, a engendré : - le 2 février 1816, le Suprême Conseil d'Angleterre, siégeant à Londres ;
D. Le Suprême Conseil de Belgique, petit-fils du Suprême Conseil de Charleston, a engendré : - le 16 novembre 1829, le Suprême Conseil du Brésil, siégeant à Rio-de-Janeiro ;
E. Le Suprême Conseil du Brésil, arrière-petit-fils du Suprême Conseil de Charleston, a engendré : - 1° le 6 mai 1812, le Suprême Conseil du Portugal, siégeant à Lisbonne ; - 2° le 20 septembre 1856, le Suprême Conseil de l'Uruguay, siégeant à Montevideo ;
F. Le Suprême Conseil d'Angleterre, petit-fils du Suprême Conseil de Charleston, a engendré : - le 16 octobre 1874, le Suprême Conseil du Canada, siégeant à Hamilton ;
G. Le Suprême Conseil de l'Uruguay, arrière-petit-fils du Suprême Conseil de Charleston, a engendré : - le 15 décembre 1858, le Suprême Conseil de la République Argentine, siégeant à Buenos-Ayres ;
H. En outre, le Suprême Conseil de Charleston a adopté : -1° le Suprême Conseil du Pérou, siégeant à Lima, lequel s'est constitué de lui-même, le 23 mars 1830, et s'est rallié au Rite Ecossais Ancien Accepté ; - 2° le Suprême Conseil de Colombie, siégeant à Bogota, lequel s'est constitué de lui-même, le 18 février 1833, et s'est rallié au Rite Ecossais Ancien Accepté ; -3° le Suprême Conseil de la République Dominicaine, siégeant à Saint-Domingue, qui s'est constitué de lui-même, le 13 décembre 1861, et s'est rallié au Rite Ecossais Ancien Accepté ; - 4° le Suprême Conseil du Vénézuéla, siégeant à Caracas, lequel s'est constitué de lui-même, le 3 mai 1864, et s'est rallié au Rite Ecossais Ancien Accepté ; - 5° le Suprême Conseil de Grèce, siégeant à Athènes, lequel s'est constitué de lui-même, le 25 janvier 1867, et s’est rallié au Rite Ecossais Ancien Accepté ; - 6° le Suprême Conseil du Chili, siégeant à Valparaiso, lequel s'est constitué de lui-même, le 19 août 1870, et s'est rallié au Rite Ecossais Ancien Accepté ; - 7° le Suprême Conseil du Mexique, siégeant à Mexico, lequel s'est constitué de lui-même le 8 novembre 1878, et s'est rallié au Rite Ecossais Ancien Accepté ;
I. Le Suprême Conseil du Vénézuéla, fils adoptif du Suprême Conseil de Charleston, a engendré : - le 26 novembre 1870, le Suprême Conseil de l'Amérique Centrale, siégeant à Costa-Rica ;
J. Enfin, le Suprême Conseil d'Italie, fils du Suprême Conseil de Charleston, a engendré : - 1° le 25 janvier 1878, le Suprême Conseil d'Egypte, siégeant au Caire ; - 2° le 11 mai 1880, le Suprême Conseil de Tunisie, siégeant à Tunis ; - mais ces deux Suprêmes Conseils, demeurant sous la dépendance immédiate et directe du Suprême Conseil d'Italie, ne se rattachent qu'indirectement au Suprême Conseil de Charleston par la pratique du Rite Ecossais Ancien Accepté.
Ainsi, le Suprême Conseil de Charleston a engendré lui-même ou fait engendrer, par les Suprêmes Conseils ses fils et petits-fils, 26 Suprêmes Conseils dont 3 ne sont pas rattachés à lui, et l'union des 23 autres Suprêmes Conseils avec lui constitue sur le globe la Confédération Souveraine de la Franc-Maçonnerie du Rite Ecossais Ancien Accepté, répandu et pratiqué de la sorte dans le plus grand nombre de pays des deux mondes.
Au surplus, le Suprême Conseil de Charleston entretient, comme Souveraine Puissance Maçonnique, des relations d'amitié fraternelle avec les Grands Orients et Grandes Loges de tous les Rites, qui veulent bien faire appel à ses lumières en vue de l'entente commune et de la direction du mouvement maçonnique pour l'anéantissement final de l'ennemi.
C'est pourquoi, sans prétendre leur imposer ses instructions, le Frère Albert Pike, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du premier Suprême Conseil du globe, les recommande tout particulièrement aux Très Illustres Frères que la confiance de leurs Frères a placés à la tète des Grandes Loges et des Grands Orients ;
Savoir :
Pour l'Amérique :
1° La Grande Loge du Canada, à Hamilton ;
2° La Grande Loge de Québec, à Québec ;
3° La Grande Loge de la Colombre britannique, à Victoria ;
4° La Grande Loge du Nouveau-Brunswick, à Saint-John ;
5° La Grande Loge de la Nouvelle-Ecosse, à Halifax ;
6° La Grande Loge de l'Ile du Prince-Edouard, à Charlottetown ;
7° La Grande Loge de Manitoba, à Winnipeg ;
8° Le Grand Conseil des Maçons Oddfellows, à Ottawa ;
9° Le Grand Orient des Etats-Unis, à New-York ;
10° Le Suprême Grand Conseil des Chevaliers Templiers, à New-York ;
11° La Grande Loge du Missouri, à Boonville ;
12° La Grande Loge de l'Ohio, à Cincinnati ;
13° Le Grand Orient de la Louisiane, à la Nouvelle-Orléans ;
14° La Grande Loge de l'Alabama, à Montgommery ;
15° La Grande Loge d'Arizona, à Tueson ;
16° La Grande Loge de l'Arkansas, à Little-Rock ;
17° La Grande Loge de Californie, à San-Francisco ;
18° La Grande Loge de la Caroline du Nord, à Raleigh ;
19° La Grande Loge de la Caroline du Sud, à Charleston ;
20° La Grande Loge du Colorado, à Denver ;
21° La Grande Loge de Colombie, à Washington ;
22° La Grande Loge du Connecticut, à Hartford ;
23° La Grande Loge de Dakota, à Sioux-Falls ;
24° La Grande Loge de Delaware, à Wilmington ;
23° La Grande Loge de la Floride, à Jackson-ville ;
26° La Grande Loge de la Géorgie, à Mâcon ;
27° La Grande Loge de l'Idaho, à Boise-City ;
28° La Grande Loge de l'Illinois, à Chicago;
29° La Grande Loge de l'Indiana, à Indianopolis ;
30° La Grande Loge du Territoire Indien, à Atoka ;
31° La Grande Loge de l'Iowa, à Davenport;
32° La Grande Loge du Kansas, à Topeka ;
33° La Grande Loge du Kentucky, à Louisville ;
34° La Grande Loge de la Louisiane, à la Nouvelle-Orléans ;
35° La Grande Loge du Maine, à Portland ;
36° La Grande Loge de Maryland, à Baltimore ;
37° La Grande Loge de Massachussets, à Boston ;
38° La Grande Loge de Michigan, à Détroit ;
39° La Grande Loge de Minnesota, à Saint-Paul ;
40° La Grande Loge du Mississipi, à Jackson ;
41° La Grande Loge du Missouri, à Saint-Louis ;
42° La Grande Loge de Montana, à Helena ;
43° La Grande Loge de Nebraska, à Lincoln ;
44° La Grande Loge de Nevada, à Virginia-City ;
45° La Grande Loge de New-Hampshire, à Manchester ;
46° La Grande Loge de New-Jersey, à Trenton ;
47° La Grande Loge de New-York, à New-York ;
48° La Grande Loge du Nouveau Mexique, à Las Cruces ;
49° La Grande Loge de l'Ohio, à Cleveland ;
50° La Grande Loge de l'Orégon, à Portland ;
51° La Grande Loge de Pensylvanie, à Philadelphie ;
52° La Grande Loge Rhode-Island, à Providence ;
53° La grande Loge de Tenessee, à Nash-ville ;
54° La Grande Loge du Texas, à Houston ;
55° La Grande Loge de l'Utah, à Salt-Lake-City ;
56° La Grande Loge de Vermont, à Burlington ;
57° La Grande Loge de Virginie, à Richmond ;
58° La Grande Loge de Washington-Territoire, à Olympia ;
59° La Grande Loge de West-Virginia, à Whelling ;
60° La Grande Loge de Wisconsin, à Milvaukee ;
61° La Grande Loge de Wyoming, à Evanston ;
62° La Grande Loge pour la Juridiction Sud des Etats-Unis d'Amérique, à Charleston ;
63° La Grande Loge pour la juridiction Nord des Etats-unis d'Amérique, à Boston ;
64° La Grande Loge pour l'État de la Louisiane, à la Nouvelle-Orléans ;
65° La Grande Loge Unie de Colon et Cuba, à La Havane ;
66° La Grande Loge de Porto-Rico, à San-Juan ;
67° La Loge Indépendante de Colon, à Colon-Aspinwal ;
68° Le Grand Orient de Haïti, à Port-au-Prince ;
69° Le Suprême Conseil néo-grenadin (Etat de Bolivar), à Carthagène ;
70° La Grande Loge du Pérou, à Lima ;
71° La Grande Loge Symbolique du Chili, à Valparaiso;
Pour l'Europe :
72° La Grande Loge Unie d'Angleterre, à Londres ;
73° Le Souverain Sanctuaire du Rite antique et primitif de Memphis et Misraïm pour la Grande-Bretagne et l'Irlande, à Withington, Manchester ;
74° La Grande Loge d'Ecosse, à Edimbourg ;
75° La Grande Loge d'Irlande, à Dublin ;
76° La Grande Loge Nationale de Danemark, à Copenhague ;
77° La Grande Loge Nationale de Suède et Norvège, à Stockholm ;
78° Le Grand Orient de France (c'est-à-dire : son Grand Collège des Rites, du 33° degré), à Paris ;
79° La Grande Loge Symbolique, à Paris ;
80° Le Souverain Conseil Général du Rite de Misraïm pour la France et ses dépendances, à Paris ;
81° Le Grand Orient de Belgique, à Bruxelles ;
82° Le Grand Orient des Pays-Bas, à la Haye ;
83° Le Suprême Conseil du Luxembourg, à Luxembourg ;
84° La Grande Loge Nationale aux Trois-Globes, à Berlin ;
85° La Grande Loge Nationale d'Allemagne, à Berlin ;
86° La Grande Loge Royale de l'Amitié, à Berlin ;
87° La Grande Loge Nationale de Saxe, à Dresde ;
88° La Grande Loge le Soleil de Bavière, à Bayreuth ;
89° La Grande Loge de Hambourg, à Hambourg ;
90° La Grande Loge la Concorde de Darmstadt, à Darmstadt ;
91° La Grande Loge l'Union Eclectique de Francfort, à Francfort-sur-le-Mein ;
92° La Grande Loge Alpina de Winterthur, à Genève ;
93° Le Grand Orient National d'Espagne et son Suprême Conseil du 33e degré, à Madrid ;
94° Le Grand Orient d'Espagne, sa Grande Loge Symbolique et son Suprême Conseil du 33e degré, à Madrid ;
95° La Grande Loge Indépendante espagnole, à Séville ;
96° Le Souverain Sanctuaire de l'antique et primitif Rite Oriental de Memphis et Misraïm, à Naples ;
Pour l'Afrique :
97° La Grande Loge de Liberia, à Monrovia.
Pour l'Océanie :
98° La Grande Loge de l'Australie du Sud, à Adélaïde ;
99° La Grande Loge de la Nouvelle-Galles du Sud, à Sydney ;
100° La Grande Loge de Victoria, à Melbourne.
Ainsi, le Suprême Conseil de Charleston est, pour les 23 Suprêmes Conseils confédérés avec lui, et pour les 100 Grands Orients et Grandes Loges des divers Rites, le foyer de la Vraie Lumière Maçonnique, illuminant chaque jour davantage l'Amérique, l'Europe, l'Afrique, l'Océanie, et indirectement les colonies asiatiques.
Du Grand Orient du Suprême Conseil des Très Puissants Souverains Grand Inspecteurs Généraux du 33° et dernier degré du Rite Ecossais Ancien Accepté de la Franc-Maçonnerie pour la juridiction sud des Etats-Unis d'Amérique, sous le point vertical du zénith correspondant au 33° degré de latitude nord, en la vallée de Charleston, Caroline du Sud ;
Nous, Maître Expert de la Grande Loge Symbolique ; Maître Secret ; Maître Parfait ; Secrétaire Intime ; Prévot et Juge ; Intendant des Bâtiments ; Maître Elu des Neuf ; Illustre Elu des Quinze ; Sublime Chevalier Elu, Chef des Douze Tribus ; Grand Maître Architecte ; Chevalier Royale-Arche ; Grand Elu Ecossais de la Voûte Sacrée, Parfait et Sublime Maçon ; Chevalier d'Orient ou de l'Epée ; Prince de Jérusalem ; Chevalier d'Orient et d'Occident ; Chevalier et Souverain Prince Rose-Croix ; Grand Pontife de la Jérusalem Céleste ; Grand Patriarche, Vénérable Maître ad vitam de toutes les Loges Symboliques ; Chevalier Prussien Noachite, Grand Maître de la Clef ; Prince du Liban, Royale-Hache ; Chef du Tabernacle ; Prince du Tabernacle ; Chevalier du Serpent d'Airain ; Prince de Merci, Chevalier Ecossais Trinitaire ; Souverain Commandeur du Temple ; Chevalier du Soleil Prince Adepte ; Chevalier de Saint-André, ou Grand Ecossais de Saint André d'Ecosse ; Grand Elu Chevalier Kadosch, Parfait Initié ; Grand Inspecteur Inquisiteur Commandeur ; Très Eclairé et Sublime Prince du Royal-Secret ; Souverain Grand Inspecteur Général, 33e et dernier degré ; Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Charleston, premier Suprême Conseil du globe ; Grand Maître Conservateur du Palladium Sacré ; Souverain Pontife de la Franc-Maçonnerie Universelle, en la trente-unième année de Notre Pontificat ;
Assisté des Très Illustres, Très Eclairés et Très Sublimes Frères Albert G. Mackey, Frédéric Webber, William W. Upton, Josiah Essex, Robert F. Crowell, Thomas L. Tullock, Philéas Walder, Goldsborongh Bruff, William M. Ireland et Richard W. Thompson, Souverains Grands Inspecteurs Généraux, Mages Elus composant le Sérénissime Grand Collège des Maçons Emérites, Conseil de notre phalange d'élite et bataillon sacré de l'Ordre ;
A tous les Très Illustres Souverains Grands Inspecteurs Généraux, membres des Suprêmes Conseils confédérés du Rite Ecossais Ancien Accepté, et à tous les Très Illustres, Vaillants et Eclairés Frères dirigeant les Grandes Loges ou chefs secrets des Grands Orients des divers pays répandus sur la surface des deux hémisphères, qui ces présentes verront :
Santé ! Stabilité ! Pouvoir !
Poursuivant notre oeuvre avec plus d'énergie que jamais, malgré le poids des années, Nous voulons laisser à Nos Frères Très Eclairés Nos instructions et Nos avis fraternels pour la bonne direction des Ateliers Supérieurs de l'Ordre.
Dans la Franc-Maçonnerie il est deux devises :
Ordo ab Chao, qui est la devise divine du Grand Architecte de l'Univers ;
Deus Meumque Jus, qui est la devise humaine des Francs-Maçons parvenus aux hauts grades.
Le Grand Architecte, en organisant l'univers, a tiré l'Ordre du chaos. Nous nous inclinons avec admiration devant ses oeuvres si belles et en même temps si raisonnables.
D'autre part, chacun de nous réclame Dieu et son droit. Et nous avons, à plusieurs reprises, eu soin d'inscrire notre devise humaine par ses seules initiales, afin de leur donner une seconde interprétation mystique révélée aux seuls Parfaits Initiés. Cette interprétation mystique, ne devra pas être portée à la connaissance des Frères ayant un grade inférieur à celui de Chevalier Kadosch. Et, à ce propos, Nous vous rappelons que, si vous jugez qu'un profane ne puisse, intellectuellement parlant, s'élever jamais à la hauteur du degré de Chevalier Kadosch, il faut bien vous garder de l'initier même au grade d'Apprenti ; car jamais vous ne pourrez en faire un vrai Maçon.
Donc, nous formulons ainsi notre devise humaine : D. M. I., et nous l'expliquons ésotériquement par : Destruction, Matérialisation, Imposition. En d'autres termes, il faut Imposer, par le travail maçonnique, la Destruction de tout ce que la Matérialisation n'atteint pas.
Les trois points qui suivent chacune de ces trois initiales signifient que le travail maçonnique de Destruction, de Matérialisation et d'imposition est triple.
I. DESTRUCTION :
1° de la Superstition; - 2° de la Tyrannie Politique; - 3° de l'Anti-Maçonnisme.
II. MATÉRIALISATION :
1° de la Conscience; - 2° de l'Etat; - 3° de l'Enseignement.
III. IMPOSITION :
1° à la Famille ; - 2° à la Nation; -3° à l’Humanité.
C'est pourquoi, le travail maçonnique doit consister, par tous les moyens quels qu'ils soient, à Imposer pratiquement à la Famille d'abord, à la Nation ensuite, et à l'humanité enfin, la Destruction : de la Superstition, là où la Matérialisation n'a pu faire son oeuvre sur la Conscience; de la Tyrannie Politique, là où l'Etat n'a pu être matérialisé ; de l'Anti-Maçonnisme, là où l'Enseignement n'a pu être atteint par la matérialisation.
Tel est l'ordre de mise en pratique du D. M. I. qui résume en trois lettres notre loi.
Il est absolument nécessaire de ne laisser parvenir au grade de Chevalier Kadosch que des Frères choisis parmi ceux qui sont intimement convaincus de l'existence d'une Cause Première. Retenez au grade de Rose-Croix tous ceux dont l'âme vous paraît s'ouvrir à la Vraie Lumière, mais qui ont néanmoins de la lenteur à comprendre ; instruisez-les graduellement, soumettez leur intelligence à des épreuves, exposez-leur surtout le rôle du feu, agent actif de la nature ; mais ne les pressez pas.
Les athées nous sont bons comme auxiliaires, mais dans les Loges Symboliques seulement. Il faut leur dire que, si, par le premier article de la Déclaration de Principes du 22 septembre 1875, nous avons proclamé l'existence d'un principe Créateur, sous le nom de Grand Architecte de l'Univers, c'est uniquement pour attirer à l'Ordre l'adhésion des croyants libéraux et faire preuve de tolérance envers tous les cultes. Mais n'agissez qu'avec la plus grande prudence vis-à-vis des athées ; ils sont plus difficiles à convaincre que les hommes qui, croyant à la divinité, en ont une fausse idée. L'idée de ceux-ci peut à la longue se rectifier; l'athée, au contraire, s'obstine dans sa négation. Ne vous servez donc des athées que pour les oeuvres politiques, et ne leur confiez jamais le soin de faire en loge des conférences sur les questions philosophiques.
C'est avec le plus grand soin qu'il est nécessaire de choisir les adeptes. Dans beaucoup d'orients, on les prend trop au hasard ; aussi tardons-nous à atteindre le but.
Ne conférez la Maîtrise qu'au Compagnon qui se connaît lui même. Sur le fronton des anciens temples érigés au Dieu de la Lumière, on lisait cette inscription en deux mots : « Connais-toi ». Nous donnons le même conseil à tout homme qui veut s'approcher de la science.
N'initiez jamais au troisième degré l'homme qui, malgré les enseignements reçus aux deux grades précédents, est demeuré esclave des préjugés du monde profane. Il ne parviendra jamais tant qu'il ne se réformera pas. Au grade de Compagnon, vous lui ouvrez les portes des Loges d'Adoption ; là, vous le jugerez bien. Vous verrez si ses préjugés tombent. S'il reste esclave de ses passions, s'il s'attache exclusivement à une femme, ne vous préoccupez plus de lui, vous perdriez votre temps. Il ne saurait être un adepte; car le mot « adepte » signifie celui qui est parvenu par sa volonté et par ses oeuvres, qui méprise les préjugés et qui triomphe de ses passions.
L'homme qui a peur de perdre ses idées ; celui qui redoute les vérités nouvelles et qui n'est pas disposé à douter de tout plutôt que d'admettre quelque chose au hasard, celui-là n'est point pour nous. S'il soupçonnait notre secret, il le comprendrait mal ; son âme timide en serait troublée. Il deviendrait dangereux. Aussi, dès que vous sentez que vous vous êtes mépris sur le caractère et le tempérament d'un homme à qui vous avez conféré le premier grade et même le second, excluez-le adroitement, mais impitoyablement, en faisant naître des prétextes quelconques d'élimination.
On ne montre pas la lumière aux oiseaux de nuit. La leur montrer, c'est la leur cacher; car elle les aveugle et devient pour eux plus obscure que les ténèbres.
Notre science est la science traditionnelle des secrets de la nature ; elle nous vient des mages, adorateurs d'Ormudz, nom persan du Principe du Bien, du Génie de la Lumière. Il ne faut donc la communiquer qu'à bon escient et avec des précautions infinies, attendu qu'au moyen de cette science, l'adepte se trouve investi d'une sorte de toute-puissance et peut agir surhumainement, c'est-à-dire d'une manière qui passe la portée commune des hommes.
Pour parvenir au sanctuaire de notre Dieu, quatre qualités sont indispensables : 1° une intelligence éclairée par l'étude; 2° une audace que rien n'arrête; 3° une volonté que rien ne brise ; 4° une discrétion que rien ne puisse corrompre ou enivrer.
SAVOIR, OSER, VOULOIR, Se TAIRE, voilà les quatre verbes du mage qui sont écrits dans les quatre formes symboliques du sphinx.
La première science étant la connaissance de soi-même, la première aussi de toutes les oeuvres de la science, celle qui renferme toutes les autres, c'est la création de soi-même. L'adepte doit dépouiller le vieil homme profane et se créer une humanité nouvelle. De même que l'homme ne devient le roi des animaux qu'en les domptant ou en les apprivoisant, sous peine d'en devenir la victime ou l'esclave, de même l'homme doit vaincre ses passions, dont les animaux sont la figure, doit commander à toutes les forces instinctives de la nature, sous peine d'être broyé par elles.
Celui qui aspire à devenir un vrai Maçon doit être, dirons-nous, l'héritier du sphinx ; il doit en avoir la tête humaine pour posséder la parole, les ailes d'aigle pour conquérir les hauteurs, les flancs de taureau pour labourer les profondeurs, et les griffes de lion pour se faire place à droite et à gauche, en avant et en arrière.
A la science de Faust, le vrai Maçon joindra l'impassibilité de Job. Il piétinera la superstition dans son coeur. Il sera sans indécision et sans caprices. Il n'acceptera le plaisir que lorsqu'il le voudra, et il ne le voudra que lorsqu'il le devra.
Nous recommandons très instamment de multiplier les Loges d'Adoption. Elles sont indispensables pour former des Maçons bien maîtres d'eux-mêmes. Le prêtre essaye de dompter sa chair en s'astreignant au célibat ; il commet là un crime social, et, en même temps, il entreprend contre la nature une lutte impossible. Le vrai Maçon, au contraire, arrive à la perfection, c'est-à-dire à se dominer, en employant son zèle dans les Loges d'Adoption à se soumettre aux épreuves naturelles. Le commerce avec la femme commune à tous ses Frères lui fait une cuirasse contre les passions qui égarent le coeur. Celui-là seul peut vraiment posséder la volupté de l'amour, qui a vaincu, par l'usage fréquent, l'amour de la volupté. Pouvoir, à volonté, user et s'abstenir, c'est pouvoir deux fois. La femme t'enchaîne par tes désirs, dirons-nous à l'adepte ; eh bien, use des femmes souvent et sans passion ; tu deviendras ainsi maître de tes désirs, et tu enchaîneras la femme. D'où il résulte que le vrai Maçon parviendra facilement à résoudre le problème de la chair, que le prêtre ne résoudra jamais ; et c'est lui qui sera le vainqueur et le sage, parce qu'il aura pris, contrairement au prêtre, l'épée triomphante et raisonnable de l'action, au lieu du bouclier absurde de l'abstention systématique, arme défensive vouée d'avance à la défaite.
Dans la question du choix des adeptes, la Maîtrise est le premier degré important. Les grades d'Apprenti, Compagnon et Maître sont dans tous les rites : les deux premiers ont leur signification au point de vue doctrinal, et l'on ne saurait les supprimer ; mais ils sont avant tout les grades préparateurs de la Maîtrise. Aussi, les officiers qui confèrent le troisième degré à un Frère peu disposé à comprendre et incapable de se vaincre, sont impardonnables.
Evidemment il n'est pas de nécessité absolue que l'homme que vous allez diriger vers les hauts grades soit immédiatement parfait et ait compris notre secret dès son entrée dans la Maçonnerie. Ce que Nous vous demandons, c'est de l'observer avec le plus grand soin pendant son Apprentissage, d'abord, et de faire, ensuite, de la Loge d'Adoption, où il pénétrera quand il sera Compagnon, votre critérium, votre instrument de contrôle infaillible. L'Atelier de Frères, qui ne s'annexe pas une Loge de Soeurs, est un Atelier incomplet, destiné fatalement à ne jamais perfectionner ses membres ; il ne produira que des Maçons, dont la politique sera le principal souci, qui se préoccuperont surtout des intrigues et des compétitions, qui s'agiteront dans le vide, qui avanceront tantôt de trois pas pour reculer après d'autant, en un mot, qui feront du mauvais travail et dont la politique sera incohérente.
Ce qui est indispensable, aussi, c'est de faire élire comme officier de Loge, au moins au Vénéralat et aux fonctions d'Orateur, des Frères pourvus des hauts grades ; car le Vénérable et l'Orateur sont les conducteurs des Apprentis et des Compagnons vers la lumière de la Maîtrise, qui n'est elle-même qu'un pâle reflet de la Vraie Lumière. Or, des aveugles ne peuvent conduire des aveugles, et le chemin de la lumière est perdu, quand les guides portent encore un bandeau sur les yeux. Pour faire quelque chose, il faut savoir ce que l'on veut faire ou du moins avoir foi en quelqu'un qui le sait; mais comment risquerait-on sa vie à l'aventure et suivrait-on au hasard celui qui ne sait pas lui-même où il va ?
Une fois que, par l'observation, vous aurez acquis la certitude que votre homme peut, sans inconvénient, être conduit à la parfaite initiation du Chevalier Kadosch, conférez-lui la Maîtrise, commencez à soulever pour lui un coin du voile ; et si vraiment vous le jugez digne de recevoir un jour la révélation, vous lui ferez connaître le Verbe, au grade de Rose-Croix.
Nous appelons Verbe ou Parole le voile essentiel de l'être et le signe caractéristique de la vie. Toute forme est le voile d'un verbe, parce que l'idée mère d'un verbe est l'unique raison d'être des formes. Toute figure est un caractère, tout caractère appartient et retourne à un verbe. C'est pourquoi les anciens sages avaient formulé leur dogme unique en ces termes : « Ce qui est au-dessus est comme ce qui est au-dessous, et ce qui est au-dessous est comme ce qui est au-dessus.» Notre Dieu est comme le Dieu des prêtres, et pourtant celui-là n'est pas celui-ci ; ils sont semblables, quant à leur éternité et à leur puissance surnaturelle; mais il n'y a pas identité entre eux. A telle lumière répond telle obscurité ; au feu s'oppose l'eau ; l'ordre n'est l'ordre, que parce qu'il a contre lui le chaos qui lutte pour l'absorber. Mais, logiquement, la lumière remportera le triomphe final sur les ténèbres, en les repoussant et les enchaînant à jamais aux extrêmes confins de l'immensité ; le feu sortira vainqueur de sa lutte contre l'eau, en la dissolvant et reculant les limites de son domaine ; l'ordre régnera sur le chaos écrasé, non détruit. Telle est la loi suprême, le destin inéluctable.
Mais il faut néanmoins reconnaître que les deux opposés sont semblables, comme essence. La forme est proportionnelle à l'idée ; l'ombre est la mesure du corps calculée avec sa relation au rayon lumineux ; le fourreau est aussi profond que l'épée est longue ; la négation est proportionnelle à l'affirmation contraire ; la production est égale à la destruction dans le mouvement qui conserve la vie, et il n'y a pas un point dans l'espace infini qui ne soit le centre d'un cercle dont la circonférence s'agrandit et recule indéfiniment dans l'espace.
Ce qui est dans le surnaturel est reproduit dans l'humanité, en des proportions moindres, il est vrai. Toute individualité est donc indéfiniment perfectible, puisque le moral est analogique à l'ordre physique, et puisqu'on ne saurait concevoir un point qui ne puisse se dilater, s'agrandir et jeter des rayons dans un cercle philosophiquement infini. Par conséquent, le Compagnon éprouvé dont vous aurez fait un Maître, et qui, Maître, aurait été jugé digne de devenir Rose-Croix, est perfectible entre vos mains et sera le Kadosch de la sainte initiation, l'Elu qui connaîtra la Vraie Lumière, parce que le regard de ses yeux lucides aura traversé le voile du Verbe.
Pour distinguer le futur Elu, le futur Kadosch, dès le grade de Maître, vous vous attacherez à discerner les Frères doués d'une imagination ardente, et vous négligerez les esprits terre à terre. L'imagination est, en effet, comme l'oeil de l'âme. L'homme, dont le cerveau ne travaille pas à la découverte des grands mystères, possède une âme incomplète, une âme irrémédiablement frappée de cécité. C'est l'imagination qui est la plus forte puissance intellectuelle, et c'est elle qui fait triompher même physiquement. Etes-vous en danger dans une bataille ? Croyez-vous invulnérables comme Achille, et vous serez vraiment invulnérables. La peur attire les balles, et le courage fait rebrousser chemin aux boulets. Le vrai Maçon est audacieux, et il triomphera, parce que, grâce à son imagination ardente, il verra la vérité avant même qu'elle ait paru devant les yeux de son corps. Toute la question est de diriger vers la saine raison l'imagination de l'adepte. Le prêtre qui obscurcit la conscience du fidèle en lui imposant des dogmes que la raison ne peut expliquer, fait de ce fidèle, s'il a une imagination ardente, un fou. Au contraire, l'imagination appliquée à la raison, c'est le génie.
En résumé, Nous ne saurions trop insister sur ce point : le succès dépend du choix des adeptes, et, pour bien choisir les adeptes, pour avoir de bons Maîtres qui seront ensuite d'excellents Rose-Croix et enfin de parfaits Kadosch, il faut que les Ateliers pratiquent la Maçonnerie dans son intégralité, chaque Atelier ayant sa Loge d'Adoption, qui est le meilleur moyen de contrôle de la perfectibilité des Compagnons, et il faut que les Ateliers aient, en outre, à leur tête, au moins un Chevalier Kadosch, c'est-à-dire un Maçon ayant reçu la Vraie Lumière.
Nous avons examiné avec très grand soin les Annuaires du Grand Orient de France, que le Grand Collège des Rites nous envoie régulièrement, et Nous avons constaté que, dans les Loges Symboliques du Rite Français, le Vénérable est souvent un Maître, très rarement un Rose-Croix, presque jamais un Chevalier Kadosch. Nous voyons là la cause des agitations stériles, qui condamnent le Rite Français à piétiner sur place. Aussi, dans la Maçonnerie Française, où ce rite possède 379 Ateliers, tandis que le Rite Ecossais en a 116 seulement, le progrès est d'une lenteur désolante, et les Loges sont, Nous avons le devoir de le dire, envahies par les brouillons politiques. Les résultats acquis sur le terrain gouvernemental de la nation manquent de stabilité ; l'ennemi peut, sans cesse, préparer un retour offensif ; une bonne loi, dont le vote parlementaire a été amené par le concert maçonnique, est mal appliquée ou même ne tarde pas à tomber en désuétude. Cela tient à ce que, dans le Rite Français, l'orient de l'Atelier, au lieu d'être, comme cela est indispensable, un foyer de lumière, est occupé, neuf fois sur dix, par des officiers dont les yeux sont encore clignotants.
En cette année (1889), le Conseil de l'Ordre, au Grand Orient de France, compte 15 Maîtres, 3 Rose-Croix, 2 Chevaliers Kadosch, et 13 Souverains Grands Inspecteurs Généraux. Il y a là un progrès sur les années précédentes ; mais, au sein de ce conseil administratif, les Frères ayant reçu la parfaite initiation, c'est à dire les Chevaliers Kadosch et les Souverains Grands Inspecteurs Généraux, sont encore en nombre égal à celui des simples Maîtres ; de sorte que la majorité dépend des 3 Rose-Croix, c'est à dire de 3 Frères dont l'instruction maçonnique n'est pas terminée. Cette situation est profondément regrettable.
Il faut absolument que le Rite Français s'inspire mieux des traditions de l'Ordre. Sinon, il végétera dans l'impuissance, et les temples des autres rites, dans les contrées autres que la France, continueront avec douleur, à fermer leurs portes aux imparfaits initiés de ce Grand Orient.
D'autre part, il faut éviter aussi de passer d'un extrême à un autre. En France, - du moins, dans la plupart des Loges du Rite Français, - on a trop de tendances à professer un scepticisme absolu. C'est ainsi qu'on Nous a communiqué des planches de convocation d'Ateliers, où ne figure pas la formule : A la gloire du Grand Architecte de l'Univers. Dès 1877, nous avions malheureusement prévu qu'on en viendrait là. Jusqu'en cette année 1877, le premier article de la Constitution du Rite Français portait : « La Franc-Maçonnerie a pour principes l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme et la solidarité humaine. » Le Convent de septembre 1877, au Grand Orient de France, supprima l'affirmation de la divinité, et vota que l'article premier de la Constitution du Rite Français porterait : « La Franc-Maçonnerie a pour principes la liberté absolue de conscience et la solidarité humaine. » En 1884, le Convent annuel des Loges du Rite Français aggrava encore cette suppression de l'affirmation de la divinité, en introduisant ceci dans la rédaction du dit premier article : « Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l'appréciation individuelle de ses membres, la Franc-Maçonnerie se refuse à toute affirmation dogmatique. » Voilà certainement un excès, que Nous réprouvons de toutes nos forces.
Mais, par contre, en Italie et en Espagne, de nombreux Frères, - bien intentionnés, sans doute, - pèchent par l'excès contraire, et leur erreur mérite d'être relevée.
En effet, ces Frères, mûs par une légitime haine contre le Dieu des prêtres, glorifient son adversaire sous le nom de Satan, et en lui conservant la situation et le rôle d'un ange déchu, révolté. Il y a là une hérésie manifeste. Le mot de Satan, ayant été inventé par l'imposture sacerdotale et s'appliquant à un être surnaturel subalterne ou diable, ce mot n'a pas lieu d'être prononcé, ne doit pas être prononcé en Maçonnerie.
On Nous a signalé une Loge de Gènes qui a poussé l'inconscience jusqu'à arborer dans une manifestation publique une bannière portant : Gloire à Satan! A Milan, des Frères Maçons ont, dans une fête, fait exécuter et ont chanté un Hymne à Satan. D'Espagne, on Nous a fait hommage d'une poésie signée par le Frère Bartrina, poésie dont voici le texte :
REHABILITACION
Solo estaba Satan en el infierno
Siglos hacia, cuando entro Caïn ;
Ambos a Dios juraron odio eterno
Y dar juraron a su imperio fin.
- Soy la revolucion, por Dios maldita,
Desterrada por Dios, dijo Satan.
- Soy et trabajo que a ese Dios irrita,
Dijo et terrible Vastago de Adan.
Miraronse : en la luz de la mirada
Brillo rayo de colera en los dos.
Y la raza de Abel tremblo asustada,
Y hasta en su trono estremeciose Dios.
La maldicion divina con su peso
No los hundio. - Raza de Abel, atras!
Plaza al triunfante carro del progreso,
Quo arrastra Caïn y empuja Satanas !
H. JOAQUIN-MARIA BARTRINA.
Certes, ces vers sont animés par un souffle généreux ; mais ils sont en opposition directe à l'orthodoxie maçonnique.
Les égarés qui glorifient Satan considèrent, en général, que le Dieu des prêtres a manqué à de prétendues promesses faites par lui à l'humanité, et, en présence de la désertion de ce Dieu, ils font appel au diable. Tel est le système de la goétie, qui est une aberration, qui est la démonomanie.
Existe-t-il un diable ? - Les prêtres disent : Oui. - Nous répondons : Non.
Qu'est-ce que le diable ? - C'est, disent les prêtres, le prince des anges, qui s'est révolté par orgueil contre Dieu, et qui, ayant été vaincu par l'archange Mikaël, a été, pour son châtiment, précipité en enfer, où il est condamné à rôtir éternellement en la compagnie d'autres anges, ses complices, devenus des démons, et de ceux d'entre les humains qui n'ont pas vécu selon la loi des prêtres.
Or, cette légende sacerdotale est un infâme mensonge, et nos Frères qui glorifient Satan n'aboutissent, en réalité, qu'à consacrer l'imposture et à nous nuire maladroitement dans l'opinion de la multitude ignorante.
C'est pourquoi, Nous condamnons, de la façon la plus formelle, la doctrine du Satanisme, qui est une divagation de nature à faire le jeu des prêtres. Les Francs-Maçons satanistes donnent, sans s'en douter, des armes contre la Franc-Maçonnerie.
Ce que nous devons dire à la foule, c'est : - Nous adorons un Dieu, mais c'est le Dieu que l`on adore sans superstition.
A vous, Souverains Grands Inspecteurs Généraux, Nous disons, pour que vous le répétiez aux Frères des 32e, 31e et 30e degrés : - La religion maçonnique doit être, par nous tous, initiés des hauts grades, maintenue dans la pureté de la doctrine luciférienne.
Car le Dieu Lucifer de la théurgie moderne n'est pas le démon Satan de la vieille goétie. Nous sommes Ré-Théurgistes Optimates, et non praticiens de la magie noire.
Les prêtres, en inventant Satan, ont créé les sorciers, leurs sanglants sacrifices du Moyen-Âge, leurs folles assemblées, leurs criminels et horribles conventicules de goules et de striges. Mais il y a deux magies : la magie lumineuse, et la magie des ténèbres. Il est vrai que les prêtres, lorsqu'ils ont eu l'omnipotence, ont persécuté également les mages de la sagesse et les mages de la folie, ont brûlé les Templiers, nos pères, aussi bien que les sorciers, oubliant que ces derniers, sans eux, n'eussent pas existé.
La magie créatrice du démon, cette magie qui a dicté le Grimoire du pape Honorius, 1'Enchiridion de Léon III, les exorcismes de l'église catholique, les réquisitoires des Laubardemont, les sentences de Torquemada, cette magie n'est pas la nôtre ; cette horreur, cette démence, avec son cortège de turpitudes et de cauchemars, c'est la Rome papale qui doit en porter la responsabilité.
Elle a été enfantée par Adonaï, calomniateur de Lucifer. Dans sa rage contre son éternel et magnanime antagoniste, le Dieu Mauvais a bouleversé chez les hommes superstitieux la notion des choses saintes, Il a nié la divinité du Père du Bien et l'a appelé le Mal. Il a voulu écraser la raison sous les pieds de la crédulité aveugle. Il a perverti le sens de toutes choses, il a porté son chaos jusque dans la logique des mots. L'hypocrisie a été par lui transformée en sainteté ; le vice, en vertu ; le mensonge, en vérité ; le caprice et l'arbitraire, en justice ; la divagation et la foi de l'absurde, en science théologique. La nuit a osé appeler nuit le jour; ténèbres, la lumière ; licence, la liberté ; erreur, la philosophie. L'orgueil, qui se prétend infaillible et se cantonne dans l'obscurité de ses dogmes illogiques et anti-naturels, l'orgueil superbe a eu le cynisme de nommer orgueil l'humble raison qui doute, qui ne croit que lorsqu'elle est sûre, qui n'émet une affirmation que lorsque la preuve des faits a été irrévocablement donnée par la science ; oui, Adonaï et ses prêtres ont jeté au ciel de notre Dieu toutes les boues de leur impudence, en qualifiant d'orgueilleuse l'intelligence raisonnable, qui cherche la solution des grands problèmes, qui marche sans cesse à une découverte nouvelle, qui est toujours insatiable de vérité.
Si Lucifer n'était point Dieu, Adonaï, dont tous les actes attestent la cruauté, la perfidie, la haine de l'homme, la barbarie, la répulsion pour la science, si Lucifer n'était point Dieu, Adonaï et ses prêtres le calomnieraient-ils ?
Oui, Lucifer est Dieu, et malheureusement Adonaï l'est aussi. Car la loi éternelle est qu'il n'y a pas de splendeur sans ombre, pas de beauté sans laideur, pas de blanc sans noir ; car l'absolu ne peut exister que comme deux ; car les ténèbres sont nécessaires à la lumière pour lui servir de repoussoir, comme le piédestal est nécessaire à. la statue, comme le frein à la locomotive.
En dynamique analogique et universelle, on ne s'appuie que sur ce qui résiste. Aussi l'univers est-il balancé par deux forces qui le maintiennent en équilibre : la force qui attire et celle qui repousse. Ces deux forces existent en physique, en philosophie et en religion. Et la réalité scientifique du dualisme divin est démontrée par les phénomènes de la polarité et par la loi universelle des sympathies et des antipathies. C'est pourquoi les disciples intelligents de Zoroastre, ainsi qu'après eux les Gnostiques, les Manichéens, les Templiers ont admis, comme seule conception métaphysique logique, le système des deux principes divins se combattant de toute éternité, et l'on ne peut croire l'un inférieur à l'autre en puissance.
Donc, la doctrine du Satanisme est une hérésie; et la vraie et pure religion philosophique, c'est la croyance en Lucifer, égal d'Adonaï, mais Lucifer Dieu de Lumière et Dieu du Bien, luttant pour l'humanité contre Adonaï Dieu des Ténèbres et Dieu du Mal....
... Donné au Grand Orient de Charleston, le quatorzième jour du cinquième mois de l'an 000889 de la Vraie Lumière (14juillet 1889, ère vulgaire). ALBERT PIKE, 33e.
aux 23 Suprêmes Conseils Confédérés
A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, dont le Nom en sept lettres est Ineffable.
Liberté ! Egalité ! Fraternité !
Le Frère général Pike, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Charleston, premier Suprême Conseil du Rite Ecossais Ancien Accepté, générateur des 23 Suprêmes Conseils Confédérés établis sur les deux hémisphères, ayant en particulier la juridiction des Etats-Unis d'Amérique (sud),
Salue les Très Illustres Frères Très Puissants Souverains Commandeurs Grands Maîtres des 23 Suprêmes Conseils confédérés :
1° Le Frère Henri T. Palmer, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Boston, pour la juridiction des Etats-Unis d'Amérique (nord) ;
2° Le Frère Manuel B. Bonilla, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Costa-Rica, pour la juridiction de l'Amérique Centrale ;
3° Le Frère comte de Lathom, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Londres, pour la juridiction de l'Angleterre, le Pays de Galles et les dépendances de la Grande Bretagne ;
4° Le Frère Pierre Van Humbeeck, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Bruxelles, pour la juridiction de la Belgique et la Hollande ;
50 Le Frère Luiz Antonio Vieira da Silva, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Rio-de-Janeiro, pour la juridiction du Brésil ;
6° Le Frère (Vacance de la Grande Maîtrise), Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Hamilton, pour la juridiction du Dominion du Canada ;
7° Le Frère Benito Alamos Gonzalez, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Valparaiso, pour la juridiction du Chili ;
8° Le Frère don Ignacio-Zuazo, marquis d'Almeiras, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de la Havane, pour la juridiction de Cuba, Colon, Porto-Rico et les autres îles des Indes occidentales espagnoles ;
9° Le Frère comte de Rosslyn, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil d'Edimbourg, pour la juridiction de l’Ecosse ;
10° Le Frère Léon Echeverria, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Bogota, pour la juridiction des Etats-Unis de Colombie ;
11° Le Frère Louis Proal, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Paris, pour la juridiction de la France et de ses dépendances ;
12° Le Frère Nicolas Damaschino, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil d'Athènes, pour la juridiction de la Grèce et les îles sous sa domination, y compris Corfou ;
13° Le Frère Etienne Rakowsky, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de BudaPest, pour la juridiction de la Hongrie ;
14° Le Frère John F. Townshend, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Dublin, pour la juridiction de l'Irlande ;
15° Le Frère Adriano Lemmi, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Rome, pour la juridiction de l'Italie, la Sicile et les autres îles italiennes ;
160 Le Frère Ignacio Manuel Altamirano, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Mexico, pour la juridiction du Mexique ;
17° Le Frère Francisco-Javier Mariategui, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Lima, pour la juridiction du Pérou ;
18° Le Frère Elias-Garcia José, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Lisbonne, pour la juridiction du Portugal et ses colonies ;
19° Le Frère José Fernandez, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Buenos-Ayres, pour la juridiction de la République Argentine ;
20° le Frère Jacinto de Castro, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Saint-Domingue, pour la juridiction de la République Dominicaine ;
21° Le Frère Louis Ruchonnet, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Lausanne, pour la juridiction de la Suisse en vingt-deux cantons confédérés ;
22° Le Frère Carlos de Castro, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Montevideo, pour la juridiction de la République orientale de l'Uruguay ;
23° Le Frère Joaquin Crespo, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Caracas, pour la juridiction des Etats-Unis de Vénézuéla.
Au nom et à la gloire du Grand Architecte de l'Univers, le Frère Albert Pike rappelle à ses Très Illustres Frères que :
A. Le Suprême Conseil de Charleston, premier Suprême Conseil du globe, créé le 31 mai 1801 sous le 33e degré de latitude nord, dans la Caroline du Sud, aux Etats-Unis d'Amérique, a engendré : - 1° le 22 septembre 1804, le Suprême Conseil de France, siégeant à Paris ; - 2° le 5 mars 1805, le Suprême Conseil d'Italie, siégeant à Rome; - 3° le 4 juillet 1811, le Suprême Conseil d'Espagne, siégeant à Madrid, aujourd'hui séparé de la confédération, quoique pratiquant le Rite Ecossais Ancien Accepté en 33 degrés ; - 4° le 5 août 1813, le Suprême Conseil des Etats-Unis d'Amérique (nord), siégeant à Boston ; - 5° le 11 juin 18.26, le Suprême Conseil d'Irlande, siégeant à Dublin ; - 6° le 24 juin 1859, le Suprême Conseil de Colon et Cuba siégeant à la Havane ;
B. Le Suprême Conseil de France, fils du Suprême Conseil de Charleston, a engendré : - 1° le 11 mai 1817, le Suprême Conseil de Belgique siégeant à Bruxelles ; - 2° le 6 mai 1846, le Suprême Conseil d'Ecosse, siégeant à Édimbourg ; - 3° le 25 novembre 1871, le Suprême Conseil de Hongrie, siégeant à BudaPest, lequel dirige la Grande Loge Symbolique de ce pays ; - 4° le 30 mai 1873, le Suprême Conseil de Suisse, siégeant à Lausanne ;
C. Le Suprême Conseil de Boston ou des Etats-Unis d'Amérique (nord), fils du Suprême Conseil de Charleston, a engendré : - le 2 février 1816, le Suprême Conseil d'Angleterre, siégeant à Londres ;
D. Le Suprême Conseil de Belgique, petit-fils du Suprême Conseil de Charleston, a engendré : - le 16 novembre 1829, le Suprême Conseil du Brésil, siégeant à Rio-de-Janeiro ;
E. Le Suprême Conseil du Brésil, arrière-petit-fils du Suprême Conseil de Charleston, a engendré : - 1° le 6 mai 1812, le Suprême Conseil du Portugal, siégeant à Lisbonne ; - 2° le 20 septembre 1856, le Suprême Conseil de l'Uruguay, siégeant à Montevideo ;
F. Le Suprême Conseil d'Angleterre, petit-fils du Suprême Conseil de Charleston, a engendré : - le 16 octobre 1874, le Suprême Conseil du Canada, siégeant à Hamilton ;
G. Le Suprême Conseil de l'Uruguay, arrière-petit-fils du Suprême Conseil de Charleston, a engendré : - le 15 décembre 1858, le Suprême Conseil de la République Argentine, siégeant à Buenos-Ayres ;
H. En outre, le Suprême Conseil de Charleston a adopté : -1° le Suprême Conseil du Pérou, siégeant à Lima, lequel s'est constitué de lui-même, le 23 mars 1830, et s'est rallié au Rite Ecossais Ancien Accepté ; - 2° le Suprême Conseil de Colombie, siégeant à Bogota, lequel s'est constitué de lui-même, le 18 février 1833, et s'est rallié au Rite Ecossais Ancien Accepté ; -3° le Suprême Conseil de la République Dominicaine, siégeant à Saint-Domingue, qui s'est constitué de lui-même, le 13 décembre 1861, et s'est rallié au Rite Ecossais Ancien Accepté ; - 4° le Suprême Conseil du Vénézuéla, siégeant à Caracas, lequel s'est constitué de lui-même, le 3 mai 1864, et s'est rallié au Rite Ecossais Ancien Accepté ; - 5° le Suprême Conseil de Grèce, siégeant à Athènes, lequel s'est constitué de lui-même, le 25 janvier 1867, et s’est rallié au Rite Ecossais Ancien Accepté ; - 6° le Suprême Conseil du Chili, siégeant à Valparaiso, lequel s'est constitué de lui-même, le 19 août 1870, et s'est rallié au Rite Ecossais Ancien Accepté ; - 7° le Suprême Conseil du Mexique, siégeant à Mexico, lequel s'est constitué de lui-même le 8 novembre 1878, et s'est rallié au Rite Ecossais Ancien Accepté ;
I. Le Suprême Conseil du Vénézuéla, fils adoptif du Suprême Conseil de Charleston, a engendré : - le 26 novembre 1870, le Suprême Conseil de l'Amérique Centrale, siégeant à Costa-Rica ;
J. Enfin, le Suprême Conseil d'Italie, fils du Suprême Conseil de Charleston, a engendré : - 1° le 25 janvier 1878, le Suprême Conseil d'Egypte, siégeant au Caire ; - 2° le 11 mai 1880, le Suprême Conseil de Tunisie, siégeant à Tunis ; - mais ces deux Suprêmes Conseils, demeurant sous la dépendance immédiate et directe du Suprême Conseil d'Italie, ne se rattachent qu'indirectement au Suprême Conseil de Charleston par la pratique du Rite Ecossais Ancien Accepté.
Ainsi, le Suprême Conseil de Charleston a engendré lui-même ou fait engendrer, par les Suprêmes Conseils ses fils et petits-fils, 26 Suprêmes Conseils dont 3 ne sont pas rattachés à lui, et l'union des 23 autres Suprêmes Conseils avec lui constitue sur le globe la Confédération Souveraine de la Franc-Maçonnerie du Rite Ecossais Ancien Accepté, répandu et pratiqué de la sorte dans le plus grand nombre de pays des deux mondes.
Au surplus, le Suprême Conseil de Charleston entretient, comme Souveraine Puissance Maçonnique, des relations d'amitié fraternelle avec les Grands Orients et Grandes Loges de tous les Rites, qui veulent bien faire appel à ses lumières en vue de l'entente commune et de la direction du mouvement maçonnique pour l'anéantissement final de l'ennemi.
C'est pourquoi, sans prétendre leur imposer ses instructions, le Frère Albert Pike, Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du premier Suprême Conseil du globe, les recommande tout particulièrement aux Très Illustres Frères que la confiance de leurs Frères a placés à la tète des Grandes Loges et des Grands Orients ;
Savoir :
Pour l'Amérique :
1° La Grande Loge du Canada, à Hamilton ;
2° La Grande Loge de Québec, à Québec ;
3° La Grande Loge de la Colombre britannique, à Victoria ;
4° La Grande Loge du Nouveau-Brunswick, à Saint-John ;
5° La Grande Loge de la Nouvelle-Ecosse, à Halifax ;
6° La Grande Loge de l'Ile du Prince-Edouard, à Charlottetown ;
7° La Grande Loge de Manitoba, à Winnipeg ;
8° Le Grand Conseil des Maçons Oddfellows, à Ottawa ;
9° Le Grand Orient des Etats-Unis, à New-York ;
10° Le Suprême Grand Conseil des Chevaliers Templiers, à New-York ;
11° La Grande Loge du Missouri, à Boonville ;
12° La Grande Loge de l'Ohio, à Cincinnati ;
13° Le Grand Orient de la Louisiane, à la Nouvelle-Orléans ;
14° La Grande Loge de l'Alabama, à Montgommery ;
15° La Grande Loge d'Arizona, à Tueson ;
16° La Grande Loge de l'Arkansas, à Little-Rock ;
17° La Grande Loge de Californie, à San-Francisco ;
18° La Grande Loge de la Caroline du Nord, à Raleigh ;
19° La Grande Loge de la Caroline du Sud, à Charleston ;
20° La Grande Loge du Colorado, à Denver ;
21° La Grande Loge de Colombie, à Washington ;
22° La Grande Loge du Connecticut, à Hartford ;
23° La Grande Loge de Dakota, à Sioux-Falls ;
24° La Grande Loge de Delaware, à Wilmington ;
23° La Grande Loge de la Floride, à Jackson-ville ;
26° La Grande Loge de la Géorgie, à Mâcon ;
27° La Grande Loge de l'Idaho, à Boise-City ;
28° La Grande Loge de l'Illinois, à Chicago;
29° La Grande Loge de l'Indiana, à Indianopolis ;
30° La Grande Loge du Territoire Indien, à Atoka ;
31° La Grande Loge de l'Iowa, à Davenport;
32° La Grande Loge du Kansas, à Topeka ;
33° La Grande Loge du Kentucky, à Louisville ;
34° La Grande Loge de la Louisiane, à la Nouvelle-Orléans ;
35° La Grande Loge du Maine, à Portland ;
36° La Grande Loge de Maryland, à Baltimore ;
37° La Grande Loge de Massachussets, à Boston ;
38° La Grande Loge de Michigan, à Détroit ;
39° La Grande Loge de Minnesota, à Saint-Paul ;
40° La Grande Loge du Mississipi, à Jackson ;
41° La Grande Loge du Missouri, à Saint-Louis ;
42° La Grande Loge de Montana, à Helena ;
43° La Grande Loge de Nebraska, à Lincoln ;
44° La Grande Loge de Nevada, à Virginia-City ;
45° La Grande Loge de New-Hampshire, à Manchester ;
46° La Grande Loge de New-Jersey, à Trenton ;
47° La Grande Loge de New-York, à New-York ;
48° La Grande Loge du Nouveau Mexique, à Las Cruces ;
49° La Grande Loge de l'Ohio, à Cleveland ;
50° La Grande Loge de l'Orégon, à Portland ;
51° La Grande Loge de Pensylvanie, à Philadelphie ;
52° La Grande Loge Rhode-Island, à Providence ;
53° La grande Loge de Tenessee, à Nash-ville ;
54° La Grande Loge du Texas, à Houston ;
55° La Grande Loge de l'Utah, à Salt-Lake-City ;
56° La Grande Loge de Vermont, à Burlington ;
57° La Grande Loge de Virginie, à Richmond ;
58° La Grande Loge de Washington-Territoire, à Olympia ;
59° La Grande Loge de West-Virginia, à Whelling ;
60° La Grande Loge de Wisconsin, à Milvaukee ;
61° La Grande Loge de Wyoming, à Evanston ;
62° La Grande Loge pour la Juridiction Sud des Etats-Unis d'Amérique, à Charleston ;
63° La Grande Loge pour la juridiction Nord des Etats-unis d'Amérique, à Boston ;
64° La Grande Loge pour l'État de la Louisiane, à la Nouvelle-Orléans ;
65° La Grande Loge Unie de Colon et Cuba, à La Havane ;
66° La Grande Loge de Porto-Rico, à San-Juan ;
67° La Loge Indépendante de Colon, à Colon-Aspinwal ;
68° Le Grand Orient de Haïti, à Port-au-Prince ;
69° Le Suprême Conseil néo-grenadin (Etat de Bolivar), à Carthagène ;
70° La Grande Loge du Pérou, à Lima ;
71° La Grande Loge Symbolique du Chili, à Valparaiso;
Pour l'Europe :
72° La Grande Loge Unie d'Angleterre, à Londres ;
73° Le Souverain Sanctuaire du Rite antique et primitif de Memphis et Misraïm pour la Grande-Bretagne et l'Irlande, à Withington, Manchester ;
74° La Grande Loge d'Ecosse, à Edimbourg ;
75° La Grande Loge d'Irlande, à Dublin ;
76° La Grande Loge Nationale de Danemark, à Copenhague ;
77° La Grande Loge Nationale de Suède et Norvège, à Stockholm ;
78° Le Grand Orient de France (c'est-à-dire : son Grand Collège des Rites, du 33° degré), à Paris ;
79° La Grande Loge Symbolique, à Paris ;
80° Le Souverain Conseil Général du Rite de Misraïm pour la France et ses dépendances, à Paris ;
81° Le Grand Orient de Belgique, à Bruxelles ;
82° Le Grand Orient des Pays-Bas, à la Haye ;
83° Le Suprême Conseil du Luxembourg, à Luxembourg ;
84° La Grande Loge Nationale aux Trois-Globes, à Berlin ;
85° La Grande Loge Nationale d'Allemagne, à Berlin ;
86° La Grande Loge Royale de l'Amitié, à Berlin ;
87° La Grande Loge Nationale de Saxe, à Dresde ;
88° La Grande Loge le Soleil de Bavière, à Bayreuth ;
89° La Grande Loge de Hambourg, à Hambourg ;
90° La Grande Loge la Concorde de Darmstadt, à Darmstadt ;
91° La Grande Loge l'Union Eclectique de Francfort, à Francfort-sur-le-Mein ;
92° La Grande Loge Alpina de Winterthur, à Genève ;
93° Le Grand Orient National d'Espagne et son Suprême Conseil du 33e degré, à Madrid ;
94° Le Grand Orient d'Espagne, sa Grande Loge Symbolique et son Suprême Conseil du 33e degré, à Madrid ;
95° La Grande Loge Indépendante espagnole, à Séville ;
96° Le Souverain Sanctuaire de l'antique et primitif Rite Oriental de Memphis et Misraïm, à Naples ;
Pour l'Afrique :
97° La Grande Loge de Liberia, à Monrovia.
Pour l'Océanie :
98° La Grande Loge de l'Australie du Sud, à Adélaïde ;
99° La Grande Loge de la Nouvelle-Galles du Sud, à Sydney ;
100° La Grande Loge de Victoria, à Melbourne.
Ainsi, le Suprême Conseil de Charleston est, pour les 23 Suprêmes Conseils confédérés avec lui, et pour les 100 Grands Orients et Grandes Loges des divers Rites, le foyer de la Vraie Lumière Maçonnique, illuminant chaque jour davantage l'Amérique, l'Europe, l'Afrique, l'Océanie, et indirectement les colonies asiatiques.
Du Grand Orient du Suprême Conseil des Très Puissants Souverains Grand Inspecteurs Généraux du 33° et dernier degré du Rite Ecossais Ancien Accepté de la Franc-Maçonnerie pour la juridiction sud des Etats-Unis d'Amérique, sous le point vertical du zénith correspondant au 33° degré de latitude nord, en la vallée de Charleston, Caroline du Sud ;
Nous, Maître Expert de la Grande Loge Symbolique ; Maître Secret ; Maître Parfait ; Secrétaire Intime ; Prévot et Juge ; Intendant des Bâtiments ; Maître Elu des Neuf ; Illustre Elu des Quinze ; Sublime Chevalier Elu, Chef des Douze Tribus ; Grand Maître Architecte ; Chevalier Royale-Arche ; Grand Elu Ecossais de la Voûte Sacrée, Parfait et Sublime Maçon ; Chevalier d'Orient ou de l'Epée ; Prince de Jérusalem ; Chevalier d'Orient et d'Occident ; Chevalier et Souverain Prince Rose-Croix ; Grand Pontife de la Jérusalem Céleste ; Grand Patriarche, Vénérable Maître ad vitam de toutes les Loges Symboliques ; Chevalier Prussien Noachite, Grand Maître de la Clef ; Prince du Liban, Royale-Hache ; Chef du Tabernacle ; Prince du Tabernacle ; Chevalier du Serpent d'Airain ; Prince de Merci, Chevalier Ecossais Trinitaire ; Souverain Commandeur du Temple ; Chevalier du Soleil Prince Adepte ; Chevalier de Saint-André, ou Grand Ecossais de Saint André d'Ecosse ; Grand Elu Chevalier Kadosch, Parfait Initié ; Grand Inspecteur Inquisiteur Commandeur ; Très Eclairé et Sublime Prince du Royal-Secret ; Souverain Grand Inspecteur Général, 33e et dernier degré ; Très Puissant Souverain Commandeur Grand Maître du Suprême Conseil de Charleston, premier Suprême Conseil du globe ; Grand Maître Conservateur du Palladium Sacré ; Souverain Pontife de la Franc-Maçonnerie Universelle, en la trente-unième année de Notre Pontificat ;
Assisté des Très Illustres, Très Eclairés et Très Sublimes Frères Albert G. Mackey, Frédéric Webber, William W. Upton, Josiah Essex, Robert F. Crowell, Thomas L. Tullock, Philéas Walder, Goldsborongh Bruff, William M. Ireland et Richard W. Thompson, Souverains Grands Inspecteurs Généraux, Mages Elus composant le Sérénissime Grand Collège des Maçons Emérites, Conseil de notre phalange d'élite et bataillon sacré de l'Ordre ;
A tous les Très Illustres Souverains Grands Inspecteurs Généraux, membres des Suprêmes Conseils confédérés du Rite Ecossais Ancien Accepté, et à tous les Très Illustres, Vaillants et Eclairés Frères dirigeant les Grandes Loges ou chefs secrets des Grands Orients des divers pays répandus sur la surface des deux hémisphères, qui ces présentes verront :
Santé ! Stabilité ! Pouvoir !
Poursuivant notre oeuvre avec plus d'énergie que jamais, malgré le poids des années, Nous voulons laisser à Nos Frères Très Eclairés Nos instructions et Nos avis fraternels pour la bonne direction des Ateliers Supérieurs de l'Ordre.
Dans la Franc-Maçonnerie il est deux devises :
Ordo ab Chao, qui est la devise divine du Grand Architecte de l'Univers ;
Deus Meumque Jus, qui est la devise humaine des Francs-Maçons parvenus aux hauts grades.
Le Grand Architecte, en organisant l'univers, a tiré l'Ordre du chaos. Nous nous inclinons avec admiration devant ses oeuvres si belles et en même temps si raisonnables.
D'autre part, chacun de nous réclame Dieu et son droit. Et nous avons, à plusieurs reprises, eu soin d'inscrire notre devise humaine par ses seules initiales, afin de leur donner une seconde interprétation mystique révélée aux seuls Parfaits Initiés. Cette interprétation mystique, ne devra pas être portée à la connaissance des Frères ayant un grade inférieur à celui de Chevalier Kadosch. Et, à ce propos, Nous vous rappelons que, si vous jugez qu'un profane ne puisse, intellectuellement parlant, s'élever jamais à la hauteur du degré de Chevalier Kadosch, il faut bien vous garder de l'initier même au grade d'Apprenti ; car jamais vous ne pourrez en faire un vrai Maçon.
Donc, nous formulons ainsi notre devise humaine : D. M. I., et nous l'expliquons ésotériquement par : Destruction, Matérialisation, Imposition. En d'autres termes, il faut Imposer, par le travail maçonnique, la Destruction de tout ce que la Matérialisation n'atteint pas.
Les trois points qui suivent chacune de ces trois initiales signifient que le travail maçonnique de Destruction, de Matérialisation et d'imposition est triple.
I. DESTRUCTION :
1° de la Superstition; - 2° de la Tyrannie Politique; - 3° de l'Anti-Maçonnisme.
II. MATÉRIALISATION :
1° de la Conscience; - 2° de l'Etat; - 3° de l'Enseignement.
III. IMPOSITION :
1° à la Famille ; - 2° à la Nation; -3° à l’Humanité.
C'est pourquoi, le travail maçonnique doit consister, par tous les moyens quels qu'ils soient, à Imposer pratiquement à la Famille d'abord, à la Nation ensuite, et à l'humanité enfin, la Destruction : de la Superstition, là où la Matérialisation n'a pu faire son oeuvre sur la Conscience; de la Tyrannie Politique, là où l'Etat n'a pu être matérialisé ; de l'Anti-Maçonnisme, là où l'Enseignement n'a pu être atteint par la matérialisation.
Tel est l'ordre de mise en pratique du D. M. I. qui résume en trois lettres notre loi.
Il est absolument nécessaire de ne laisser parvenir au grade de Chevalier Kadosch que des Frères choisis parmi ceux qui sont intimement convaincus de l'existence d'une Cause Première. Retenez au grade de Rose-Croix tous ceux dont l'âme vous paraît s'ouvrir à la Vraie Lumière, mais qui ont néanmoins de la lenteur à comprendre ; instruisez-les graduellement, soumettez leur intelligence à des épreuves, exposez-leur surtout le rôle du feu, agent actif de la nature ; mais ne les pressez pas.
Les athées nous sont bons comme auxiliaires, mais dans les Loges Symboliques seulement. Il faut leur dire que, si, par le premier article de la Déclaration de Principes du 22 septembre 1875, nous avons proclamé l'existence d'un principe Créateur, sous le nom de Grand Architecte de l'Univers, c'est uniquement pour attirer à l'Ordre l'adhésion des croyants libéraux et faire preuve de tolérance envers tous les cultes. Mais n'agissez qu'avec la plus grande prudence vis-à-vis des athées ; ils sont plus difficiles à convaincre que les hommes qui, croyant à la divinité, en ont une fausse idée. L'idée de ceux-ci peut à la longue se rectifier; l'athée, au contraire, s'obstine dans sa négation. Ne vous servez donc des athées que pour les oeuvres politiques, et ne leur confiez jamais le soin de faire en loge des conférences sur les questions philosophiques.
C'est avec le plus grand soin qu'il est nécessaire de choisir les adeptes. Dans beaucoup d'orients, on les prend trop au hasard ; aussi tardons-nous à atteindre le but.
Ne conférez la Maîtrise qu'au Compagnon qui se connaît lui même. Sur le fronton des anciens temples érigés au Dieu de la Lumière, on lisait cette inscription en deux mots : « Connais-toi ». Nous donnons le même conseil à tout homme qui veut s'approcher de la science.
N'initiez jamais au troisième degré l'homme qui, malgré les enseignements reçus aux deux grades précédents, est demeuré esclave des préjugés du monde profane. Il ne parviendra jamais tant qu'il ne se réformera pas. Au grade de Compagnon, vous lui ouvrez les portes des Loges d'Adoption ; là, vous le jugerez bien. Vous verrez si ses préjugés tombent. S'il reste esclave de ses passions, s'il s'attache exclusivement à une femme, ne vous préoccupez plus de lui, vous perdriez votre temps. Il ne saurait être un adepte; car le mot « adepte » signifie celui qui est parvenu par sa volonté et par ses oeuvres, qui méprise les préjugés et qui triomphe de ses passions.
L'homme qui a peur de perdre ses idées ; celui qui redoute les vérités nouvelles et qui n'est pas disposé à douter de tout plutôt que d'admettre quelque chose au hasard, celui-là n'est point pour nous. S'il soupçonnait notre secret, il le comprendrait mal ; son âme timide en serait troublée. Il deviendrait dangereux. Aussi, dès que vous sentez que vous vous êtes mépris sur le caractère et le tempérament d'un homme à qui vous avez conféré le premier grade et même le second, excluez-le adroitement, mais impitoyablement, en faisant naître des prétextes quelconques d'élimination.
On ne montre pas la lumière aux oiseaux de nuit. La leur montrer, c'est la leur cacher; car elle les aveugle et devient pour eux plus obscure que les ténèbres.
Notre science est la science traditionnelle des secrets de la nature ; elle nous vient des mages, adorateurs d'Ormudz, nom persan du Principe du Bien, du Génie de la Lumière. Il ne faut donc la communiquer qu'à bon escient et avec des précautions infinies, attendu qu'au moyen de cette science, l'adepte se trouve investi d'une sorte de toute-puissance et peut agir surhumainement, c'est-à-dire d'une manière qui passe la portée commune des hommes.
Pour parvenir au sanctuaire de notre Dieu, quatre qualités sont indispensables : 1° une intelligence éclairée par l'étude; 2° une audace que rien n'arrête; 3° une volonté que rien ne brise ; 4° une discrétion que rien ne puisse corrompre ou enivrer.
SAVOIR, OSER, VOULOIR, Se TAIRE, voilà les quatre verbes du mage qui sont écrits dans les quatre formes symboliques du sphinx.
La première science étant la connaissance de soi-même, la première aussi de toutes les oeuvres de la science, celle qui renferme toutes les autres, c'est la création de soi-même. L'adepte doit dépouiller le vieil homme profane et se créer une humanité nouvelle. De même que l'homme ne devient le roi des animaux qu'en les domptant ou en les apprivoisant, sous peine d'en devenir la victime ou l'esclave, de même l'homme doit vaincre ses passions, dont les animaux sont la figure, doit commander à toutes les forces instinctives de la nature, sous peine d'être broyé par elles.
Celui qui aspire à devenir un vrai Maçon doit être, dirons-nous, l'héritier du sphinx ; il doit en avoir la tête humaine pour posséder la parole, les ailes d'aigle pour conquérir les hauteurs, les flancs de taureau pour labourer les profondeurs, et les griffes de lion pour se faire place à droite et à gauche, en avant et en arrière.
A la science de Faust, le vrai Maçon joindra l'impassibilité de Job. Il piétinera la superstition dans son coeur. Il sera sans indécision et sans caprices. Il n'acceptera le plaisir que lorsqu'il le voudra, et il ne le voudra que lorsqu'il le devra.
Nous recommandons très instamment de multiplier les Loges d'Adoption. Elles sont indispensables pour former des Maçons bien maîtres d'eux-mêmes. Le prêtre essaye de dompter sa chair en s'astreignant au célibat ; il commet là un crime social, et, en même temps, il entreprend contre la nature une lutte impossible. Le vrai Maçon, au contraire, arrive à la perfection, c'est-à-dire à se dominer, en employant son zèle dans les Loges d'Adoption à se soumettre aux épreuves naturelles. Le commerce avec la femme commune à tous ses Frères lui fait une cuirasse contre les passions qui égarent le coeur. Celui-là seul peut vraiment posséder la volupté de l'amour, qui a vaincu, par l'usage fréquent, l'amour de la volupté. Pouvoir, à volonté, user et s'abstenir, c'est pouvoir deux fois. La femme t'enchaîne par tes désirs, dirons-nous à l'adepte ; eh bien, use des femmes souvent et sans passion ; tu deviendras ainsi maître de tes désirs, et tu enchaîneras la femme. D'où il résulte que le vrai Maçon parviendra facilement à résoudre le problème de la chair, que le prêtre ne résoudra jamais ; et c'est lui qui sera le vainqueur et le sage, parce qu'il aura pris, contrairement au prêtre, l'épée triomphante et raisonnable de l'action, au lieu du bouclier absurde de l'abstention systématique, arme défensive vouée d'avance à la défaite.
Dans la question du choix des adeptes, la Maîtrise est le premier degré important. Les grades d'Apprenti, Compagnon et Maître sont dans tous les rites : les deux premiers ont leur signification au point de vue doctrinal, et l'on ne saurait les supprimer ; mais ils sont avant tout les grades préparateurs de la Maîtrise. Aussi, les officiers qui confèrent le troisième degré à un Frère peu disposé à comprendre et incapable de se vaincre, sont impardonnables.
Evidemment il n'est pas de nécessité absolue que l'homme que vous allez diriger vers les hauts grades soit immédiatement parfait et ait compris notre secret dès son entrée dans la Maçonnerie. Ce que Nous vous demandons, c'est de l'observer avec le plus grand soin pendant son Apprentissage, d'abord, et de faire, ensuite, de la Loge d'Adoption, où il pénétrera quand il sera Compagnon, votre critérium, votre instrument de contrôle infaillible. L'Atelier de Frères, qui ne s'annexe pas une Loge de Soeurs, est un Atelier incomplet, destiné fatalement à ne jamais perfectionner ses membres ; il ne produira que des Maçons, dont la politique sera le principal souci, qui se préoccuperont surtout des intrigues et des compétitions, qui s'agiteront dans le vide, qui avanceront tantôt de trois pas pour reculer après d'autant, en un mot, qui feront du mauvais travail et dont la politique sera incohérente.
Ce qui est indispensable, aussi, c'est de faire élire comme officier de Loge, au moins au Vénéralat et aux fonctions d'Orateur, des Frères pourvus des hauts grades ; car le Vénérable et l'Orateur sont les conducteurs des Apprentis et des Compagnons vers la lumière de la Maîtrise, qui n'est elle-même qu'un pâle reflet de la Vraie Lumière. Or, des aveugles ne peuvent conduire des aveugles, et le chemin de la lumière est perdu, quand les guides portent encore un bandeau sur les yeux. Pour faire quelque chose, il faut savoir ce que l'on veut faire ou du moins avoir foi en quelqu'un qui le sait; mais comment risquerait-on sa vie à l'aventure et suivrait-on au hasard celui qui ne sait pas lui-même où il va ?
Une fois que, par l'observation, vous aurez acquis la certitude que votre homme peut, sans inconvénient, être conduit à la parfaite initiation du Chevalier Kadosch, conférez-lui la Maîtrise, commencez à soulever pour lui un coin du voile ; et si vraiment vous le jugez digne de recevoir un jour la révélation, vous lui ferez connaître le Verbe, au grade de Rose-Croix.
Nous appelons Verbe ou Parole le voile essentiel de l'être et le signe caractéristique de la vie. Toute forme est le voile d'un verbe, parce que l'idée mère d'un verbe est l'unique raison d'être des formes. Toute figure est un caractère, tout caractère appartient et retourne à un verbe. C'est pourquoi les anciens sages avaient formulé leur dogme unique en ces termes : « Ce qui est au-dessus est comme ce qui est au-dessous, et ce qui est au-dessous est comme ce qui est au-dessus.» Notre Dieu est comme le Dieu des prêtres, et pourtant celui-là n'est pas celui-ci ; ils sont semblables, quant à leur éternité et à leur puissance surnaturelle; mais il n'y a pas identité entre eux. A telle lumière répond telle obscurité ; au feu s'oppose l'eau ; l'ordre n'est l'ordre, que parce qu'il a contre lui le chaos qui lutte pour l'absorber. Mais, logiquement, la lumière remportera le triomphe final sur les ténèbres, en les repoussant et les enchaînant à jamais aux extrêmes confins de l'immensité ; le feu sortira vainqueur de sa lutte contre l'eau, en la dissolvant et reculant les limites de son domaine ; l'ordre régnera sur le chaos écrasé, non détruit. Telle est la loi suprême, le destin inéluctable.
Mais il faut néanmoins reconnaître que les deux opposés sont semblables, comme essence. La forme est proportionnelle à l'idée ; l'ombre est la mesure du corps calculée avec sa relation au rayon lumineux ; le fourreau est aussi profond que l'épée est longue ; la négation est proportionnelle à l'affirmation contraire ; la production est égale à la destruction dans le mouvement qui conserve la vie, et il n'y a pas un point dans l'espace infini qui ne soit le centre d'un cercle dont la circonférence s'agrandit et recule indéfiniment dans l'espace.
Ce qui est dans le surnaturel est reproduit dans l'humanité, en des proportions moindres, il est vrai. Toute individualité est donc indéfiniment perfectible, puisque le moral est analogique à l'ordre physique, et puisqu'on ne saurait concevoir un point qui ne puisse se dilater, s'agrandir et jeter des rayons dans un cercle philosophiquement infini. Par conséquent, le Compagnon éprouvé dont vous aurez fait un Maître, et qui, Maître, aurait été jugé digne de devenir Rose-Croix, est perfectible entre vos mains et sera le Kadosch de la sainte initiation, l'Elu qui connaîtra la Vraie Lumière, parce que le regard de ses yeux lucides aura traversé le voile du Verbe.
Pour distinguer le futur Elu, le futur Kadosch, dès le grade de Maître, vous vous attacherez à discerner les Frères doués d'une imagination ardente, et vous négligerez les esprits terre à terre. L'imagination est, en effet, comme l'oeil de l'âme. L'homme, dont le cerveau ne travaille pas à la découverte des grands mystères, possède une âme incomplète, une âme irrémédiablement frappée de cécité. C'est l'imagination qui est la plus forte puissance intellectuelle, et c'est elle qui fait triompher même physiquement. Etes-vous en danger dans une bataille ? Croyez-vous invulnérables comme Achille, et vous serez vraiment invulnérables. La peur attire les balles, et le courage fait rebrousser chemin aux boulets. Le vrai Maçon est audacieux, et il triomphera, parce que, grâce à son imagination ardente, il verra la vérité avant même qu'elle ait paru devant les yeux de son corps. Toute la question est de diriger vers la saine raison l'imagination de l'adepte. Le prêtre qui obscurcit la conscience du fidèle en lui imposant des dogmes que la raison ne peut expliquer, fait de ce fidèle, s'il a une imagination ardente, un fou. Au contraire, l'imagination appliquée à la raison, c'est le génie.
En résumé, Nous ne saurions trop insister sur ce point : le succès dépend du choix des adeptes, et, pour bien choisir les adeptes, pour avoir de bons Maîtres qui seront ensuite d'excellents Rose-Croix et enfin de parfaits Kadosch, il faut que les Ateliers pratiquent la Maçonnerie dans son intégralité, chaque Atelier ayant sa Loge d'Adoption, qui est le meilleur moyen de contrôle de la perfectibilité des Compagnons, et il faut que les Ateliers aient, en outre, à leur tête, au moins un Chevalier Kadosch, c'est-à-dire un Maçon ayant reçu la Vraie Lumière.
Nous avons examiné avec très grand soin les Annuaires du Grand Orient de France, que le Grand Collège des Rites nous envoie régulièrement, et Nous avons constaté que, dans les Loges Symboliques du Rite Français, le Vénérable est souvent un Maître, très rarement un Rose-Croix, presque jamais un Chevalier Kadosch. Nous voyons là la cause des agitations stériles, qui condamnent le Rite Français à piétiner sur place. Aussi, dans la Maçonnerie Française, où ce rite possède 379 Ateliers, tandis que le Rite Ecossais en a 116 seulement, le progrès est d'une lenteur désolante, et les Loges sont, Nous avons le devoir de le dire, envahies par les brouillons politiques. Les résultats acquis sur le terrain gouvernemental de la nation manquent de stabilité ; l'ennemi peut, sans cesse, préparer un retour offensif ; une bonne loi, dont le vote parlementaire a été amené par le concert maçonnique, est mal appliquée ou même ne tarde pas à tomber en désuétude. Cela tient à ce que, dans le Rite Français, l'orient de l'Atelier, au lieu d'être, comme cela est indispensable, un foyer de lumière, est occupé, neuf fois sur dix, par des officiers dont les yeux sont encore clignotants.
En cette année (1889), le Conseil de l'Ordre, au Grand Orient de France, compte 15 Maîtres, 3 Rose-Croix, 2 Chevaliers Kadosch, et 13 Souverains Grands Inspecteurs Généraux. Il y a là un progrès sur les années précédentes ; mais, au sein de ce conseil administratif, les Frères ayant reçu la parfaite initiation, c'est à dire les Chevaliers Kadosch et les Souverains Grands Inspecteurs Généraux, sont encore en nombre égal à celui des simples Maîtres ; de sorte que la majorité dépend des 3 Rose-Croix, c'est à dire de 3 Frères dont l'instruction maçonnique n'est pas terminée. Cette situation est profondément regrettable.
Il faut absolument que le Rite Français s'inspire mieux des traditions de l'Ordre. Sinon, il végétera dans l'impuissance, et les temples des autres rites, dans les contrées autres que la France, continueront avec douleur, à fermer leurs portes aux imparfaits initiés de ce Grand Orient.
D'autre part, il faut éviter aussi de passer d'un extrême à un autre. En France, - du moins, dans la plupart des Loges du Rite Français, - on a trop de tendances à professer un scepticisme absolu. C'est ainsi qu'on Nous a communiqué des planches de convocation d'Ateliers, où ne figure pas la formule : A la gloire du Grand Architecte de l'Univers. Dès 1877, nous avions malheureusement prévu qu'on en viendrait là. Jusqu'en cette année 1877, le premier article de la Constitution du Rite Français portait : « La Franc-Maçonnerie a pour principes l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme et la solidarité humaine. » Le Convent de septembre 1877, au Grand Orient de France, supprima l'affirmation de la divinité, et vota que l'article premier de la Constitution du Rite Français porterait : « La Franc-Maçonnerie a pour principes la liberté absolue de conscience et la solidarité humaine. » En 1884, le Convent annuel des Loges du Rite Français aggrava encore cette suppression de l'affirmation de la divinité, en introduisant ceci dans la rédaction du dit premier article : « Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l'appréciation individuelle de ses membres, la Franc-Maçonnerie se refuse à toute affirmation dogmatique. » Voilà certainement un excès, que Nous réprouvons de toutes nos forces.
Mais, par contre, en Italie et en Espagne, de nombreux Frères, - bien intentionnés, sans doute, - pèchent par l'excès contraire, et leur erreur mérite d'être relevée.
En effet, ces Frères, mûs par une légitime haine contre le Dieu des prêtres, glorifient son adversaire sous le nom de Satan, et en lui conservant la situation et le rôle d'un ange déchu, révolté. Il y a là une hérésie manifeste. Le mot de Satan, ayant été inventé par l'imposture sacerdotale et s'appliquant à un être surnaturel subalterne ou diable, ce mot n'a pas lieu d'être prononcé, ne doit pas être prononcé en Maçonnerie.
On Nous a signalé une Loge de Gènes qui a poussé l'inconscience jusqu'à arborer dans une manifestation publique une bannière portant : Gloire à Satan! A Milan, des Frères Maçons ont, dans une fête, fait exécuter et ont chanté un Hymne à Satan. D'Espagne, on Nous a fait hommage d'une poésie signée par le Frère Bartrina, poésie dont voici le texte :
REHABILITACION
Solo estaba Satan en el infierno
Siglos hacia, cuando entro Caïn ;
Ambos a Dios juraron odio eterno
Y dar juraron a su imperio fin.
- Soy la revolucion, por Dios maldita,
Desterrada por Dios, dijo Satan.
- Soy et trabajo que a ese Dios irrita,
Dijo et terrible Vastago de Adan.
Miraronse : en la luz de la mirada
Brillo rayo de colera en los dos.
Y la raza de Abel tremblo asustada,
Y hasta en su trono estremeciose Dios.
La maldicion divina con su peso
No los hundio. - Raza de Abel, atras!
Plaza al triunfante carro del progreso,
Quo arrastra Caïn y empuja Satanas !
H. JOAQUIN-MARIA BARTRINA.
Certes, ces vers sont animés par un souffle généreux ; mais ils sont en opposition directe à l'orthodoxie maçonnique.
Les égarés qui glorifient Satan considèrent, en général, que le Dieu des prêtres a manqué à de prétendues promesses faites par lui à l'humanité, et, en présence de la désertion de ce Dieu, ils font appel au diable. Tel est le système de la goétie, qui est une aberration, qui est la démonomanie.
Existe-t-il un diable ? - Les prêtres disent : Oui. - Nous répondons : Non.
Qu'est-ce que le diable ? - C'est, disent les prêtres, le prince des anges, qui s'est révolté par orgueil contre Dieu, et qui, ayant été vaincu par l'archange Mikaël, a été, pour son châtiment, précipité en enfer, où il est condamné à rôtir éternellement en la compagnie d'autres anges, ses complices, devenus des démons, et de ceux d'entre les humains qui n'ont pas vécu selon la loi des prêtres.
Or, cette légende sacerdotale est un infâme mensonge, et nos Frères qui glorifient Satan n'aboutissent, en réalité, qu'à consacrer l'imposture et à nous nuire maladroitement dans l'opinion de la multitude ignorante.
C'est pourquoi, Nous condamnons, de la façon la plus formelle, la doctrine du Satanisme, qui est une divagation de nature à faire le jeu des prêtres. Les Francs-Maçons satanistes donnent, sans s'en douter, des armes contre la Franc-Maçonnerie.
Ce que nous devons dire à la foule, c'est : - Nous adorons un Dieu, mais c'est le Dieu que l`on adore sans superstition.
A vous, Souverains Grands Inspecteurs Généraux, Nous disons, pour que vous le répétiez aux Frères des 32e, 31e et 30e degrés : - La religion maçonnique doit être, par nous tous, initiés des hauts grades, maintenue dans la pureté de la doctrine luciférienne.
Car le Dieu Lucifer de la théurgie moderne n'est pas le démon Satan de la vieille goétie. Nous sommes Ré-Théurgistes Optimates, et non praticiens de la magie noire.
Les prêtres, en inventant Satan, ont créé les sorciers, leurs sanglants sacrifices du Moyen-Âge, leurs folles assemblées, leurs criminels et horribles conventicules de goules et de striges. Mais il y a deux magies : la magie lumineuse, et la magie des ténèbres. Il est vrai que les prêtres, lorsqu'ils ont eu l'omnipotence, ont persécuté également les mages de la sagesse et les mages de la folie, ont brûlé les Templiers, nos pères, aussi bien que les sorciers, oubliant que ces derniers, sans eux, n'eussent pas existé.
La magie créatrice du démon, cette magie qui a dicté le Grimoire du pape Honorius, 1'Enchiridion de Léon III, les exorcismes de l'église catholique, les réquisitoires des Laubardemont, les sentences de Torquemada, cette magie n'est pas la nôtre ; cette horreur, cette démence, avec son cortège de turpitudes et de cauchemars, c'est la Rome papale qui doit en porter la responsabilité.
Elle a été enfantée par Adonaï, calomniateur de Lucifer. Dans sa rage contre son éternel et magnanime antagoniste, le Dieu Mauvais a bouleversé chez les hommes superstitieux la notion des choses saintes, Il a nié la divinité du Père du Bien et l'a appelé le Mal. Il a voulu écraser la raison sous les pieds de la crédulité aveugle. Il a perverti le sens de toutes choses, il a porté son chaos jusque dans la logique des mots. L'hypocrisie a été par lui transformée en sainteté ; le vice, en vertu ; le mensonge, en vérité ; le caprice et l'arbitraire, en justice ; la divagation et la foi de l'absurde, en science théologique. La nuit a osé appeler nuit le jour; ténèbres, la lumière ; licence, la liberté ; erreur, la philosophie. L'orgueil, qui se prétend infaillible et se cantonne dans l'obscurité de ses dogmes illogiques et anti-naturels, l'orgueil superbe a eu le cynisme de nommer orgueil l'humble raison qui doute, qui ne croit que lorsqu'elle est sûre, qui n'émet une affirmation que lorsque la preuve des faits a été irrévocablement donnée par la science ; oui, Adonaï et ses prêtres ont jeté au ciel de notre Dieu toutes les boues de leur impudence, en qualifiant d'orgueilleuse l'intelligence raisonnable, qui cherche la solution des grands problèmes, qui marche sans cesse à une découverte nouvelle, qui est toujours insatiable de vérité.
Si Lucifer n'était point Dieu, Adonaï, dont tous les actes attestent la cruauté, la perfidie, la haine de l'homme, la barbarie, la répulsion pour la science, si Lucifer n'était point Dieu, Adonaï et ses prêtres le calomnieraient-ils ?
Oui, Lucifer est Dieu, et malheureusement Adonaï l'est aussi. Car la loi éternelle est qu'il n'y a pas de splendeur sans ombre, pas de beauté sans laideur, pas de blanc sans noir ; car l'absolu ne peut exister que comme deux ; car les ténèbres sont nécessaires à la lumière pour lui servir de repoussoir, comme le piédestal est nécessaire à. la statue, comme le frein à la locomotive.
En dynamique analogique et universelle, on ne s'appuie que sur ce qui résiste. Aussi l'univers est-il balancé par deux forces qui le maintiennent en équilibre : la force qui attire et celle qui repousse. Ces deux forces existent en physique, en philosophie et en religion. Et la réalité scientifique du dualisme divin est démontrée par les phénomènes de la polarité et par la loi universelle des sympathies et des antipathies. C'est pourquoi les disciples intelligents de Zoroastre, ainsi qu'après eux les Gnostiques, les Manichéens, les Templiers ont admis, comme seule conception métaphysique logique, le système des deux principes divins se combattant de toute éternité, et l'on ne peut croire l'un inférieur à l'autre en puissance.
Donc, la doctrine du Satanisme est une hérésie; et la vraie et pure religion philosophique, c'est la croyance en Lucifer, égal d'Adonaï, mais Lucifer Dieu de Lumière et Dieu du Bien, luttant pour l'humanité contre Adonaï Dieu des Ténèbres et Dieu du Mal....
... Donné au Grand Orient de Charleston, le quatorzième jour du cinquième mois de l'an 000889 de la Vraie Lumière (14juillet 1889, ère vulgaire). ALBERT PIKE, 33e.
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